Sciences humaines & sociales

  • Si l'étude des ordres religieux-militaires a, ces dernières décennies, bénéficié d'un dynamisme fécond, cet ouvrage explore des voies nouvelles et se distingue à plusieurs titres. Il est original par la réunion, pas si fréquente, d'une quinzaine de spécialistes d'histoire et d'histoire de l'art, comme par son ouverture à des sources jusqu'ici peu considérées : peintures murales, sculptures, objets liturgiques ou encore sceaux. Le croisement des regards dans une véritable interdisciplinarité, la reprise à frais nouveaux de dossiers a priori connus tout comme l'analyse de nouveaux matériaux conduisent à nuancer des certitudes et à remettre en cause quelques lieux communs. Le volume permet de saisir les dévotions et la liturgie des frères du Temple et de l'Hôpital, d'accéder à leur culture visuelle et de mesurer l'ambition de certains ensembles peints ou sculptés. Tout en ouvrant la comparaison à d'autres ordres religieux ou aux élites laïques, l'entreprise espère encourager de nouveaux questionnements sur la place et la singularité du monachisme militaire au sein de la spiritualité et de la culture du Moyen Âge.

  • Après plusieurs siècles d'oubli consécutifs à l'expulsion des juifs d'Espagne, ce pays a redécouvert, voici quelque cent cinquante ans, la diaspora judéo-espagnole et le lien historique avec les descendants des exilés de 1492. Rencontres et évitements ; nostalgie envers une culture survivant hors des frontières et visées néo-coloniales en Méditerranée ; solidarité affichée à l'égard des "Espagnols sans patrie", mais refus de rapatriements aux heures sombres des pogroms et de la Shoah : d'innombrables ambiguïtés ponctuent les étapes du rapprochement hispano-juif, jusqu'au sauvetage des juifs par Franco durant la Seconde Guerre mondiale. La « question juive » s'est nourrie en Espagne d'affrontements parlementaires à propos de la liberté religieuse, des échos de l'affaire Dreyfus ou encore de l'édition des Protocoles des sages de Sion. Paradoxe : la marginalisation des Chuetas de Majorque, la persistance d'un antijudaïsme populaire, la création, en 1941, d'un Fichier juif se sont conjuguées avec l'exaltation de Sefarad. Aujourd'hui se dessinent de nouveaux enjeux politiques et mémoriels : statut de la judaïcité espagnole issue d'immigrations récentes, réappropriations du legs médiéval, dialogue avec les différentes instances du judaïsme mondial. En focalisant l'éclairage à la fois sur la longue durée et ses principaux temps forts, cet ouvrage entend restituer dans toute sa complexité la lente normalisation des relations hispano-juives contemporaines.

  • Les migrations internes constituent un des phénomènes les plus importants en République populaire de Chine depuis la réforme économique. C'est au début des années 1980 que de nombreux paysans quittent la terre pour travailler en usine ou se ruer vers les villes et provinces développées. Ce mouvement ne cesse de s'intensifier. Les migrations produisent des parcours différents et non linéaires. Si certains migrants sont peu qualifiés et exclus de la société, d'autres connaissent des trajectoires de mobilité sociale ascendante ou descendante. D'autres encore créent de nouvelles activités économiques, et certains migrants entrepreneurs appartiennent même aux élites de la société. À partir des parcours biographiques de paysans migrants, le présent ouvrage vise à explorer et à rendre sensibles la pluralité des processus de migration et la forte mobilité sociale rendue possible par les mutations économiques rapides. En livrant les témoignages de ces hommes et femmes sur leurs histoires individuelles et sur leurs itinéraires professionnels, cette étude entend faire parler les migrants dont les voix sont si peu entendues aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de la Chine. Elle apporte ainsi un autre regard sur les transformations économiques et sociales que la Chine a connues au cours des trente dernières années.

