Sciences humaines & sociales

  • Si l'étude des ordres religieux-militaires a, ces dernières décennies, bénéficié d'un dynamisme fécond, cet ouvrage explore des voies nouvelles et se distingue à plusieurs titres. Il est original par la réunion, pas si fréquente, d'une quinzaine de spécialistes d'histoire et d'histoire de l'art, comme par son ouverture à des sources jusqu'ici peu considérées : peintures murales, sculptures, objets liturgiques ou encore sceaux. Le croisement des regards dans une véritable interdisciplinarité, la reprise à frais nouveaux de dossiers a priori connus tout comme l'analyse de nouveaux matériaux conduisent à nuancer des certitudes et à remettre en cause quelques lieux communs. Le volume permet de saisir les dévotions et la liturgie des frères du Temple et de l'Hôpital, d'accéder à leur culture visuelle et de mesurer l'ambition de certains ensembles peints ou sculptés. Tout en ouvrant la comparaison à d'autres ordres religieux ou aux élites laïques, l'entreprise espère encourager de nouveaux questionnements sur la place et la singularité du monachisme militaire au sein de la spiritualité et de la culture du Moyen Âge.

  • La mise en marché de produits moralement sensibles, comme ceux touchant à l'intimité des personnes, à leur intégrité, à la santé ou au maintien de l'ordre public, est l'objet de cette réflexion collective qui met en regard neuf cas de « marchés contestés ». Certains de ces marchés contestés sont effectifs, comme dans le cas du tabac, de la pornographie, des jeux d'argent ou des défunts. Certains sont potentiels dans le sens où les poissons génétiquement modifiés, les données personnelles ou le cannabis sont à la recherche des moyens de rendre acceptables les transactions marchandes. D'autres, enfin, sont bannis car la marchandisation des enfants adoptés ou des organes humains reste moralement inacceptable. La tension entre les principes marchands et moraux au coeur des marchés contestés est dans chaque contribution éclairée par l'identification des formes de la contestation morale et des dispositifs juridiques, fiscaux, sanitaires, éthiques, rendant possible ou au contraire irréalisable l'édification d'un marché. La prise en compte de « populations fragiles », qu'il s'agit de protéger du marché, mais aussi de protéger par le marché, émerge dans tous les chapitres comme un élément explicatif essentiel des avancées et des reculs des marchés contestés.

  • Durant l'entre-deux-guerres, le Sud-Ouest de la France connaît une vague migratoire d'un nouveau genre. Des familles transalpines viennent du nord de la Péninsule pour s'employer dans l'agriculture de ses campagnes dépeuplées. Près de 80 000 Italiens s'établissent ainsi dans la région où ils deviennent une composante essentielle de la société locale. Originale par son mode d'implantation et ses caractéristiques sociologiques, cette population rencontre un Midi encore très rural, tandis que le contexte politique est marqué par les clivages nés du fascisme et l'aggravation des tensions internationales. Retracer l'histoire de cette immigration, c'est dire aussi la façon dont celle-ci est reçue et perçue, depuis les premières arrivées au début des années vingt jusqu'au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Acceptation et crispations, visions stéréotypées et nouveaux liens de voisinage, sentiment de proximité et perception de l'altérité : autant de figures contrastées au travers desquelles on voit se transformer l'histoire des relations entre ces Français et ces Italiens désormais amenés à vivre ensemble. Évolution complexe, dont le présent ouvrage s'efforce de mettre à jour les mécanismes, tout en offrant, par-delà l'examen d'un cas particulier, un modèle général pour l'étude des vicissitudes de l'opinion publique et de ses représentations croisées face à un phénomène migratoire.

