Sciences humaines & sociales

  • En interrogeant les effets de l'intégration de l'impératif participatif dans la gestion du logement social, Jeanne Demoulin étudie les transformations produites par l'intégration de la participation dans les structures sociales. Après une mise en perspective historique des pratiques de gestion et des démarches participatives des organismes d'Habitation à Loyer Modéré (HLM), l'auteure analyse les pratiques actuelles des organismes à partir d'une enquête en immersion de trois ans au sein d'un organisme HLM et se penche en particulier sur les mécanismes de la concertation locative et du développement social, deux dispositifs phares de l'époque contemporaine. L'ouvrage permet ainsi d'enrichir la compréhension des dispositifs participatifs tout en proposant une lecture originale de la manière dont est géré le logement social aujourd'hui. Il vient en outre apporter des éclairages sur la gestion des organisations, le management, l'action sociale, les relations entre usagers et institutions et les effets de pratiques néolibérales sur les structures sociales. L'ouvrage intéressera tous ceux qui souhaitent enrichir leur réflexion sur ces sujets. Il interpellera notamment les chercheurs, enseignants et étudiants engagés dans ces domaines mais également les « participants », qu'ils soient citoyens, usagers ou habitants, ainsi que les acteurs des politiques publiques ayant des fonctions politiques ou opérationnelles (bailleurs sociaux, collectivités territoriales, cabinets de conseil...).

  • Le monde combattant est-il exclusivement masculin ? L'émancipation féminine peut-elle s'obtenir par les armes ? À l'instar d'autres groupes armés du XXe siècle, les guérillas péruviennes ont pu compter sur une importante contribution féminine. Mais la participation des femmes au dernier conflit armé a souvent été analysée au seul prisme de leur engagement au sein du parti maoïste Sentier Lumineux. Elles s'y sont en effet distinguées en raison de leur présence au sein de la haute hiérarchie du parti. Converties en véritables objets d'opprobre public, les militantes « sendéristes » ont dès lors cristallisé l'attention accordée aux femmes combattantes, éclipsant les autres formes de participation des femmes au conflit. Proposant de dépasser l'effet de cristallisation qu'inspire l'image de la militante sendériste, cet ouvrage rend compte des multiples facettes de l'expérience combattante féminine. En retraçant différents itinéraires de vie de femmes ayant pris les armes pendant le conflit armé, le livre illustre les grands bouleversements ayant marqué la société péruvienne et offre un nouvel éclairage sur les moteurs de la violence politique. L'analyse de l'expérience combattante féminine ainsi présentée rompt avec les approches classiques sur la guerre et les conflits armés, en situant les rapports de genre au coeur de sa problématique.

  • Les missions d'évangélisation catholiques auprès des populations autochtones nord-amérindiennes de l'Ouest canadien, au XIXe siècle et au XXe siècle, s'offrent à la recherche en sciences sociales comme un laboratoire d'expériences de la rencontre interculturelle propice à l'étude des processus d'adaptation à l'altérité. Missionnaires et missionnés s'observent, interagissent et construisent une histoire commune. Sur une toile de fond teintée de post-colonialisme, les protagonistes s'expriment au sujet de cette période de cohabitation forcée. Entre individualités et collectivités, entre mémoire et renouveau, la rencontre entre religieuses et autochtones se donne à voir. La fabrique de cet espace commun est ici abordée sous l'angle du féminin, par l'intermédiaire des mémoires féminines des missions. Cet ouvrage propose une mise en confrontation de deux cultures en contexte de missions d'évangélisation et ce, à travers les mécanismes de rencontre dans lesquels les constructions culturelles du masculin, du féminin et de la relation entre les sexes ne sont pas étrangères.

  • Depuis près de quatre siècles que la France possède des colonies ou des territoires d'Outre-Mer, elle a toujours hésité, pour ce qui concerne leur statut et leur législation, entre deux principes contradictoires, celui de l'assimilation et celui de la spécificité. La question se pose dès Colbert et n'est toujours pas tranchée aujourd'hui. Comment la Révolution française a-t-elle pris en considération la question de la législation des colonies ? S'il y a un maintien de la spécificité législative sous l'Assemblée constituante, à partir de la loi de 1792 instituant l'égalité politique entre les blancs et les libres de couleur, les assemblées dirigeant la France adoptent une législation révolutionnaire radicalement nouvelle dans les colonies. Cette période est marquée par la première abolition de l'esclavage, en 1794, et l'adoption, en 1795, d'une constitution transformant les colonies en départements. Ces avancées décisives permettent à l'outre-mer français d'être régi selon le principe de l'identité législative avec les départements de la France situés en Europe, nouveauté impensable quelques années plus tôt. Toutefois, d'une part, cette législation radicale connaît une application contrastée selon les colonies, et d'autre part, après le coup d'État de Bonaparte, la Constitution de 1799 remet en place le système de la spécialité législative. Une réaction coloniale s'opère et aboutit, en 1802-1803, au rétablissement de l'esclavage en Guadeloupe et en Guyane. Saint-Domingue y échappe par la lutte et proclame son indépendance, sous le nom d'Haïti, le 1er janvier 1804. La positivité des lois révolutionnaires, uniques en leur temps, a permis des avancées déterminantes dans le statut des libres de couleur et des esclaves, malgré un climat de violence lié à des guerres civiles et à un conflit international majeur. L'influence de la loi révolutionnaire se fait sentir également dans les colonies des autres puissances européennes, mais aussi dans les débats précédant la seconde abolition de l'esclavage. Ces avancées légales constituent encore le socle des luttes actuelles pour la liberté, l'égalité et la fraternité.

