La découverte

  • Arlette Farge présente ici des archives qui lui sont chères, des documents laissés de côté au terme de ses différents travaux et recherches, dont le pouvoir d'évocation reste vivace. Pris en tant que tels, ils permettent de regarder l'Histoire autrement.
    Comment saisir les vies oubliées, celles dont on ne sait rien ? Comment reconstituer au plus près l'atmosphère d'une époque, non pas à grands coups de pinceau, mais à partir des mille petits événements attrapés au plus près de la vie quotidienne, comme dans un tableau impressionniste ?
    Arlette Farge offre ici ce qu'on appelle les " déchets " ou les " reliquats " du chercheur : ces bribes d'archives déclarées inclassables dans les inventaires, délaissées parce que hors des préoccupations présentes de l'historien. Ce sont des instantanés qui révèlent la vie sociale, affective et politique du siècle des Lumières. Prêtres, policiers, femmes, ouvriers, domestiques, artisans s'y bousculent.
    De ces archives surgissent des images du corps au travail, de la peine, du soin, mais aussi des mouvements de révolte, des lettres d'amour, les mots du désir, de la violence ou de la compassion.
    Le bruit de la vague, expliquait Leibnitz, résulte des milliards de gouttelettes qui la constituent ; Arlette Farge immerge son lecteur dans l'intimité de ces vies oubliées. Une nouvelle manière de faire de l'histoire.

  • Si la postérité a boudé Étienne de Silhouette, la langue française a retenu son patronyme qui désigna d'abord un portrait dessiné de profil. Derrière cette esquisse monochrome, se cache pourtant un homme haut en couleur. Thierry Maugenest livre ici une biographie enlevée de ce ministre de Louis XV qui taxa la finance et la noblesse pour soulager les pauvres.
    Si la postérité a boudé Étienne de Silhouette, la langue française a retenu son patronyme, passé dans l'usage commun, qui désigna d'abord un portrait dessiné de profil. Derrière cette " silhouette " monochrome, se cache pourtant un homme haut en couleur.
    Grand voyageur, écrivain, espion, homme d'État, Étienne de Silhouette fut l'un des hommes les plus connus de son temps. Alors que rien ne le prédestinait à atteindre les sommets du pouvoir, ce brillant philosophe des Lumières, lecteur de Confucius, traducteur de Pope, protégé de madame de Pompadour, deviendra ministre des Finances de Louis XV.
    Nous sommes en 1759, trente ans avant la Révolution française. Tandis que le peuple, accablé sous les impôts, est en proie à la famine, la politique lancée par Étienne de Silhouette va ébranler Versailles. Aussitôt aux affaires, le nouvel homme fort de l'État n'hésite pas, en effet, à taxer très lourdement les privilégiés afin de soulager les indigents. On ne lui pardonnera jamais pareil affront. Ridiculisé, évincé, calomnié : rien ne sera épargné à celui qui réunit contre lui la noblesse, la finance et le parti dévot qui tentent de le bannir de l'histoire de France. Cette biographie enlevée, qui s'appuie sur de nombreux documents d'époque, redonne vie à ce personnage d'exception, et rend justice à son audacieuse politique égalitaire.

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