Histoire du monde

  • Les fonds notariaux sont une source précieuse pour l'histoire des demeures de l'âge classique. L'exploitation exhaustive de ce qui en subsiste, concernant Toulouse, pour les années 1600-1630, permet d'éclairer définitivement les débuts des hôtels et maisons de cette période, mal connus jusqu'ici, voire tout à fait méconnus, et de donner un nom à leurs maîtres d'oeuvre, pour la plupart tirés du néant.

  • L'humaniste Paolo Giovio incarne la pensée du milieu intellectuel moderne sur les Turcs et l'Europe sans jamais entrer dans des controverses religieuses. Il remplit son rôle de conseiller en conduisant son public à se forger sa propre opinion. Sa vaste culture humaniste allie une connaissance parfaite de l'histoire, des sciences et des arts à une remarquable maîtrise de l'art rhétorique. L'oeuvre de Giovio traduit le sentiment de son milieu vis-à-vis de la question turque dans un contexte rendu difficile par les offensives de l'Empire ottoman et les guerres fratricides entre chrétiens. Son oeuvre abondante et amplement documentée offre une information très précise sur les Turcs. La présentation par Giovio d'événements notables visant à alerter ses contemporains et les renseigner sur leurs adversaires permet non seulement de mieux connaître les Ottomans mais également de pénétrer dans la mentalité de son temps et d'apprécier comment l'idée d'une Europe contrainte de se défendre contre ses ennemis a pu se constituer alors, jetant les bases de celle d'aujourd'hui, héritière des conceptions humanistes.

  • Les 37es Journées de Flaran consacrées aux cultures villageoises ont permis de faire le bilan des avancées de l'historiographie. Ce colloque s'est employé à dépasser ce à quoi on ramène toujours la culture des paysans des époques médiévale et moderne, sous la vieille appellation de « culture populaire », et derrière laquelle on place surtout la culture religieuse et la pratique de rites plus ou moins bien christianisés. Il a élargi vers d'autres domaines de représentations la culture des paysans, comme la culture politique ou la culture littéraire. Il a aussi attiré l'attention sur ces oubliés de l'histoire culturelle que sont les paysans, trop fréquemment encore étudiés comme des producteurs ou des contribuables. Il s'est intéressé au processus de différenciation sociale au sein des paysanneries en mettant l'accent sur un point généralement passé sous silence dans les études, à savoir la maîtrise d'un « capital culturel » (pour paraphraser les travaux de Pierre Bourdieu). C'est donc un positionnement doublement original, à la fois dans le domaine de l'histoire culturelle (trop focalisée sur la culture des élites nobiliaires) et dans celui des sociétés rurales. Les exemples traités balaient un large panel de cas de figures, de l'Islande et l'Angleterre à la France et l'Italie.

  • Cette quatrième session des Journées de Flaran a commencé dans l'inquiétude. Pendant que se déroulaient nos travaux, notre président d'honneur, M. Charles Samaran, était en effet à l'hôpital de Nogaro, à quelques lieues de nous, en train de lutter contre l'agression des années et de terminer sa longue et admirable vie d'honnête homme et d'érudit. Décédé le 11 octobre, quelques jours avant son cent troisième anniversaire, plusieurs d'entre nous l'avons accompagné, avec ses amis de Cravencères et les autorités nationales et départementales, à sa dernière demeure près de la vieille chapelle de l'hôpital Sainte-Christie d'Armagnac. Notre Comité est désormais orphelin, mais il conservera le souvenir affectueux du grand historien gascon qui avait présidé à sa naissance.

  • Depuis près de dix ans, les mises au point, les réflexions, les petites avances de l'histoire médiévale et moderne que nous réalisons ici dans ce havre de tranquillité hors de toutes les agitations, propice aux échanges amicaux, pourraient avoir comme dénominateur commun le titre d'une collection bien connue : les hommes et la terre. Après les peuplements castraux, les Cisterciens et la terre, les Ordres militaires et la terre, les revenus de la terre, le jardin est un de ces thèmes qui devait donc retenir notre attention, tant il est évident qu'il colle au sol et qu'il doit tout à l'intervention des hommes.

