Presses universitaires de Rennes

  • Le présent livre cherche à élucider les rapports qu'entretiennent, à l'époque moderne, les activités économiques - en particulier commerçantes - et les pratiques dévotionnelles. Il s'agit de deux sphères volontiers séparées, avec en arrière-plan, des a priori d'incompatibilité, voire des aversions traditionnelles qui n'ont pas épargné l'historiographie. Et pourtant il est évident que, dans les sociétés d'Ancien Régime, le champ des pratiques de piété a constitué un facteur économique d'importance majeure, mais dont le poids précis reste autant à mesurer de façon différenciée que les attitudes commerçantes méritent d'être analysées avec précision. Quels sont les apports des agents de l'échange au fonctionnement économique des différents cultes et pratiques de dévotion ? Que se passe-t-il lorsque le religieux entre en conflit avec les intérêts économiques ? Comment décrire les formes de dévotion que cultivent les acteurs de l'échange eux-mêmes ? C'est autour de ces questions que le livre organise ses interrogations. Une première partie du livre prend pour objet l'économie des lieux de pèlerinage, une deuxième, quittant les sanctuaires de ce type, s'attache à analyser les conditions de production, les conjonctures et la logique distributive d'objets de dévotion plus largement diffusés. Une troisième section met l'accent sur les possibles tensions entre objectifs commerciaux et impératifs religieux ; la dernière s'interroge sur les dévotions des acteurs de l'échange.

  • J.-J.-L. Graslin (1727-1790) est connu à Nantes pour être le créateur du quartier devenu le coeur de la Cité, autour de la place et du théâtre qui portent son nom. Mais la vie et l'oeuvre de ce receveur général des Fermes du roi, négociant, manufacturier et aménageur, restent très méconnues, alors qu'il fut aussi un lettré et un économiste d'envergure opposé aux physiocrates. Il est ainsi représentatif de ces hommes des Lumières qui, en province comme à Paris, vont transformer la France au cours de la période précédant la Révolution. Cet ouvrage réunit les travaux de chercheurs des diverses disciplines concernées par les domaines d'intervention de Graslin : économistes, juristes, historiens de la pensée et des institutions, de l'architecture et de l'aménagement. Il présente, dans une biographie entièrement renouvelée, ce que fut sa formation, ainsi que les conditions de sa réussite sociale à travers une carrière dans la finance privée au service de l'état et fruit de ses initiatives industrielles et foncières, et enfin de ses investissements spéculatifs dans le développement urbain de Nantes, où sa collaboration avec l'architecte Crucy donne naissance à l'une des plus intéressantes réalisations de l'urbanisme pré-révolutionnaire. La première partie de l'ouvrage s'attache à l'économie politique de Graslin et à sa place dans les controverses théoriques de l'époque ; la seconde a trait au dessèchement des marais de Lavau dans l'estuaire de la Loire ; la troisième et la postface traitent de la construction du quartier Graslin et de sa place dans l'histoire de l'urbanisme et de l'architecture. En annexe, un texte de Graslin est republié ici pour la première fois depuis le xviiie siècle.

  • La fracture confessionnelle qui touche l'Occident chrétien au xvie siècle révolutionne durablement la place des clergés dans les sociétés et leur emprise sur les fidèles. Le principe originel du luthéranisme, puis des réformes de type suisse, du sacerdoce universel a été largement relativisé par la mise en place progressive d'un clergé protestant, mais il a ouvert une brèche que l'on peut suivre à l'époque des controverses et qui continue de fixer une différence fondamentale entre les deux camps. Pourtant, des influences réciproques et des contacts sont observables dans des zones de coexistence confessionnelle : les espaces de frontières peuvent faire figure d'observatoires privilégiés pour comprendre les influences réciproques entre clergés, jusque dans leur façon d'interpréter et de considérer le ministère pastoral et de forger leurs identités professionnelles et sociales. La formation des clergés, leur organisation, leur action, les oppositions auxquelles ils doivent faire face, leurs interactions, les points communs, voire les sociabilités de leurs membres sont ici étudiés à travers des pratiques très diverses (prédication, conférences et controverses, sociabilités érudites, missions, encadrement institutionnel, pratiques liturgiques, répression des déviances, ou encore définition de mémoires concurrentes). Ces études de cas nous plongent dans le processus de définition d'identités cléricales qui se constituent certes souvent contre l'autre, mais aussi, plus subtilement, en fonction de l'autre et sur des fondements communs.

