Langue française

  • L'histoire de la relation entre les corps intermédiaires et le pouvoir royal est longtemps restée dominée par un conflit d'interprétation lié à des considérations sur la Révolution française et ses origines. Elle a nourri une historiographie abondante et en pleine renaissance, tant en France que dans le monde anglo-saxon. Cet ouvrage entend d'abord s'interroger sur les liens qui unissent le roi et ses cours, dans leur constellation et leur singularité, en replaçant cette opposition dans l'histoire de l'Ancien Régime. Les auteurs des communications alimentent ce débat en menant une réflexion sur le vocabulaire politique du monde parlementaire. Ils s'interrogent également sur la place et le rôle des parlements dans la respublica au XVIIIe siècle et le développement d'une « culture juridique des conflits politiques » dans la construction de la monarchie absolue. Réunissant des chercheurs britanniques, canadiens et français, il mobilise, dans une approche pluridisciplinaire, l'histoire moderne, mais aussi le droit, l'art et la philosophie, pour comprendre l'effort des acteurs du monde parlementaire pour donner sens et valeur aux mutations du langage de leur temps.

  • Les paysans qui, avant 1789, exercent une fonction locale, si minime soit-elle, dans les paroisses du Trégor rural (évêché de Tréguier, Basse-Bretagne), accèdent massivement en 1790 aux premières fonctions municipales de leur commune. Pendant le Consulat et l'Empire, souvent après, ces personnages ou leurs enfants sont appelés à exercer les fonctions de maires, d'adjoints et de conseillers municipaux. Leur intérêt pour la vie politique date d'avant 1789 et s'explique par une large participation à la vie locale d'une part comme administrateurs des biens paroissiaux (église, chapelles, confréries, très nombreuses dans le Trégor) et d'autre part comme gestionnaires des intérêts communs lors des réunions des généraux de paroisses. Le temps des doléances puis la lutte contre le domaine congéable trouvent dans le Trégor des paysans formés à la réflexion et à l'action. Une voie paysanne de la Révolution y est établie de manière originale. La création des municipalités en 1790 n'apporte rien de neuf en terme d'émancipation. Au contraire les directives extérieures émanant des districts puis des départements, l'épisode des municipalités de cantons, diminuent l'intérêt des paysans pour la vie locale. Les nominations venues des préfectures sont acceptées plus comme un honneur que comme un engagement. L'élite paysanne trégorroise est large et n'émerge pas nettement du reste de la population. La place tenue au-devant de la communauté tient au cumul de facteurs individuels : famille, fortune, possessions de terres, statut d'employeur, pratique de l'écrit, relations extérieures... La participation à une fonction locale apparaît plus comme un révélateur de la notabilité : élite d'un peuple et ne s'en démarquant que par des différences graduelles, les responsables paysans du trégor jouent toutefois un rôle de notables, vis à vis de la société englobante. Ils contribuent ainsi à dessiner ce que sera le schéma politique de ce pays au XXe siècle.

  • Le présent ouvrage rassemble une grande partie des articles et communications que Brigitte Maillard a écrits tout au long de sa carrière d'enseignante et de chercheur. Ils constituent à la fois un itinéraire de recherche et l'exploration minutieuse d'une région : la Touraine des xviie et xviiie siècles. Tous les grands chantiers qu'a ouverts l'histoire universitaire depuis les années soixante y sont abordés à travers le prisme de l'analyse régionale, qu'il s'agisse de la démographie et de ses prolongements culturels, de l'histoire sociale classique ou de celle des femmes, de l'étude de la société rurale ou de celle de la ville. On trouvera dans cet ouvrage à la fois l'évocation des premiers travaux de la démographie historique - la naissance, la mort, l'illégitimité - mais aussi l'histoire de la famille et des désordres conjugaux, celle de la rumeur et des enlèvements d'enfants... La question de l'encadrement social y est abordée par plusieurs angles : les visites pastorales, la création de paroisses, l'impôt royal ou la justice seigneuriale. Les lecteurs des Campagnes de Touraine y retrouveront vignerons, journaliers et laboureurs, mais ils y découvriront aussi les villes de cette région à travers l'histoire des émeutes de subsistance, celle de l'industrialisation, de la médicalisation, du crédit et de la circulation de l'argent. L'ensemble constitue un ouvrage d'une grande unité qui devrait satisfaire autant les historiens de la France d'Ancien Régime que les amateurs tourangeaux d'histoire régionale.

