Myriel

  • Pour un ami

    Marcel Proust

    • Myriel
    • 9 Juillet 1905

    En septembre 1920, Anatole France fait paraître une apologie de Stendhal dans La Revue de Paris. Prétexte pour y traiter de Stendhal, d'esthétisme, de philosophie, le texte ne laisse pas indifférent Marcel Proust. Ce dernier, refusant l'idée défendue par Anatole France que le style en Littérature manque de génie depuis plus d'un siècle, donnera sa réponse dans ce court texte : Pour un ami?; texte de préface aux derniers stocks de Paul Morand. Paul Morand, sur qui Proust fait le constat du génie en Littérature, convoquant pour cela toutes les grandes figures qu'admire l'auteur Du côté de chez Swann. En une longue démonstration à l'exhaustivité prodigieuse, Proust infirme toutes les conclusions d'Anatole France : il définit les termes de ce qu'est le génie littéraire, y prend la défense de Baudelaire, réhabilite Nerval, s'étonne des profondeurs de Balzac, vénère Flaubert, interroge Renan. Texte manifeste, courte prémisse au génie proustien, Pour un ami démontre à merveille les folles sommes de lectures, de réflexions sur le génie d'autres, que Proust mit à la comparaison pour faire s'aboutir son style?; sa grande oeuvre : À la recherche du temps perdu, toujours en cours de rédaction lorsque paru Pour un ami.

  • Comptant au rang des grands récits de Noël de l'oeuvre de Dickens, L'homme hanté et le marché du fantôme fait merveilleusement philosophie. Un homme, M. Redlaw, chimiste de profession, homme peu avenant, être un brin acariâtre, une souffrance ancienne le rongeant, reçoit, un soir de Noël, la visite d'un fantôme. «?Pouvoir à toi, lui dit ce dernier, d'effacer de ta mémoire tout ce qui te fait souffrir?». M. Redlaw cède, le fantôme, double de lui-même, lui permet alors d'étendre pareille amnésie à qui Redlaw voudra. Le terrible piège s'enclenche?!! Car à mesure que M. Redlaw diffuse son pouvoir, il assiste à la transformation des gens. Épargnés par la nostalgie, privés des enseignements que leurs blessures d'hier permettent, ceux que Redlaw sauve deviennent dès lors incapables à la moindre compassion?; ces hommes sans souffrance apprise se comportent comme des monstres d'inhumanité. Seule exception à tout cela : une pauvre femme, bonté d'âme incarnée, qui ne changera rien de sa personnalité bienveillante et pleine d'amour, une fois le sortilège de M. Redlaw l'ayant frappée. Dickens, dénonciateur, comme toujours, écrivain engagé, cela va de soi, met ici en scène une galerie de personnages nous donnant à voir la société victorienne dans toute sa diversité : Redlaw croise, en effet, des miséreux, de pauvres femmes, des enfants sacrifiés, des bourgeois éhontés, et jusqu'à un étudiant désargenté. Prenant place dans un Londres enneigé, que Dickens nous conte à merveille, L'homme hanté et le marché du fantôme repose sur une formidable intuition. Disant tout des enseignements de la mémoire visant à nous humaniser, nouvelle servant à l'apologie de notre gentillesse conquise, L'homme hanté et le marché du fantôme anticipe d'un très gros demi-siècle les conclusions de la psychanalyse. Noël, période de l'année qui se consacre aux dons, à la compassion, ne s'en trouve ici que mieux expliquée, dans ce qui en fonde la raison d'être, ajouterions-nous.

  • Stendhal, amours et style

    Anatole France

    • Myriel
    • 10 Juillet 1905

    Écrivain renommé, figure intellectuelle de première importance et prix Nobel de Littérature, Anatole France reste également l'un des plus fins critiques littéraires. En atteste ce court texte tout à l'explication de Stendhal et de son oeuvre. L'homme, l'être de passion, le créateur, le curieux des arts, celui que le génie des autres inspire, les figures de Stendhal se multiplient tout au long de cette démonstration ; Anatole France y mobilisant une érudition gigantesque pour nous raconter l'incroyable Henri Beyle. Car Stendhal ce fut tout pour Anatole France : c'est le style du premier XIXe siècle dans ce qu'il a de plus exceptionnel, c'est une somme époustouflante de connaissances, ce sont l'Italie, sa peinture, sa sculpture, c'est l'emportement politique, le courage des grandes philosophies et l'honneur des choses complexes à penser.
    Admiratif, sévère et passionné, Anatole France dresse ici un portait brillant de l'auteur du Rouge et le Noir.

