Psychologie / Psychanalyse

  • De quoi le « bonapartisme » est-il le nom ? À force d'en parler, on en oublierait presque celui qui lui a donné son nom. Et pourquoi pas plutôt « napoléonisme » ? Les célébrations du bicentenaire de la mort de Napoléon sont en tout cas l'occasion de revenir sur la véritable doctrine politique de l'Empereur.
    Institutions, fonctionnement de l'État, organisation de la société... Arthur Chevallier brosse pour nous le tableau d'une période fondatrice de la France contemporaine. À partir d'une analyse inédite de l'Empire, c'est d'un siècle entre chaos et fracas politiques qu'il retrace la fresque idéologique. Si le bonapartisme passe aujourd'hui pour une doctrine de droite parce qu'il est dans la continuité de l'expansionnisme français dont les lointaines origines remontent à Louis XII, il s'inscrivait au départ dans le sillage des politiques menées par les gouvernements les plus à gauche : ce sont les nostalgiques de la Révolution française qui, à partir des années 1820, ont invoqué la mémoire de Napoléon pour restaurer les idéaux de 1789.
    Un essai revigorant qui montre que, pour autoritaire qu'il ait été, Napoléon n'en a pas moins été le fondateur de ce qu'on appelle aujourd'hui l'État de droit...

  • « Depuis la parution de ce livre en 1979, et aujourd'hui encore, je reçois des lettres de personnes qui me disent que cette lecture a fait venir dans leurs vies le petit enfant perdu, incompris, apeuré qu'ils furent autrefois. Ils m'écrivent qu'il y a des dizaines d'années, ils ont dû l'abandonner et l'oublier sans que cela ne leur soit jamais apparu jusqu'à cette date. Ils sont nombreux à constater que c'est la première fois de leur vie qu'ils sont touchés par la détresse et les souffrances de cet enfant, et qu'en les ressentant ils ont pu en pleurer. [...] Les fortes réactions émotionnelles que ce livre a suscitées sont sans doute imputables au fait que mon propre éveil émotionnel est lié au travail qu'a exigé son écriture. C'est le moment où j'ai décidé de partir à la recherche de ce qui fut le début de mon existence, de décrypter ma propre histoire et de mener ma vie sans m'encombrer du poids, mort à mes yeux, dont mon éducation et ma formation de psychanalyste m'avaient chargée. »
    Contrairement à ce que le titre a souvent pu laisser penser, il ne s'agit pas d'un livre sur les enfants surdoués. On y trouvera par contre une recherche autour de l'interrogation : pourquoi tant d'adultes doués, qui réussissent dans la vie, souffrent-ils de se sentir étrangers à eux-mêmes, intérieurement vides ? Depuis la première parution de ce livre en 1979, les réponses d'Alice Miller à cette question ont aidé de nombreux lecteurs à trouver un accès à leur propre histoire et à découvrir que la partie précieuse de leur Soi leur était restée cachée jusqu'alors (leur « drame »).
    Ses lecteurs sont encouragés à chercher les raisons de leur souffrance actuelle dans leur histoire, l'histoire du petit enfant qui ne devait vivre que pour les besoins de ses parents en ignorant ou niant ses propres besoins. Au lieu de payer plus tard avec des dépressions et de nombreuses maladies corporelles pour cette auto-mutilation, l'adulte peut s'en libérer en trouvant l'empathie pour l'enfant qu'il a été et pour sa souffrance muette. Aussitôt qu'il assume sa vérité, bloquée si longtemps dans son corps, il peut commencer à regagner, pas à pas, sa vitalité, la vie authentique qu'il n'avait pas osé vivre.
    La perception par l'auteur du vécu réel de l'enfant n'est plus en lien avec celle de la psychanalyse, à laquelle Alice Miller reproche de rester dans la vieille tradition qui accuse les enfants et protège les parents, autant dans la théorie que dans la pratique où les rapports des traumatismes réels sont interprétés comme fantasmes.

