Editions Champ Vallon

  • Les sociétés contemporaines produisent une quantité extraordinaire de déchets, nécessitant une organisation spécifique pour les évacuer et les recycler. Comment procédait-on avant le triomphe de l'industrie, avec des volumes bien moindres mais des moyens techniques plus limités? Ce livre s'intéresse à la manière dont le Paris d'Ancien Régime, monstre démographique, les a relevés. L'investissement direct des Parisiens et de leurs édiles est fondamental : les citadins ont longtemps pris eux-mêmes en charge l'organisation et le paiement du nettoiement des rues réalisé par des paysans de banlieue et de multiples travailleurs. Confrontant ses rêves de grandeur à la matérialité des défis logistiques et financiers, la monarchie a cependant peu à peu accru son emprise sur cette activité.

    Nicolas Lyon-Caen est chercheur au CNRS. Il a notamment publié La Boîte à Perrette. Le jansénisme parisien au XVIIIe siècle aux éditions Albin Michel en 2010.

    Raphaël Morera est chercheur au CNRS. Spécialisé en histoire environnementale, il travaille sur la gestion de l'eau à l'époque moderne. Aux Presses universitaires de Rennes, il a notamment publié L'assèchement des marais en France au XVIIe siècle en 2011.

  • Les années de la fin du règne de Henri II jusqu'à la fin de la première guerre de religion en mars 1563 voient s'accélérer la rupture religieuse entre catholiques et protestants. En témoignent les arrêts criminels rendus par le parlement de Paris, cour souveraine qui rend la justice au nom du roi. Ils sont un observatoire privilégié, sorte de caisse de résonance de leur époque. L'activité criminelle d'une haute cour de justice montre qu'en matière de religion, la politique royale est souvent hésitante, parfois volontariste, et qu'elle finit par se heurter à l'opposition des sujets, laquelle entraîne l'inapplication des lois et le développement de la violence. Cette étude révèle à quel point la Réforme protestante a ébranlé le royaume de France ainsi que la monarchie.

    Archiviste paléographe, Sylvie Daubresse est ingénieur de recherche CNRS au Centre Roland Mousnier, Sorbonne Université. Ses travaux portent sur l'histoire politique et judiciaire du XVIe siècle. Elle a publié Le parlement de Paris ou la voix de la Raison (Droz, 2005), collaboré à un ouvrage collectif sur Le Parlement en exil (H. Champion, 2007). Le présent ouvrage est le mémoire inédit de son habilitation à diriger les recherches.

  • Romam veni Nouv.

    Cet ouvrage met en pleine lumière un moment décisif mais relativement méconnu de la naissance du mouvement humaniste dans l'Italie du début du Quattrocento : ce n'est pas à Florence, mais à la cour des papes revenue à Rome que s'épanouit et s'affirme une nouvelle génération d'intellectuels, au sein d'un milieu cosmopolite, travaillant dans l'administration pontificale et au service des élites ecclésiastiques. Et c'est dans un contexte de crise profonde, le Grand Schisme d'Occident, que la papauté s'ouvre à l'idéal d'une Renaissance. Au fil d'une enquête croisant sources d'archives et oeuvres littéraires, l'histoire de ce tournant est retracée, de l'afflux de jeunes lettrés en quête de fortune dans une institution divisée, aux débuts d'une révolution rhétorique et idéologique.

    Agrégée, docteure en histoire médiévale et ancienne membre de l'École française de Rome, Clémence Revest est aujourd'hui chargée de recherche au CNRS (Centre Roland Mousnier, Sorbonne Université).

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    Comment conquérir puis gouverner une dizaine de cités, des nobles par milliers et près d'un million de sujets ? En Lombardie, entre 1515 et 1530, François Ier, Francesco II Sforza et Charles Quint ont buté sur la même question. La réponse offrait un prix de taille : une terre riche et peuplée, à la croisée des chemins de la Méditerranée, des Alpes et des plaines du Nord. Si la guerre fut destructrice et indécise, c'est que les autochtones opposèrent aux conquérants des défis à la hauteur d'une culture politique millénaire. Plus le temps passe, plus la Lombardie apparaît comme une des pièces incontournables de la formation de l'Europe moderne, entre exercice de la souveraineté, de la fidélité et de la médiation mais aussi expérience de la violence, de la servitude et de la résistance.