  • Le portrait de Louis XIV en costume de sacre peint en 1701 par Hyacinthe Rigaud est devenu, à l'égal de la Joconde pour l'art de la Renaissance, une véritable icône de l'imagerie politique. C'est ce statut d'icône de la représentation monarchique qu'interroge ce livre puisque ce terme renvoie autant à la publicité d'une image déclinée à l'envie dans l'indistinction d'un genre et la dépersonnalisation qu'à la puissance de l'effet de présence d'un individu singulier (Louis XIV). Avec cette représentation du roi en majesté, c'est également une cartographie de l'imaginaire visuel des souverains français qui se déploie : un ordre des images plaçant le tableau de Rigaud au centre d'autres représentations rangées en cercles concentriques comme autant de satellites distribués selon leur proximité à l'astre iconique jusqu'à l'aphélie la plus marquée du dernier d'entre eux. Il y aurait ainsi une distance irréductible entre ce Roi et la variation inégale d'une majesté imaginaire en figures spectaculaires dotées de performances politico-visuelles moindres. Doit-on, dès lors, inférer que la Majesté se distribue différemment selon qu'on soit Louis XIV ou Charles VIII ? Faudrait-il considérer que ces images sont à comprendre comme une progression menant des balbutiements iconographiques de la souveraineté monarchique à la royauté en majesté de Louis XIV, soit l'apprentissage d'une économie visuelle de la majesté du prince ? Ce livre propose un cheminement dans l'imaginaire monarchique moderne. Celui que l'on peut décider de suivre dans des images qui disent une histoire des rapports de la monarchie à la res publica des xve-xviie siècles : une histoire à travers laquelle se devine, se dessine, se représente et s'incarne le visage de l'État ; une histoire des rois imaginaires qui serait celle du pouvoir des images à illustrer le prince et à apprivoiser l'État afin d'éclairer la révolution des représentations politique et artistique du siècle des Lumières comme notre rapport contemporain aux images politiques.

  • Ce livre part du constat qu'au cours de la première modernité, si la cour est le centre du pouvoir politique, le Conseil du roi reste le principal organe de gouvernement, l'influence des grands officiers dépendant par exemple très largement de leur présence ou non en son sein. Or les études sur les Conseils et les conseillers de la première modernité française sont rares. En s'intéressant aux principaux conseillers de François Ier, ce livre souhaite donc combler un vide et apporter, à travers le cas français, des éléments permettant de mieux comprendre les modes de fonctionnement de l'État moderne dans la France de la Renaissance. L'approche privilégiée dans ce livre est une approche politique : les auteurs se sont efforcés de circonscrire la liste des hommes et des quelques femmes qui ont participé au gouvernement du royaume au cours du règne de François Ier. Sont ainsi proposées, dans certains cas pour la première fois, des études sur l'ensemble des principaux conseillers du roi. Ces études sont encadrées, d'abord par une importante introduction sur l'histoire du Conseil en France jusqu'au XVIe siècle et sur la réalité complexe et multiple qui est la sienne dans la première moitié du siècle, ensuite, par une série d'essais et d'annexes. L'ensemble fait de ce livre un outil pour l'historien de François Ier bien sûr, mais aussi, plus généralement pour l'historien de la Renaissance, de l'État ou du fait politique en général. OEuvre de 20 historiens de 6 nationalités différentes, il est le fruit de quatre ans de travail et du dépouillement de plus de 50 fonds d'archives.

  • L'histoire de la relation entre les corps intermédiaires et le pouvoir royal est longtemps restée dominée par un conflit d'interprétation lié à des considérations sur la Révolution française et ses origines. Elle a nourri une historiographie abondante et en pleine renaissance, tant en France que dans le monde anglo-saxon. Cet ouvrage entend d'abord s'interroger sur les liens qui unissent le roi et ses cours, dans leur constellation et leur singularité, en replaçant cette opposition dans l'histoire de l'Ancien Régime. Les auteurs des communications alimentent ce débat en menant une réflexion sur le vocabulaire politique du monde parlementaire. Ils s'interrogent également sur la place et le rôle des parlements dans la respublica au XVIIIe siècle et le développement d'une « culture juridique des conflits politiques » dans la construction de la monarchie absolue. Réunissant des chercheurs britanniques, canadiens et français, il mobilise, dans une approche pluridisciplinaire, l'histoire moderne, mais aussi le droit, l'art et la philosophie, pour comprendre l'effort des acteurs du monde parlementaire pour donner sens et valeur aux mutations du langage de leur temps.