  • En France, le débat sur l'efficacité de la psychanalyse souffre de nombreux biais. Le rapport Psychothérapie. Trois approches évaluées (2004) de l'Inserm a contribué à les révéler autant qu'à les accroître. Aussi paraît-il nécessaire, quinze ans après, de renouer avec l'ensemble des données disponibles, en vue d'actualiser la controverse. Trois temps sont repérables dans l'histoire de cette controverse, correspondant aux types de méthodes utilisées : 1. les comptages rétrospectifs, études de suivi et études prospectives « pré-post » (1917-1980) ; 2. les essais contrôlés randomisés et méta-analyses (1980-auj.) ; 3. les études observationnelles contrôlées, en conditions naturelles (2000-auj.). Ces différents types de recherches convergent : la psychanalyse y apparaît efficace (et pas moins que d'autres thérapies testées) pour l'ensemble des troubles psychiques connus. Connaître ce pan souvent ignoré de la littérature et en comprendre les enjeux scientifiques est indispensable, si l'on envisage la psychanalyse dans la cité. Sa place à venir au coeur des institutions de soin et à l'université est en jeu.

  • Capitalisme et colonisation mentale Nouv.

    Le capitalisme s'est profondément transformé dans ses modes de fonctionnement, et des formes plus douces de domination se développent désormais, qui prennent l'allure de l'émancipation subjective : critique des règles et de la bureaucratie, entreprise « libérée » des managers, organisation « agile », valorisation de l'entrepreneuriat de chacun. Nous vivons le temps du « capitalisme avancé », qui se caractérise par une combinaison unique entre des nouveaux modes de fonctionnement organisationnels et psychiques dans l'entreprise, ainsi que leur déploiement social. En modelant la vie économique, la logique du mode de production capitaliste a envahi l'ensemble du champ social. La logique de fonctionnement de l'entreprise est devenue le prototype de la manière dominante d'être au monde : échange et négociation, esprit de calcul, utilité et instrumentalité définissent les coordonnées naturelles de nos façons d'agir, de penser et d'interagir avec les autres. L'idée de colonisation mentale désigne cette mutation anthropologique. Peu d'analyses ont été formulées sur ce que signifie l'extension devenue totale du mode de vie capitaliste à l'intérieur d'une société donnée, et son impact sur les relations sociales ordinaires, la vie quotidienne, l'espace mental. C'est l'objet de cet ouvrage.

  • L'espèce humaine n'est pas une espèce parmi d'autres, elle est la seule à s'auto-détruire et à détruire les autres espèces. Sauf une... Profitant de la dégradation des écosystèmes marins, la méduse prolifère. Elle a zéro neurone, l'homme, depuis qu'il est sapiens, en a 86 milliards. À la fin, qui l'emporte ? Figure privilégiée du totémisme psychanalytique et du sexe de la mère, lequel pétrifie celui qui ose le regarder en face, de quoi la méduse est-elle aujourd'hui le symbole ?
    À l'heure où la pulsion d'auto-anéantissement s'empare des quatre éléments : la terre, la mer, l'air et le feu, la symbolisation du désastre en terme de castration est presque devenue une aimable figure. La psychanalyse a pour toile de fond ces deux expériences anthropologiques fondamentales que sont la sexualité et la mort. Alternant essais et fragments cliniques, ce livre cherche à restituer le vif d'une expérience, tant individuelle que collective, dont l'inconscient, ce fonds le plus inacceptable de la vie psychique de chacun, est le secret horizon.