  • Il y a cinquante ans, deux universitaires, normaliens agrégés de philosophie, Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, publiaient Les Héritiers. Vendu à plus de 100 000 exemplaires, ce livre est même devenu un long-seller selon le mot de Passeron. Six ans après, cette critique de l'école républicaine se radicalisait dans La Reproduction. Loin d'être émancipatrice, cette école contribuerait, en reproduisant les inégalités entre les classes sociales, à la conservation de l'ordre établi. Ainsi se trouvait récusé l'héritage républicain et tout particulièrement celui de l'instruction publique, dont la Révolution française, sous l'impulsion de Condorcet, avait jeté les fondations, et que la « grande République scolaire » de Jules Ferry, Ferdinand Buisson, Paul Bert et René Goblet a édifiée entre 1879 et 1886. Ce livre vise à montrer que cette sociologie de l'école, tout en proclamant l'intention de contribuer à la démocratisation de l'enseignement, en préconisant par exemple l'instauration d'une pédagogie inégale pour des élèves inégaux qui annonçait la discrimination positive des ZEP, a en fait apporté une légitimation intellectuelle à la déréglementation scolaire entreprise par les gouvernements de la Ve république depuis 1959, aboutissant à un démantèlement de l'instruction publique laïque qui s'accentue aujourd'hui.

  • Au moins depuis la publication de la thèse d'Alphonse Dupront, en 1997, il est clair que l'idée de croisade a survécu en Occident bien après la mort de Saint Louis sous les murs de Tunis. Néanmoins, l'opinion dominante considère que le récit des expéditions passées, quel que soit le contexte discursif, n'aurait valeur que de substitut et que l'abondance du discours serait à la mesure de l'impuissance des royaumes chrétiens, incapables de résister aux Turcs (sans même parler de la récupération de Jérusalem). Les mots serviraient à combler un vide, à calmer l'inquiétude de l'Occident menacé en entretenant l'illusion d'une force désormais perdue. La douzaine de contributions publiée dans ce volume vise à réévaluer cet ensemble très nourri de textes : la remémoration des hauts faits de Charlemagne ou de Godefroy de Bouillon fonctionne en effet comme un formidable révélateur pour l'historien, car le traitement de la geste croisée livre un portrait social et politique de l'Europe dont il importe de bien évaluer l'actualité. La référence aux heures glorieuses, tout comme le dessin d'une prochaine, et illusoire, victoire, souligne avec acuité les lignes de force d'une époque charnière.

  • Le 10 juin 1940, Mussolini déclare la guerre à la Grande-Bretagne et à la France. Malgré des réticences que tempèrent les victoires allemandes, Ciano reste ministre des Affaires étrangères. Le second volume de son Journal couvre la période de l'Italie fasciste en guerre jusqu'à son renvoi par le Duce le 5 février 1943. Précieux document, cette partie du Journal présente sans fard les déboires militaires italiens, les relations souvent complexes et ambiguës avec l'allié allemand, la progressive dégradation du fonctionnement de l'appareil du pouvoir fasciste et du consensus autour de celui-ci. Le Journal du comte Ciano est un document capital pour la compréhension du second conflit mondial et de la crise du régime fasciste. La présente édition offre une nouvelle traduction mais également un important appareil critique qui souhaite éclairer le texte et le confronter à diverses sources diplomatiques et aux Mémoires d'autres acteurs italiens et étrangers de la période.

  • L'Italie entretient avec l'Antiquité un lien tout particulier. Les civilisations étrusque, grecque, romaine ont marqué la Péninsule. De nombreux artistes, écrivains, historiens, promeneurs ont été fascinés, influencés, plus rarement rebutés par le prestigieux héritage. Les contributions réunies dans ce volume présentent des aperçus de la manière d'appréhender l'Antiquité en Italie. De Montesquieu à Mussolini, en passant par Vico, Leopardi, Verdi, Carducci, D'Annunzio, des archéologues tel Albert Grenier mais aussi des sites comme Pompéi, comment la culture antique a-t-elle influencé l'histoire politique, littéraire, artistique de l'Italie depuis le Siècle des lumières jusqu'à l'époque fasciste ? Les auteurs souhaitent apporter des réponses à cette interrogation et ouvrir des pistes afin de favoriser la compréhension de cette donnée majeure de l'histoire culturelle de l'Italie et de l'Europe.

