Littérature traduite

  • Que se passerait-il si nous décidions d'apprendre à nous connaître à la manière des anciens Grecs ? Et si nous choisissions de prendre pour maîtres Pythagore et Parménide, Epictète et Pyrrhon, Épicure et Diogène ? À travers une chronique de six semaines, chacune suivant les préceptes d'une école philosophique différente, Ilaria Gaspari nous entraîne dans une expérience existentielle étonnante, parfois sérieuse, parfois désopilante, mais toujours pleine de sagesse. Nous découvrirons ainsi qu'en nous pliant aux règles du pythagorisme, nous pouvons corriger la paresse, tandis que les paradoxes de Zenon révèlent des contradictions étranges dans la manière dont nous sommes habitués à considérer le rythme de la vie. Et si être épicurien n'est pas aussi plaisant qu'il y paraît au premier abord, le cynisme peut au contraire procurer des joies inattendues. Un exercice de philosophie pratique qui nous enseigne à devenir maîtres du temps qui passe.

  • La Religion (1793) confronte la raison à deux énigmes. D'une part, comment le mal commis est-il possible ? Nous jugeons les auteurs des maux infligés aux êtres humains par d'autres êtres sans douter de leur appartenance à l'humanité (puisque nous ne jugeons que des humains), alors que le choix de les commettre est, pour un être raisonnable, incompréhensible. Énigme d'autant plus forte que l'humanité commet infiniment plus de maux qu'elle ne fait le bien. D'autre part, la croyance est une énigme pour l'incroyant, comme l'incroyance l'est pour celui qui croit. C'est ainsi toute une part du référentiel selon lequel chacun déchiffre le monde qui nous reste mystérieuse dans les relations interpersonnelles, lors même que la pratique d'un culte est le plus souvent publique. Le rapprochement des deux problèmes ainsi posés à la raison fait l'unité d'un livre qui, au moment où s'achève l'époque des Lumières, en interroge à la fois les ressources et les limites.

  • En 1809, avec un empire plus étendu que jamais, Napoléon s'empara des archives du Saint Empire Romain germanique dissous et de celles de la papauté. C'est alors que fut conçue l'idée de rassembler les fonds historiques les plus précieux provenant des territoires annexés et des pays satellites : une « vaste collection européenne de documents » comme on n'en avait jamais vu. Des dizaines de fonctionnaires, d'hommes de lettres, de gendarmes, de simples ouvriers furent mobilisés pour la conquête des témoignages écrits de la civilisation occidentale, dans ce qui devint une guerre de la mémoire entre les Etats et les cités emportées par la vague française et un empire qui avait transformé l'universalisme armé de la Révolution en pure et simple domination. Au fil des années furent amassées dans le Palais des archives à Paris, l'hôtel de Soubise, des centaines de milliers de parchemins, liasses et registres, en provenance de Rome, d'Espagne, des Flandres, de Vienne et de Turin. Cet ouvrage reconstruit les origines politiques et intellectuelles, l'organisation, les difficultés, les répercussions de ce projet de constitution des archives du monde, qui bouleversa le rapport de toute une époque au passé. Publication originale : Laterza, 2019 Traduit de l'italien par Carole Walter

  • Métaphysique. Alpha, est le premier des quatorze livres d'Aristote réunis sous le titre de Métaphysique par le péripatéticien Andronicus de Rhodes au Ier siècle avant J.-C. Il est à redécouvrir dans cette traduction inédite de Jean-François Pradeau, véritable événement éditorial et philosophique. « Tous les hommes désirent par nature connaître.?» écrit Aristote en ouverture de cette oeuvre fondatrice qui se présente comme une introduction générale à l'étude de la science qu'il nomme «?la philosophie première?». Aristote s'attache à définir et hiérarchiser les différents domaines de la connaissance : le savoir empirique, la capacité technique et la science. La connaissance première pour Aristote est celle de la sagesse car les spéculations philosophiques, qui ont pour origines l'étonnement et l'admiration et sont à elles-mêmes leur propre fin, constituent la seule science véritablement libre. Ce texte constitue également la toute première histoire de la philosophie occidentale, de Thalès à Platon.