  • Cet ouvrage se propose de mettre en relief les procédés utilisés par les souverains almohades en al-Andalus comme en Afrique du Nord pour asseoir leur pouvoir et imposer leur ordre politique. L'époque almoravide, période qui a précédé l'arrivée des Almohades, est également évoquée afin de permettre une comparaison entre les deux systèmes politiques et cerner ainsi le chemin suivi par les Almohades, voie médiane oscillant entre continuité et volonté de rupture avec un passé jugé inadéquat. Une attention particulière est réservée aux différents témoignages décrivant le calife, son entourage, sa vision et son rôle dans les conflits armés où il est à la fois chef politique et militaire. Tous les aspects de sa vie sont étudiés : son rapport à l'exercice du pouvoir, à la nourriture, aux codes vestimentaires... Pour la première fois, au Maghreb occidental et central, on sort du paradigme du chef de guerre pour s'enraciner dans la tradition orientale du souverain hiératique le plus souvent inaccessible et invisible. Cet épisode marque une étape fondamentale du processus d'arabisation et d'islamisation des sociétés du Maghreb, et l'ouvrage, soigneusement documenté, constitue une heureuse contribution aux modes de gouvernement en terre d'Islam.

  • Les migrations internes constituent un des phénomènes les plus importants en République populaire de Chine depuis la réforme économique. C'est au début des années 1980 que de nombreux paysans quittent la terre pour travailler en usine ou se ruer vers les villes et provinces développées. Ce mouvement ne cesse de s'intensifier. Les migrations produisent des parcours différents et non linéaires. Si certains migrants sont peu qualifiés et exclus de la société, d'autres connaissent des trajectoires de mobilité sociale ascendante ou descendante. D'autres encore créent de nouvelles activités économiques, et certains migrants entrepreneurs appartiennent même aux élites de la société. À partir des parcours biographiques de paysans migrants, le présent ouvrage vise à explorer et à rendre sensibles la pluralité des processus de migration et la forte mobilité sociale rendue possible par les mutations économiques rapides. En livrant les témoignages de ces hommes et femmes sur leurs histoires individuelles et sur leurs itinéraires professionnels, cette étude entend faire parler les migrants dont les voix sont si peu entendues aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de la Chine. Elle apporte ainsi un autre regard sur les transformations économiques et sociales que la Chine a connues au cours des trente dernières années.

  • Il y a cinquante ans, deux universitaires, normaliens agrégés de philosophie, Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, publiaient Les Héritiers. Vendu à plus de 100 000 exemplaires, ce livre est même devenu un long-seller selon le mot de Passeron. Six ans après, cette critique de l'école républicaine se radicalisait dans La Reproduction. Loin d'être émancipatrice, cette école contribuerait, en reproduisant les inégalités entre les classes sociales, à la conservation de l'ordre établi. Ainsi se trouvait récusé l'héritage républicain et tout particulièrement celui de l'instruction publique, dont la Révolution française, sous l'impulsion de Condorcet, avait jeté les fondations, et que la « grande République scolaire » de Jules Ferry, Ferdinand Buisson, Paul Bert et René Goblet a édifiée entre 1879 et 1886. Ce livre vise à montrer que cette sociologie de l'école, tout en proclamant l'intention de contribuer à la démocratisation de l'enseignement, en préconisant par exemple l'instauration d'une pédagogie inégale pour des élèves inégaux qui annonçait la discrimination positive des ZEP, a en fait apporté une légitimation intellectuelle à la déréglementation scolaire entreprise par les gouvernements de la Ve république depuis 1959, aboutissant à un démantèlement de l'instruction publique laïque qui s'accentue aujourd'hui.