  • La mise en marché de produits moralement sensibles, comme ceux touchant à l'intimité des personnes, à leur intégrité, à la santé ou au maintien de l'ordre public, est l'objet de cette réflexion collective qui met en regard neuf cas de « marchés contestés ». Certains de ces marchés contestés sont effectifs, comme dans le cas du tabac, de la pornographie, des jeux d'argent ou des défunts. Certains sont potentiels dans le sens où les poissons génétiquement modifiés, les données personnelles ou le cannabis sont à la recherche des moyens de rendre acceptables les transactions marchandes. D'autres, enfin, sont bannis car la marchandisation des enfants adoptés ou des organes humains reste moralement inacceptable. La tension entre les principes marchands et moraux au coeur des marchés contestés est dans chaque contribution éclairée par l'identification des formes de la contestation morale et des dispositifs juridiques, fiscaux, sanitaires, éthiques, rendant possible ou au contraire irréalisable l'édification d'un marché. La prise en compte de « populations fragiles », qu'il s'agit de protéger du marché, mais aussi de protéger par le marché, émerge dans tous les chapitres comme un élément explicatif essentiel des avancées et des reculs des marchés contestés.

  • Cet ouvrage se propose de mettre en relief les procédés utilisés par les souverains almohades en al-Andalus comme en Afrique du Nord pour asseoir leur pouvoir et imposer leur ordre politique. L'époque almoravide, période qui a précédé l'arrivée des Almohades, est également évoquée afin de permettre une comparaison entre les deux systèmes politiques et cerner ainsi le chemin suivi par les Almohades, voie médiane oscillant entre continuité et volonté de rupture avec un passé jugé inadéquat. Une attention particulière est réservée aux différents témoignages décrivant le calife, son entourage, sa vision et son rôle dans les conflits armés où il est à la fois chef politique et militaire. Tous les aspects de sa vie sont étudiés : son rapport à l'exercice du pouvoir, à la nourriture, aux codes vestimentaires... Pour la première fois, au Maghreb occidental et central, on sort du paradigme du chef de guerre pour s'enraciner dans la tradition orientale du souverain hiératique le plus souvent inaccessible et invisible. Cet épisode marque une étape fondamentale du processus d'arabisation et d'islamisation des sociétés du Maghreb, et l'ouvrage, soigneusement documenté, constitue une heureuse contribution aux modes de gouvernement en terre d'Islam.

  • Gendre de Mussolini, ministre des Affaires étrangères depuis juin 1936, Ciano est un observateur de premier plan tant des relations internationales que du fonctionnement du régime fasciste dont il est un acteur majeur. L'époque concernée par ce premier volume aborde la fin de la guerre d'Espagne, l'Anschluss envers l'Autriche, la conférence de Munich et ses conséquences, l'annexion de l'Albanie, le rapprochement avec l'Allemagne, les relations avec les démocraties occidentales, la crise germano-polonaise de l'été 1939, le choix de la non-belligérance, et enfin la décision de déclarer la guerre à la Grande-Bretagne et à la France le 10 juin 1940. Le document éclaire également le fonctionnement de l'Italie fasciste : relation avec la monarchie, l'Église, les hiérarques, la législation antisémite. La présente édition offre une nouvelle traduction du Journal ainsi qu'un important appareil critique qui permet d'éclairer le texte et le confronter à diverses sources diplomatiques et aux Mémoires d'autres acteurs italiens et étrangers de la période.