  • Le faux monétaire, parce qu'il nécessite la construction de cette qualification, ne saurait se réduire à la seule évaluation des métaux précieux qu'il contient. Du Moyen Âge à l'époque contemporaine, les travaux réunis ici démontrent que si l'invention du faux en matière monétaire résulte de l'activité des contrefacteurs, elle dépend également de la réception des fausses pièces par les collectivités humaines. Dès la fin du Moyen Âge les autorités politiques mettent en avant la notion de majesté monétaire pour défendre les droits de monnayage du prince. Malgré cette construction théorique entre postures et impostures, la désignation de la falsification monétaire peine à rallier tous les acteurs des économies fondées sur le poids et l'aloi des espèces. C'est à partir de l'exemple de la France et de l'Espagne, de la Méditerranée et de l'Amérique coloniale hispanique, que le faux-monnayage est abordé comme une transgression de la valeur et de l'échange suscitant une répression judiciaire qui participe à la construction des frontières politiques. La fabrique du faux monétaire se place donc aux croisements des histoires économiques, monétaires, politiques et sociales. Elle restitue les articulations et les conflits liés à la réception occidentale de la falsification de la valeur, avant de fonder une approche originale du faux monétaire comme objet d'histoire, objet peu investi jusqu'alors par la pensée historique contemporaine. Destiné au monde universitaire hispanique et français, aux chercheurs, aux étudiants mais aussi aux passionnés de numismatique, cet ouvrage scientifique interdisciplinaire réunit le travail d'une quinzaine de chercheurs français et espagnols, historiens, anthropologues et numismates, pour fonder une histoire occidentale des (im)postures monétaires

  • « Porter le témoignage de l'homme » pourrait être la devise de qui a posé un regard pertinent sur le monde, doublé de la marque impertinente de l'observateur attentif. Ce livre, hommage à notre collègue Rodolfo de Roux, revienr sur les pérégrinations d'un chercheur, historien et pédagogue, et dont les travaux engagent résolument la questiondes rapports de F Eglise avec le monde, celle de la violence des relations humaines, par-delà le cas douloureux de la Colombie, ou encore celle de la création et de la culture. Né à Cali (Colombie) en 1945, Rodolfo de Roux a d'abord enseigné l'histoire de l'Amérique latine à l'Université Javeriana de Bogota et la sociologie de l'éducation à l'Université Pédagogique Nationale de Colombie (Bogota), où il a été doyen de la Faculté des Arts et Humanités. Après avoir brillamment soutenu deux thèses en France, l'une en Sciences Sociales des Religions (EHESS, 1981) et l'autre sur l'histoire religieuse en Amérique latine (Université de Toulouse-Le Mirail, 1992), il est devenu enseignant-chercheur dans cette université à partir de 1992 et jusqu'en 2008, en tant que Maître de conférences puis comme Professeur de civilisation hispano-américaine. Cet ouvrage est sans nul doute le reflet d'une reconnaissance envers un intellectuel contemporain dont aucune incursion dans les domaines de l'histoire, de l'éducation ou de l'écriture n'a jamais laissé indifférent ses auditeurs et ses lecteurs qu'ils soient eux-mêmes des chercheurs ou de simples amateurs de l'Histoire latino-américaine moderne et contemporaine.

  • Les historiens ont longtemps privilégié le facteur technique dans l'approche des révolutions industrielles. Dans cette logique monocausale, le progrès technique était assimilé à une succession d'inventions apparues dans des secteurs pionniers, moteurs de la croissance, entraînant le reste de l'économie, dite traditionnelle, dans son sillage. L'un des paradoxes de cette approche consistait à valoriser l'innovation tout en évitant d'interroger les pratiques inventives. La dynamique interne du progrès technique et les traits de génie des inventeurs tenaient lieu de modèles explicatifs. La remise en cause de ces approches suscite bien des interrogations de méthode. Comment repérer les formes de l'invention ordinaire, en cerner les acteurs ? Comment assigner une origine à des nouveautés dont l'antériorité se perd dans la mémoire commune ? Comment appréhender des savoirs pratiques instables et non codifiés que ne livrent pas les corpus constitués de sources ? Comment concilier les définitions construites de l'invention et de l'inventeur, les catégories déjà forgées par les institutions et le corps social, et les mentions informelles ou indirectes de l'invention ? Ces questions débordent l'écrit. Cet ouvrage, issu d'un colloque international tenu à Paris en 2003, élargit le concept de sources : au-delà des « sources-textes », il considère les dessins, les enregistrements sonores, les instruments et outils, les installations, les échantillons, les modèles, les prototypes, etc. Il propose une réflexion originale sur le statut des archives de l'invention, sur leur mode de production et sur les méthodologies mises en oeuvre dans leur exploitation.