  • À l'article 4 du traité signé à Paris le 10 février 1763 entre la Grande-Bretagne et la France, on peut lire que « Sa Majesté Très Chrétienne cède et garantit à sadite Majesté britannique, en toute propriété, le Canada avec toutes ses dépendances ». Vingt ans plus tard, de nouvelles négociations franco-britanniques, commencées en avril 1782, se terminent le 3 septembre 1783 par la signature du second traité de Paris, dans lequel la Grande-Bretagne reconnaît l'indépendance des États-Unis d'Amérique. Ainsi, en l'espace de deux décennies, ces deux traités délimitent un tournant majeur dans l'histoire de l'Amérique du Nord. Ils marquent l'aboutissement de plusieurs siècles de rivalités coloniales entre Français et Anglais en Amérique du Nord et annoncent le point de départ d'un « monde atlantique nouveau » dont les États-Unis deviendront le centre. Ce livre entreprend de dresser un inventaire de tous les aspects de cette période de conflits et de négociations : la guerre au xviiie siècle et la marine française, la diplomatie et l'art de la paix, les ambitions impériales françaises hors d'Amérique du Nord, le devenir des populations confrontées à de nouvelles lois et règles de vie : Canadiens, Amérindiens, Anglo-américains.

  • L'Âge d'or des foires de Lyon est marqué par le succès triomphant des marchands-banquiers italiens sur la place et sur la scène internationale. Présente dans tous les secteurs du grand négoce, de la vente des marchandises de luxe ou de première nécessité aux activités bancaires à grande échelle, comme les prêts aux monarques européens, l'entreprise italienne semble ne connaître aucune limite. Quel était le secret d'une telle réussite ? Les richesses apparemment inépuisables que les financiers des princes et des papes mobilisaient pour mener à bien leurs projets provenaient-elles de l'industrie textile florissante du nord de l'Italie ? De la richesse patrimoniale des grandes familles de marchands-patriciens ? D'autres sources encore ? L'adaptabilité italienne était-elle le signe d'un état d'esprit particulier, le résultat de calculs politiques ? Quels compromis supposait-elle ? La Banque en Renaissance explore les raisons d'une success story qui a duré plus longtemps que l'on a souvent voulu le croire : à l'époque où les étendards hollandais et anglais envahissent la Méditerranée et l'océan Indien, les capitaux nécessaires à l'expansion commerciale sont encore bien souvent fournis par les hommes d'affaires italiens. Fondée sur l'analyse des archives de l'une des premières maisons de Lyon, la banque Salviati, l'étude met au jour les formes d'organisation et de calcul qui ont permis aux Italiens de tirer parti de la croissance économique sans précédent qu'a connue l'Europe au xvie siècle, et d'assurer la durabilité de leurs entreprises dans leurs terres d'origines et dans le monde.

  • Au titre de la corvée royale, dite aussi des grands chemins, les habitants de nombreuses communautés riveraines d'un axe routier furent contraints pendant la majeure partie du xviiie siècle de fournir quelques jours de travail pour sa construction ou son entretien. Décrié comme arbitraire, oppressif et inefficient, ce système de réquisition oeuvra puissamment à l'extension du réseau routier et indirectement à l'essor des mobilités et des circulations marchandes. C'est ce paradoxe que cherche à comprendre ce livre en se dégageant d'une représentation critique de la corvée, largement construite par le discours libéral des Lumières qui en fit une institution fondamentalement incompatible avec ses idéaux et la croissance économique. Or la décision de recourir à la corvée en travail et les modalités de son fonctionnement présentent une certaine rationalité dans le contexte dans lequel elle s'inscrit. Cette institution va se trouver travaillée dans la seconde moitié du xviiie siècle par des dynamiques sociales et économiques elles-mêmes fortement marquées par des différenciations spatiales. La transition entre une prestation en nature attachée à un statut fiscal et un impôt destiné à financer du travail salarié constitue alors plus largement un observatoire de l'action politique, de dynamiques économiques et de représentations sociales.