  • La historiografía tradicional, española y europea, ha considerado la Guerra de Granada (1482-1492) como un hecho de naturaleza y alcance exclusivamente hispánicos. Se trataba del último episodio de un proceso ibérico, la « Reconquista », el enfrentamiento secular entre el Islam y la Cristiandad, consustancial al Medievo peninsular. El nacionalismo romántico del siglo XIX y la dictadura de Franco (1939-1975) lo marcaron a fuego en la identidad nacional española. Sin embargo, en las últimas décadas se han revisado estos postulados, hasta culminar en una revisión radical. Librado el conflicto de la carga ideológica que lastraba su estudio, se ha podido abordar bajo una luz nueva, que tiene un doble marco infinitamente más amplio y complejo. De una parte, las Guerras de Granada - en plural - como manifestación ibérica de lo que en Europa se ha denominado « cruzadas tardías ». De otra, el reordenamiento geopolítico del Mediterráneo, como un tablero de ajedrez, en el que el Islam avanzaba en Levante y retrocedía en Occidente. El presente volumen reúne textos de especialistas europeos que abordan tanto las cruzadas contra el Reino de Granada en el siglo XIV - con participación de borgoñones, escoceses, franceses e ingleses - como la guerra final de conquista en el siglo XV. Se identifican los canales de difusión de noticias, la implicación y diferente repercusión en las cortes renacentistas de la Península Italiana, o el eco atenuado de las hostilidades en el Sacro Imperio Romano-Germánico. Emerge así una imagen insólita, novedosa, de un conflicto de dimensión y alcance internacionales.

  • Ce volume rassemble la plupart des contributions présentées lors des colloques tenus dans le cadre des 9es et 10es Journées Manuel Azaña, à Montauban, en 2014 et 2015. Les thématiques de ces rencontres étaient ambitieuses : La Seconde République espagnole, 1931-1936, entre réforme et révolution, la première année, puis, la seconde année, Guerre d'Espagne, 1936- 1939, entre guerre et révolution. Cette problématique, centrée sur l'action et les représentations des forces sociales et politiques qui l'ont soutenue jusqu'au bout, ne prétendait donc pas brosser une histoire totale de la Seconde République. Les textes questionnent deux idées maîtresses de la période : la réforme décisive d'un pays resté archaïque et la révolution qui - aux yeux de beaucoup, mais pas forcément de la même manière - aurait permis de remédier de façon décisive aux maux dont souffrait le pays, notamment les inégalités sociales. L'affrontement de ces deux projets marque la première période de la République, au cours du « bienio azañiste », les deux années de gouvernement de Manuel Azaña (1931-1933). Il rebondit en 1936, après la victoire électorale du Front populaire, quand le soulèvement militaire de Franco, soutenu par Hitler et Mussolini, prend les armes contre la République. Cette fois, chez ceux qui luttent pour la défendre, c'est la question de la priorité à donner à la conduite de la guerre ou à la révolution qui fait débat et approfondit les divisions. L'ouvrage aborde successivement ces périodes dans ses deux parties : l'une consacrée aux réformes menées par la jeune République espagnole et l'autre tournée vers les gouvernements en guerre et les forces sociales et politiques à l'oeuvre face à l'assaut des forces réactionnaires et fascistes espagnoles et internationales. Les diverses contributions émanent de spécialistes confirmés - espagnols ou français - et dressent un état de la recherche historique actuelle. Apportant ainsi une vision plurielle sur les huit petites années qui ont changé l'Espagne et sur une République trahie, à qui le temps n'a pas été donné de réaliser ses espoirs.

  • L'humaniste Paolo Giovio incarne la pensée du milieu intellectuel moderne sur les Turcs et l'Europe sans jamais entrer dans des controverses religieuses. Il remplit son rôle de conseiller en conduisant son public à se forger sa propre opinion. Sa vaste culture humaniste allie une connaissance parfaite de l'histoire, des sciences et des arts à une remarquable maîtrise de l'art rhétorique. L'oeuvre de Giovio traduit le sentiment de son milieu vis-à-vis de la question turque dans un contexte rendu difficile par les offensives de l'Empire ottoman et les guerres fratricides entre chrétiens. Son oeuvre abondante et amplement documentée offre une information très précise sur les Turcs. La présentation par Giovio d'événements notables visant à alerter ses contemporains et les renseigner sur leurs adversaires permet non seulement de mieux connaître les Ottomans mais également de pénétrer dans la mentalité de son temps et d'apprécier comment l'idée d'une Europe contrainte de se défendre contre ses ennemis a pu se constituer alors, jetant les bases de celle d'aujourd'hui, héritière des conceptions humanistes.