  • « J'accorde une haute valeur à mes expériences. Je ne sais si je suis arrivé à leur rendre pleinement justice. Tout ce que je puis dire, c'est que je n'ai pas épargné la peine pour que ce récit soit fidèle. Décrire la vérité, telle qu'elle m'est apparue, et de la façon exacte dont je l'ai atteinte, voilà quel a été mon effort incessant. À cet exercice mon esprit a puisé une paix ineffable ; car mon espoir bien-aimé a été que les hésitants retrouveraient ici foi en la Vérité et en l'Ahimsâ.
    L'uniformité de mon expérience m'a convaincu qu'il n'est d'autre Dieu que la Vérité. »

  • La sexualité dont il s'agit en psychanalyse n'est donc pas cette sexualité « génitale » communément admise : une sexualité adulte, ou post-pubertaire, localisée dans les organes génitaux, circonscrite à l'acte sexuel et destinée ultimement à la reproduction sexuée. La sexualité « au sens élargi » dont parle Freud précède et excède cette sexualité dite normale ; c'est une sexualité infantile, une sexualité trouvant sa source dans tous les lieux du corps dits érogènes et dont le but est tourné vers l'acquisition de plaisir. Le présent recueil regroupe les principaux textes de l'oeuvre de Freud définissant la sexualité, dans la traduction des OCF-P.

  • Le divertissement règne aujourd'hui en maître. Après avoir prospéré à travers les jeux vidéo et les shows télévisuels, il est devenu un puissant moyen de communication et concerne désormais toutes les sphères de notre vie quotidienne. Comment interpréter ce phénomène ? Et d'où vient que la philosophie occidentale ait développé une véritable aversion pour le divertissement ? Dans ce court essai ambitieux et novateur, Byung-chul Han s'attache à revisiter différentes formes de divertissement, souvent associées dans la tradition occidentale à l'immaturité, l'oppression ou l'aliénation. En compagnie de Kant, Hegel, Nietzsche, Bach, Kafka et quelques autres, il invite le lecteur à une promenade intellectuelle au terme de laquelle passion et divertissement se trouvent réhabilitées. Publication originale, Matthes und Seitz, 2018. Traduit de l'allemand par Olivier Mannoni.

  • Joyce McDougall occupe une place singulière dans la psychanalyse, reconnue tant dans le milieu anglophone que francophone. Elle montre plus que nul autre qu'il n'est de nouveauté possible en théorie que dans l'étrangeté de l'expérience analytique. La créativité est ainsi pour elle une pratique et un objet privilégiés pour sa réflexion. Ce volume est construit autour d'un texte inédit en français. La contribution des autres auteurs évoque la rencontre de ces deux figures, celle de l'artiste et celle du psychanalyste, que ce soit à l'intérieur de la cure ou dans l'expérience esthétique, dans le débat avec J. McDougall ou dans le compagnonnage de ce qu'elle propose à la réflexion.

  • Paru en 1887, Gemeinschaft und Gesellschaft s'est imposé comme l'un des ouvrages majeurs des sciences humaines et apparaît aujourd'hui encore d'une étonnante fécondité pour comprendre la réalité et la complexité de l'époque contemporaine. À travers sa célèbre distinction entre communauté et société, c'est à une sévère critique de la société moderne que se livre Ferdinand Tönnies (1855-1936), fortement influencé en cela par Marx. Alors que la communauté est caractérisée par la proximité affective et spatiale des individus et se définit donc comme « une communauté de sang, de lieu et d'esprit » où le tout prime sur l'individu, la société, en revanche, est le lieu d'un individualisme débridé et destructeur, d'une concurrence généralisée entre les hommes désormais isolés et séparés les uns des autres, le règne de l'intérêt personnel désormais au fondement de tous les rapports sociaux. Alors que l'homme de la communauté ne choisit pas ses appartenances mais se trouve immergé au sein d'un tout organique qui détermine sa manière de se rapporter aux autres, l'homme de la société choisit arbitrairement ses relations en fonction de l'intérêt, essentiellement pécuniaire, qu'elles représentent pour lui. Alors que dans la communauté, les rapports humains sont fondés sur des rapports authentiques et essentiels, sur des liens affectifs, biologiques et traditionnels qui conditionnent l'ensemble de l'existence, dans la société, « chacun est un marchand » obéissant à son pur et simple égoïsme. On le voit, c'est une véritable réflexion sur les modalités mêmes de notre « vivre-ensemble » que mène ici Tönnies, nous invitant ainsi à réfléchir à notre tour sur la qualité du lien que nous tissons concrètement aux autres.