  • Le vêtement civil ou ecclésiastique, peut être considère comme un « fait social total ». Il exprime état, honneur, et distingue celui qui le porte du reste du commun. Les questions de préséances sont primordiales, qu'elles se manifestent par le choix des couleurs, la qualité des tissus, la place occupée dans les assemblées consulaires ou les cérémonies religieuses. Ainsi revêtu, l'individu n'est plus anonyme, il est le corps visible du pouvoir qu'il représente. Les atteintes portées à ces symboles révèlent également l'importance du statut politique du costume. Le soin porté aux vêtements liturgiques et civils, le souci du détail vestimentaire, le sort réservé aux tissus usagés, permettent de cerner, de la théorie à la pratique, l'importance de la vêture comme représentation, mais aussi comme instrument et enjeu de pouvoir. L'intérêt de la longue durée (XIIIe-XXe siècle) réside dans l'analyse des permanences et des évolutions, à partir de l'étude des textes normatifs et des pratiques observées sur le terrain, grâce à l'abondance des sources. Toutes ces questions ont été l'objet de la réflexion des chercheurs lors du colloque organisé à Albi, les 19 et 20 octobre 2001. Loin de représenter une étude exhaustive d'un sujet trop vaste pour être circonscrit en quelques pages, les actes qui paraissent aujourd'hui sont autant d'imitations à pousser les portes entrouvertes et poursuivre le questionnement dans une recherche pluridisciplinaire particulièrement enrichissante.

  • Le présent ouvrage s'intéresse à une question-clef du champ historique contemporain : dans quelle mesure l'Histoire et les historiens participent-ils à l'élaboration d'une identité nationale ? Jusqu'à présent, avait été presque exclusivement examiné le cas des nations européennes. Pour la première fois le processus est, enfin, analysé dans le détail pour un État africain. Ce livre fournit un exemple exceptionnel de la place et du rôle de la discipline historique dans la construction identitaire d'une population africaine. Grâce à l'étude systématique des travaux de recherche soutenus au Niger durant les soixante dernières années (thèses, mémoires de maîtrise...), il reconstitue minutieusement les efforts d'une petite communauté de chercheurs, venus d'horizons divers, pour établir les bases culturelles du nouvel État. Il montre avec finesse que faire de l'histoire n'est jamais neutre, au Niger comme partout ailleurs c'est prendre position, d'une façon ou d'une autre, dans une entreprise susceptible de consolider l'aventure identitaire d'une nation confrontée à de nombreux défis. La plupart des historiens nigériens ont su, tout à la fois, se distancier par rapport à la vulgate coloniale et affirmer l'originalité de l'histoire nigérienne ainsi que son ancrage dans différentes dynamiques spatiales, temporelles et culturelles.

  • Un premier constat s'est imposé à la comparaison des trois rapports sur la France : l'opposition entre le rôle des Hospitaliers et des Templiers dans les grandes régions, Nord, Provence, Sud-Ouest aquitain et gascon. Certes, on ne saurait parler de « politique économique » des deux ordres ; l'un et l'autre, les Templiers surtout peut-être, ont généralement recherché des prises de revenus, rentes, dîmes, moulins, tonlieux, péages, qui ne les ont guère distingués des autres ordres et des seigneurs laïques. Mais, dans leur participation au peuplement des campagnes et des bourgs et à l'exploitation rurale, tout s'est avéré différent dans les trois secteurs. Au Nord de la Loire, aucune intervention des Templiers dans la fondation d'habitats, semble-t-il, et à peine six maigres hostises hospitalières en Picardie. En Provence, les commanderies urbaines ont plutôt essaimé des domaines dans des régions vides d'hommes, créant ainsi un habitat isolé. Dans le Sud aquitain, c'est l'apport massif à la colonisation et à l'urbanisation des campagnes qui a prévalu : quelque soixante sauvetés et castelnaux de l'Hôpital et du Temple au xiie siècle ; participation à la fondation d'une vingtaine de bastides à la fin du xiiie. C'est ici que Ton peut reprendre la pertinente question posée par R. Fossier à propos des Cisterciens dans le Nord de la France : les Templiers et les Hospitaliers « arrivent-ils bien ? », et de répondre : trop tard, au Nord de la Loire, malgré le nombre impressionnant des commanderies ; oui, dans les pays du Bas-Rhône et surtout en Gascogne. Les Hospitaliers et les Templiers se sont comportés en partie dans le Midi comme sur un front pionnier. Il n'en reste pas moins aussi que, pour des raisons liées à l'économie de marché, les deux ordres ont favorisé deux secteurs de l'activité rurale : l'élevage, principalement des ovins, en Champagne, en Berry, en Provence où ils ont participé à l'essor de la grande transhumance, dans les Pyrénées et sur les plateaux des Causses ; la viticulture en Aunis, en Bordelais et dans le « haut pays » garonnais. Mais, en dépit de quelques monographies bien menées, la structure des exploitations des deux ordres nous échappe encore partiellement : qu'en était-il en particulier des « granges », de leur gestion en faire-valoir direct et des expériences « quelque peu cahotiques » de métayage et de fermage ?