  • « Les civilisations ont été créées et guidées jusqu'ici par une petite aristocratie intellectuelle, jamais par les foules. Ces dernières n'ont de puissance que pour détruire. Leur domination représente toujours une phase de désordre. Une civilisation implique des règles fixes, une discipline, le passage de l'instinctif au rationnel, la prévoyance de l'avenir, un degré élevé de culture, conditions totalement inaccessibles aux foules, abandonnées à elles-mêmes. Par leur puissance uniquement destructive, elles agissent comme des microbes qui activent la dissolution des corps débilités ou des cadavres. Quand l'édifice d'une civilisation est vermoulu, les foules en amènent l'écroulement. C'est alors qu'apparaît leur rôle. Pour un instant, la force aveugle du nombre devient la seule philosophie de l'histoire. »
    Les idées exposées dans cet ouvrage, publié en 1895, semblèrent alors fort paradoxales. Ce texte est devenu un classique, traduit dans de nombreuses langues, dont la lecture et l'étude sont toujours d'actualité et font partie de la formation de toutes les nouvelles générations de jeunes sociologues.

  • Le débordement de toutes les défenses peut mener « au bout du rouleau », dans la mesure où le risque d'une désorganisation qui ne serait pas seulement psychique, mais également somatique, s'accroît. Gérard Swzec s'est interrogé sur ce qui pouvait pousser des adultes, des enfants, et même des bébés, à tenter de se calmer par l'épuisement ou par des comportements autocalmants indéfiniment répétés. Chez certains d'entre eux existe une nécessité de rechercher des dérivatifs à la pensée, ce qui ne va pas sans créer des difficultés extrêmes dans les cures, quand ils en font une. D'autres sont contraints à l'hyperactivité et à refuser le repos. C'est l'un des thèmes dont l'auteur rend compte à travers les récits cliniques réunis dans ce livre. Des récits de cures psychanalytiques d'adultes, d'adolescents et d'enfants forment la trame de cet ouvrage dans lequel l'auteur évoque ses conceptions de la psychanalyse et de la psychosomatique.

  • Ce livre explore les différents aspects que la mère adoptive laisse entrevoir de sa réalité psychique, notamment : l'intérêt, voire la fascination envers les parents biologiques de son enfant et l'idéalisation de la mère de naissance, la transformant, puisqu'elle est inconnue et que la mère adoptive sacralise la venue au monde, en véritable incarnation de la figure mythique de la mère. Le livre présente un fait clinique remarquable : l'enfant adopté propose à sa mère le jeu de sa mise au monde, un vrai levier de la renaissance qu'il attend visiblement de son adoption. Cet ouvrage interroge les paradoxes du désir d'enfant chez la mère renonçant à l'enfant qu'elle a mis au monde et le syntagme de « déni de grossesse ». Il interroge la pratique de « don d'enfant » présente en Océanie, où la relation réelle entre la mère de naissance et la mère adoptive diffère de celle purement imaginaire entre les deux femmes en France.

  • La naissance de la psychanalyse est inséparable des excès d'un père séducteur et de leurs conséquences hystériques. C'est pourtant l'image inverse, celle d'un père médiateur, confondu avec sa fonction de tiers séparateur entre la mère et l'enfant, représentant l'ordre symbolique et ses interdits, brisant la confusion incestueuse au profit de l'ouverture au socius et à la vie de l'esprit, qui est devenue la référence psychanalytique. Un siècle de « révolution » sexuelle et de bouleversements dans la parentalité n'a pas laissé indemne l'ordre patriarcal et sa filiation patrilinéaire. De quelle façon ces changements anthropologiques profonds, sinon « fous », affectent-ils le devenir-père, tant le désir d'enfant chez un homme que sa relation à « l'enfant qui paraît » ?