  • Henriette Edme est née en 1719, au temps de « l'aimable Régence » (Voltaire). Elle est l'aînée d'une famille de bourgeois gentilshommes installée dans le modeste château des Rouaudières, à Cormenon, dans le Perche Vendômois, ou Bas-Vendômois, zone de contact entre Maine, Beauce et Orléanais. Celle qui devient Mme de Marans après un mariage tardif, vit noblement et passe son temps libre à lire, réfléchir et écrire en son for privé. Ses écrits personnels, conservés par sa famille, montrent sa grande culture ainsi que son ambition « d'en apprendre davantage », à l'encontre des discours du temps sur les savoirs des femmes, à l'encontre des idées reçues sur les savoirs des châtelaines. Cette étude se propose de montrer comment Henriette de Marans façonne son image de femme cultivée : elle est l'actrice de la construction de son identité. Néanmoins, ce portrait remarquable n'est pas celui d'une héroïne exceptionnelle. Henriette de Marans vit comme ses semblables de la petite et moyenne noblesse provinciale, elle n'est ni brimée ni particulièrement encouragée, elle véhicule les lieux communs lus et entendus, elle ne revendique pas, elle ne s'intéresse qu'à son propre cas. La châtelaine incarne un modèle de femme cultivée au siècle des Lumières, une femme qui sait et en fait un tremplin pour exister.

  • L'ouvrage de Claude Nières reprend de nombreux éléments de la thèse soutenue par l'auteur pour le doctorat d'État à la Sorbonne en 1987. Ce texte, resté malheureusement inédit mais devenu classique en raison de la richesse de l'information qu'il contient et de ses vues novatrices qui le caractérisent, a été réduit et mis à jour pour la présente publication. Gageons qu'il restera pour quelques décennies encore la référence incontournable de générations d'étudiants, de chercheurs ou d'amoureux de l'histoire de Bretagne. Le livre s'intéresse - et c'est ce qui fait sa richesse - à l'ensemble des agglomérations bretonnes ; il en dresse et justifie la liste, il en décrit les caractéristiques et en montre les particularités. Un dépouillement poussé et systématique des registres fiscaux, en particulier des registres de la capitation, permet à l'auteur de présenter un tableau exact, concret et vivant des sociétés urbaines. Il permet de déceler dans la croissance de la population bretonne au XVIIIe siècle une baisse relative du nombre des citadins, mais aussi des évolutions très divergente d'une cité à l'autre. Claude Nières présente aussi, de manière riche et détaillée, les caractéristiques physiques de chacune de ces villes. Il en suit à travers le siècle les bouleversements urbanistiques. Pour expliquer les modifications survenues tant dans la morphologie urbaine que dans la hiérarchie entre les villes, il se tourne vers l'économie, mais aussi vers l'action politique de l'État monarchique, aussi bien en matière militaire que financière. Il montre le poids des choix divergents des élites urbaines pour faire face aux problèmes rencontrés au fil du siècle. Les villes de Bretagne au XVIIIe siècle : un beau livre d'histoire urbaine.

  • Comment, au XVIIIe siècle, se tissent les liens de la sociabilité ordinaire des gens de l'Ouest ? Comment s'établissent les relations entre les individus, dans la famille ou la communauté, pendant les moments de loisirs ou encore ceux du travail ? Sur quels systèmes de valeurs, sur quelles exigences morales se fondent, au quotidien, les façons d'être, d'aimer ou de haïr, de penser le monde ou de se représenter la société ? C'est prioritairement à ces questions que répond Michel Heichette en prenant l'exemple du pays de Sablé, ville et communautés villageoises d'alentour. Nous sommes là en pays de bocage, aux confins du Maine et de l'Anjou. L'archive de justice, parce qu'elle est un lieu de paroles captées, est ici prise à témoin. D'une multitude de mots et de faits sortis de l'oubli émerge la trace de gens simples qu'habituellement l'histoire, faute de témoignage, ne porte pas sur le devant de la scène. Une histoire des petites gens et des autres saisis dans la banalité du cours ordinaire de la vie mais aussi dans la dynamique du jeu social ; une histoire au ras du sol écrivait Jacques Revel mais qui permet de mieux comprendre les comportements et les sensibilités collectives. L'auteur nous invite, à partir de paroles et de fragments de récits de vie exhumés avec patience et obstination, à entrer dans l'intimité d'un monde que nous avons par ailleurs perdu.

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