    Séverin Duc, agrégé et docteur en Histoire, est membre de l'École française de Rome et chercheur associé au Centre Roland Mousnier. Il obtenu, pour la thèse dont ce livre est issu, le prix Aguirre-Basualdo de la Chancellerie des Universités de Paris. Actuellement, il s'intéresse à l'histoire sociale et familiale des pouvoirs en France et en Italie.

  • Et si la verticalité avait une histoire ? Dans la perception occidentale du monde en trois dimensions, la montagne joua un rôle déterminant. Celui-ci s'affirma à partir de la Renaissance, lorsque les Alpes et les Andes virent défiler des dizaines de milliers d'individus, simples mercenaires comme princes ou même rois, qui rêvaient de conquêtes à la hauteur de celles d'Alexandre et d'Hannibal.
    Parce que la montagne est « scabreuse, pierreuse, montueuse, infertile, mal plaisante à l'oeil, très difficile aux pieds », comme l'écrit Rabelais, elle s'éprouve jusque dans la chair. Elle est le lieu de l'initiation, de la conversion et de la transfiguration. Loin d'être le territoire du retard et du barbare que l'on prétendait, la montagne fut surtout le lieu du dépassement, de la réformation de l'oeil et de l'esprit, qui participèrent de l'élan de la Renaissance. La verticalité traversée et vaincue devint un état d'esprit fait d'audace, d'ambition et d'innovation. Ainsi François Ier, ébloui d'avoir su « trancher les monts » en y conduisant chevaliers et canons avant de triompher à Marignan, ou Cortès, ordonnant de faire l'ascension du Popocatépetl avant de prendre Mexico.
    Selon l'usage que les souverains ou les peuples en firent, la montagne fit saillir des identités nouvelles, elle façonna les imaginaires, contribua à modifier les pratiques et les cultures politiques de l'Europe moderne. Et les montagnards naquirent pour eux-mêmes, défendant leur territoire face aux sarcasmes des hommes des plaines. Du légendaire Guillaume Tell au chevalier Bayard, de l'amazone Philis de la Charce aux fées francoprovençales, la montagne devint un territoire revendiqué et valorisé, forgeant des « identités verticales », tant chez les redoutables Suisses que chez les équivoques ducs de Savoie, qui la déclinèrent en poèmes et en somptueux ballets de cour.
    En faisant cheminer l'homme entre ciel et terre, entre arêtes et précipices, entre effondrement physique et extase mystique, la verticalité de la montagne est en soi un chemin « montant descendant », susceptible de transformer l'homme en profondeur. Elle s'impose à nous comme une magnifique allégorie de la Renaissance, sinon de la vie elle-même.

    Stéphane Gal est maître de conférences HDR en histoire moderne à l'université Grenoble Alpes. Il a notamment publié Charles-Emmanuel de Savoie La politique du précipice, Payot, 2012.

  • Ce livre retrace la vie de Nicolas Desmaretz, dernier ministre des Finances de Louis XIV. Ce neveu de Colbert en raison de la nouvelle forme d'expertise qu'il incarne et de la puissance de ses réseaux a traversé tout le règne personnel en exerçant directement le pouvoir ou en conseillant ceux qui gouvernent.
    Il contribue à forger sous la direction de son oncle l'État de finance. Chassé par le roi et frappé d'indignité, il revient vingt ans plus tard comme directeur des Finances, puis Contrôleur général. Il remodèle l'administration et procède à des réformes d'ampleur témoignant de la capacité de la monarchie à se repenser. Reconstituer sa carrière permet d'opérer une radiographie de l'État sur le temps long et de poser le problème de la prise de décision dans une conjoncture d'exception.

    Stéphane Guerre, né en 1975, est professeur agrégé d'histoire, docteur en histoire moderne de l'université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis. Ses recherches portent sur l'histoire financière de la fin du règne de Louis XIV ainsi que sur la prise de décision politique et le fonctionnement réel de l'État absolu.

  • Au XIXe siècle, le « vandalisme révolutionnaire » n'est plus de saison. Et pourtant, des gestes oubliés, d'une ampleur insoupçonnée, semblent se rejouer : bustes de rois brisés, emblèmes martelés, drapeaux brûlés. Dans des moments d'anomie, de révolution ou de restauration, le domaine de ce qu'il est tolérable de voir est redéfini. L'oeil blessé dicte sa loi. Que détruisent alors les iconoclastes ? Que visent-ils à travers l'image brisée ? Quelle puissance et quelle vitalité lui attribuent-ils ? Quels effets croient-ils produire sur le monde social et sur les rapports de pouvoir ? Nourri d'archives vivantes et sensibles, l'ouvrage analyse ces gestes en situation, comme autant d'opérations politiques dont il restitue les sens perdus.