  • Composé de huit essais sur les rapports imprévus du sexe et du langage - et sur leur emprise -, ce livre donne accès à ce qui rend possible la psychanalyse, ce qu'elle ignore d'elle-même, à savoir qu'elle est soumise, jusque dans ses élaborations les plus complexes, à ce que la sexualité veut secrètement que les paroles disent (ou taisent). Les paroles des deux partenaires de la séance. L'écoute d'un patient, séance après séance, donne l'illusion d'avoir affaire à quelqu'un qu'on connaît particulièrement bien. Cela tient au sentiment trompeur que le patient est un objet extérieur au psychanalyste, et il n'apparaît pas qu'il est constitué par leur rencontre. Le psychanalyste pourrait donc affirmer qu'il a affaire, avec le patient, en partie à lui-même. Ce constat pourrait paraître banal s'il n'était pas dérangeant. En effet, l'écriture de l'auteur met en évidence que psychanalyste et patient sont ce que le sexuel leur fait énoncer. Or ils y prêtent foi.

  • La source principale de la démarche de Vladimir Marinov est la clinique analytique : celle des dépressions graves, des anorexies et des boulimies, des fonctionnements limites, des perversions ou des psychoses. L'oedipe mélancolique, essentiellement prégénital et préobjectal, n'est pas exempt d'un certain érotisme mais il s'agit d'un érotisme macabre, nécrophile et nécrophage, souvent secret et inconscient. De concert avec la clinique analytique, l'auteur revisite certains textes cliniques majeurs de Freud, en particulier sur L'Homme aux rats et Schreber, ainsi que certains chefs-d'oeuvre de la littérature : OEdipe roi et OEdipe à Colone, Hamlet, La balade des pendues de Villon, Le corbeau de Poe et la Charogne de Baudelaire. Des tableaux de Bacon sont également mis à profit. Depuis le siècle dernier, les moyens de destruction des espèces humaines, animales et végétales ont pris une ampleur sans précédent. Nous en sommes aujourd'hui les agents actifs ou les témoins passifs. Est-il encore possible d'éluder la problématique du « commerce avec les cadavres », qui peut être vécue par l'humain comme une victoire macabre ? Ne faudrait-il pas tenir compte de cette dimension afin de lui opposer, lucidement, l'amour du vivant ?

  • La maison est une enveloppe. Elle nous protège, et, dans les rêves, elle représente souvent notre corps. Mais, si elle est un refuge, elle garde une part de mystère. Un plancher qui craque, c'est peut-être un fantôme qui passe ; un objet longtemps perdu et retrouvé, c'est tout un passé qui ressurgit. Cependant, la maison se partage. Sauf à vivre en ermite, on n'est jamais seul dans son logis. La maison contient une maisonnée, ne serait-ce que par les souvenirs laissés par ceux qui y ont vécu ; ainsi se crée son âme. Les désirs, affirmés ou silencieux, de ceux qui y habitent se croisent, se rencontrent, s'opposent ; ainsi se fabrique l'inconscient de la maison. Patrick Avrane nous entraîne dans les différents appartements de Freud, au sein des constructions du Corbusier, dans le refuge de Robinson Crusoé, dans les habitations d'Émile Zola ou de Jules Barbey d'Aurevilly. Il nous fait visiter les maisons, tout autant imaginaires que réelles, décrites par Daphné du Maurier ou Georges Simenon. À partir également de son expérience clinique et de son regard sur Vermeer, Edward Hopper ou Magritte, comme sur d'étranges maisons de poupée du crime, par son écriture vive, il nous fait découvrir les secrets de l'âme des maisons comme les ressorts de leur inconscient.

  • Présente dès les commencements, soumise aux aléas des expériences qui l'actualisent, l'attente n'est pas un concept analytique mais elle est partie prenante dans la cure. Le transfert est là pour révéler l'attente taraudante de la satisfaction de désirs. Elle peut aussi prendre des formes plus souffrantes, lorsque l'écart creusé est insupportable, qu'il s'agisse de la différence des sexes, de la vie amoureuse ou du narcissisme. Quels traitements possibles dans et par la psychanalyse sinon ceux offerts par sa méthode ? L'association libre, l'interprétation, la mémoire, le silence, les mots... L'auteure se consacre à la recherche de ces voies d'accès et révèle le caractère inéluctable de l'attente comme fondement du transfert et du contre-transfert.