  • Au croisement de la sociologie de l'action publique et de la sociologie pragmatiste, l'ouvrage de Johann Michel explore les transformations depuis l'après-guerre des régimes mémoriels de l'esclavage en France. En s'appuyant sur une grande variété de matériaux empiriques (archives, entretiens, ethnographie), l'auteur distingue trois catégories de régimes mémoriels de l'esclavage, les conditions historiques de leur production et de leur autonomisation, les raisons de leur antagonisme, les possibilités de leur cohabitation. D'une part, le régime mémoriel abolitionniste tend à commémorer la République et les métropolitains blancs qui ont oeuvré à l'émancipation des esclaves en 1848. D'autre part, le régime mémoriel anticolonialiste, qui prend son essor dans les mouvements nationalistes des DOM au cours des années 1960-1970, célèbre les luttes anti-esclavagistes et les héros de couleurs qui ont contribué à la libération des esclaves. Enfin, le régime victimo-mémoriel, qui se développe surtout à partir des années 1990, rend hommage aux souffrances des esclaves et s'inquiète de l'aliénation des sociétés post-esclavagistes. À travers cette typologie, Johann Michel cherche à théoriser, à la frontière de la mémoire collective et de la mémoire officielle, la notion pragmatiste de mémoire publique lorsque des groupes problématisent et publicisent un trouble mémoriel comme modalité de déni de mémoire.

  • Lieux de conservation et de transmission des textes, les bibliothèques médiévales ont une histoire qui s'écrit en même temps que celle de l'affirmation du livre comme outil de communication culturelle et sociale. Cet ouvrage retrace l'évolution de l'aspect et de la structure du manuscrit en occident, de l'époque carolingienne au XVe siècle. On y voit les auteurs s'impliquer de plus en plus concrètement dans le processus d'écriture, sous l'influence des usages documentaires. Les bibliothèques, détentrices de la mémoire et de l'autorité, ont pour mission d'encadrer une pratique de la lecture exclusivement finalisée à l'étude, à l'enseignement et à l'argumentation, tant écrite qu'orale. Les bibliothèques sont aussi de véritables institutions qui, à la fin du Moyen Âge, sont appelées à canaliser la demande d'un public de lecteurs de plus en plus large. Alors que l'acquisition de livres ne reflète plus, souvent, qu'un choix d'ordre privé, les grandes collections manuscrites allient la qualité des textes et l'universalité des savoirs dans un modèle culturel d'excellence, à l'intention des savants.

  • La publication des actes du colloque qui s'est tenu à Brest en 2006 met en lumière les rapports complexes qui existent entre musiques, rythmes et danses : toute musique n'est pas forcément faite pour être dansée, mais lorsqu'une musique est composée pour l'orchestique elle est toujours vocale. La découverte de papyrus musicaux, les reconstitutions d'instruments antiques et leur pratique, la restitution de la métrique et des rythmes antiques, l'exécution de chorégraphies antiques sur des partitions musicales ont déjà renouvelé considérablement les connaissances sur le sujet. Il restait cependant à s'interroger sur des questions majeures telles que les mouvements des instrumentistes, l'utilisation de la métrique et du rythme pour danser sur un texte dont la musique n'est pas conservée (poésie ou théâtre), le rôle des accents grecs dans la mélodie et dans le rythme, l'utilisation de sources spécifiques telles que l'épigraphie. Les débats ont été orientés autour de quatre thèmes : musique et mouvement ; musique, rythme et métrique dans la danse ; des modèles dans la danse et la musique ; musique, rythme et danse face au christianisme. Le présent ouvrage a permis encore d'approfondir la réflexion. La première partie regroupe les rapports entre musique et mouvement dans les périodes pharaonique, grecque, ou chrétienne, ainsi que les définitions de l'ethos : il existe en effet un ethos des mélodies et des rythmes, destiné à donner sa couleur à chaque morceau musical, à exprimer ainsi une ou plusieurs émotions par le mouvement du corps ou bien par la danse. Le second axe de l'ouvrage se pose la question du texte grec, rythme ou musique, qu'il s'agisse de textes en vers ou en prose, dans la mesure où la langue grecque est musicale par nature, y compris ses accents qui ont une incidence sur la mélodie et sur le rythme. Le dernier volet du livre met en oeuvre la diversité des méthodes d'étude, souvent liée à l'étude de sources spécifiques : sources littéraires y compris les chroniques de l'époque byzantine, épigraphie et archéologie.