    Emmanuel Fureix est maître de conférences habilité à diriger des recherches à l'Université Paris-Est Créteil, ancien membre de l'Institut universitaire de France. Il a notamment publié La France des larmes. Deuils politiques à l'âge romantique (Prix Chateaubriand 2009), Le siècle des possibles. 1814-1914 (2014), et La modernité désenchantée. Relire l'histoire du XIXe siècle français (2015, avec François Jarrige).

  • Des nourrissons gelés dans leur berceau, des aristocrates enfermés dans leur chaise à porteur installée au milieu de leur salon pour échapper à la froidure des courants d'air, des écrivains les jambes enserrées dans une peau d'ours, des paysans réfugiés dans leur lit, seul endroit de la maison où l'on peut jouir d'une relative chaleur en hiver, des voyageurs retrouvés morts sur le bord des chemins... Quand les archives nous laissent apercevoir nos aïeux aux prises avec l'hiver, le spectacle est à la fois surprenant et dépaysant.
    Si ces anecdotes mettent indirectement en lumière la rigueur des hivers du passé, elles témoignent aussi, et surtout, de l'incapacité des sociétés anciennes à se protéger efficacement des assauts récurrents du froid. Habi­tués au confort douillet de nos habitations, nous peinons à imaginer ce qu'a pu représenter l'épreuve de l'hiver pour les hommes et les femmes du passé. Contraints de grelotter au coin de leur cheminée qui chauffait peu et mal, ils devaient déployer des trésors d'énergie pour essayer de lutter contre les morsures du « petit âge glaciaire ».
    Leur sensibilité au froid et à la chaleur était bien éloignée de la nôtre et cette accoutumance à l'inconfort, cette capacité à endurer avec résignation des températures intérieures dont l'évocation seule nous fait aujourd'hui frissonner ne manquent pas de nous étonner.
    Il faudra attendre la seconde moitié du xviiie siècle pour que se développe enfin une réelle réflexion technique sur le chauffage domestique, nourrissant dès lors cet insatiable appétit de chaleur qui est encore aujour­d'hui le nôtre.
    Dans la lignée des grands travaux consacrés à l'histoire des sensibilités, ce livre se propose de reconstituer l'expérience sensible du froid et de la chaleur à l'époque moderne. Il souhaite ainsi contribuer à retracer la généalogie de notre rapport sensible au monde.

    Agrégé et docteur en histoire, Olivier Jandot enseigne au Lycée Gambetta-Carnot d'Arras. Il est également chargé de cours et chercheur associé à l'Université d'Artois (EA 4027 CREHS).

  • A la mort de Louvois, Louis XIV décide d'entretenir une relation directe avec ceux qui, n'étant pas ministres, devaient jusque-là s'adresser uniquement aux médiateurs que furent Colbert et Louvois. Vauban, commissaire général des fortifications depuis 1678, fait partie de ces privilégiés. En juillet 1691 débute donc l'étonnante correspondance ici publiée, soit 144 lettres retrouvées dont beaucoup étaient inédites. Elle témoigne entre autre de l'importance de la fortification et de la mise en défense du pays dans ces années de guerre. Franchise de Vauban et confiance du roi autorisent même des débats sur des sujets assez éloignés de la fortification. Les agendas de Vauban rédigés pour des audiences royales apportent de surcroît un éclairage neuf sur le processus de prise de décision du roi.

    Spécialiste de Vauban, Michèle Virol professeur d'histoire moderne à l'université de Rouen-Normandie, a publié plusieurs livres sur l'ingénieur de Louis XIV dont une biographie intellectuelle (Vauban, Champ Vallon, 2003, rééd 2007) ainsi que l'édition intégrale et commentée des Oisivetés de M. de Vauban (Champ Vallon, 2007). Elle a aussi publié un livre sur Ragot de Beaumont, ecclésiastique du XVIIe siècle (2011) et des études sur les ingénieurs européens et la guerre de siège au XVIIe siècle.

