• C'est d'abord l'histoire d'un lieu prestigieux, la Maison du Peuple, bâtie en 1896 par Victor Horta en plein coeur de Bruxelles, inaugurée en grande pompe dans la clameur de L'Internationale et des slogans du monde ouvrier...
    L'architecte rompait avec le style prudent de ses prédécesseurs, innovait avec la ligne courbe, l'asymétrie, l'honneur rendu au fer, au verre, à la lumière. Bref, celui qui révolutionnait l'art de bâtir et devenait un des maîtres de l'Art Nouveau, offrait au jeune Parti Ouvrier Belge un lieu à la hauteur de ses aspirations.
    C'est l'histoire d'un quartier, d'une ville, de deux guerres traversées, mais aussi celle d'un mouvement ouvrier, des espérances qu'il a suscitées, et dont la Maison était en quelque sorte le coeur. L'histoire d'un monde fragile, n'ayant pas résisté à cette course au progrès qui mènera, 65 ans plus tard, à démolir la Maison du Peuple comme on efface un temps révolu.

    Depuis Hôpital silence, son premier livre publié en 1985 aux éditions de Minuit, Nicole Malinconi s'inspire de la réalité quotidienne, de l'ordinaire de la vie, des gens et des mots, ceci aboutissant à ce qu'elle qualifie elle-même d' « écriture du réel ». Parmi ses ouvrages : Hôpital silence suivi de L'attente (Espace Nord), Nous deux (Espace Nord, Prix Rossel 1993), Vous vous appelez Michelle Martin (Denoël), Séparation (Les Liens qui Libèrent), Un grand amour (Esperluète).

  • Aujourd'hui, plus de la moitié de la population mondiale vit en ville et le taux d'urbanisation atteindra 68 % en 2050. Les pays émergents joueront un rôle majeur dans ce futur d'une urbanisation généralisée mais c'est l'Inde qui contribuera le plus à cette croissance, devant la Chine et le Nigeria. À cette date, le nombre d'habitants dans les villes indiennes sera de 800 millions, contre 377 millions en 2011, soit une fois et demie la population totale de l'Europe. Ces chiffres sont vertigineux et rendent nécessaire une appréhension fine de ce qu'est la transition urbaine de l'Inde. Trois grandes lignes de force structurent cet ouvrage : la nature du processus d'urbanisation, les effets de libéralisation économique sur les villes indiennes et la persistance de très fortes inégalités.

    Marie-Hélène Zérah est directrice de recherche à l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD), membre du CESSMA (Centre d'études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques) et en affectation au Centre for Policy Research (New Delhi, Inde).

  • Frank Lloyd Wright (1867-1959), le célèbre architecte et théoricien de l'architecture organique, et l'historien et critique Lewis Mumford (1895-1990) ont joué un rôle crucial dans l'histoire de l'architecture et de l'urbanisme, comme en témoignent les quelque cent cinquante lettres qu'ils ont échangées de 1926 à 1959. Cette correspondance passionnante, clairvoyante et spirituelle, mais non dépourvue de tensions, illustre à merveille le débat intellectuel sur l'architecture américaine et internationale du XXe siècle. C'est l'architecte, alors âgé de presque soixante ans et dans une phase difficile au milieu de sa carrière, qui prend l'initiative d'écrire au jeune critique new-yorkais, tout juste trentenaire, pour le remercier de son soutien. Toujours au fait de l'évolution contemporaine de l'architecture, les deux hommes évoquent, au fil du temps, leurs oeuvres respectives, leurs alliés et leurs adversaires, l'avènement du Style international et les événements politiques qui bouleversent l'Europe et les États-Unis. Ils s'opposent à la sévère orthodoxie de modernistes comme Le Corbusier et prônent tous deux un meilleur usage de l'architecture et de la technologie au profit de l'humanité et de l'environnement, un point de vue qui faisait presque exception dans le panorama architectural de l'entre-deux-guerres. Affectueux et élogieux, Wright tient à l'approbation de Mumford et aspire à un rapport plus étroit. Plus prudent, souhaitant conserver son indépendance en tant que critique, Mumford refuse les multiples invitations de Wright à lui rendre visite dans son domaine de Taliesin, mais il n'en admire pas moins l'oeuvre de l'architecte qui l'inspire. La Seconde Guerre mondiale interrompt brutalement cet échange profond et fécond, Mumford étant partisan de l'intervention des États-Unis en Europe, et Wright pacifiste et protectionniste. La correspondance ne reprendra que dix ans plus tard, à l'initiative de Wright. Une fois réconciliés, malgré leurs désaccords politiques et esthétiques, ces deux géants de la culture américaine, à la fois conservateurs et iconoclastes, multiplient les témoignages d'affection et d'admiration. Sous la direction de Bruce Brooks Pfeiffer, éminent spécialiste et ancien élève de Wright, et de Robert Wojtowicz, professeur d'histoire de l'art et exécuteur littéraire du fonds Lewis et Sophia Mumford, cette édition est agrémentée d'une riche et rigoureuse introduction, de notes sobres et précises, ainsi que d'une note du traducteur sur le style des deux correspondants. Traduit de l'anglais (États-Unis) par Lucien d'Azay.

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