  • Cet ouvrage est un recueil de « vies brèves », contrastées, de femmes et d'hommes qui, petits et grands, connus ou non, ont eu un rôle dans la pensée et l'histoire de la psychanalyse, qu'ils aient été les contemporains de Freud ou qu'ils l'aient précédé, qu'ils aient enrichi ou récusé la découverte. Un événement, un trait de caractère, une mésaventure exemplaire ou répétitive ont été privilégiés dans la réalisation de chacun de ces portraits pour esquisser une silhouette ou un destin pris dans les multiples scènes analytiques et dans celles, également multiples, de l'époque. On demeure émerveillé devant leur appétit de connaissances. Ces hommes accumulent les diplômes ; ces femmes innovent en franchissant le barrage des préjugés, des classes et de la sexualité. Ils et elles rencontrent l'obscurantisme - le même que de nos jours - sous des formes naïves : la superstition, les pratiques occultes, la pensée irrégulière, tout un tâtonnement magique veut traiter la névrose par la persuasion, la volonté, l'électricité, l'eau plus froide qu'à bonne température, les massages et la rééducation. Derrière l'hypnose, les douches et les régimes alimentaires, on pratique la suggestion sans le savoir, comme Monsieur Jourdain la prose et comme nos modernes comportementalistes. Dans ces vies exemplaires, on assiste aux noces d'une pensée en migration avec une méthode ordonnée et de cette méthode avec son objet mouvementé : l'inconscient. Le monde d'avant s'anime sous nos yeux, s'enrichit d'un personnage à l'autre, et le lecteur en attrape la passion - comme on le dit d'une maladie.

  • Au début du XXe siècle, la pensée freudienne a apporté un éclairage anthropologique nouveau en accordant au sexuel une fonction structurante originale dans le développement affectif normal de tout un chacun. Chemin faisant, les recherches cliniques sur les économies narcissiques, psychosomatiques et psychotiques ont conduit à une exploration de la vie infantile. L'enfant et, plus récemment, le bébé ont été les grands bénéficiaires de cette orientation. La vie prénatale et le foetus aquatique constituent encore aujourd'hui la face cachée, le négatif du règne de sa majesté le bébé aérien.
    Ce livre est dédié à cette archéologie de l'Atlantide intime et refoulé au bénéfice de la clinique de tous les âges de la vie et de reformulations théoriques métapsychologiques. Dans ce contexte, les auteurs proposent une troisième topique, qui serait celle de la représentation mentale du lien avec la double idée - paradoxale en apparence - que d'une part, les liens primitifs pourraient être investis avant même que le sujet et l'objet soient clairement délimités et que, d'autre part, cette fondation préobjectale soit la condition sine qua non de l'émergence de l'objet.

  • La sexualité dont il s'agit en psychanalyse n'est donc pas cette sexualité « génitale » communément admise : une sexualité adulte, ou post-pubertaire, localisée dans les organes génitaux, circonscrite à l'acte sexuel et destinée ultimement à la reproduction sexuée. La sexualité « au sens élargi » dont parle Freud précède et excède cette sexualité dite normale ; c'est une sexualité infantile, une sexualité trouvant sa source dans tous les lieux du corps dits érogènes et dont le but est tourné vers l'acquisition de plaisir. Le présent recueil regroupe les principaux textes de l'oeuvre de Freud définissant la sexualité, dans la traduction des OCF-P.

