Religion & Esotérisme

  • Barcelone, juillet 1263?: devant le roi d'Aragon, la cour, et devant les personnalités les plus éminentes de l'Église chrétienne, s'engage une Dispute qui va durer quatre jours. Elle oppose Paul Christiani, juif converti au christianisme, à Rabbi Moïse ben Nahman de Gérone (Nahmanide), l'une des plus hautes autorités du judaïsme espagnol. Quatre jours d'une âpre discussion touchant la venue du Messie et sa nature, et au cours desquels va se dévoiler l'endroit de la rupture entre judaïsme et christianisme?: le pouvoir, la souveraineté. Du fond de cette rupture, c'est le sens de l'exil du peuple juif, dépossédé de cette souveraineté, qui devient l'enjeu de l'affrontement. Si le Messie est déjà venu et que les juifs ne l'ont pas connu, leur exil n'est plus qu'une inutile errance, ce qu'il y a de plus vain faisant suite à l'erreur la plus essentielle. Mais si le Messie n'est pas encore venu, le christianisme se trouve relégué au rang de simple puissance politique et sa vérité résumée à l'exercice momentané d'un pouvoir dans le monde.
    Au fil de la dispute, Nahmanide passe ainsi en revue les principaux récits talmudiques et midrachiques relatifs au Messie et expose, avec finesse et humour, la signification concrète visée par chacun d'eux. Mais son livre est aussi un tableau vivant où les réactions des protagonistes qui nous sont rapportées donnent autant à penser que les discours qu'ils tiennent.

  • Cette étude parut à Vienne, en 1923, dans les Monumenta talmudica, ouvrage savant et oecuménique prestigieux. L'auteur y aborde, de manière très didactique, la difficile question du statut des rêves dans le Talmud. Son mérite est d'avoir montré, à travers les textes, combien la société juive, même pharisienne, a été poreuse au monde antique, à ses superstitions, à sa culture. Les maîtres du Talmud n'ont nullement rejeté le savoir gréco-romain?; ils en ont pris acte et l'ont traité (Aristote, Hérodote, Plutarque et Artémidore, l'auteur de l'Onirologie, sont notamment cités dans l'ouvrage). Ils ne se sont guère non plus montrés insensibles aux croyances populaires de la culture environnante. Ils en ont intégré les formes disparates dans leurs discours, qui témoignent aussi de la diversité des jugements propre à la tradition orale du judaïsme. Né en 1884 en Galicie, Alexander Kristianpoller est issu d'une famille de rabbins cultivés. Il suivit à Vienne l'enseignement secondaire du lycée puis entra au séminaire rabbinique. Inscrit par ailleurs à l'université, il obtint un doctorat en philosophie. à l'automne 1942, après que la bibliothèque où il travaillait fut fermée, lui et son épouse sont acheminés vers la région de Minsk. À leur arrivée, ils sont assassinés, avec tous les Juifs du convoi, dans une forêt proche de la ville.

  • Commentaire en yidich du Pentateuque, le Tseenah ureenah fut composé au XVIIe siècle. Cet ouvrage demeure l'un des textes les plus populaires de la littérature en langue yidich et, au-delà, de la littérature juive. Son intérêt réside surtout dans la prodigieuse variété de son contenu qui rassemble de nombreux aspects de la vie et de la tradition juives. Fondé sur une explication de la paracha alliant le pchat (sens obvie) et le drach (sens interprétatif), le texte intègre une multitude de sources : les principaux commentaires de la Torah (Rachi, Nahmanide et surtout Bahya ben Acher), des fragments midrachiques dont le choix révèle l'originalité de l'auteur, des aggadot ou récits talmudiques, sans oublier des considérations sur les pratiques et la Loi (liées aux minhogin seforim) ou encore des passages éthiques (liés aux muser seforim). En cela, Le Commentaire sur la Torahconstitue une véritable encyclopédie de la pensée et de la tradition juives. Il ne s'agit pas cependant d'une simple paraphrase ou d'une adaptation littérale, mais tout au contraire, d'une libre réécriture, originale et fidèle aux sources hébraïques. Écrit dans un style simple, clair, privilégiant le récit, les dialogues et la narration, Le Commentaire sur la Torah est une oeuvre très vivante et d'une profonde unité. Destiné à l'origine aux hommes et aux femmes qui avaient une connaissance insuffisante de l'hébreu, il fut rédigé pour leur permettre l'accès aux sources saintes. Il nous plonge au coeur de la foi et des croyances juives. C'est le guide par excellence pour s'initier à la beauté des commentaires de la Torah et comprendre l'essence de la sagesse d'Israël.