  • Comment de simples citoyens en viennent-ils à s'engager dans des débats et des mouvements historiques qui transforment durablement la France ? Cette question devient cruciale au cours de la Révolution française : la période d'incertitudes qui s'ouvre en 1791 avec la multiplication des émeutes locales et la fuite du roi place les mobilisations collectives au coeur des préoccupations. C'est tout particulièrement le cas dans les districts frontaliers des Ardennes, du Nord et du Pas-Calais qui se retrouvent aux premières loges des désertions, puis de la guerre. Au cours de deux années particulièrement denses où se joue l'avenir de la République, la dynamique révolutionnaire, à l'image d'un tourbillon, est entretenue par des conflits, des prises de position concurrentes, des forces antagonistes. Les engagements collectifs aux frontières septentrionales ont alors des répercussions nationales car ils s'inscrivent dans des échanges intenses d'informations et d'hommes entre les territoires frontaliers, Paris mais également les pays voisins, belges et anglais. Les chansons, les pétitions, les fêtes ou encore les cris insurrectionnels sont autant de traces d'une histoire à hauteur d'hommes, une histoire vécue de la politique qui interroge la manière dont les citoyens s'approprient les mots d'ordre généraux, les investissent de leurs craintes et de leurs espérances. Ce livre, à partir des territoires frontaliers en Révolution, propose ainsi une réflexion sur les usages de la citoyenneté, la signification des mesures d'exception mises en oeuvre pour faire face aux périls et les répercussions des postures identitaires adoptées face à l'étranger.

  • L'ouvrage de Claude Nières reprend de nombreux éléments de la thèse soutenue par l'auteur pour le doctorat d'État à la Sorbonne en 1987. Ce texte, resté malheureusement inédit mais devenu classique en raison de la richesse de l'information qu'il contient et de ses vues novatrices qui le caractérisent, a été réduit et mis à jour pour la présente publication. Gageons qu'il restera pour quelques décennies encore la référence incontournable de générations d'étudiants, de chercheurs ou d'amoureux de l'histoire de Bretagne. Le livre s'intéresse - et c'est ce qui fait sa richesse - à l'ensemble des agglomérations bretonnes ; il en dresse et justifie la liste, il en décrit les caractéristiques et en montre les particularités. Un dépouillement poussé et systématique des registres fiscaux, en particulier des registres de la capitation, permet à l'auteur de présenter un tableau exact, concret et vivant des sociétés urbaines. Il permet de déceler dans la croissance de la population bretonne au XVIIIe siècle une baisse relative du nombre des citadins, mais aussi des évolutions très divergente d'une cité à l'autre. Claude Nières présente aussi, de manière riche et détaillée, les caractéristiques physiques de chacune de ces villes. Il en suit à travers le siècle les bouleversements urbanistiques. Pour expliquer les modifications survenues tant dans la morphologie urbaine que dans la hiérarchie entre les villes, il se tourne vers l'économie, mais aussi vers l'action politique de l'État monarchique, aussi bien en matière militaire que financière. Il montre le poids des choix divergents des élites urbaines pour faire face aux problèmes rencontrés au fil du siècle. Les villes de Bretagne au XVIIIe siècle : un beau livre d'histoire urbaine.

  • Des parlementaires des XVIIe et XVIIIe siècles, l'historiographie retient avant tout l'image de magistrats souverains, jaloux de leurs prérogatives judiciaires, de leur prestige et dont l'histoire publique est d'abord faite de complexes relations avec la monarchie. En les plaçant au coeur de l'analyse comme acteurs de la vie locale et provinciale, les auteurs de ce livre, historiens du droit et historiens modernistes, proposent un déplacement du regard de l'institution vers les hommes qui l'incarnent et la font vivre. Sortis de leur face à face avec la Monarchie, les parlementaires, entendus tant comme groupe que comme ensemble d'individualités, se révèlent des interlocuteurs incontournables des municipalités, des intendants, des gouverneurs ou des États provinciaux mais aussi des agents actifs d'une identité provinciale. Cette démarche invite à considérer la ville et la province comme lieux d'exercice de la fonction mais aussi comme lieux de vie de cette élite dont il s'agit dès lors de mesurer le poids politique, social et économique. Isolément, aucune de ces perspectives n'était inexplorée, cependant l'évolution de la recherche montre l'intérêt de rouvrir le dossier en reformulant les interrogations mais aussi en croisant ces diverses perspectives.