  • Le colloque à l'origine de cet ouvrage était consacré à la fabrique de l'histoire des premiers temps de Rome (vie-iiie siècles avant J.-C.). Cette initiative avait essentiellement été inspirée par la conviction des deux organisateurs, Bernard Mineo et Thierry Piel, qu'une approche purement positiviste des textes historiques antiques condamnait l'historien moderne à ne pas comprendre réellement la nature de l'information qui lui était transmise. La très grande pauvreté des sources dont disposaient les Anciens pour évoquer l'histoire la plus reculée de Rome avait de fait conduit ces derniers à s'inspirer, pour le fond comme pour la forme, de modèles prestigieux, ceux qu'offraient l'environnement international et notamment le monde grec. Les premiers récits littéraires évoquant l'histoire de la Rome archaïque sont tardifs, puisqu'il faut attendre la deuxième moitié du IIIe siècle av. J.-C. pour les voir apparaître. Ils prennent alors des formes diverses, poétiques (avec les épopées de Naevius et d'Ennius) ou prosaïques (avec les P de Fabius Pictor). Ces récits ne sortent pas du néant. Ils résultent en effet de plusieurs facteurs historiques que l'équipe de chercheurs réunis à l'occasion de ce colloque se sont attachés à définir.

  • Madrid naît au milieu du IXe siècle, fruit de la volonté du prince omeyyade de Cordoue Muammad Ier : vers 860, l'émir décide de fonder une fortification aux confins septentrionaux de son État sous le nom de Mar « là où l'eau abonde ». Mar fut une petite ville fortifiée de quatre hectares, auxquels s'ajoutaient des noyaux d'habitat ouverts et dispersés autour de l'enceinte. Elle était peuplée d'artisans, célèbres pour leur travail de l'argile, de paysans, mais aussi de savants et de fonctionnaires, le gouverneur et le cadi, qui représentaient la cour omeyyade et veillaient à la bonne marche des affaires urbaines. Après la conquête de Mar par les Castillans en 1085, la ville conserve de ses origines islamiques son nom, qui devient Magerit, puis Madrid, et elle maintient le principal axe de circulation de la petite ville omeyyade, la grand'rue de Mar formant aujourd'hui la partie finale de la Calle Mayor madrilène. Au bout de celle-ci, se dresse la cathédrale de la Almudena, dont le nom perpétue la mémoire d'un terme arabe, al-mudayna, la citadelle. À partir des sources textuelles et archéologiques, cet ouvrage s'efforce de suivre le chemin parcouru par Mar depuis sa fondation jusqu'à nos jours : pour comprendre la genèse de la ville, il faut revenir vers le site qui l'accueille, le nom qu'elle reçoit et l'homme qui décide de la faire édifier. Pour saisir le fonctionnement de la ville, il faut se tourner vers ses territoires, nourricier et administratif, et vers les espaces avec lesquels elle est en contact, celui du Même et celui de l'Autre. L'histoire de Mar au-delà du XIe siècle est celle des mudéjars et des morisques, celle d'un vif intérêt autour des origines de la ville choisie par Philippe II pour être la résidence de sa cour, celle d'un legs islamique dont la reconnaissance patrimoniale peine encore parfois, en ce début de XXIe siècle, à se faire entendre.