  • En 1610, les crises d'une jeune ursuline conduisent à un diagnostic de possession démoniaque. Au cours des exorcismes pratiqués, les diables parlent longuement, révèlent qu'Henri IV est un martyr, que l'Antéchrist est né, que la fin du monde est proche. Ils accusent aussi un curé marseillais d'avoir ensorcelé et livré au sabbat la jeune femme. Début 1611, la justice d'Aix est saisie et, au terme d'un procès aberrant, le curé est brûlé vif. Faisant apparaître les arrière-plans millénaristes d'un procès qui cherche à sacraliser un état devenu fragile, cette étude d'une affaire mise au service de la monarchie pour refonder la foi et le catholicisme démonte aussi les mécanismes de l'invention d'une fiction collective dont le modèle sera reproduit par les répliques de Loudun, Louviers et Auxonne. Prenant le risque d'une approche transdisciplinaire (historique, littéraire, anthropologique, psychologique...), cette étude veut approcher la complexité du phénomène et sa plasticité, approcher, en somme, la complexité d'un moment de fiction partagée qui se décline sous différentes formes, du happening des exorcismes au procès ou à la rédaction des livres, et qui mobilise différents types d'acteurs, victimes non consentantes, possédées à la fois manipulées et manipulatrices, exorcistes tout à la fois scénaristes, acteurs, abuseurs abusés, public crédule, auteurs. Jean-Raymond Fanlo est professeur de littérature à l'Université d'Aix-Marseille. Il a notamment publié des essais sur Agrippa d'Aubigné et traduit au Livre de poche Don Quichotte et des Nouvelles exemplaires de Cervantès (prix Laure Bataillon en 2008).

  • Sacre et couronnement, lever et coucher du souverain, comédies, concerts et autres divertissements de la cour, mariages, funérailles princières... Les Menus Plaisirs du Roi étaient chargés de l'organisation du cérémonial, au quotidien, notamment au château de Versailles, comme des rituels d'État. Nous sommes ici au coeur du grand spectacle que la monarchie donne d'elle-même, au coeur de la fabrique de l'image et de l'imaginaire de la souveraineté, pour manifester, mais aussi pour combler le fossé qui sépare le corps mortel du prince de la dignité immortelle et sacrée qu'il incarne. C'est la première fois que l'administration des Menus Plaisirs est l'objet d'une étude qui, à partir d'une approche inédite des archives, s'inscrit pleinement dans le renouvellement de l'histoire politique et culturelle de l'État royal. Au siècle des Lumières, cette institution méconnue est d'autant plus importante qu'elle assume à la fois le service du souverain, à Versailles, et celui du public, à Paris, par sa tutelle de la Comédie-Française et de la Comédie-Italienne. Du règne finissant de Louis XIV à celui de Louis XVI, placés au centre de la Maison du Roi, mais aussi de la monarchie dite « administrative », les Menus Plaisirs permettent de mieux comprendre, de l'intérieur en quelque sorte, le fonctionnement de l'État et « l'esprit des institutions » de l'Ancien Régime. Ancienne élève de l'École Normale Supérieure et agrégée d'histoire, Pauline Lemaigre-Gaffier est maître de conférences en histoire moderne à l'Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. La thèse dont cet ouvrage est issu a reçu en 2012 le prix Benabou / Aguirre-Basualdo décerné par la Chancellerie des Universités de Paris.

  • Dénoncée comme la part maudite mais nécessaire de l'urbanité, la prostitution est dépénalisée en 1791. Dépassant les fantasmes et les préjugés qui trop souvent résument l'histoire de la prostitution révolutionnaire, cette immersion dans le monde des prostituées et de ceux qui ordonnent leur activité interroge le rapport entre le moment révolutionnaire et l'activité prostitutionnelle. Que fut la prostitution au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, alors que sonne le glas des grands bordels de l'Ancien Régime? Quel rôle la Révolution a-t-elle joué à son égard? Sa dépénalisation a-t-elle constitué une révolution? Explorer cet angle mort de la recherche redonne vie aux modes d'existence des prostituées, met au jour les origines des politiques contemporaines de la prostitution et exhume un moment de l'histoire de la citoyenneté encore largement méconnu. Dans cette enquête où se côtoient femmes publiques, « honnêtes citoyens », policiers et hommes de loi, la prostitution révèle les frontières morales du projet révolutionnaire et propose une autre histoire de la sexualité en Révolution. Cette histoire est celle d'une libéralisation paradoxale de la prostitution qui façonne les contours d'une catégorie de «citoyennes diminuées» dans la cité républicaine. Clyde Plumauzille est chercheuse au Centre de recherches historiques de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Sa thèse a obtenu le prix Benabou-Aguirre Basualdo de la Chancellerie des Universités de Paris.