  • La tradition est la plus noble des liberts pour la gnration qui l'assume avec la conscience claire de sa signification, mais elle est aussi l'esclavage le plus misrable pour celui qui en recueille l'hritage par simple paresse d'esprit. travers ces textes, dont la publication s'chelonne entre 1909 et 1952, Martin Buber s'efforce de penser le judasme et, plus prcisment, le processus spirituel du judasme qui s'accomplit dans l'histoire comme un effort vers la ralisation toujours plus parfaite de trois ides connexes : l'ide d'unit, l'ide d'action, l'ide d'avenir ; l'ide n'tant pas entendue comme concept abstrait, mais comme force de manifestation de l'tre au monde.

  • La figure de Sabbataï Tsevi, le messie de Smyrne, hante l'histoire juive ainsi que l'histoire des mouvements apocalyptiques, d'autant qu'elle est restée très longtemps totalement inexplorée. Cette grande oeuvre de Gershom Scholem entreprend une évocation détaillée du personnage, qui, dans toute l'Europe et en Orient, apparut comme le messie. C'est le fond même de la vague à la fois insurrectionnelle et religieuse qui est sondé à travers ses manifestations publiques comme à travers ses récits. Comment presque tout un peuple a cru à un moment à la fin du monde et s'y est activement préparé, comment le fol espoir de délivrance bouleversa les données historiques concrètes et l'ordre social ordinaire pour s'effondrer ensuite et jeter dans le désarroi le monde juif abusé, c'est la question à laquelle ce livre tente de répondre. Aborder l'histoire dans l'horizon de ce qu'imaginent les hommes et non sous l'angle étriqué de leurs conditions d'existence matérielle, tel est l'apport de Gershom Scholem à la démarche historique qui la renouvelle en profondeur.

  • Rabbi Moïse Hayyim Luzzatto est l'un des plus éminents cabalistes du XVIIIe siècle. Auteur fécond, prestigieux et controversé, il a laissé une oeuvre abondante et variée. Dans Le Philosophe et le Cabaliste (Hoquer ou Mequoubal), appelé aussi Exposition d'un débat (Maamar ha-Vikouah), Rabbi Moïse Hayyim Luzzatto répond aux détracteurs de la cabale, à savoir philosophes et théologiens, en écartant les malentendus et en exposant les fondements conceptuels et traditionnels de la doctrine de R. Isaac Louria, grande figure de la cabale d'après l'Expulsion. Cet ouvrage constitue une excellente introduction à la cabale dans ses aspects spéculatifs et systématiques. Son style dialogué, vif et savoureux, fait de lui un texte d'une lecture agréable. Les questions fondamentales qu'il pose et qu'il s'efforce de résoudre situent ce livre dans la bibliothèque des classiques de la pensée juive.

  • Comment un juif de l'étude peut-il comprendre Auschwitz ? Quelle est la place de la Shoah dans l'histoire millénaire et souvent tragique d'Israël comme dans l'histoire du monde ? Emil Fackenheim - héritier de la pensée de Franz Rosenzweig et de Martin Buber - interroge le Midrach, le Talmud ainsi que la philosophie occidentale. Il montre que seule la tradition juive peut répondre à cette impossible question : malgré le mal, Dieu est-il présent dans l'histoire ? Cette étude courageuse va à la source métaphysique du judaïsme pour trouver le moyen de parler aujourd'hui de la catastrophe d'Auschwitz.

  • Considéré dans son ensemble comme l'oeuvre majeure de la littérature judéo-espagnole, le Meam Loez est un commentaire des Livres bibliques qui a connu dès sa parution un véritable succès populaire.
    Le Meam Loez sur le Livre d'Esther, dont l'auteur est Rafael Hiya Pontrémoli, fut publié à Smyrne en 1864.
    Écrit en langue vernaculaire - le ladino - dans un style simple et vivant, agrémenté de proverbes, d'anecdotes et de paraboles, il s'adresse directement à une communauté en exil oublieuse des préceptes fondamentaux et des leçons des grands maîtres de la tradition.
    Section après section, en s'appuyant notamment sur le Talmud et le Midrach ou Le Zohar, il développe l'épisode biblique qui est à l'origine de la fête de Pourim, au cours duquel le peuple juif, qui vivait en diaspora dans l'empire perse, fut sauvé de la destruction. Par l'entremise d'Esther et de Mardochée, la persécution et le deuil se trouvèrent renversés en allégresse et en libération.

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