  • On voudra bien me permettre, pour une fois, de placer en tête de cette présentation tes quelques réflexions générales sur le succès des Journées d'histoire de Flaran que j'ai développées devant les autorités départementales du Gers, qui nous accueillaient le 20 septembre 1985 pour notre septième session. En effet, il peut paraître étonnant, mais il est en même temps très réconfortant, que dans cette abbaye, petit établissement cistercien, combien moins importante que tes « Centres nationaux de rencontre » de Royaumont, de Fontevrault ou de Pont-à-Mousson ; à l'écart des grands itinéraires de circulation ; sans patronage tapageur ; sans le secours de structures universitaires ou d'organismes de recherche ; loin des centres d'animation parisiens ; avec le seul concours bénévole d'un comité scientifique restreint et régional ; avec l'unique support administratif du Comité départemental du tourisme du Gers, dont l'histoire et les publications scientifiques n'étaient guère dans ta vocation initiale ; dans un département essentiellement rural et aux ressources modestes, nous ayons réussi à implanter ces réunions scientifiques annuelles, sans concession à la facilité, et à publier le résultat de leurs travaux. Eh bien ! cela n'a été possible que grâce à la foi et à la volonté lucide d'un petit groupe local et surtout des élus de ce département qui ont senti de façon exceptionnelle que la recherche historique était une des composantes essentielles de la culture et qu'une organisation simple était au moins aussi efficace qu'un lourd appareil bureaucratique lorsqu'elle était l'expression de l'accueil chaleureux de tout un pays.

  • Pour nos auditeurs non spécialistes, vous me permettrez de dire quelques mots sur la toponymie, science auxiliaire de l'histoire. Que l'on m'entende bien : il est incontestable que la toponymie est en premier lieu une science linguistique. Un nom de lieu est d'abord un vocable et, comme tel, il relève du génie de la langue et il appartient à un groupe linguistique bien déterminé. Ainsi, là où le Gascon pense et dit Artiguelongue, le Bavarois dira Langenried. Mais ta toponymie est aussi une science géo-historique. Par définition, le nom de lieu est lié au sol, il est attaché à une topographie, à une forme d'occupation du sol, à un habitat ; il recouvre de ce fait une réalité géographique, laquelle peut bien souvent renseigner sur sa signification. C'est, par exemple, par leur terroir ouvert en pointe ou en coin à la lisière des forêts que l'on a pu expliquer les Cornau bordelais et landais. En outre, quand le nom de lieu se rattache à un type de peuplement ou qu'il accède au document écrit ou cartographique, au mieux avec une date, il devient réellement un « fait » de l'histoire parmi tant d'autres. Dès lors, peut-on dire que la toponymie sous sa double étiquette est une science auxiliaire de l'histoire : elle est le miroir des civilisations historiques, des couches historiques successives du peuplement, des phénomènes les plus divers de l'occupation du sol, sans compter celui de groupes d'événements religieux et politiques, voire de toute la superstructure économique et matérielle de nos activités. Et ce miroir, à condition de le bien observer et interpréter, devient à son tour une source incomparable de l'histoire.