  • « En opposition avec d'anciennes théories sur les névroses, je ne puis me résigner à assigner à la psychothérapie un but de simple rétablissement de fonctions altérées et une recherche de la capacité d'obtenir des sensations agréables. Le point culminant des possibilités de la psychothérapie est de pouvoir faciliter la solution du problème de la productivité vitale et spirituelle de l'être humain et de faire entrevoir au sujet le sommet élevé "de la réalisation de soi-même" dans une "totale harmonie fonctionnelle". »
    Le principe de la méthode du training autogène est d'induire, par des exercices physiologiques et rationnels précis, une déconnexion générale de l'organisme qui, par analogie avec les anciens travaux sur l'hypnose, permet toutes les réalisations propres aux états suggestifs. Il ne s'agit pas d'une simple technique de relaxation, mais d'une thérapeutique visant à assurer la maîtrise du corps par la concentration psychique sur les fonctions végétatives et nécessitant une pratique de clinicien. Cette méthode médicale s'enrichit en outre des apports successifs de la recherche en neurophysiologie.

  • Pour la première fois dans l'histoire du monde, grâce au téléphone mobile, nous avons l'absolu dans notre poche. Mais avoir le monde en main signifie aussi, automatiquement, être aux mains du monde. Toutes les cinq secondes en moyenne, votre portable se manifeste à vous. Cet ouvrage se penche sur ce phénomène de société et montre comment cette sollicitation permanente se transforme en dispositif de mobilisation. Qui dit mobilisation dit militarisation. Ainsi le mobile nous transforme en militaires, abolissant la distinction entre public et privé, entre jour et nuit, entre travail et repos, en nous mobilisant en permanence : nous voilà sommés d'être sans cesse responsables, de ne rien oublier ni pardonner. Le portable aurait-il contribué à l'émergence d'un nouvel état de guerre ?

  • En 1697, le philosophe John Locke présentait un rapport au ministère du Commerce et des Colonies, en réponse à la question « comment mettre les pauvres au travail, selon quelles méthodes et quels moyens ? » C'est ce mémoire, inédit en français, que l'on trouvera ici sous le titre Que faire des pauvres ?
    Tout en dressant une typologie des pauvres, John Locke s'attarde sur la condition des déshérités oisifs. Droit à l'assistance, travail forcé, maisons de correction, charité ? Si solutions il y a, elles commencent pour Locke par une réforme profonde de la vie sociale, enfin débarrassée de la corruption des moeurs.
    Un texte sans concession, qui n'est pas sans résonance avec les débats d'aujourd'hui, écrit par le père fondateur du libéralisme.

  • Le nihilisme n'est pas une affliction qu'il faudrait surmonter, mais un vecteur de découverte intellectuelle que la philosophie devrait essayer de pousser vers ses conclusions ultimes. Plutôt que de sauvegarder des incursions de la science l'expérience supposée originelle du sens, la philosophie devrait en achever la démystification et intensifier ainsi le désenchantement initié par les Lumières. Penser l'humain selon son extinction à venir nous libère des illusions du sens, et nous ouvre à de nouvelles ressources de l'intelligibilité.
    Ignorant la division orthodoxe entre philosophies analytique et continentale, Ray Brassier tente d'établir un lien entre les versions les plus radicales du naturalisme et le matérialisme spéculatif à l'oeuvre dans la philosophie française contemporaine.