  • La conquête de Mexico par Hernán Cortés en 1521 conduit à l'établissement de l'autorité du roi d'Espagne sur tout le pays et ouvre la conquête des âmes. Nombre de religieux franchissent l'océan atlantique afin de convertir les populations indigènes. Mais comment les Indiens du Mexique central ont-ils accepté et vécu le christianisme au xvie siècle ? Si l'évangélisation a fait l'objet de nombreuses études, notamment dans ses aspects doctrinaux, jamais un quelconque bilan n'a été entrepris. Les documents d'archive, et en particulier la production indienne trop longtemps négligée, permettent d'appréhender autrement la réalité de l'évangélisation et d'en mesurer l'impact. Car si la conquête spirituelle fut assurément une grande aventure humaine, elle connut aussi de nombreux déboires et désillusions.

  • Le 11 septembre 1758, l'arrière-garde d'un corps expéditionnaire britannique est défaite sur la plage de Saint-Cast par des troupes françaises commandées par le duc d'Aiguillon. Cette bataille ne constitue en fait que l'ultime épisode d'une opération bien plus vaste, l'une des « descentes » sur les côtes de France mises sur pied par Army et Navy au cours de l'été 1758. Ce raid, débuté sous les meilleurs auspices le 4 septembre par un débarquement de vive force, opération presque routinière pour les forces britanniques qui la répètent pour la troisième fois en l'espace de quelques semaines, avait pour objectif Saint-Malo, l'un des principaux ports français. Il a cependant fallu au général Bligh abandonner cette perspective, les défenses de la ville mais aussi la météorologie contraignant ses troupes à rebrousser chemin et à gagner un point de rembarquement. Ce repli est d'ailleurs marqué par des opérations de « petite guerre » dans le bocage breton, exposant les Britanniques au harcèlement des milices gardes-côtes. C'est à l'étude de cette bataille atypique, « entre terre et mer » selon l'expression du chevalier de Mirabeau, que cet ouvrage est consacré. En replaçant l'affrontement du 11 septembre dans un cadre plus large, tactique, stratégique ou diplomatique, il cherche à replacer les événements dans le contexte de la guerre de Sept Ans (1756-1763) d'une part, de ce que l'on a pu appeler la « seconde guerre de Cent Ans » (1689-1815) d'autre part. Mais il s'agit aussi de comprendre ce que purent être les conséquences de ces combats pour les populations du littoral breton, ce qui conduisit aussi à la mobilisation de certains face à l'ennemi, sans négliger pour autant la lente construction de la mémoire de l'événement. Célébrée par Voltaire dès 1758, la bataille de Saint-Cast a en effet été érigée au XIXe siècle en « lieu de mémoire » breton par toute une érudition régionaliste qui y vit tout à la fois le moyen de dénoncer les agissements du duc d'Aiguillon bientôt empêtré dans l'« Affaire de Bretagne » et de vanter une certaine image de la Bretagne, conduite par ses élites naturelles que seraient les nobles.

  • Étude de la Réforme catholique « au ras du sol », ce travail porte sur l'application concrète, à l'échelle locale, de ce vaste processus de transformation religieuse et culturelle, qui est l'un des principaux modes d'avènement de la modernité. 469 paroisses et trèves de Haute-Bretagne, relevant de trois diocèses différents, fournissent le terrain d'enquête, dans une région où la paroisse joue un rôle fondamental sur les plans religieux, culturel et social. En menant la recherche sur un temps long, du milieu du xve au milieu du xviiie siècle, l'on constate que la Réforme catholique et la culture paroissiale entretiennent des liens complexes dans lesquels les processus d'acculturation voisinent avec les phénomènes d'interaction. Cette complexité tient en partie à la diversité des acteurs (dont font partie les paroissiens), de leurs intentions et de leurs modes d'action. Le xvie siècle est une époque dynamique où apparaissent les prémices d'un changement que les troubles de la fin du siècle interrompent de façon temporaire. En effet, c'est dès les années 1610 que commence, sans réel décalage chronologique entre villes et campagnes, le grand siècle de la mise en oeuvre de la Réforme catholique dans les paroisses, époque qui s'achève dans le premier tiers du XVIIIe siècle. L'ouvrage nous mène ainsi au coeur du changement, dans le quotidien de la vie paroissiale, traitant de l'architecture et de l'organisation de l'espace, des objets du culte et du luminaire, des retables et des tabernacles, de la statuaire et de la peinture, tout autant que des prédications et des missions, des confréries et de la Compagnie du Saint-Sacrement, de la confession et du catéchisme, des fondations de messe et de la gestion des biens des paroisses, insistant sur les dévotions et les pratiques, sur l'association entre liturgie, pastorale et sensibilité baroque, sans oublier la fonction sociale des presbytères, les questions de la maladie et de la mort, des miracles et de la fête, pour finir par une réflexion sur les survivances d'une culture héritée.