  • Comment exercer son métier de reine ? Comment résister à la routine des divertissements utiles et des obligations de son sexe ? Comment surtout s'inventer un rôle politique lorsqu'on est née Marie-Caroline de Habsbourg-Lorraine et qu'on se trouve « exilée » à la cour de Naples, au coeur des tumultes de l'Italie des Lumières ? De 1781 à 1785, la reine de Naples s'est attachée à l'exercice quotidien de ses « écritures », sans doute pour discipliner ses propres affects.
    C'est à la lecture de ce diaire qu'est convié le lecteur. Écrit dans le français parfois audacieux qui était la langue des élites européennes, ce journal d'une reine est un document historique d'une exceptionnelle richesse. Au-delà de la chronique de la vie de cour, on y assiste au surgissement d'un moi souverain qu'agite, en ces années pré-révolutionnaires, le souffle de l'histoire.
    Rassemblant des pièces dispersées, Mélanie Traversier reconstitue le journal de Marie-Caroline de Naples, présenté ici pour la première fois dans son intégralité. L'édition annotée comporte en effet la retranscription d'un manuscrit que l'on croyait perdu : le récit du voyage de la reine en Italie du Nord de mai à septembre 1785, sorte de tournée d'inspection des expériences politiques du réformisme des Lumières. Elle est précédée d'un ample essai qui, à travers l'analyse de sa pratique épistolaire et de son écriture intime, éclaire la biographie d'une soeur méconnue de Marie-Antoinette.

    Mélanie Traversier est maîtresse de conférences en histoire moderne à l'Université de Lille 3 et membre de l'Institut universitaire de France. Elle est notamment l'auteure de Gouverner l'opéra. Une histoire politique de l'opéra à Naples (1767-1815), (École française de Rome, 2009) et a préfacé les Mémoires de Vittorio Alfieri (Ma Vie, Mercure de France, 2012)

  • Exerçant son action du cabaret au salon, du bordel à la loge maçonnique, la police de Paris serait-elle « la plus parfaite », comme certains le proclament au siècle des Lumières, pour tenir une aussi grande ville d'Europe ? La vaste réforme impulsée au temps de Colbert en 1666-1667 ne se limite pas à la création de la lieutenance générale de police. Tout au contraire, elle inaugure une dynamique de transformation des pouvoirs policiers parisiens : il s'agit d'améliorer le recrutement et les pratiques des commissaires au Châtelet, des inspecteurs et des auxiliaires, ces « mouches » et espions qui fréquentent les « petits cafés » et les lieux louches, tous métamorphosés en « bons ouvriers » de la sûreté publique. Plus préventive que répressive, la police renforce sa surveillance sur la société et son emprise sur le territoire urbain ; soucieuse du « bonheur des hommes en société », elle intervient dans les domaines de la salubrité, de la santé, de la voirie, des arts et métiers, du commerce et des marchés pour rassurer et protéger les « bons citoyens ». Mais cette « force vigilante et active » (Louis Sébastien Mercier) est là aussi pour surveiller, évincer, enfermer, sans faiblesse, les « indésirables » et faire taire le « peuple murmurant ». Aussi nourrit-elle constamment des tensions : les résistances ne cessent jamais et la cristallisation des critiques autour du « despotisme » de la police est un puissant ferment de l'effervescence pré-révolutionnaire. À partir des années 1760, la philosophie du droit naturel, une nouvelle idée de la liberté et de la souveraineté politique rendent l'arbitraire policier de moins en moins acceptable. Ces critiques rencontrent le vécu ordinaire des hommes et des femmes à la vie fragile, qui savent la police dure aux pauvres et à tous les laissés-pour-compte du « beau XVIIIe siècle ». En 1789, la dénonciation du despotisme de cette police qui a prétendu se mêler de tout, qui a voulu tout connaître, tout prévoir, érige les services de la lieutenance générale en emblème de la tyrannie, une Bastille à abattre pour qu'enfin triomphent l'état de Droit et l'égalité de tous devant la Loi. Vincent Milliot, ancien élève de l'ENS (Saint-Cloud), est professeur à l'Université de Normandie-Caen. Justine Berlière qui collabore à ce volume, ancienne élève de l'Ecole nationale des Chartes, est directrice des Archives départementales de Corrèze.