  • La bataille de la vie

    Charles Dickens

    • Myriel
    • 10 Juillet 1905

    Conte de Noël parmi les plus célèbres de Charles Dickens, La bataille de la vie est à la croisée des genres. Conte, histoire d'amour, récit caractérisant une époque, La bataille de la vie voit s'exprimer tout le génie dickensien. En peu de mots, le temps d'un simple conte, Dickens y restitue une époque, une ambiance, celle des périodes de Noël de l'ère victorienne.
    L'action se déroule dans un village anglais, célèbre endroit d'une grande bataille militaire passée, où s'affrontent les différents membres d'une famille. Il y a là deux soeurs, Marion et Grâce ; leur père, médecin et notable local ; la domesticité, Clémency et M. Bretagne, que rejoignent deux juristes, souvent accompagnés de leurs femmes, les couples Snitchey et Craggs. Ce décor humain posé ; Dickens met en scène une belle histoire d'amour que le passage du temps viendra régler, lorsque Marion, disparue, réapparaitra afin de tout expliquer à sa soeur Grâce du beau sacrifice auquel elle voua son existence pour le bonheur de toute sa parenté.
    Cruel, lumineux de lucidité, auteur magnifiquement fort, Dickens offre avec La bataille de Noël l'un de ses textes les plus célèbres.

  • Préface à Amok

    Romain Rolland

    • Myriel
    • 12 Janvier 2018

    L'amitié entre Romain Rolland et Stefan Zweig fut comme un coup de foudre. D'un côté, il y eut le Français, grand germanophone et très fin connaisseur des littératures germaniques. De l'autre, on trouve l'un des écrivains phares de son époque, un auteur lu par tout le monde. S'ajoute à cela la curiosité des langues et des cultures, concernant Zweig, et l'évident souci d'universalité en ce qui concerne ces deux hommes. La différence d'âge et les péripéties de la vie n'y firent rien : entre Rolland et Zweig s'installera une relation faite de conseils et d'éloges. Rolland avait quinze ans de plus que Zweig, les deux hommes appartenaient presque à deux générations différentes. C'est certainement ce qui expliquera que l'Autrichien voyait en Rolland un maître, comme un sage chez qui trouver écoute et recommandations.
    Ne restait dès lors, pour chacun d'eux, que l'évident travail de défense de l'autre, afin que chacun puisse mutuellement présenter l'oeuvre de son interlocuteur.

  • Mes adieux au journalisme

    Emile ZOLA

    • Myriel
    • 1 Janvier 2019

    En 1881 Zola est encore un écrivain prometteur qui n'a pas totalement écrit toute son oeuvre. Son nom de plume est renommé. L'année précédente paraissaient Nana et Les soirées de Médan. Sa notoriété s'installait. C'est un homme que le monde de la presse courtise, d'autant qu'il est lui-même féru du travail journalistique. C'est pour cette raison qu'il accepte de travailler pendant un an pour Le Figaro. Suivront plusieurs mois d'intense collaboration. Zola est déjà le grand observateur et le courageux dénonciateur que l'Affaire Dreyfus, dix-sept ans plus tard, révèlera avec maestria. Les directeurs du Figaro se disent que, finalement, cet écrivain est un formidable journaliste. Mais Zola décide pourtant de cesser là la collaboration. Le journalisme ne l'a que trop accaparé. Cette collaboration avec Le Figaro sera sa dernière aventure de presse. Il a décidé de revenir à la Littérature pour de bon. Sa grande oeuvre reste à écrire. Il porte en lui une épopée et cela lui prendra du temps. Son énergie et ses efforts il les voue tout entier à la Littérature et à rien d'autre. À partir de ce jour, les seules incartades qu'il s'autorisera dans la presse seront toujours consacrées à la Littérature. Il continuera quelques collaborations de presse, mais toujours pour faire part de son opinion sur la Littérature de son temps. Ce qu'il quitte ici c'est davantage le journalisme de débats politiques.
    Mais il y a un peu partout en France des gens qui aimaient lire ses articles. Il leur doit des explications. C'est à eux qu'il destine cet article d'adieux. Court et percutant, cet article se voudra profond bien avant d'être larmoyant. C'est hors de ses habitudes, toute façon, que de céder aux sentiments bien avant d'oser réfléchir, interpréter, puis finalement juger et conclure.
    Cet article aura un nom qui aujourd'hui peut tromper. Ce n'était pas là l'intention de Zola qui, sincèrement, pensait qu'à compter de 1881, il n'y aurait plus que la Littérature dans sa grande oeuvre. Ce fut le cas jusqu'à l'Affaire Dreyfus. Affaire qui par son importance et son exigence morale le forçat à revenir vers le journalisme d'engagement. Mais il n'empêche que dix-sept ans avant J'accuse, Zola écrivit ses adieux au journalisme. C'est ce texte, tout à la fois profond, dense et terriblement courageux, que nous faisons ici reparaître.

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