Littérature germanophone

  • La Religion (1793) confronte la raison à deux énigmes. D'une part, comment le mal commis est-il possible ? Nous jugeons les auteurs des maux infligés aux êtres humains par d'autres êtres sans douter de leur appartenance à l'humanité (puisque nous ne jugeons que des humains), alors que le choix de les commettre est, pour un être raisonnable, incompréhensible. Énigme d'autant plus forte que l'humanité commet infiniment plus de maux qu'elle ne fait le bien. D'autre part, la croyance est une énigme pour l'incroyant, comme l'incroyance l'est pour celui qui croit. C'est ainsi toute une part du référentiel selon lequel chacun déchiffre le monde qui nous reste mystérieuse dans les relations interpersonnelles, lors même que la pratique d'un culte est le plus souvent publique. Le rapprochement des deux problèmes ainsi posés à la raison fait l'unité d'un livre qui, au moment où s'achève l'époque des Lumières, en interroge à la fois les ressources et les limites.

  • La sexualité dont il s'agit en psychanalyse n'est donc pas cette sexualité « génitale » communément admise : une sexualité adulte, ou post-pubertaire, localisée dans les organes génitaux, circonscrite à l'acte sexuel et destinée ultimement à la reproduction sexuée. La sexualité « au sens élargi » dont parle Freud précède et excède cette sexualité dite normale ; c'est une sexualité infantile, une sexualité trouvant sa source dans tous les lieux du corps dits érogènes et dont le but est tourné vers l'acquisition de plaisir. Le présent recueil regroupe les principaux textes de l'oeuvre de Freud définissant la sexualité, dans la traduction des OCF-P.

  • Le divertissement règne aujourd'hui en maître. Après avoir prospéré à travers les jeux vidéo et les shows télévisuels, il est devenu un puissant moyen de communication et concerne désormais toutes les sphères de notre vie quotidienne. Comment interpréter ce phénomène ? Et d'où vient que la philosophie occidentale ait développé une véritable aversion pour le divertissement ? Dans ce court essai ambitieux et novateur, Byung-chul Han s'attache à revisiter différentes formes de divertissement, souvent associées dans la tradition occidentale à l'immaturité, l'oppression ou l'aliénation. En compagnie de Kant, Hegel, Nietzsche, Bach, Kafka et quelques autres, il invite le lecteur à une promenade intellectuelle au terme de laquelle passion et divertissement se trouvent réhabilitées. Publication originale, Matthes und Seitz, 2018. Traduit de l'allemand par Olivier Mannoni.

  • Paru en 1887, Gemeinschaft und Gesellschaft s'est imposé comme l'un des ouvrages majeurs des sciences humaines et apparaît aujourd'hui encore d'une étonnante fécondité pour comprendre la réalité et la complexité de l'époque contemporaine. À travers sa célèbre distinction entre communauté et société, c'est à une sévère critique de la société moderne que se livre Ferdinand Tönnies (1855-1936), fortement influencé en cela par Marx. Alors que la communauté est caractérisée par la proximité affective et spatiale des individus et se définit donc comme « une communauté de sang, de lieu et d'esprit » où le tout prime sur l'individu, la société, en revanche, est le lieu d'un individualisme débridé et destructeur, d'une concurrence généralisée entre les hommes désormais isolés et séparés les uns des autres, le règne de l'intérêt personnel désormais au fondement de tous les rapports sociaux. Alors que l'homme de la communauté ne choisit pas ses appartenances mais se trouve immergé au sein d'un tout organique qui détermine sa manière de se rapporter aux autres, l'homme de la société choisit arbitrairement ses relations en fonction de l'intérêt, essentiellement pécuniaire, qu'elles représentent pour lui. Alors que dans la communauté, les rapports humains sont fondés sur des rapports authentiques et essentiels, sur des liens affectifs, biologiques et traditionnels qui conditionnent l'ensemble de l'existence, dans la société, « chacun est un marchand » obéissant à son pur et simple égoïsme. On le voit, c'est une véritable réflexion sur les modalités mêmes de notre « vivre-ensemble » que mène ici Tönnies, nous invitant ainsi à réfléchir à notre tour sur la qualité du lien que nous tissons concrètement aux autres.

  • « En opposition avec d'anciennes théories sur les névroses, je ne puis me résigner à assigner à la psychothérapie un but de simple rétablissement de fonctions altérées et une recherche de la capacité d'obtenir des sensations agréables. Le point culminant des possibilités de la psychothérapie est de pouvoir faciliter la solution du problème de la productivité vitale et spirituelle de l'être humain et de faire entrevoir au sujet le sommet élevé "de la réalisation de soi-même" dans une "totale harmonie fonctionnelle". »
    Le principe de la méthode du training autogène est d'induire, par des exercices physiologiques et rationnels précis, une déconnexion générale de l'organisme qui, par analogie avec les anciens travaux sur l'hypnose, permet toutes les réalisations propres aux états suggestifs. Il ne s'agit pas d'une simple technique de relaxation, mais d'une thérapeutique visant à assurer la maîtrise du corps par la concentration psychique sur les fonctions végétatives et nécessitant une pratique de clinicien. Cette méthode médicale s'enrichit en outre des apports successifs de la recherche en neurophysiologie.

  • « Publié en février 1926, Inhibition, symptôme et angoisse a été écrit au début de l'été 1925, avant d'être revu et corrigé en décembre : le déséquilibre du titre est un indice des difficultés rencontrées par Freud dans l'unification de son ouvrage. Inhibition, symptôme et angoisse est un texte sur l'angoisse, sur la théorie de l'angoisse ; le symptôme et surtout l'inhibition n'y occupent qu'une place réduite. Le recours aux « suppléments » - lesquels remettent à chaque fois en cause la totalité - ajoute à cette impression d'une insatisfaction au moins partielle devant les conclusions. Ce sentiment mitigé devant l'ouvrage, Freud le confie à Jones : "Il contient plusieurs choses nouvelles et d'importance, annule et corrige de nombreuses conclusions antérieures, et de façon générale n'est pas bon." Sans doute faut-il faire dans ce jugement la part, courante chez Freud, de l'autodépréciation ; elle ne supprime cependant pas l'insatisfaction. » (J. André, Préface)

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