  • Gendre de Mussolini, ministre des Affaires étrangères depuis juin 1936, Ciano est un observateur de premier plan tant des relations internationales que du fonctionnement du régime fasciste dont il est un acteur majeur. L'époque concernée par ce premier volume aborde la fin de la guerre d'Espagne, l'Anschluss envers l'Autriche, la conférence de Munich et ses conséquences, l'annexion de l'Albanie, le rapprochement avec l'Allemagne, les relations avec les démocraties occidentales, la crise germano-polonaise de l'été 1939, le choix de la non-belligérance, et enfin la décision de déclarer la guerre à la Grande-Bretagne et à la France le 10 juin 1940. Le document éclaire également le fonctionnement de l'Italie fasciste : relation avec la monarchie, l'Église, les hiérarques, la législation antisémite. La présente édition offre une nouvelle traduction du Journal ainsi qu'un important appareil critique qui permet d'éclairer le texte et le confronter à diverses sources diplomatiques et aux Mémoires d'autres acteurs italiens et étrangers de la période.

  • Au moins depuis la publication de la thèse d'Alphonse Dupront, en 1997, il est clair que l'idée de croisade a survécu en Occident bien après la mort de Saint Louis sous les murs de Tunis. Néanmoins, l'opinion dominante considère que le récit des expéditions passées, quel que soit le contexte discursif, n'aurait valeur que de substitut et que l'abondance du discours serait à la mesure de l'impuissance des royaumes chrétiens, incapables de résister aux Turcs (sans même parler de la récupération de Jérusalem). Les mots serviraient à combler un vide, à calmer l'inquiétude de l'Occident menacé en entretenant l'illusion d'une force désormais perdue. La douzaine de contributions publiée dans ce volume vise à réévaluer cet ensemble très nourri de textes : la remémoration des hauts faits de Charlemagne ou de Godefroy de Bouillon fonctionne en effet comme un formidable révélateur pour l'historien, car le traitement de la geste croisée livre un portrait social et politique de l'Europe dont il importe de bien évaluer l'actualité. La référence aux heures glorieuses, tout comme le dessin d'une prochaine, et illusoire, victoire, souligne avec acuité les lignes de force d'une époque charnière.

  • La historiografía tradicional, española y europea, ha considerado la Guerra de Granada (1482-1492) como un hecho de naturaleza y alcance exclusivamente hispánicos. Se trataba del último episodio de un proceso ibérico, la « Reconquista », el enfrentamiento secular entre el Islam y la Cristiandad, consustancial al Medievo peninsular. El nacionalismo romántico del siglo XIX y la dictadura de Franco (1939-1975) lo marcaron a fuego en la identidad nacional española. Sin embargo, en las últimas décadas se han revisado estos postulados, hasta culminar en una revisión radical. Librado el conflicto de la carga ideológica que lastraba su estudio, se ha podido abordar bajo una luz nueva, que tiene un doble marco infinitamente más amplio y complejo. De una parte, las Guerras de Granada - en plural - como manifestación ibérica de lo que en Europa se ha denominado « cruzadas tardías ». De otra, el reordenamiento geopolítico del Mediterráneo, como un tablero de ajedrez, en el que el Islam avanzaba en Levante y retrocedía en Occidente. El presente volumen reúne textos de especialistas europeos que abordan tanto las cruzadas contra el Reino de Granada en el siglo XIV - con participación de borgoñones, escoceses, franceses e ingleses - como la guerra final de conquista en el siglo XV. Se identifican los canales de difusión de noticias, la implicación y diferente repercusión en las cortes renacentistas de la Península Italiana, o el eco atenuado de las hostilidades en el Sacro Imperio Romano-Germánico. Emerge así una imagen insólita, novedosa, de un conflicto de dimensión y alcance internacionales.

  • L'Italie entretient avec l'Antiquité un lien tout particulier. Les civilisations étrusque, grecque, romaine ont marqué la Péninsule. De nombreux artistes, écrivains, historiens, promeneurs ont été fascinés, influencés, plus rarement rebutés par le prestigieux héritage. Les contributions réunies dans ce volume présentent des aperçus de la manière d'appréhender l'Antiquité en Italie. De Montesquieu à Mussolini, en passant par Vico, Leopardi, Verdi, Carducci, D'Annunzio, des archéologues tel Albert Grenier mais aussi des sites comme Pompéi, comment la culture antique a-t-elle influencé l'histoire politique, littéraire, artistique de l'Italie depuis le Siècle des lumières jusqu'à l'époque fasciste ? Les auteurs souhaitent apporter des réponses à cette interrogation et ouvrir des pistes afin de favoriser la compréhension de cette donnée majeure de l'histoire culturelle de l'Italie et de l'Europe.