  • Chaque année, au cours de la réunion du comité d'organisation des Journées de Flaran, Charles Higounet nous invitait à proposer de nouveaux thèmes susceptibles d'être abordés au cours des prochaines rencontres.C'est à cette occasion aussi qu'étaient confirmés les programmes des deux années suivantes. Or, lorsque à l'automne 1987 fut préparé le colloque consacré à la Croissance agricole du haut Moyen Age, le programme des journées 1989 ne fut pas arrêté. Apparemment, Charles Higounet ne l'avait pas souhaité. Sa disparition au printemps 1988 plaça donc les membres du comité devant un premier choix : fallait-il ou non poursuivre la tenue annuelle de journées si profondément marquées par leur fondateur ? Si nous décidions d'aller de l'avant, il convenait de retenir - sur le champ - un thème permettant de réunir rapidement un groupe de rapporteurs.

  • Parmi les divers vestiges enfouis dans le sol des sites archéologiques : tessons de poteries, outillages, ossements, les restes végétaux occupent une place non moins importante. Si les pollens ont toutes les chances d'avoir été apportés par le vent ou les insectes (entre autres), les graines et les fruits (ou semences) sont principalement transportés par les occupants du lieu à des fins diverses. Qu'elles soient fragmentées ou entières, les semences archéologiques sont les témoins directs d'activités et d'opérations quotidiennes, vitales ou non, liées à l'utilisation de plantes. Elles revêtent, par exemple, la forme de déchets agricoles, culinaires, excrémentiels, artisanaux ou encore celle de stocks entreposés dans des réserves qui furent incendiées.

  • De la fondation de la cité romaine au XXIe siècle, de Tolosa à Toulouse, la ville de la Garonne a préservé son rôle de métropole régionale. Le Congrès de la Fédération historique de Midi-Pyrénées, tenu en 2008 à l'université de Toulouse-Le Mirail, a réuni plus de 80 intervenants, dont les communications rassemblées apportent dans cet ouvrage l'essentiel des recherches les plus récentes. La première partie porte sur ce qui a fait la force de la ville : la formation de son territoire et son urbanisation, les caractères de sa société, les divers pouvoirs qui y siègent, ses activités économiques, commerciales comme industrielles. Un bilan qui remet en cause bien des idées reçues en montrant la vitalité dont ont fait preuve ses habitants au fil des siècles ! La deuxième partie offre des communications qui se sont attachées à l'activité culturelle dont Toulouse a été un foyer particulièrement actif dans sa longue histoire. Celle-ci a revêtu des formes multiples, parfois inattendues. La religion l'a marquée de son empreinte, longtemps sous l'ascendant de l'Église catholique, avant que la ville ne fasse place à d'autres croyances. Elle s'est affirmée aussi comme un pôle d'élaboration et de transmission du savoir, dans lequel l'université a pris naturellement sa place. Elle a entretenu un goût, et même une passion, pour la littérature, la musique, les arts plastiques, autant d'expressions qui ont contribué à modeler la personnalité de la « ville rose ».

  • Le but de l'Union européenne est aujourd'hui de bâtir une société politique commune, à même de prolonger une intégration qui, de fait, ne s'est basée jusqu'ici que sur des éléments matériels. Ainsi, la thématique identitaire prend-elle de l'importance, donnant la priorité aux sciences humaines dans la réflexion sur notre avenir communautaire, mais aussi sur notre passé commun. Forts de ce constat, différents chercheurs en sciences humaines ont décidé de croiser leurs regards sur l'histoire de la construction européenne. Le but en était également de confronter différentes méthodes d'investigation, et de faite le bilan d'études parallèles qui ne demandaient qu'à s'entrecroiser au profit de toutes C'est cette première journée programmatique que nous publions ici : elle contient les principaux questionnements qui touchent les chercheurs sur l'Europe dans les spécialités du droit, de la géographie et de l'histoire. Bien entendu, les pistes lancées ne peuvent qu'être enrichies par les futures rencontres, mais elles donnent d'ores et déjà une direction à une collaboration inédite, et des réponses, bien entendu à approfondir, aux premières questions que pose cette analyse pluridimensionnelle de l'Europe.