  • Ce livre est une des rares études conduites en France sur la pauvreté en milieu rural car si la pauvreté a suscité de nombreux travaux, la plupart d'entre eux portent sur des manifestations urbaines. Présenté comme un recueil de témoignages et de biographies, cet ouvrage révèle des situations d'extrême dénuement souvent méconnues ou cachées, et dévoile la terrible dureté des rapports humains dans ce milieu. Il envisage les conséquences de la crise économique sur les destins collectifs et montre qu'à défaut d'autres solutions, les plus pauvres se replient sur leur univers domestique et apprennent les règles implicites de l'assistance. En abordant la question de la pauvreté en milieu rural, ce livre est une contribution à l'analyse des politiques sociales et des modes d'adaptation des individus.

  • Hérésies et dissidences religieuses se sont propagées jusque dans les villages les plus reculés de l'Europe médiévale et moderne, et s'y sont même parfois implantées durablement. Cet aspect de la vie rurale a pourtant longtemps été négligé par les historiens parce que les villes semblaient concernées en priorité, mais surtout parce qu'il demeure inhabituel de considérer la société villageoise sous l'angle de la diversité, de l'hétérogénéité, du conflit ou de la coexistence malaisée. À rebours des idées reçues, ce livre propose donc de redécouvrir les réseaux et les clivages qui favorisèrent dans les campagnes la diffusion et le maintien de groupes dissidents parfois majoritaires : cathares et vaudois, lollards et protestants, anabaptistes ou même morisques... Au coeur des villages, le développement et la survie des minorités confessionnelles ont dépendu des équilibres démographiques, des réseaux économiques et sociaux, des structures politiques tout autant que des représentations de soi et de l'autre. Et dans ce contexte de profonde interconnaissance, l'engagement religieux a pris assurément un relief particulier.

  • Des comptoirs officieux où se négocient les précieux cailloux, des activités de façade destinées à masquer des transactions illégales, des villes surgies de nulle part, des communautés humaines qui se recomposent en fonction de cette économie très spéciale : c'est une étrange histoire que celle des diamantaires de la vallée du Sénégal qui nous est donnée à lire ici. Sylvie Bredeloup analyse la façon dont le trafic des diamants a fait naître dans cette région du monde de nouveaux espaces d'échanges et de circulation. Ces formes de mobilité inédites permettent de réinterroger l'articulation entre dynamiques urbaines et entreprenariat économique, entre solidarités migratoires et relations productives. Une recherche qui renouvelle la question migratoire en Afrique subsaharienne.

  • En avril 1799, trois ans avant la proclamation de l'indépendance d'Haïti, un vieux noble ruiné écrit à Toussaint Louverture, figure montante de Saint- Domingue. Surprenant renversement des rôles : le comte Louis-Pantaléon de Noé appelle à l'aide un ancien esclave. Maître de la plantation Bréda où naquit Toussaint, grand propriétaire sucrier dont le domaine inspira Victor Hugo pour Bug Jargal, l'aristocrate gascon est représentatif de ces riches planteurs blancs alors malmenés par la tourmente révolutionnaire. À un moment où beaucoup s'interrogent sur le passé colonial de la France, cette biographie invite à plonger au coeur du système esclavagiste et de la « plantocratie » d'Ancien Régime, tout en rappelant les liens solides tissés entre les provinces françaises et les lointaines îles à sucre. Sur les pas du comte de Noé, le lecteur croisera des personnages célèbres (Toussaint Louverture, les frères de Louis XVI) ou moins connus (négociants, notaires et gérants de sucreries). Il découvrira, surtout, les principaux acteurs de la société antillaise : les esclaves noirs, bien évidemment, mais aussi ces « Libres de couleur » qui constituent un groupe social en plein essor à la fin du xviiie siècle.

