Presses universitaires de Provence

  • L´on n´est jamais trahi que par les siens. S´il y a du vrai dans cet adage, les relations familiales, où s´expriment parfois les solidarités les plus fortes, ne seront-elles pas aussi l´occasion des dissensions les plus douloureuses ? La parenté peut susciter parfois de bien curieuses rivalités, et l´épopée, qui accorde tant d´importance aux liens familiaux, en propose des exemples fort variés. Souvent, les Sarrasines rejettent leurs pères, leurs frères, leurs époux. Ailleurs, Ganelon trahit son beau-frère l´empereur, et Roland son fillastre. Mais les oppositions les plus inattendues sont parfois les moins brutales.

  • Dans l'historiographie actuelle du Moyen Age, Michel-Marie Dufeil occupe une place singulière. Par sa carrière comme par son oeuvre. Sa carrière s'est déroulée à cheval, si j'ose dire, entre l'Afrique noire et la France. Le professeur a l'Université Paul Valéry de Montpellier n'a pas oublié le professeur à l'Université de Brazzaville (qui avait déjà enseigné au Vietnam et à Alger) et, sans mélanger les sociétés ni les époques, Michel-Marie Dufeil a porté un même intérêt à la société congolaise contemporaine et ancienne, et à la société de la Chrétienté européenne médiévale. Mais le recueil d'articles qu'on va lire ne concerne que cette dernière.

  • À qui parcourt la littérature médiévale apparaît clairement l'importance du motif du coeur au sein de multiples genres littéraires. Les occurrences de « cuer » sont multiples et interviennent en de nombreuses circonstances. Le coeur se révèle ainsi être la racine de quantité d'équations posées au centre du tumulte des sentiments humains, dont le « corage » est finalement la résultante : traduire l'humeur générale d'un être par un tel dérivé, où « coeur » se lit sans cesse en filigrane, est bien la marque, inscrite au sein du langage, du maître-rôle qui lui est assigné dans la gestion des passions.

  • Le héros des romans de Chrétien de Troyes est un 'chevalier', ce qui suppose, au Moyen Âge, toute une série de qualités d'ordre et moral et social, qui le différencient du reste et qui le situent à l'intérieur de l'élite de son monde. On pourrait même ajouter que le chevalier a un désir de transformation qui vise le perfectionnement personnel, et que ce désir le définit d'une certaine façon. Mais, avant toute chose, on est 'chevalier' quand 'on combat à cheval', et, sans aucun doute, l'essence du chevalier est intimement liée à sa monture. Le cheval définit le héros, non pas de façon statique - comme le définissent les vertus caractéristiques de sa classe - mais en `mouvement´. C'est, précisement, dans la `chevauchée´ qu'ils forment un tout indissociable, de telle façon que l'idée de l'un sans l'autre reste inconcevable. Et l'on peut dire donc que c'est dans le départ 'à cheval' vers le monde inconnu - dans le mouvement - que le héros est un vrai chevalier, car, d'un côté, il chevauche sur l'animal qui lui prête son nom, et, de l'autre, il se dirige vers la perfection à laquelle il tend par nature.

  • Cette étude littéraire permettra d'analyser sa structure et son écriture afin de dégager ce qui, au-delà de l'emploi ou du ré-emploi de topoï narratifs ou thématiques, fait son originalité. Cette étude nous conduira à nous interroger sur la senefiance du récit : n'est-il que l'histoire légère et charmante de vertes amours enfantines ? Les descriptions ne sont-elles que des exercices d'école permettant l'étalage de connaissances littéraires et techniques ? N'ont-elles pas une fonction narrative plus subtile qui en font des éléments constructifs du Conte et concourrent, avec d'autres, à lui donner une signification plus complexe, en harmonie avec les goûts et les préoccupations de l'époque ? Enfin, l'auteur de Floire et Blancheflorne participe-t-il pas, en inventant une écriture-miroir qui n'est pas une écriture de la simple répétition, à ce mouvement d'efflorescence des formes romanesques qui caractérise la seconde moitié du xiie siècle ? Nous nous efforcerons de mettre en lumière ce qui fait la beauté et la richesse de ce Conte d'amour, de pouvoir et de lignage où le destin apparaît vite comme le grand ordonnateur des choses de la vie et de l'amour.

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