  • Au cours des dernières décennies, le développement d'une histoire sociale de la culture écrite a profondément renouvelé le maniement de ces documents essentiels que sont pour les historiens les chartes et les cartulaires. Leur valeur, évidente en ont que réceptacles d'informations, est démultipliée dès lors que l'on met l'accent sur la production et la conservation des actes comme facteurs actifs des processus sociaux et, partant de là, lorsqu'ils sont considérés comme des instruments de pouvoir. Chartes, cartulaires, archives se révèlent ainsi à l'historien comme des canaux de transmission des idées grâce à la capillarité offerte par des technologies spécifiques auxquelles ont accès, à des degrés différents, une multitude d'acteurs directs et indirects. Dans les sociétés médiévales les relations de pouvoir se tissent bien évidemment au gré de la circulation des biens, de la résolution des conflits, des concessions de juridiction, mais aussi, de manière beaucoup plus subliminale, par le biais de la transmission des représentations de l'autorité qui imprègnent le message diplomatique. Le document, lui-même allégorie d'un ordre social et d'une conception du pouvoir, a cette capacité à les enraciner dans la société. Les douze études réunies dans ce volume proposent une réflexion collective selon deux échelles temporelles : la vie immédiate et la seconde vie des actes. Élaborés dans des contextes historiques et par des acteurs concrets, ils sont destinés originellement à produire leurs effets sur une réalité attendue. Mais les avatars de leur conservation dans les archives, leur réplication au travers des cartulaires et des copies, leur remploi dans des contextes postérieurs, dépassent le plus souvent la capacité de prévision de leurs auteurs. Outils précieux de la défense des droits et privilèges, les actes connaissent de nombreuses vies entre les mains de leurs possesseurs successifs et participent avec récurrence au processus de (re)production de la mémoire d'un passé qui se veut aussi la phylogénie d'un ordre social. C'est dans cette diachronie, dans laquelle le document apparaît comme un objet culturel de nature ductile et changeante, que l'analyse des relations de pouvoir liées aux actes diplomatiques devient véritablement féconde

  • Ce volume présente des travaux récents sur une dimension peu étudiée de l'histoire napoléonienne et atlantique, rassemblant des spécialistes de l'histoire nord-américaine, latino-américaine et européenne. Sans prétendre fournir un traitement exhaustif du véritable choc qu'a produit Napoléon dans le monde atlantique - de la vente de la Louisiane aux Etats-Unis et de la révolution haïtienne jusqu'aux mouvements d'indépendance ibéro-américains - dans l'ensemble les différents chapitres permettent de suivre les conséquences directes et indirectes du retrait français de l'Amérique après 1804-1805, et suggèrent comment les guerres mondiales et les programmes réformateurs de l'ère napoléonienne ont contribué aux sociétés post-impériales qui ont émergé dans l'espace atlantique. En tant que tel, ce livre offre aux spécialistes des études napoléoniennes une nouvelle approche des thèmes classiques de la modernisation dans les domaines militaire, religieux, juridique et administratif et s'étend jusqu'aux politiques artistiques et aux influences culturelles dans les Amériques.

  • Appuyé sur un vaste corpus de recherches récentes, Médecine et médecins à Toulouse au siècle des Lumières présente un tableau inédit de l'essentiel des activités médicales de la capitale languedocienne à une époque charnière de cette discipline : - les anciennes théories sont toujours en vigueur mais de plus en plus de spécialistes s'interrogent sur leur validité ; - en dépit de multiples tentatives, personne n'est encore en mesure de proposer une alternative globale, suffisamment solide pour recueillir le consensus du monde savant. Dans ce contexte de tâtonnements, l'université conserve de l'attractivité mais a du mal à s'imposer face à sa rivale montpelliéraine. La création de l'Académie des sciences est un stimulant pour les expériences prometteuses en chirurgie, obstétrique ou électrothérapie, dans lesquelles s'illustrent quelques novateurs de talent. Mais la santé n'intéresse pas que les hommes de l'art. Les capitouls en font un axe fort de leur politique municipale. Ils se préoccupent de l'hygiène publique, veillent à préserver la population des épidémies et administrent les établissements hospitaliers qui tendent à se spécialiser dans les soins aux plus démunis. La médecine du temps des Lumières, si elle n'est pas encore une authentique « médecine des Lumières » a cependant posé des jalons décisifs qui ont préparé la révolution médicale du siècle suivant. À côté de celle de Paris ou de Montpellier, la participation de Toulouse à ce moment de progrès et de maturation scientifiques trouve enfin, grâce à cet ouvrage collectif qui associe praticiens et historiens, la place qu'elle mérite.