  • La montagne, un monde de marchands ? C'est cet apparent paradoxe que P. Poujade nous invite à explorer ici. Loin de décrire de hautes terres enclavées et une société close, où l'autarcie serait une des conditions de l'existence, l'auteur invite à la découverte d'un autre univers. À travers l'analyse de riches archives, notariales entre autres, il montre comment, entre 1550 et 1700 environ, les montagnes du haut pays de Foix sont partie intégrante des grands circuits commerciaux de l'Europe moderne. Tout au long de l'année en effet, cols et chemins sont les lieux d'intenses échanges terrestres. Et ce n'est pas une des moindres particularités des petites villes qui contrôlent ces nombreuses routes, que de susciter et d'abriter une communauté marchande étoffée, nourrie de nouveaux venus, Auvergnats, Limousins, voire Dauphinois. Quels sont les produits qui empruntent cet axe entre le Massif Central et la Catalogne intérieure ? D'où viennent-ils, où vont-ils et comment sont-ils commercialisés ? Quelle place pour les marchands migrants et quel rôle pour les marchands locaux ? Ce sont là quelques-unes des questions auxquelles l'auteur apporte des éléments de réponse originaux, qui renouvellent profondément les recherches dans ce domaine.

  • Est-il possible de concevoir une histoire de la sociologie qui ne soit ni celle des historiens des sciences de l'homme ni celle de sociologues en mal de mémoire ? Pour figurer ce que devrait être cette souhaitable "histoire sociologique de la sociologie", il n'est pas de terrain plus approprié que la sociologie urbaine, quand s'interpénètrent discipline scientifique et thématique publique, communauté de savants et univers hétérogène des professionnels de la ville. De cette rencontre, l'histoire peut être retracée d'un triple point de vue : celui du dialogue entre l'université et la commande publique de recherche urbaine ; celui de la figure particulière qui résulte de la jonction de profils intellectuels et professionnels différents ; celui, enfin, du croisement des itinéraires individuels qui la traversent. Il apparaît alors que, depuis la deuxième guerre mondiale, l'évolution des modèles épistémologiques s'accompagne d'un lent désengagement politique du sociologue, quand bien même on constate, sous la variation des conjonctures et des générations, une réelle permanence des interrogations propres aux trajectoires professionnelles.

  • La Rome républicaine offre l'exemple fort original d'une société qui se dote de deux assemblées politiques, dont l'une - l'assemblée tribute - présente des caractères singulièrement « démocratiques » : tous les citoyens romains y ont le droit de voter. De surcroît; au cours des siècles, on voit la citoyenneté romaine accordée à un nombre de plus en plus grand d'étrangers. Comment comprendre cette diffusion du droit de cité, allié au droit de vote ? Comment une telle ouverture peut-elle aller de pair avec les caractères éminemment aristocratiques de la cité romaine ? Ces questions invitent à réfléchir d'une part sur les rapports entre institutions politiques et structures sociales, d'autre part sur la signification de la citoyenneté romaine, sur ses limites, sur les enjeux de sa diffusion.

  • Du Moyen Age orthodoxe ou romain aux États-Unis les plus contemporains, en passant par l'Algérie coloniale, la France de la Troisième République ou la Pologne de l'entre-deux-guerres, cet ouvrage traite du rapport des juifs à la ville. Il s'agit, bien sûr, de la ville au sens le plus physique du terme, avec ses ghettos, ses « carrières », ses « sentiers », ses frontières plus ou moins immatérielles ; mais aussi de la Cité au sens politique du terme, et de cette dialectique constante dans l'histoire de la diaspora, entre exil et intégration, acculturation et fidélité, conversion et mémoire. Succès (tel l'israélitisme français ou hongrois) et rejets (l'antisémitisme dans les universités polonaises des années 1930 ou la France de Vichy) rythment une histoire que l'on peut lire aussi à travers de grandes oeuvres littéraires, d'Isaac Singer à Chaïm Potok.