  • Au XVIIIe siècle, grâce aux efforts redoublés de l'Église, le clergé semble davantage moralisé, comme en atteste le topos littéraire du «bon prêtre». L'étude d'un corpus de sources éclectiques, issues des archives de la Bastille, du parlement et de l'officialité de Paris, révèle la persistance d'un contingent non négligeable de membres déviants. Enjeux d'une surveillance multiforme, les ecclésiastiques contreviennent à l'impératif de chasteté en entretenant des relations ancillaires, sodomites et tarifées, de manière fortuite ou régulière. Outre la mise en lumière de leurs pratiques sexuelles et d'une géographie de la capitale tentatrice, la confrontation des sources souligne l'existence de plusieurs effets de seuils entraînant scandale, saisine de justice et répression.

  • Aux antipodes des peintures officielles, l'image noire de Louis XIV, ciselée de son vivant, connut une large diffusion à travers toute l'Europe. Gravures, médailles, épigrammes et libelles circulant au crépuscule du Grand Siècle déconstruisirent, une à une, les images glorieuses du souverain, pour ne retenir que la misère imposée au peuple, la fiscalité excessive, l'ambition, la tyrannie, la vanité, les faiblesses multiples, militaires, sexuelles ou intellectuelles de Louis le Grand.Ces satires féroces, pour la première fois rassemblées dans ce livre, permettent de découvrir comment des artistes anglais, néerlandais et français firent du Roi Soleil l'incarnation du despotisme et de la barbarie. Élaborées au moment où émerge le pouvoir de la presse, relayées par des chansons et des pamphlets moqueurs, ces créations témoignent d'une politisation de plus en plus accrue des Européens à l'aube du siècle des Lumières.En retraçant la genèse de cet imaginaire, en dévoilant la richesse et l'humour de ces oeuvres infamantes, puis en se penchant sur les effets qu'elles produisirent, cette étude, qui repose sur un ensemble de 216 estampes, 90 médailles, sans oublier un média inattendu, des cartes à jouer, propose un regard neuf sur le règne du « plus grand roi du monde ».Cet « envers du Soleil », qui touche toute la société, depuis les milieux populaires, dans les coffeehouses de Londres, jusqu'aux cercles les plus savants, témoigne de la force subversive et désacralisante d'une culture européenne des images.Isaure Boitel est agrégée et docteur en histoire moderne. Elle est maître de conférences à l'Université Picardie Jules Verne.

  • Des guerres d'Italie à la fin du règne de Louis XIV, les conflits permanents voient alterner pratiques de redditions honorables, rites d'humiliations, exactions et massacres.
    Saisir la logique de ces traitements différenciés de l'adversaire défait impose de considérer la guerre comme un marché dicté par l'intérêt pragmatique des belligérants. Pour accomplir leurs objectifs politiques et militaires à moindre coût, les vainqueurs font parfois preuve de clémence. Mais lorsque s'éloigne la menace des représailles, malheur aux vaincus !
    Cette vision transactionnelle de la guerre bouscule deux mythes historiographiques, celui d'un sombre XVIe siècle marqué par l'ultra violence des « guerriers de Dieu », et celui, déréalisant, de la « guerre en dentelles » chevaleresque et courtoise.

  • Lorsque Henri IV tombe sous les coups de Ravaillac en 1610, la Maison militaire du roi n'est encore que la garde personnelle du souverain et de la famille royale. Le constat de son échec à protéger le roi est alors sans appel.

    Près d'un siècle plus tard, à la mort de Louis XIV, la Maison militaire est pourtant devenue un corps d'élite, une garde domestique implacable, mais surtout une véritable institution militaire où servent les meilleures troupes de l'armée. Grâce à des réformes profondes, Louis XIV a destiné les corps de sa garde personnelle à devenir le laboratoire d'une vraie armée professionnelle. Employée sans relâche sur les champs de bataille, la Maison militaire du roi illustre ainsi la prise en main de l'appareil militaire par un souverain triomphant.

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