  • Au début du XVIIIe siècle, la république de Mulhouse est une enclave indépendance en terre alsacienne et française. Le commerce constitue une ressource essentielle pour cette cité dépourvue de domaine agricole. Misant avec opportunisme sur l'indiennage, premier phénomène de mode à atteindre toutes les couches de la société, des négociants mulhousiens vont provoquer, dès les années 1750, l'explosion d'une nouvelle activité manufacturière et transformer leur cité en véritable pôle industriel. Devenus chefs d'entreprise, ils entrent dans l'ère du capitalisme : à la fin du siècle, les indiennes de Mulhouse se négocient dans toute l'Europe...

  • Ce livre est issu d'un souhait exaucé, celui de grouper tous les médiévistes qui s'intéressent au livre dans la région tou­lousaine, et ailleurs... Ouvrage à plusieurs mains, il se veut le fruit d'une recherche collective, ne d'une passion partagée pour la période médiévale. La production et la consommation du livre à Toulouse et dans sa région trouvent ici tout naturellement une place centrale : cependant, loin de vouloir borner nos horizons aux terres languedociennes, il nous a semblé essentiel de les confronter avec d'autres champs d'études, d'autres approches. Le livre a toujours été un objet qui circule, porteur d'influences diverses, instru­ment d'échanges culturels et artistiques. Il est ici présent dans toutes ses dimensions, sa production et sa matérialité, du parchemin à la calligraphie, en passant par l'enluminure qui met en avant sa di­mension artistique. Il est aussi le fruit d'une création littéraire, d'une méditation spirituelle. Destiné aux études, il dispense un savoir scientifique. Roman ou poésie courtoise, il laisse l'imagination s'éva­der. Les auteurs et leurs lecteurs, les modes et les usages de la lecture sont tout autant indispensables à sa compréhension. La possession de cet objet précieux est également un marqueur social ; l'accès au livre, privé ou public, par le biais des bibliothèques, se voit bouleversé par l'apparition des premiers imprimés. Ce sont tous ces as­pects qui sont abordés ici au travers de contributions réunies selon trois thématiques.

  • Dix ans déjà ont passé depuis que notre collègue et ami, l'historien Bertrand de Lafargue, nous a quittés, et l'on peut se demander quelles raisons nous ont conduits à lui rendre aujourd'hui un hommage si tardif à travers ce solide ouvrage. Ce livre résulte tout d'abord d'une volonté ancienne, celle bien sûr de témoigner notre amitié à un compagnon de nombreuses années, mais aussi et surtout volonté de mieux faire connaître le parcours singulier qui fut le sien dans le monde universitaire, ainsi que son apport scientifique à un domaine peu étudié de l'histoire européenne, celui de l'Europe nordique et de la Norvège en particulier. De là notre désir, contrairement à la coutume en vigueur, de ne pas nous limiter à une série d'hommages individuels stricto sensu et d'intégrer, comme une dimension essentielle de cet hommage, une part représentative de sa production scientifique, pour l'essentiel peu connue, au terme d'une vie scientifique trop rapidement interrompue par la mort et qui pourtant aura marqué durablement les esprits et la recherche, aussi bien en France qu'en Scandinavie, où ce dernier jouissait du fait de sa personnalité et de ses connaissances de solides amitiés.

  • L'intérêt porté au paysage est d'abord une préoccupation des sociétés actuelles. Tout à la fois protégé, menacé, transformé rapidement, il est devenu une composante des politiques territoriales. Enjeu, il est aussi un sujet d'études dont se sont emparées les sciences qui travaillent sur les dynamiques spatiales et temporelles. Car c'est aujourd'hui une évidence, le paysage n'est pas une donnée invariable (même dit naturel ou sauvage), un simple décor : hybride, il est le produit des sociétés et des milieux géographiques, une longue construction. Le colloque organisé à Carcassonne, aux Archives départementales de l'Aude, les 23 et 24 mai 2008 a traité d'Une longue histoire : la construction des paysage méridionaux. L'objet du questionnement et du débat, c'est le paysage tel qu'il est, tel qu'il s'élabore, mais aussi tel qu'il est perçu ; la construction mentale, autant que l'édification physique. Les contributions rassemblées font appel aux différentes approches disciplinaires et auscultent l'espace du sud de la France, de l'Antiquité romaine au XXIe siècle.

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