  • La vie d'un ouvrier vaut-elle moins que celle d'un étudiant du cinquième arrondissement de Paris ? Voici la question qui pourrait résumer les problèmes posés par l'amiante depuis le milieu des années 1970. Aujourd'hui, analystes et commentateurs s'accordent à définir l'amiante comme un scandale de santé publique. Pourtant, un regard rétrospectif montre que dix ou quinze ans auparavant les mêmes acteurs s'accommodaient assez bien d'un problème perçu comme relevant principalement du domaine professionnel. Cette acceptation est d'ailleurs toujours pleinement d'actualité vis-à -vis de l'ensemble des autres cancers professionnels. Cet ouvrage montre que c'est lorsque le risque lié à l'amiante a été redéfini comme un risque environnemental menaçant l'ensemble de la population que l'intérêt à son égard a pu être considérablement élargi. Il décrypte les mécanismes et raisons de ce processus, en expliquant pourquoi les cancers liés à l'amiante n'auraient pas pu être constitués en problème majeur de santé publique s'ils étaient restés principalement définis comme des cancers professionnels. Au-delà des interrogations sur le cas même de l'amiante, ce livre fournit des clés d'analyse originales pour comprendre les processus de publicisation des problèmes. En proposant une sociologie des problèmes publics, il invite à réexaminer certains lieux communs des débats relatifs à la médiatisation ou à l'espace public, notamment ceux liés au « pouvoir » des journalistes et des médias ou à la place des victimes dans l'espace public, en replaçant ces questions dans une perspective de sociologie politique du pouvoir et de la domination.

  • Quels sont les rapports qu'entretiennent les femmes marocaines avec leur ville ? Quelle est la place réelle qu'elles occupent dans les espaces public et privé ? Comment la ville de Rabat, capitale moderne, ouverte sur l'Occident porte-t-elle la modernité des femmes ? Cet ouvrage se propose de répondre à toutes ces questions et il entend montrer l'évolution de la place des femmes à travers l'analyse de l'espace (la ville et le logement) tel qu'il est vécu, utilisé et pratiqué par les femmes. En effet, le contexte urbain révèle et reproduit les inégalités entre les sexes et nous montre comment chacun des deux sexes vit la ville à sa manière et s'y comporte selon les normes et les valeurs qu'elle lui dicte. Il est intéressant d'analyser la particularité de l'occupation et de l'organisation de l'espace par les femmes. Il s'agit aussi d'explorer leurs actions et leurs compétences pour gérer l'espace domestique, leurs stratégies résidentielles et familiales et de voir les ressources ou les stratégies de contournement et de détournement auxquelles elles ont recours pour arriver à leurs fins, ainsi que les différents changements qu'elles inscrivent dans la vie sociale

  • En 2011, les Presses universitaires de Rennes ont publié un premier recueil d'articles de Patrick Le Roux intitulé La Toge et les armes. Ce second volume des scripta varia est plus particulièrement consacré à l'un de ses thèmes de prédilection, l'Hispania romaine dont il est un spécialiste reconnu. La documentation ibérique, notamment celle relative à la vie des cités, est abondante. Son apport ne se limite pas à une seule région et fournit matière à des réflexions qu'il est possible d'étendre à l'ensemble du monde romain. Les trente-quatre études réunies ici, dont une inédite en français, permettent ainsi de saisir l'ampleur et la profondeur de la pensée historique de P. Le Roux. L'articulation du volume en cinq parties rend compte de la diversité de ses recherches d'histoire romaine provinciale. L'ouvrage s'ouvre sur des études consacrées à l'emprise romaine sur le territoire et à la mise en place de l'administration dans les provinces des Espagnes. Le fonctionnement des institutions municipales et la notion de cité nourrissent une deuxième partie. La présence militaire dans la péninsule Ibérique est traitée dans la troisième. Le livre aborde, avec la quatrième, divers aspects de la présence romaine dans les provinces, que ce soit par le biais d'études prosopographiques dressant un bilan actualisé des élites sénatoriales hispaniques ou par l'analyse du problème complexe du droit latin ou encore par l'étude de questions religieuses et fiscales. Enfin, sont proposées quelques études de cas qui rappellent que chaque inscription est assurément unique. Ce choix d'articles est complété par la traduction française révisée de quatre documents épigraphiques majeurs découverts dans la péninsule Ibérique, la lex Irnitana, la lex coloniae Genetiuae Iuliae, le sénatus-consulte de Cn. Pisone patre et la lex riui Hiberiensis. Ce second volume est, comme le premier, enrichi d'addenda et d'indices qui en font un véritable outil de travail. Ensemble, les deux recueils montrent combien P. Le Roux a allié recherches de détail et considérations générales afin d'éclairer d'un jour nouveau et fécond des régions, des institutions, des populations et des sociétés qui constituèrent, ici et ailleurs, la substance même de l'histoire de l'Empire romain.