  • Durant tout l'Ancien Régime, Guingamp demeure une petite ville, à la limite du gros bourg. Centre d'approvisionnement et de redistribution en produits et denrées de première nécessité pour la campagne alentour, la cité ne connaît pas l'essor que sa situation géographique, ses activités économiques et même ses institutions au sein de l'ensemble breton devraient pourtant légitimement lui garantir : peuplée de 5 à 4 000 habitants à la fin du 15e- début 16e siècle, Guingamp n'en dénombre guère davantage à la veille de la Révolution. Sans doute les structures démographiques de la cité sont-elles à mettre en cause : tout au long de la période, les populations guingampaises éprouvent de grandes difficultés à assurer le renouvellement des générations, notamment en raison d'une forte mortalité infantile et juvénile ainsi que d'un âge moyen au mariage relativement tardif chez les femmes. À la vérité, elle n'y parvient que grâce à l'apport migratoire : fin 16e - début 17e siècle par exemple, plusieurs familles nomades s'installent en ville. Cependant, au-delà de ces faiblesses proprement structurelles, somme toute caractéristiques du milieu urbain d'Ancien Régime, la responsabilité même des élites guingampaises semble directement engagée. Dans une cité majoritairement peuplée de petites gens, nobles et bourgeois aisés - il est vrai peu nombreux - ont seuls les capacités financières requises pour dynamiser l'économie locale. Or, ils préfèrent investir dans la pierre et dans la terre (sources de richesses et enjeux sociaux important), condamnant ainsi Guingamp à la stagnation économique.

  • Les paysans qui, avant 1789, exercent une fonction locale, si minime soit-elle, dans les paroisses du Trégor rural (évêché de Tréguier, Basse-Bretagne), accèdent massivement en 1790 aux premières fonctions municipales de leur commune. Pendant le Consulat et l'Empire, souvent après, ces personnages ou leurs enfants sont appelés à exercer les fonctions de maires, d'adjoints et de conseillers municipaux. Leur intérêt pour la vie politique date d'avant 1789 et s'explique par une large participation à la vie locale d'une part comme administrateurs des biens paroissiaux (église, chapelles, confréries, très nombreuses dans le Trégor) et d'autre part comme gestionnaires des intérêts communs lors des réunions des généraux de paroisses. Le temps des doléances puis la lutte contre le domaine congéable trouvent dans le Trégor des paysans formés à la réflexion et à l'action. Une voie paysanne de la Révolution y est établie de manière originale. La création des municipalités en 1790 n'apporte rien de neuf en terme d'émancipation. Au contraire les directives extérieures émanant des districts puis des départements, l'épisode des municipalités de cantons, diminuent l'intérêt des paysans pour la vie locale. Les nominations venues des préfectures sont acceptées plus comme un honneur que comme un engagement. L'élite paysanne trégorroise est large et n'émerge pas nettement du reste de la population. La place tenue au-devant de la communauté tient au cumul de facteurs individuels : famille, fortune, possessions de terres, statut d'employeur, pratique de l'écrit, relations extérieures... La participation à une fonction locale apparaît plus comme un révélateur de la notabilité : élite d'un peuple et ne s'en démarquant que par des différences graduelles, les responsables paysans du trégor jouent toutefois un rôle de notables, vis à vis de la société englobante. Ils contribuent ainsi à dessiner ce que sera le schéma politique de ce pays au XXe siècle.

  • Le présent ouvrage rassemble une grande partie des articles et communications que Brigitte Maillard a écrits tout au long de sa carrière d'enseignante et de chercheur. Ils constituent à la fois un itinéraire de recherche et l'exploration minutieuse d'une région : la Touraine des xviie et xviiie siècles. Tous les grands chantiers qu'a ouverts l'histoire universitaire depuis les années soixante y sont abordés à travers le prisme de l'analyse régionale, qu'il s'agisse de la démographie et de ses prolongements culturels, de l'histoire sociale classique ou de celle des femmes, de l'étude de la société rurale ou de celle de la ville. On trouvera dans cet ouvrage à la fois l'évocation des premiers travaux de la démographie historique - la naissance, la mort, l'illégitimité - mais aussi l'histoire de la famille et des désordres conjugaux, celle de la rumeur et des enlèvements d'enfants... La question de l'encadrement social y est abordée par plusieurs angles : les visites pastorales, la création de paroisses, l'impôt royal ou la justice seigneuriale. Les lecteurs des Campagnes de Touraine y retrouveront vignerons, journaliers et laboureurs, mais ils y découvriront aussi les villes de cette région à travers l'histoire des émeutes de subsistance, celle de l'industrialisation, de la médicalisation, du crédit et de la circulation de l'argent. L'ensemble constitue un ouvrage d'une grande unité qui devrait satisfaire autant les historiens de la France d'Ancien Régime que les amateurs tourangeaux d'histoire régionale.