  • Ce volume rassemble la plupart des contributions présentées lors des colloques tenus dans le cadre des 9es et 10es Journées Manuel Azaña, à Montauban, en 2014 et 2015. Les thématiques de ces rencontres étaient ambitieuses : La Seconde République espagnole, 1931-1936, entre réforme et révolution, la première année, puis, la seconde année, Guerre d'Espagne, 1936- 1939, entre guerre et révolution. Cette problématique, centrée sur l'action et les représentations des forces sociales et politiques qui l'ont soutenue jusqu'au bout, ne prétendait donc pas brosser une histoire totale de la Seconde République. Les textes questionnent deux idées maîtresses de la période : la réforme décisive d'un pays resté archaïque et la révolution qui - aux yeux de beaucoup, mais pas forcément de la même manière - aurait permis de remédier de façon décisive aux maux dont souffrait le pays, notamment les inégalités sociales. L'affrontement de ces deux projets marque la première période de la République, au cours du « bienio azañiste », les deux années de gouvernement de Manuel Azaña (1931-1933). Il rebondit en 1936, après la victoire électorale du Front populaire, quand le soulèvement militaire de Franco, soutenu par Hitler et Mussolini, prend les armes contre la République. Cette fois, chez ceux qui luttent pour la défendre, c'est la question de la priorité à donner à la conduite de la guerre ou à la révolution qui fait débat et approfondit les divisions. L'ouvrage aborde successivement ces périodes dans ses deux parties : l'une consacrée aux réformes menées par la jeune République espagnole et l'autre tournée vers les gouvernements en guerre et les forces sociales et politiques à l'oeuvre face à l'assaut des forces réactionnaires et fascistes espagnoles et internationales. Les diverses contributions émanent de spécialistes confirmés - espagnols ou français - et dressent un état de la recherche historique actuelle. Apportant ainsi une vision plurielle sur les huit petites années qui ont changé l'Espagne et sur une République trahie, à qui le temps n'a pas été donné de réaliser ses espoirs.

  • Le 10 juin 1940, Mussolini déclare la guerre à la Grande-Bretagne et à la France. Malgré des réticences que tempèrent les victoires allemandes, Ciano reste ministre des Affaires étrangères. Le second volume de son Journal couvre la période de l'Italie fasciste en guerre jusqu'à son renvoi par le Duce le 5 février 1943. Précieux document, cette partie du Journal présente sans fard les déboires militaires italiens, les relations souvent complexes et ambiguës avec l'allié allemand, la progressive dégradation du fonctionnement de l'appareil du pouvoir fasciste et du consensus autour de celui-ci. Le Journal du comte Ciano est un document capital pour la compréhension du second conflit mondial et de la crise du régime fasciste. La présente édition offre une nouvelle traduction mais également un important appareil critique qui souhaite éclairer le texte et le confronter à diverses sources diplomatiques et aux Mémoires d'autres acteurs italiens et étrangers de la période.