  • Le concept de théocratie appartient à ce qu'on appelle, de manière plus générale, le théologico-politique. La théocratie est le thème, par excellence, du discours théologique visant à légitimer le pouvoir politique. C'est une figure et un fondement idéologique du discours théologico-politique. L'emploi de ce terme en histoire ancienne ne va pas de soi, contrairement à l'usage qu'en font les médiévistes. Il paraît pourtant justifié à plusieurs titres. Tout d'abord, parce que la théocratie médiévale repose sur des legs de l'Antiquité, notamment l'affirmation de Paul qu'« il n'y a d'autorité que par Dieu » (Rm 13,1). Mais surtout, parce que c'est un historien antique, Flavius Josèphe, qui forgea ce terme et l'utilisa pour la première fois (Contre Apion 2, 165). Il entendait ainsi expliquer à ses lecteurs que les monarques juifs s'appuyaient sur la religion et la légitimité qu'elle était censée offrir au détenteur du pouvoir, en vertu d'une sorte de droit divin de la monarchie. Ainsi, monothéisme et théocratie sont étroitement liés : la croyance en un dieu unique et éternel renforce l'idée théocratique. Mais la théocratie n'est-elle propre qu'aux monothéismes juif et chrétien ? Le terme forgé par Flavius Josèphe ne pourrait-il aussi s'appliquer aux régimes politiques de peuples polythéistes ? Cet ouvrage se propose d'étudier en diachronie l'émergence de la notion de théocratie dans l'Orient ancien et hellénistique, puis dans l'empire romain, avec des ouvertures dans la très longue durée pour en rechercher les origines dans les modèles mésopotamiens les plus anciens et en évaluer l'héritage dans la chrétienté médiévale.

  • Pour le lectorat français, la Révolution mexicaine se résume parfois aux personnages mythiques que furent Pancho Villa et Emiliano Zapata, immortalisés par les fresques de Diego Rivera et les peintures de Frida Kahlo. Si ces acteurs renvoient à une étape fondatrice de ce processus tumultueux, à son indéniable dimension agraire et populaire, force est de constater que leur aura a presque fini par obscurcir la compréhension générale d'une révolution aux élans nationalistes, socialistes et anticléricaux, contemporaine des guerres mondiales, des expériences bolchevique et fascistes, des Fronts populaires, de la guerre civile espagnole et de l'internationalisme de l'entre-deux-guerres. Le vaste processus de transformation politique et sociale que connut le Mexique entre les années 1910 et 1940 ne saurait en effet être intelligible à la seule lumière de ces icônes, mais bien dans le cadre d'une histoire plus vaste, attentive à la « conscience-monde » des élites révolutionnaires. Proche des gouvernements émanant de la Révolution, tout en cherchant continuellement à « aller au peuple », à éduquer l'ouvrier, le paysan et l'Indien, le mouvement étudiant apparaît comme l'un des acteurs les plus pertinents pour repenser et relire intégralement le processus révolutionnaire mexicain. Ni entièrement élitiste, ni réellement « subalterne », cet intellectuel collectif, tantôt contestataire du pouvoir en place, tantôt son héritier légitime, sut nourrir la Révolution mexicaine de références européennes et latino-américaines afin de mieux l'orienter, autant qu'il contribua à sa circulation dans l'espace atlantique, par le biais des relations internationales étudiantes. Ce livre propose donc une « histoire étudiante » de la Révolution mexicaine. Il analyse le surgissement du premier mouvement étudiant, organisé nationalement, que connut le Mexique contemporain. Il démontre que ses représentants firent de la « classe étudiante » un acteur légitime de la Révolution, apportant ses réponses, non seulement aux questions corporatives et éducatives, mais aussi aux problèmes sociaux, politiques et « raciaux » qu'affrontaient les dirigeants de la jeune nation. Il offre, au-delà, une réflexion sur la genèse des mouvements étudiants en Amérique latine et sur les formes du politique dans le Mexique contemporain.

  • Grâce à une approche originale combinant sources écrites et enquête orale, science politique, sociologie et histoire, cette étude très fouillée reconstitue la dynamique du mouvement révolutionnaire chilien, vu « par en bas », au niveau des entreprises occupées, des ceintures industrielles, des quartiers populaires. Basé sur la respiration des politiques du conflit qui ont rythmé la « voie chilienne au socialisme », ce livre montre le développement et la radicalisation du mouvement ouvrier, les formes d'organisation d'une classe mobilisée et les répertoires d'action utilisés.

  • Quel rôle les États-Unis ont-ils joué dans les guerres de l'information depuis la guerre froide ? Quelles stratégies d'influence ont-ils mis en oeuvre pour favoriser leurs objectifs de politique étrangère ? Cet ouvrage apporte un éclairage inédit sur le rôle de la diplomatie publique au sein de la fabrique de la politique étrangère américaine. Outre la description de son fonctionnement institutionnel à Washington, il propose une analyse de l'évolution des stratégies mises en oeuvre dans les « zones critiques » à l'Ouest et à l'Est dans l'Europe de la guerre froide. Au-delà du « siècle américain », Maud Quessard analyse la transition vers une nouvelle ère, un monde « post-américain ». Elle aborde l'impact des attentats du 11 septembre qui remet en cause le rapport au monde des États-Unis et annonce, sous les administrations Bush puis Obama, une « nouvelle diplomatie publique » associant le secteur privé, la société civile et les grandes entreprises. À l'ère numérique, elle aborde les enjeux et les difficultés de s'adapter aux menaces protéiformes du XXIe siècle et à s'inscrire durablement dans des stratégies de smart power, subtil dosage de hard et soft power.

