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  • Durant les années 1920, un lettré sénégalais, Shaykh Muusa Kamara (1864-1945), rédigea en arabe une monumentale Histoire des Noirs, le Zuhur al-basatin fi Ta'rikh al-Sawadin (« Florilège au jardin de l'histoire des Noirs »), déposé à l'Institut fondamental d'Afrique noire-Cheikh Anta Diop de Dakar. Les trois quarts des 1700 pages de son manuscrit, qui rassemble de nombreuses traditions transcrites en arabe ou des chroniques des différents États peuls fondés depuis le XVIIe siècle après un jihad, de Sokoto à l'est (Nigeria actuel) jusqu'à la moyenne vallée du Sénégal (Sénégal/Mauritanie), sont consacrés aux populations riveraines du fleuve Sénégal. C'est cette partie qui fait l'objet de la présente traduction française en quatre volumes, dont le premier relate la conquête du pouvoir par des lettrés musulmans à la fin du XVIIIe siècle et décrit les villages situés dans la partie amont du Fuuta Tooro. L'intérêt premier d'une telle entreprise réside dans la qualité des sources, qui ont séduit plus d'un historien, et dans l'esprit critique dont fait montre l'auteur. En effet, il désapprouve les prétentions des musulmans sénégalais ou mauritaniens à se fabriquer de prestigieux ancêtres arabes provenant du Moyen-Orient car, selon lui, la noblesse réside dans la seule maîtrise de la culture arabo-islamique. Cette ethno-histoire, synthèse de traditions orales recueillies au début du siècle, constitue de fait une inestimable base de données socio-historiques sur la vallée du Sénégal. Le second intérêt est historiographique : Kamara opère en permanence une transposition culturelle des institutions et de l'histoire d'une société située aux confins de l'Occident musulman selon un triple registre. L'auteur utilise en effet l'arabe classique - donc les catégories de pensée arabo-musulmanes - pour décrire cette société qui se définit par la pratique d'un même dialecte peul, le pulaar, description qu'il destine pourtant principalement aux administrateurs-ethnologues français de son temps, Henri Gaden et Maurice Delafosse.

  • Lorsque l'on qualifie l'oeuvre de Ménandre, auteur comique grec de la fin du IVe siècle av. J.-C., de « comédie tragique », il ne s'agit nullement d'une catégorie littéraire inventée par la Comédie Nouvelle, mais plutôt d'une impression de lecture, d'un mode de réception d'une oeuvre qui s'inscrit dans une tradition intertextuelle. La présente étude s'attache en effet à montrer comment, à la suite des évolutions progressives de la Comédie Ancienne depuis l'époque d'Aristophane, et dans une ère nouvelle inaugurée en quelque sorte par la Poétique d'Aristote, Ménandre compose un discours comique à partir des cadres de la tragédie désormais « classique » - celle d'Euripide surtout. Il ne s'agit plus pour lui de critiquer les ressorts tragiques sur le mode de la dérision paratragique comme chez Aristophane, mais de les intégrer à l'intrigue et au discours comique. Ce faisant, le dramaturge se livre plus ou moins indirectement à un examen de ses pratiques littéraires, bien propre à susciter l'intérêt de notre modernité.

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