  • Après plusieurs siècles d'oubli consécutifs à l'expulsion des juifs d'Espagne, ce pays a redécouvert, voici quelque cent cinquante ans, la diaspora judéo-espagnole et le lien historique avec les descendants des exilés de 1492. Rencontres et évitements ; nostalgie envers une culture survivant hors des frontières et visées néo-coloniales en Méditerranée ; solidarité affichée à l'égard des "Espagnols sans patrie", mais refus de rapatriements aux heures sombres des pogroms et de la Shoah : d'innombrables ambiguïtés ponctuent les étapes du rapprochement hispano-juif, jusqu'au sauvetage des juifs par Franco durant la Seconde Guerre mondiale. La « question juive » s'est nourrie en Espagne d'affrontements parlementaires à propos de la liberté religieuse, des échos de l'affaire Dreyfus ou encore de l'édition des Protocoles des sages de Sion. Paradoxe : la marginalisation des Chuetas de Majorque, la persistance d'un antijudaïsme populaire, la création, en 1941, d'un Fichier juif se sont conjuguées avec l'exaltation de Sefarad. Aujourd'hui se dessinent de nouveaux enjeux politiques et mémoriels : statut de la judaïcité espagnole issue d'immigrations récentes, réappropriations du legs médiéval, dialogue avec les différentes instances du judaïsme mondial. En focalisant l'éclairage à la fois sur la longue durée et ses principaux temps forts, cet ouvrage entend restituer dans toute sa complexité la lente normalisation des relations hispano-juives contemporaines.

  • Les fonds notariaux sont une source précieuse pour l'histoire des demeures de l'âge classique. L'exploitation exhaustive de ce qui en subsiste, concernant Toulouse, pour les années 1600-1630, permet d'éclairer définitivement les débuts des hôtels et maisons de cette période, mal connus jusqu'ici, voire tout à fait méconnus, et de donner un nom à leurs maîtres d'oeuvre, pour la plupart tirés du néant.

  • Encore au XIXe et au XVe siècle, la croisade garde une vivacité étonnante dans la mémoire des hommes et dans leurs projets. Naturellement, la noblesse se révèle le groupe social le mieux disposé à son égard : le combat contre les infidèles est devenu un ornement chevaleresque. Les romans s'emplissent du récit des exploits de Charlemagne et de Godefroi de Bouillon, les ordres militaires conservent un prestige bien supérieur à ce qu'on écrit parfois, et les nobles de tout l'Occident s'en vont sur les frontières de la chrétienté, en Prusse ou en péninsule Ibérique, éprouver leur valeur face aux ennemis de la Croix. Faute de pouvoir embrasser le phénomène dans toute l'étendue de sa géographie, nous avons fait le choix de ne traiter, dans ce volume, que de la France, de la Bourgogne et de la Bohême. Pour les contemporains, la France, et plus encore son souverain, sont naturellement associés à l'idée de croisade, qu'il s'agisse de la récupération de la Terre sainte ou de la défense de la chrétienté contre les Ottomans. Aux côtés de la France, la Bourgogne tient un rang privilégié car, profitant de la faiblesse de leurs voisins, ses ducs ont opéré une translatio qui leur a permis de se présenter comme les plus aptes à relever le défi turc. Enfin, la Bohême mérite une attention toute particulière. Dans les années 1420, les nobles hussites se trouvent dans la situation inédite de devoir défendre par les armes leurs choix religieux et de conduire une guerre qu'ils jugent sainte face aux croisés mandatés par l'autorité pontificale. Confrontés à l'hostilité du pape, sans subir directement le péril musulman, ils ne tournent pourtant pas le dos à la chrétienté latine et manifestent, au contraire, le désir de prendre leur part de sa défense. En Bohême se trouvent ainsi noués beaucoup des enjeux qui sous-tendent le problème des conflits interconfessionnels en Europe à la fin du Moyen Âge.

  • L'humaniste Paolo Giovio incarne la pensée du milieu intellectuel moderne sur les Turcs et l'Europe sans jamais entrer dans des controverses religieuses. Il remplit son rôle de conseiller en conduisant son public à se forger sa propre opinion. Sa vaste culture humaniste allie une connaissance parfaite de l'histoire, des sciences et des arts à une remarquable maîtrise de l'art rhétorique. L'oeuvre de Giovio traduit le sentiment de son milieu vis-à-vis de la question turque dans un contexte rendu difficile par les offensives de l'Empire ottoman et les guerres fratricides entre chrétiens. Son oeuvre abondante et amplement documentée offre une information très précise sur les Turcs. La présentation par Giovio d'événements notables visant à alerter ses contemporains et les renseigner sur leurs adversaires permet non seulement de mieux connaître les Ottomans mais également de pénétrer dans la mentalité de son temps et d'apprécier comment l'idée d'une Europe contrainte de se défendre contre ses ennemis a pu se constituer alors, jetant les bases de celle d'aujourd'hui, héritière des conceptions humanistes.