  • Vingt ans après la publication de La Fille d'Athènes, Mythes, cultes et société, ouvrage majeur de Pierre Brulé, il convient de suivre les traces de ces petites Athéniennes, sans doute devenues épouses et mères et, chemin faisant, de revenir sur les travaux pionniers de cet helléniste hors norme. En effet, il importe de se mettre en quête de la place que le féminin tient dans les mythes et les rites grecs, de reconsidérer la vision que les hommes proposent des pratiques religieuses des femmes et de revisiter les divinités qui les concernent plus spécifiquement, autant de pistes abordées dans le présent ouvrage. Il s'agit de se demander comment les femmes grecques appréhendaient le domaine cultuel et si elles le faisaient d'une manière particulière, spécifique à leur « nature féminine ». S'agissait-il d'un des seuls domaines dans lequel elles auraient pu trouver une forme d'expression publique et de reconnaissance sociale ? Peut-on parler encore de « citoyenneté cultuelle » pour les femmes grecques ? Il convient toutefois de ne jamais oublier que la « religion des filles c'est celle que les hommes font fonctionner, et d'une certaine façon, utilisent ». Dans le présent volume des contributions sont rassemblées et organisées autour de trois parties : les figures féminines, déesses et héroïnes ; les mots et les noms du féminin et, enfin, les passages et les transmissions féminins.

  • Que signifie être indien et migrant en Amérique, au début du XXIe siècle ? L'ampleur des migrations indiennes mexicaines au cours des dernières décennies et la mise en place au Mexique de politiques de reconnaissance donnent à la question une actualité particulière. Cet ouvrage suit des femmes et des hommes identités comme Indiens qui se sont d'abord installés à Mexico avant d'émigrer aux États-Unis, sans titre de séjour, dans le Wisconsin. Il s'interroge sur le poids de l'expérience de l'altérité sur les projets migratoires. Pourquoi, alors que les communautés d'origine constituent une ressource pour émigrer, de nombreux migrants cherchent à s'en éloigner une fois aux États-Unis ? Dans cette gestion de la différence ethno-raciale, quel est le rôle des contextes locaux et d'une expérience migratoire intergénérationnelle, articulant migration interne et internationale ? Quel soutien les migrants trouvent-ils malgré tout dans leur communauté d'origine et comment les frontières de celle-ci se redessinent-elles au fil des mobilités ? Quelles stratégies développent-ils face au racisme et quels apprentissages transposent-ils d'une société à l'autre ? Attentive à l'intersection des rapports sociaux de classe, d'ethnicité, de genre et de statut migratoire, l'enquête s'approche au plus près du vécu quotidien des migrants. Elle montre que les populations indiennes sont emblématiques des formes contemporaines de la migration : naviguant dans des contextes sociétaux distincts, elles s'adaptent en permanence à la diversité des régimes d'altérité.

  • Comment les monarques juifs et nabatéens parvinrent-ils à incarner leur ethnicité ? Quelle était l'identité officiellement assumée par ces souverains ? Par quels moyens l'imagerie officielle affichait-elle l'appartenance à un ethnos particulier, tout en revendiquant, le plus souvent, pour le monarque un statut équivalent aux autres rois contemporains ? Cette ethnicité proclamée, qui semble toujours plus ou moins s'inscrire dans un contexte de bilinguisme culturel, n'était-elle pas fondamentalement ambigüe ? Peut-on rapprocher les stratégies mises en oeuvre par les souverains juifs et nabatéens de celles menées en Égypte par les Ptolémées, et enrichir ainsi la recherche sur les sociétés doubles ou janiformes des époques hellénistique et romaine ? Les tentatives de l'auteur pour répondre à ces questions constituent les principales lignes directrices de cet ouvrage, tiré d'un mémoire inédit de HDR, soutenu à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne en novembre 2011. À la croisée des études anthropologiques et politiques sur le Proche-Orient antique, ce livre se propose de mettre en évidence une forme spécifique de souverain : le monarque ethnique. Il met également en exergue des constructions politiques et identitaires originales, remettant en cause, au passage, la vision généralement défavorable qui caractérise les monarques hasmonéens ou encore Hérode le Grand dans l'historiographie traditionnelle.