  • « Survivre à quelqu'un » : tel est le sens le plus ancien du mot « survivre ». Il s'oppose moins à la mort qu'il n'en dit la proximité, le décès d'un proche étant la seule expérience de la mort que nous puissions vivre au présent. La survie psychique évoque un « appareil de l'âme » atteint dans ses possibilités créatrices, qui ne fonctionne plus qu'au minimum de ses capacités productives. L'histoire du sujet permet rarement de relier cette menace de l'effondrement à un moment tragique, car la temporalité humaine diffracte le trauma et impose la réalité psychique de l'après-coup à l'existence. Cet appareil de liaison, qui permet de symboliser et transformer, est-il simplement en panne ou à reconstruire ? L'attraction du transfert peut-elle substituer « vivre » à « survivre », pour que le monde apparaisse sous un nouveau jour ? À l'heure des canots de sauvetage en Méditerranée, quand l'auto-conservation règne en seul maître, « survivre » perd tout sens métaphorique. Quand « toutes les valeurs de la culture s'inclinent devant la survie » (Imre Kertész) car la terreur ne permet rien d'autre, d'où peut surgir l'espoir, celui de l'histoire et de sa transformation de la catastrophe en expérience ?

  • Est-il imaginable que la psychanalyse soit demeurée indemne du désastre engendré par le nazisme ? Outre l'émigration d'Est en Ouest de ses foyers vivants et la profonde modification du milieu d'origine de cette pensée et de cette pratique, l'atteinte provoquée par l'implacable bouleversement du socle culturel et langagier sur lequel reposait la théorie psychanalytique donne lieu tout d'abord à l'émergence d'une lutte pied à pied contre les fondements biologiques de l'identité et la « naturalité » de la race et du sol prôné par le nazisme. Puis, cette lutte laisse la place à un mouvement qui associe progressivement l'humanisation de la méthode, l'intersubjectivisme et la co-narrativité. Prenant pour voie d'entrée l'« indicible trauma », la réflexion analytique se penche dès lors majoritairement sur la pathologie des victimes. L'apparition de l'Ego Psychology, le retour au modèle traumatique (validé par la matérialité des faits historiques), l'omission du « délire de masse » tel que Freud et les analystes de l'immédiat-après-guerre l'envisageaient : les psychanalystes ont-ils pris la pleine mesure de la désorientation, clinique et théorique, infligée à leur propre champ par le déchaînement nazi ?

  • Le traitement des patients schizophrènes pose la question de l'acceptation dans leur vie psychique d'un objet séparé d'eux, « en dehors de leur corps propre » (Freud). Pour le thérapeute, ce chemin passe par la nécessité pour lui d'occuper une place d'objet dans la réalité de leur vie, ce qui pose en des termes nouveaux les rapports entre réalité et objet dans la théorie psychanalytique, et permet de repenser le modèle du traitement psychanalytique autour du psychodrame. L'issue réussie de cette première étape du traitement débouche sur un type de relation qui présente plusieurs caractéristiques de la relation érotomaniaque, laquelle apparaît alors comme une modalité centrale de la vie psychique, alternative à la position dépressive. L'élaboration de cette phase aboutit à la reconnaissance, de la part du patient, de l'existence de l'objet, et de l'aliénation que cette existence implique pour lui, ce qui permet de renouveler la théorie des topiques de l'appareil psychique, en incluant l'objet.

  • Sans que Freud ne lui consacre jamais une réflexion spécifique, l'amour est néanmoins au coeur de la pensée freudienne. « Faim et Amour » est la forme métaphorique de la première théorie des pulsions, et « Éros et Thanatos » de la seconde. L'amour, dans son soubassement énergétique de libido, est en quelque sorte le pivot de sa pensée du conflit, témoin de la complexité de la dynamique psychique. L'amour de transfert, quant à lui, est le coeur de la cure, dans ses excès, ses inhibitions, ses renversements en haine, ou son cours tempéré, dans le meilleur des cas. Aujourd'hui, on constate une inflation théorique de la réflexion sur les pathologies narcissiques, limites, mais la clinique, quant à elle, continue de décliner, à chaque séance, ou presque, les avatars des rencontres amoureuses, des frustrations, des ruptures, des solitudes... Si les psychanalystes ont souvent mis en lumière les difficultés de l'amour, ils ont été plus discrets sur les bonheurs qui lui reviennent et sa force créatrice. Ce volume des « Débats », sans jamais en nier les complexités, voudrait ne pas couper les ailes d'Éros.