  • L'analyse de la production des imprimeurs toulousains de 1739 à 1788 s'est faite à partir du recensement des unités conservées (livres, plaquettes, placards, factums et périodiques). Une première partie décrit le monde du livre toulousain, ses rapports avec la législation, l'organisation de la corporation des imprimeurs et libraires, et étudie le « groupe social ». La deuxième partie analyse la production par catégorie. Quel que soit le type d'imprimés, le rythme de la croissance en titres et en pages s'accélère à partir des années 1770. Toulouse apparaît alors comme un centre d'impression important où les livres sont minoritaires.

  • Ce livre est une des rares études conduites en France sur la pauvreté en milieu rural car si la pauvreté a suscité de nombreux travaux, la plupart d'entre eux portent sur des manifestations urbaines. Présenté comme un recueil de témoignages et de biographies, cet ouvrage révèle des situations d'extrême dénuement souvent méconnues ou cachées, et dévoile la terrible dureté des rapports humains dans ce milieu. Il envisage les conséquences de la crise économique sur les destins collectifs et montre qu'à défaut d'autres solutions, les plus pauvres se replient sur leur univers domestique et apprennent les règles implicites de l'assistance. En abordant la question de la pauvreté en milieu rural, ce livre est une contribution à l'analyse des politiques sociales et des modes d'adaptation des individus.

  • Des comptoirs officieux où se négocient les précieux cailloux, des activités de façade destinées à masquer des transactions illégales, des villes surgies de nulle part, des communautés humaines qui se recomposent en fonction de cette économie très spéciale : c'est une étrange histoire que celle des diamantaires de la vallée du Sénégal qui nous est donnée à lire ici. Sylvie Bredeloup analyse la façon dont le trafic des diamants a fait naître dans cette région du monde de nouveaux espaces d'échanges et de circulation. Ces formes de mobilité inédites permettent de réinterroger l'articulation entre dynamiques urbaines et entreprenariat économique, entre solidarités migratoires et relations productives. Une recherche qui renouvelle la question migratoire en Afrique subsaharienne.

  • La montagne, un monde de marchands ? C'est cet apparent paradoxe que P. Poujade nous invite à explorer ici. Loin de décrire de hautes terres enclavées et une société close, où l'autarcie serait une des conditions de l'existence, l'auteur invite à la découverte d'un autre univers. À travers l'analyse de riches archives, notariales entre autres, il montre comment, entre 1550 et 1700 environ, les montagnes du haut pays de Foix sont partie intégrante des grands circuits commerciaux de l'Europe moderne. Tout au long de l'année en effet, cols et chemins sont les lieux d'intenses échanges terrestres. Et ce n'est pas une des moindres particularités des petites villes qui contrôlent ces nombreuses routes, que de susciter et d'abriter une communauté marchande étoffée, nourrie de nouveaux venus, Auvergnats, Limousins, voire Dauphinois. Quels sont les produits qui empruntent cet axe entre le Massif Central et la Catalogne intérieure ? D'où viennent-ils, où vont-ils et comment sont-ils commercialisés ? Quelle place pour les marchands migrants et quel rôle pour les marchands locaux ? Ce sont là quelques-unes des questions auxquelles l'auteur apporte des éléments de réponse originaux, qui renouvellent profondément les recherches dans ce domaine.