  • Cet ouvrage réunit les contributions de spécialistes tant de l'image et de son contexte archéologique que de religions anciennes en Égypte, en Grèce et à Rome. La mise en image du divin n'est pas en soi un sujet neuf, mais la production récente du côté des spécialistes de l'image a remis l'accent sur les problèmes d'histoire des religions dont on ne sera pas surpris de voir qu'elles se sont développées dans le sillage des travaux de Jean-Pierre Vernant. L'ouvrage s'articule autour de trois thématiques : mettre en scène le divin ; voir les dieux, penser le divin ; les effigies éphémères. L'objectif est de mettre en lumière non seulement la fonction et la finalité de la figuration des dieux, mais aussi les règles et les logiques qui président à sa construction et à son organisation visuelle. En partant de dossiers précis, il s'agit donc d'étudier les modalités pratiques de création des images divines, de s'interroger sur le statut ambigu de certaines images mises en scène et d'examiner comment ces « scénographies » sont appelées à évoluer. Nous avons analysé comment dispositifs visuels et procédures rituelles jouent sur l'anthropomorphisme des dieux pour construire le divin. Nous avons aussi analysé les processus d'organisation du divin en images, en interrogeant les hiérarchies, les dispositifs visuels et les modes de perception qui président aux associations de dieux dans les images. La dernière partie enfin porte plus spécifiquement sur les dispositifs de mise en image éphémères, soit dans le cadre d'installations non pérennes, soit dans la temporalité propre du rituel. Finalement, la construction du divin dans les images et par les images fonctionne bien en système. Les images divines, parce qu'elles sont activées par de multiples procédés matériels et concrets de mise en scène, permettent de rendre tangible et puissante la divinité qu'elles représentent. Et elles n'acquièrent un sens qu'une fois replacées dans le groupe de leurs complémentarités.

  • Le Caucase et la Crimée ont été le théâtre de déportations massives organisées au cours de la Seconde Guerre mondiale. Environ 900 000 personnes, appartenant à une dizaine de nationalités soviétiques en majorité de confession musulmane, ont été déplacées de force, alors que les combats contre l'armée allemande faisaient toujours rage. Ces régions ont pour singularité de connaître depuis l'effondrement de l'Union soviétique une actualité particulièrement mouvementée. Mosaïques ethniques situées au carrefour des civilisations et des religions, elles sont aujourd'hui considérées comme de véritables poudrières. Cet ouvrage collectif se veut une contribution à l'écriture d'une histoire qui ignore trop souvent l'actualité des peuples déportés. Il ouvre un angle jusque-là peu abordé, celui de la comparaison des déportations et de leurs impacts sur les situations politiques et sociales actuelles des peuples déportés. Une première partie présente les modalités des déportations, la vie en exil et les étapes du processus partiel de réhabilitation à partir de 1956. Suivent des études de cas abordant les décennies qui ont suivi la réhabilitation ou la non réhabilitation de six différents peuples déportés dans une perspective comparatiste. Enfin, une dernière partie examine le traitement de l'héritage stalinien dans le présent et la manière dont cet héritage, souvent encombrant, est géré par les États successeurs russe, ukrainien et géorgien. Privilégiant une approche pluridisciplinaire et rassemblant des spécialistes des questions étudiées, cet ouvrage propose de mesurer sur la longue durée les conséquences d'évènements que d'aucuns considèrent trop rapidement comme appartenant à l'ordre des mémoires. Il ouvre donc un champ d'étude encore peu abordé en France : l'actualité, le traitement, l'héritage et la mémoire des déportations dans le contexte postsoviétique.

  • En 1675, en pleine guerre de Hollande, la France de Louis XIV est frappée par une des principales secousses rebellionnaires de l'Ancien Régime, restée célèbre sous le nom de « révolte du papier timbré ». De Bordeaux à Quimper, un front intérieur surgit, mais c'est en fait toute une partie de la France qui bruit et conteste, de Toulouse à Besançon et de Grenoble à Paris. À la cour, l'inquiétude est réelle car l'éclat de la récente conquête de la Franche-Comté ne peut masquer les difficultés militaires que la mort de Turenne vient symboliser au coeur de l'été. Dans le même temps, la crainte d'un débarquement hollandais sur la côte Atlantique, susceptible de menacer Rochefort et Brest, oblige les autorités à agir avec fermeté et souplesse, particulièrement en Basse-Bretagne où émerge une nouvelle « guerre paysanne » : la « révolte des Bonnets rouges ». Grâce à l'utilisation d'archives peu connues jusque-là, il est aujourd'hui possible de revenir sur cette grande crise politique, et de tenter de comprendre comment une modeste émeute bordelaise contre la taxe sur la vaisselle d'étain est devenue une des plus grandes révoltes antifiscales de l'Ancien Régime, et, au-delà, un élément phare de la mémoire et de l'identité bretonne. Il apparaît également possible de revenir sur le processus de sortie de crise, qui découvre un État-Louis XIV plus souple et plus pragmatique que l'image de brutalité unilatérale qui est souvent retenue. Des notaires bordelais aux paysans de Cornouaille, des magistrats du parlement de Rennes aux bateliers de la Garonne, des obscurs comploteurs aux ministres Louvois et Colbert, sans oublier espions, soldats et autres serviteurs du roi, cet essai d'histoire événementielle cherche à arracher cette crise à sa mémoire flamboyante, et, loin des images trop simples, entend essayer de la replacer dans le contexte français et européen.