  • Spectaculaire, le célèbre parcellaire rayonnant de l'ancien étang de Montady est aussi révélateur des espaces aménagés par les sociétés dans le Languedoc des xiie-xve siècles. De toutes tailles, des minuscules estagnols aux vastes cuvettes de plus de mille hectares, comme Marseillette (Aude), Capestang (Hérault) et Pujaut (Gard), des centaines d'étangs constellaient les terroirs villageois de plaine. Autour des décennies 1240-1300, en pleine phase de croissance et de recherche de nouveaux profits, de grands chantiers de drainage transforment ces zones humides pourtant très utiles en champs céréaliers ou en prairies. L'ouvrage aborde d'abord la question de l'aménagement des milieux humides sur la longue durée (Antiquité-Moyen Âge) à l'échelle européenne, avant de traiter l'histoire des assèchements médiévaux en Languedoc méditerranéen dans sa globalité, mais aussi à travers plusieurs dossiers bien documentés. Les étapes de l'entreprise, de la décision de drainer à la réalisation des travaux, l'identification des acteurs, qui présentent tout l'éventail de la société médiévale, les répercussions sur le paysage et l'environnement, tels sont les temps forts de cette réflexion sur l'interaction entre l'homme et le milieu. Les transformations engendrées par l'assèchement des étangs continentaux donnent naissance à un paysage spécifique, entièrement remodelé, scandé par les alignements des fossés, entre le grand mairal et le cercle, et cachant parfois des aqueducs souterrains rythmés par des puits. Une patiente enquête parmi les sources les plus diverses, textes médiévaux et modernes, plans anciens et actuels, photographies aériennes, données archéologiques et paléoenvironnementales, aboutit à une histoire sur la maîtrise de l'eau et permet de mieux comprendre les paysages, les terroirs et les territoires, en un mot l'espace actuel.

  • Heinrich Rickert (1863-1936) appartient au courant néo-kantien qui se développa fortement en Allemagne au tournant du siècle et exerça une influence déterminante sur les sciences sociales naissantes. À l'encontre du positivisme français, qui pensait pouvoir ramener celles-ci au modèle commun des sciences physiques, le néo-kantisme allemand élabore et développe une distinction essentielle entre "sciences de la nature" et "sciences de l'esprit", appelées également "sciences de la culture". Heinrich Rickert a joué un rôle de tout premier plan dans l'élaboration et la défense de cette distinction. Il a très fortement influencé Max Weber et Raymond Aron lui a consacré de nombreuses pages dans sa présentation de la philosophie allemande de l'histoire, en 1938. Cependant, il restait jusqu'ici peu accessible au public français. D'où le choix de traduire Les problèmes de la philosophie de l'histoire, qui rassemble trois textes conçus par Rickert comme une introduction à son oeuvre. La portée de l'ouvrage, tant du point de vue de la philosophie que de celui de la sociologie, est soulignée par deux introductions inédites, rédigées par Otthein Rammstedt, professeur à l'Université de Bielefeld et Patrick Watier, professeur à l'Université de Strasbourg.

  • Qui, en gestion, en politique ou en sciences sociales, n'a jamais entendu parler de "captation" des clients, des électeurs, des personnes ? Et pourtant, qui sait vraiment quels sont les ressorts et les enjeux de "la captation des publics" ? La parabole du Petit chaperon rouge suffirait-elle à circonscrire ces pratiques ? Les auteurs du présent ouvrage tentent d'éclairer ces questions à partir de terrains aussi diversifiés que les techniques marchandes (emballage, étiquetage, merchandising), la banque, les cybermarchés, la démocratie électronique, la téléphonie ou les marchés financiers. Ils nous invitent à saisir la pluralité des opérations de captation, qui vont de l'attraction à la fidélisation, en passant par l'information et la séduction. Ils nous montrent que ces pratiques consistent à articuler dispositifs techniques de gestion et dispositions sociales des publics visés. Ils nous font surtout découvrir le caractère très ambigu de ces relations qui, loin de se limiter à de simples rapports de domination ou de manipulation, ouvrent rapidement sur la figure du capteur-capté. L'importance du sujet traité, mais aussi ses enjeux théoriques, pratiques, voire politiques, intéresseront un vaste public : étudiants et chercheurs en gestion, en sciences sociales et en sciences politiques, mais aussi praticiens et simples consommateurs et/ou citoyens soucieux de mieux comprendre et peut-être de mieux maîtriser les modalités de leurs rapports quotidiens.

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