  • Chirurgie esthétique, body art, activisme anti-poids, consommation de stéroïdes, "relookages" et stratégies antivieillissement : la "fabrique" des corps est plus que jamais une réalité. Anastasia Meidani nous invite à en explorer toutes les facettes à travers un double parcours, dans les médias et dans l'univers de la forme. Des modèles d'esthétisme collectif, véhiculés par les magazines, aux Centres de Remise en Forme, l'auteur analyse le lien étroit entre pratiques sportives, alimentaires et esthétiques. Une recherche déterminante, à l'heure où la maigreur érigée en norme a conduit certains pays à légiférer sur les défilés de mode et où le culte de l'extrême minceur a mené plusieurs jeunes femmes à la mort.

  • Est-il possible de concevoir une histoire de la sociologie qui ne soit ni celle des historiens des sciences de l'homme ni celle de sociologues en mal de mémoire ? Pour figurer ce que devrait être cette souhaitable "histoire sociologique de la sociologie", il n'est pas de terrain plus approprié que la sociologie urbaine, quand s'interpénètrent discipline scientifique et thématique publique, communauté de savants et univers hétérogène des professionnels de la ville. De cette rencontre, l'histoire peut être retracée d'un triple point de vue : celui du dialogue entre l'université et la commande publique de recherche urbaine ; celui de la figure particulière qui résulte de la jonction de profils intellectuels et professionnels différents ; celui, enfin, du croisement des itinéraires individuels qui la traversent. Il apparaît alors que, depuis la deuxième guerre mondiale, l'évolution des modèles épistémologiques s'accompagne d'un lent désengagement politique du sociologue, quand bien même on constate, sous la variation des conjonctures et des générations, une réelle permanence des interrogations propres aux trajectoires professionnelles.

  • À l'occasion de la remise à Robert Jammes de l'Hommage préparé pour lui par l'équipe LESO (« Littérature Espagnole du Siècle d'Or ».), s'est tenue à Toulouse, le 25 novembre 1994, une journée d'études consacrée aux Solitudes du grand poète cordouan, Luis de Góngora. OEuvre mise au programme de l'Agrégation et du CAPES (session de 1995), les Solitudes viennent de faire l'objet d'une édition révolutionnaire, due au fameux gongoriste toulousain. Et c'est autour de cette édition et des problèmes d'établissement et d'interprétation de ce grand texte qu'ont tourné les débats et les communications ici reproduits. Il s'agit là, pour tous les préparateurs et candidats aux concours de recrutement, d'un indispensable instrument de travail, élaboré avec la collaboration de quelques uns des meilleurs spécialistes du moment : Robert Jammes, bien sûr, mais aussi Antonio Carreira, Nadine Ly, Joaquín Roses, Saiko Yoshida, Marie-Claire Zimmermann.

  • Alguna extrañeza podrá causarle al lector de estas páginas el ver reunidos en el mismo volumen los nombres de Pedro Calderón de la Barca y Antonio de Solís, y el título de una conocida comedia del primero junto al de una obra del segundo casi nunca leída por el público de nuestros días. Esta asociación, a primera vista sorprendente, se justifica sin embargo por dos motivos. En primer lugar, las relaciones temáticas entre ambas piezas, siendo a todas luces Mañanas de abril y mayo un antecedente directo de la de Solís. Y, en segundo lugar, el valor intrínseco de El amor al uso, que no sólo no desdice de su ilustre fuente, sino que muy probablemente la supera en no pocos aspectos. Quien se resista a creer que un oscuro dramaturgo del siglo XVII consiga codearse, en gracia cómica y agilidad creadora, con el gran Calderón de La dama duende y de tantas magistrales comedias de capa y espada, puede por ejemplo meditar la apreciación de J. L. Alborg en su Historia de la literatura española:El amor al uso es, en efecto, una deliciosa comedia, quizá de las más ágiles y divertidas que en su especie ha producido nuestro teatro.

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