  • Brigands dissimulés dans les forêts, guettant les voyageurs qui s'attardent à la tombée du jour ; hommes hirsutes, le visage barbouillé de noir et armes au poing, mais aussi chouans en Vendée, Bretagne ou dans les montagnes du Massif central, autant de silhouettes inquiétantes qui ont marqué les contemporains de Robespierre. La Révolution française n'a pas engendré le brigandage, qui existe depuis la haute Antiquité, mais elle a été marquée par une poussée fiévreuse de cette forme de délinquance depuis la Grande Peur de l'été 1789. À partir de 1793, le refus de la conscription militaire a jeté une partie de la jeunesse dans les bras de ces rebelles. Les difficultés économiques et sociales ou encore les affrontements politiques ont aussi contribué à l'aggravation du phénomène. Le brigandage est devenu un mal absolu sous le Directoire puis sous le Consulat, en un temps où la restauration de l'ordre devenait une priorité politique. Mais qui étaient ces « brigands » ? Des délinquants de droit commun s'attaquant aux voyageurs et aux propriétés, violents jusqu'à la barbarie envers leurs victimes ? De pauvres gens, jetés sur les routes par la misère ? Des opposants politiques qui rejetaient brutalement les idées de la Révolution et les ruptures sociales qui en découlaient ? Ce livre fournit des pistes pour mieux appréhender les différentes formes de criminalité et de violence que recouvre le phénomène du brigandage. Entre Mandrin, brigand populaire du milieu du XVIIIe siècle, contrebandier défiant l'État, et les bandes de royalistes assassinant les patriotes dans les bocages de l'Ouest ou les montagnes du Midi, peut-on trouver des solutions de continuités ? Cet ouvrage tente de montrer le hiatus entre le mot et la réalité complexe du brigandage dans un contexte révolutionnaire large, celui de la France des années 1750-1850, période troublée et tendue d'où peuvent s'observer les tensions politiques et sociales qui ont engendré l'époque contemporaine.

  • Extrêmement difficile d'accès pour sa plus grande partie, située aux confins de la Guyane française et du Brésil, la région du Jari a fasciné les colonisateurs et les a aimantés pendant plusieurs siècles. On y a cherché l'Eldorado, le lac Manoa ou plus prosaïquement (mais cela revient au même) de fabuleuses mines d'or. Une rude compétition entre la France et le Brésil a rendu un verdict amer pour la première, vainqueur de la bataille de la connaissance avec des explorateurs comme Jules Crevaux et Henri Coudreau, mais défaite dans la bataille diplomatique, qui donna au Brésil le bassin du Jari il y a un peu plus d'un siècle. L'histoire et la configuration actuelle de ce territoire en font à la fois un symbole et un condensé de l'histoire de toute l'Amazonie brésilienne. Le Jari a tout connu, et dans la plupart des cas en excès : des dizaines d'explorateurs, allant de nobles français à des scientifiques de l'Allemagne nazie, croisant en tous sens des régions supposées impénétrables et entrant en contact avec des ethnies jusque-là inconnues ; un baron du caoutchouc qui construira l'un des plus grands latifundios du monde ; un projet industriel majeur, commandé par un milliardaire américain qui y perdra partiellement son combat contre la nature amazonienne ; des forêts immenses et intactes contrastant avec des bidonvilles sur pilotis ; des orpailleurs, des ruées vers l'or et, aujourd'hui, la plus vaste mosaïque continue d'aires protégées du monde... Fruit d'une abondante documentation historique restituée par de très nombreuses illustrations, cet ouvrage cherche à retracer l'histoire de ce territoire fascinant, et à en montrer les dynamiques actuelles, y compris les plus récentes explorations, comme l'expédition géographique menée en 2011 qui a permis de remonter le Jari et son affluent le Mapaoni jusqu'à la borne de trijonction Brésil/Surinam/ Guyane française.

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