  • Comment, au XVIIIe siècle, se tissent les liens de la sociabilité ordinaire des gens de l'Ouest ? Comment s'établissent les relations entre les individus, dans la famille ou la communauté, pendant les moments de loisirs ou encore ceux du travail ? Sur quels systèmes de valeurs, sur quelles exigences morales se fondent, au quotidien, les façons d'être, d'aimer ou de haïr, de penser le monde ou de se représenter la société ? C'est prioritairement à ces questions que répond Michel Heichette en prenant l'exemple du pays de Sablé, ville et communautés villageoises d'alentour. Nous sommes là en pays de bocage, aux confins du Maine et de l'Anjou. L'archive de justice, parce qu'elle est un lieu de paroles captées, est ici prise à témoin. D'une multitude de mots et de faits sortis de l'oubli émerge la trace de gens simples qu'habituellement l'histoire, faute de témoignage, ne porte pas sur le devant de la scène. Une histoire des petites gens et des autres saisis dans la banalité du cours ordinaire de la vie mais aussi dans la dynamique du jeu social ; une histoire au ras du sol écrivait Jacques Revel mais qui permet de mieux comprendre les comportements et les sensibilités collectives. L'auteur nous invite, à partir de paroles et de fragments de récits de vie exhumés avec patience et obstination, à entrer dans l'intimité d'un monde que nous avons par ailleurs perdu.

  • James Collins, historien américain spécialiste de la France moderne, fournit ici une analyse très stimulante de la société bretonne des XVIe et XVIIe siècles. Étudiant successivement l'économie, la société et les institutions bretonnes, il donne une interprétation renouvelée du mode d'intégration du duché de Bretagne au royaume et des relations entre cette province, à la personnalité affirmée, et la monarchie des derniers Valois et des premiers Bourbons. La Bretagne et plus largement la France des XVIe-XVIIe siècles apparaissent comme des sociétés beaucoup plus instables et mouvantes qu'on ne l'a cru jusqu'ici. L'absolutisme existe davantage en théorie qu'en pratique. La Couronne et les élites provinciales, noblesse en tête, font des compromis mutuellement profitables pour assurer leur mainmise conjointe sur la société bretonne. Dans ce cadre, J. Collins éclaire les rapports de domination entre les différentes catégories de la population, à travers l'étude des prélèvements seigneuriaux et fiscaux. Un ordre nouveau s'élabore, non sans conséquences sur des structures de base comme le lien entre famille et individu, le rôle de la femme ou la propriété. L'ordre public demeure cependant fragile et les tensions qui traversent la société bretonne débouchent en 1675 sur les révoltes du Papier Timbré et des Bonnets Rouges, attentivement scrutées par l'auteur.

  • Des années 1760 à 1830 le monde bascule. Tout autour de l'Atlantique, sur le pourtour de la Méditerranée, au-delà même du Cap de Bonne-Espérance, un vent de révolution change durablement les sociétés en les faisant entrer dans l'ère contemporaine. De nombreuses études se sont penchées ces dernières années sur la révolution politique qu'a constituée la naissance de la république moderne, et de nombreuses monographies ont par ailleurs traité des voyages. Ce volume réunit les deux aventures. On s'y demande comment une pratique ancienne, le voyage, rencontre une idée nouvelle, la République. Observer les autres sociétés, les coutumes de populations différentes, se transporter ailleurs, partir comprendre sous d'autres cieux, chercher à comparer les gouvernements républicains anciens, nouveaux ou en gestation, ouvrir sa curiosité à un cosmopolitisme des nations, découvrir d'autres modèles politiques que le sien, tout cela devient une sorte de propédeutique tantôt spontanée, tantôt bien organisée, parfois forcée. Il en résulte un transfert d'idées, de personnes et d'expériences que l'aire et l'ère des révolutions atlantiques ont rendu possible depuis le début de la Révolution américaine jusqu'aux premières révolutions du XIXe siècle naissant. Les deux univers du périple et de la citoyenneté s'enrichissent l'un par l'autre, le voyage politique se réinvente de façon originale dans l'exil, dans la conquête, dans l'expédition savante, dans la visite accomplie seul ou en groupe. La pratique du voyage se régénère dans le sens nouveau que lui donnent les républicains des Lumières et des Révolutions. Les deux formules « Where liberty is not this is my country » et « là où se trouve la liberté est mon pays » invitent de façon inverse au même mouvement : porter la république au-delà de ses frontières.

