Mercure de France

  • Claire-Élisabeth Gravier de Vergennes (1780-1821), petite-nièce du ministre de Louis XVI, fille et petite-fille de guillotinés, proche de l'impératrice Joséphine, épouse en 1796, à seize ans, Auguste de Rémusat, collaborateur de Bonaparte. Après la proclamation de l'Empire, elle est nommée Dame du palais et son mari Premier chambellan de l'Empereur. Il le suit à travers l'Europe entière. Mme de Rémusat prend la plume et écrit à son mari absent. Entre 1804 et 1813, elle lui adresse près de deux cents lettres. Elle évoque sa vie quotidienne, entre lectures, réceptions, tâches domestiques, spectacles vus et aimés. On y ressent l'air du temps, la vie parisienne, les festivités impériales. Défile le gotha civil et militaire du régime... Plus subtilement, Mme de Rémusat est habitée par la mélancolie et l'inquiétude face à l'avenir. Elle comprend que le tourbillon d'une vie au coeur de l'Empire passera comme un songe ; la guerre, jetée partout en Europe, est à la fois la condition de l'Empire, sa gloire et sa chute promise, inéluctable. La qualité littéraire de l'épistolière s'ajoute à la vivacité de plume de la chroniqueuse des moeurs de l'Empire, pour faire de ce volume de correspondance un précieux témoignage autant qu'un journal intime au féminin, d'une sensibilité rare.

  • Issu d'une famille réputée dans le monde de la robe, l'avenir d'Adrien Duquesnoy, né en 1759 à Briey, en Lorraine, semble tout tracé : il s'inscrit lui-même au barreau, s'installe à Nancy, où il s'intègre dans la bonne société, dans une relative discrétion. Mais à partir de 1787, la crise que traverse la monarchie va bouleverser sa vie. Après avoir participé à l'Assemblée provinciale, il est choisi en 1789 comme représentant du Tiers état pour aller aux États généraux. À Versailles, tout s'accélère de manière totalement imprévue. Âgé de 30 ans, cet homme banal, chargé d'attentes et d'espérances, participe à l'effondrement du régime. Pétri d'indépendance et de courage, Duquesnoy se jette dans une révolution que personne n'avait réellement anticipée, dont il choisit pourtant d'être un des acteurs. Oscillant entre l'enthousiasme, l'humour acéré, la peur voire le cynisme, balançant entre des émotions contraires, le député de Bar-le-Duc témoigne des problèmes quotidiens que les hommes ordinaires de la Révolution ont dû affronter. Dès les premiers jours, il décide de consigner par écrit son expérience pour mieux la comprendre, mais aussi pour que ses électeurs puissent se faire une opinion des événements. Tenant à la fois du bulletin, du journal et de la correspondance, ce récit exprime d'une façon exceptionnelle la manière dont un député d'abord modéré devient, au fil des événements, un révolutionnaire.

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