  • « Publié en février 1926, Inhibition, symptôme et angoisse a été écrit au début de l'été 1925, avant d'être revu et corrigé en décembre : le déséquilibre du titre est un indice des difficultés rencontrées par Freud dans l'unification de son ouvrage. Inhibition, symptôme et angoisse est un texte sur l'angoisse, sur la théorie de l'angoisse ; le symptôme et surtout l'inhibition n'y occupent qu'une place réduite. Le recours aux « suppléments » - lesquels remettent à chaque fois en cause la totalité - ajoute à cette impression d'une insatisfaction au moins partielle devant les conclusions. Ce sentiment mitigé devant l'ouvrage, Freud le confie à Jones : "Il contient plusieurs choses nouvelles et d'importance, annule et corrige de nombreuses conclusions antérieures, et de façon générale n'est pas bon." Sans doute faut-il faire dans ce jugement la part, courante chez Freud, de l'autodépréciation ; elle ne supprime cependant pas l'insatisfaction. » (J. André, Préface)

  • Préface de Mary Beard.
    Traduit de l´anglais par Laurent Bury.
    Voici enfin un manuel clair pour s´initier à l´art de gouverner ses esclaves à la romaine. Marcus Sidonius Falx, citoyen romain de noble extraction qui partage son temps entre ses propriétés de Campanie, d´Afrique et sa villa romaine, livre ici une multitude de conseils pratiques pour le néophyte : où acheter ses esclaves ? Combien coûtent-ils ? Comment les punir ? Comment les récompenser ? Quelle liberté sexuelle peut-on leur accorder ou se permettre avec eux ? Quand les affranchir ?
    Pendant des siècles, l´esclavage constitua une institution majeure du monde romain que nul ne songeait à remettre en cause ni à blâmer. Cet ouvrage, nourri d´une multitude de sources originales, explore les pratiques de l´esclavage sous une forme insolite : un récit mené sur un ton alerte par un noble romain, suivi du point de vue, plus grave, de l´auteur, Jerry Toner, pour les lecteurs désireux d´en savoir plus. Ainsi se trouve brillamment éclairées les réalités d´une pratique qu´on croirait à tort éteinte : on compte aujourd´hui dans le monde plus d´individus esclavagisés qu´il n´y en eut à aucun moment dans l´empire romain.

  • Traduit de l'italien par Marilène Raiola et Thierry BedouellePréface de Jean-Robert ArmogatheLe premier mérite de T. Gregory est de présenter l'état actuel des recherches, sur un mode critique, illustré par des exemples. Tandis qu'un consensus s'était établi qui voyait dans les "libertines érudits" les derniers humanistes de la Renaissance, Gregory y voit les premiers représentants d'une pensée articulée des Lumières. A une Renaissance perçue comme le dernier feu du passé il oppose une interprétation nouvelle, hardie, d'ouverture des temps modernes, de genèse de la raison classique. Sans doute il faut s'entendre sur les mots : cette raison-là contient bien des éléments magiques, astrologiques, alchimiques. Mais n'avons-nous pas trop souvent procédé par anachronisme et anticipé notre conception de la rationalité sur un âge où elle se constituait, à partir d'autres éléments ? Gregory décrit la mise en place de cette rationalité inchoative, la genèse de la raison classique. A partir de l'introduction

  • À égale distance d'un argumentaire libéral trop formel et d'une analyse en termes de protection des individus par le pouvoir politique, Wendy Brown s'emploie à approfondir nos différentes expositions à la blessure et montre comment la politique prend sens par rapport à cette vulnérabilité primordiale. Revisitant certaines théories féministes, anthropologiques et postcoloniales, elle souligne combien le sens de la blessure réinterroge l'identité personnelle et collective et repose la question du pouvoir en termes de partage plutôt que de gouvernement. Toute une série de sujets sont traversés par cette interrogation : la pornographie, le litige, la politique de la gauche, etc. La politique est ainsi toujours une politique de la vie que Wendy Brown appréhende en analysant les positions philosophiques de Nietzsche, Marx, Weber et Foucault. Politiques du stigmate est son grand livre enfin traduit en langue française.

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