  • À travers la présentation de sept textes de Freud, Jacques André traite une oeuvre qui déborde largement l'espace limité de la psychanalyse, marquant toute la culture du XXe siècle : l'enfant, la sexualité, la destructivité, l'oeuvre d'art, la religion, la psychologie des masses, sans parler de la psychopathologie, ne sont plus les mêmes problématiques avant et après Freud. La pensée freudienne a révolutionné quelques-uns des fondamentaux sur lesquels reposent l'expérience humaine : ce que « moi » veut dire, l'infantilisme de la sexualité, notre rapport à la temporalité et à la mort, la présence d'un inconciliable, d'un inacceptable au coeur de la vie psychique de chacun, l'empire de la honte et de la culpabilité par-delà la morale ordinaire, l'inexorable violence individuelle et collective... et nos modes de pensée les plus communs ne sont pas épargnés : il n'est plus possible après un lapsus de s'en remettre à la fatigue, ou de renvoyer l'homosexualité à la « contre-nature ».

  • Éros est incertain et son incertitude est essentielle. Il ne vit que de son échec, il meurt de son succès. L'analyste est là, écrivait François Gantheret, « pour que se scénarise dans l'espace de l'analyse le dispositif d'émergence des signes ». L'impensable est à la fois moteur et horizon, point de fuite de la pensée, au sens où il est ce qui ordonne le « paysage » psychique, tout autant que le lieu où la pensée fuit, se fuit, se perd. Une phrase d'André Breton paraissait, à François Gantheret, la meilleure définition qui soit de l'analyse : « Comme si je m'étais perdu et qu'on vînt tout à coup me donner de mes nouvelles. »

  • Tout comme l'inquiétante familiarité, l'altérité est source d'angoisse mais aussi de réorganisation salutaire. Tant lorsqu'elle survient de l'extérieur que lorsqu'elle vient des profondeurs de l'intime et trouble les contours de l'identité. La langue au demeurant donne à entendre son ambiguïté foncière : le terme d' `autre' peut en effet désigner tout autant le semblable et le bien connu que la nouveauté radicale. La problématique de l'altérité centre la réflexion sur la nécessité de penser le lien qui s'établit entre le même (le sujet, le bien connu) et ce qui se dresse au dehors ou au dedans comme étranger différent (inconnu, inouï). Il s'agit au fond de mener la réflexion sur la place accordée à l'étranger intérieur et à l'accueil qui peut lui être fait. Le présent numéro de Débats en Psychanalyse se propose de revenir sur cette dimension essentielle de la psyché telle qu'elle se manifeste dans les différents registres cliniques comme aux différents âges de la vie. Au creux de la situation analytique, cette construction du sentiment d'altérité dans la confrontation et la rencontre avec l'autre, parce qu'elle conjugue le différent et le semblable, nous semble au coeur de la dynamique de la psyché et de son déploiement.

  • Instrument précieux, ce Dictionnaire freudien est d'usage aisé pour l'analyste expérimenté comme pour l'étudiant, voire pour le lecteur curieux. C'est pourquoi les différentes parties de chaque article (la définition proprement dite ; une mise en situation historique, linguistique et culturelle ; le suivi attentif de la notion dans le texte freudien ; les questions et enjeux qu'elle peut susciter) sont immédiatement repérables par leurs présentations distinctes. Les passages des textes de Freud évoqués (et bien évidemment les citations) sont référés en notes, avec leurs paginations données dans l'édition française « commune », dans les OEuvres complètes de Freud en français, et dans le texte allemand des Gesammelte Werke. En reprenant les évolutions dans la pensée freudiennes des notions et des concepts, à travers plus de cent entrées, ce dictionnaire offre une occasion de redécouvrir la pensée de Freud - voire, au gré de chacun et pour lui-même, de la réinventer.

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