  • La Maison de Salomon est le nom que donne l'homme d'État anglais Francis Bacon à l'institution imaginaire décrite dans son récit utopique La Nouvelle Atlantide : une confrérie dont les membres s'efforcent de mettre les sciences, les inventions et les techniques au service du bien commun. L'idée est puissamment mobilisatrice et constitue l'un des moteurs, quelques décennies plus tard, de la création des académies scientifiques française et anglaise. Mais cette « maison » existe déjà quand paraît en 1627 l'utopie baconienne. Elle est constituée de tous ceux, inventeurs, professeurs, fabricants d'instruments mathématiques, libraires spécialisés ou ingénieurs qui font des sciences et techniques leur occupation. Comment vivre de son savoir lorsqu'on n'était pas gentilhomme comme Descartes ? Quelles opportunités se présentaient à ceux qui, de part et d'autre de la Manche, cultivaient les sciences et les techniques ? Quelle place leur réservaient des sociétés d'Ancien Régime qu'on croit souvent, avec quelque raison, rétives ou étrangères à la rationalité scientifique moderne ? Comment et par qui ces hommes étaient-ils protégés ? Loin de l'image classique du mécénat aristocratique et royal, cette enquête montre que le patronage dont ils bénéficiaient revêtait bien des aspects et mobilisait de nombreux mécènes au petit pied, dans l'administration monarchique et ailleurs. En revenant sur les carrières de dizaines de savants et techniciens français et anglais du xviie siècle, cet ouvrage éclaire ainsi des aspects méconnus de la formation de l'État moderne et de l'émergence de la science expérimentale.

  • Comment l'imprimerie a-t-elle modifié la culture orale des pèlerinages, faite de cantiques chantés, de récits de miracles racontés et mimés ? Quand le fidèle sait lire, comment le livret transforme-t-il celui-ci, en étant un agent essentiel de la pastorale ? Dans quelle mesure l'imprimé tient-il compte de son auditoire ? Cet ouvrage se propose de répondre à ces questions. À partir d'une enquête sur 596 livrets concernant 216 sanctuaires sur trois siècles, les rapports entre imprimerie et culture sont examinés. Cet ouvrage se veut d'histoire totale, qui montre de manière transversale la production économique du livre, les intentions des auteurs, et la consommation/appropriation de l'objet. Le thème est aussi présenté de manière chronologique, par les livrets flamboyants (1480-1560), le temps des controverses (1560-1660), et le long temps de l'aventure individuelle (1660-1790). Le livret imprimé n'aura pas fait disparaître la démarche de pèlerinage très ancrée dans la culture des hommes, mais il aura réussi à la domestiquer.

  • Henriette Edme est née en 1719, au temps de « l'aimable Régence » (Voltaire). Elle est l'aînée d'une famille de bourgeois gentilshommes installée dans le modeste château des Rouaudières, à Cormenon, dans le Perche Vendômois, ou Bas-Vendômois, zone de contact entre Maine, Beauce et Orléanais. Celle qui devient Mme de Marans après un mariage tardif, vit noblement et passe son temps libre à lire, réfléchir et écrire en son for privé. Ses écrits personnels, conservés par sa famille, montrent sa grande culture ainsi que son ambition « d'en apprendre davantage », à l'encontre des discours du temps sur les savoirs des femmes, à l'encontre des idées reçues sur les savoirs des châtelaines. Cette étude se propose de montrer comment Henriette de Marans façonne son image de femme cultivée : elle est l'actrice de la construction de son identité. Néanmoins, ce portrait remarquable n'est pas celui d'une héroïne exceptionnelle. Henriette de Marans vit comme ses semblables de la petite et moyenne noblesse provinciale, elle n'est ni brimée ni particulièrement encouragée, elle véhicule les lieux communs lus et entendus, elle ne revendique pas, elle ne s'intéresse qu'à son propre cas. La châtelaine incarne un modèle de femme cultivée au siècle des Lumières, une femme qui sait et en fait un tremplin pour exister.

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