Sciences humaines & sociales

  • Le physicien et philosophe Mario Bunge a attendu 2015 et sa 96e année pour rédiger ses mémoires. C'est dire si la fresque qu'il nous propose ici est riche en idées, en événements (emprisonnement, exil, échecs et succès, honneurs et adversité), en prises de position, en troubles de l'Histoire, en jaillissements de savoirs, en ferments pour un matérialisme du XXIe?siècle. L'«?entre deux mondes?» que le titre évoque se comprend de multiples façons. Bien sûr, d'abord par la position singulière de Mario Bunge, autant scientifique que philosophe, véritablement à l'interface de ces deux mondes savants. Savoirs scientifiques et culture humaniste sont liés et Bunge voyage d'un monde à l'autre, sans se soucier d'une dichotomie courante qui contribue à une inutile conflits des savoirs. C'est aussi un entre-deux-mondes géographique et social?: une première vie en Amérique du Sud, puis le départ définitif pour l'Amérique du Nord. Une telle autobiographie se doit de revenir sur les aspérités de la vie comme sur ses bonheurs, tout comme elle doit tracer les trajectoires des rencontres avec des centaines d'éminents savants, amis ou adversaires. Avec une franchise inhabituelle dans ces milieux feutrés, au détour des pages fusent les concepts, les théories, les leçons pour les temps présents, les appels à la raison, les mises en garde contre les obscurantismes et les vaines promesses. Encore des entre-deux-mondes... L'auteur nous convie à l'exposé d'une vie de travaux incessants dans presque tous les grands domaines savants, permettant ainsi aux lecteurs francophones d'aborder les rives d'un vaste continent de connaissances, alors qu'il existe très peu de livres de Bunge en français, moins encore de biographie... Et si l'on adhère à ses idées, à sa démarche, à sa méthode, à son humour parfois cinglant, c'est avec un plaisir rare que l'on peut se sentir appartenir à une sorte de confrérie, celle des amoureux de la pensée rationaliste et humaniste, et de son partage.





  • Table des matières
    Avant-propos (page 5)
    Remerciements (page 6)
    Préface de Guillaume Lecointre (page 7)
    Introduction (page 15)
    Chapitre 1 (page 21)
    La construction du savoir scientifique
    1] De quelle science parlons-nous ? (page 22)
    2] Définition de la science dans cet ouvrage (page 25)
    3] Qu'est-ce qui doit être maintenu
    hors du champ de la science ? (page 27)
    Encadré n° 1 :
    Les relations de causalité (page 33)
    4] Un peu de jargon : l'Homme et le monde qui l'entoure (page 36)
    4.1] Transcendance et immanence (page 38)
    Encadré n° 2 :
    Le bien, le mal et la science (page 39)
    4.2] Réalisme, antiréalisme, solipsisme et idéalisme (page 40)
    4.3] Matérialisme et spiritualisme (page 47)
    4.4] Rationalisme, empirisme et irrationalisme (page 50)
    4.5] Essentialisme et nominalisme (page 52)
    Encadré n° 3 : La notion problématique
    de race dans l'espèce humaine (page 53)
    5] L'Homme et la connaissance scientifique
    sur le monde qui l'entoure (page 59)
    5.1] Empirisme (page 59)
    5.2] Positivisme logique (page 60)
    5.3] Instrumentalisme (page 62)
    5.4] Scientisme (page 64)
    Encadré n° 4 :
    La nature et le naturel (page 70)
    5.5] Falsificationnisme de Karl Popper (page 68)
    5.6] Concordisme (page 72)
    Encadré n° 5 :
    La théorie darwinienne de l'évolution (page 73)
    5.7] Paradigmes et révolutions scientifiques de Kuhn (page 74)
    5.8] Lakatos et les programmes de recherche (page 76)
    5.9] Everything goes de Feyerabend (page 77)
    6] La relativité du savoir scientifique (page 78)
    6.1] Relativisme linguistique (page 79)
    Encadré n° 6 :
    Ordonner le réel (page 80)
    6.2] La sous-détermination des
    théories par l'expérience (page 81)
    6.3] La dépendance des observations
    aux cadres théoriques (page 83)
    6.4] Fiabilité de nos sens (page 84)
    6.5] Les mesures de la science (page 84)
    6.6] Le réel n'existe que par
    la perception que l'on en a (page 85)
    6.7] La science construit ses propres objets (page 86)
    6.8] La science comme une fiction (page 87)
    6.9] Relativisme cognitif généralisé (page 88)
    7] Le relativisme appliqué :
    Ramsès II et le bacille de Koch (page 90)
    Encadré n° 7 :
    Découvrir, dévoiler ou inventer le réel ? (page 93)
    8] La construction des savoirs scientifiques :
    une construction sociale ? (page 94)
    9] Croyance, opinion, savoir, connaissance (page 105)
    9.1] Opinion (page 106)
    9.2] Croyance (page 106)
    9.3] Connaissance (page 107)
    9.4] Savoir (page 109)
    9.5] Dogme (page 110)
    9.6] Paradigme (page 110)
    10] Les cinq piliers du contrat
    entre la science et la connaissance (page 111)
    10.1] Le doute philosophique (page 111)
    10.2] Le réalisme philosophique (page 113)
    10.3] La logique et la rationalité (page 113)
    Encadré n° 8 :
    Quelques théories aujourd'hui abandonnées (page 114)
    10.4] La parcimonie (page 117)
    10.5] Le matérialisme méthodologique (page 119)
    Encadré n° 9 :
    Qu'est-ce que la matière ? (page 120)
    Chapitre 2 (page 123)
    Science et vérité, science et réalité
    1] La vérité et la science (page 124)
    2] De quelle vérité parlons-nous ? (page 126)
    2.1] À chacun sa vérité (page 127)
    2.2] La vérité révélée (page 128)
    2.3] Vérité idéaliste (page 128)
    2.4] Vérité principe (page 128)
    2.5] Vérité des relativistes cognitifs forts (page 129)
    2.6] Vérité probabiliste (page 129)
    2.7] Vérité-cohérence (page 130)
    2.8] Vérité-utilité (page 130)
    2.9] Vérité-correspondance (page 133)
    3] Le monde réel perçu par le scientifique (page 136)
    3.1] Option réaliste forte (page 140)
    3.2] Option réaliste modeste (page 142)
    3.3] Option pragmatiste ou positiviste (page 144)
    3.4] Option relativiste forte (page 145)
    4] La science est-elle un mythe ? (page 147)
    5] Qu'est-ce qu'une théorie ? (page 150)
    Encadré 1 :
    Histoire des sciences (page 154)
    6] Qu'est-ce qu'un fait en science ? (page 156)
    7] Les modes de raisonnement en sciences (page 165)
    7.1] La déduction (page 165)
    7.2] L'induction (page 166)
    7.3] L'abduction (page 167)
    7.4] La transduction (page 168)
    7.5] Le raisonnement hypothético-déductif (page 168)
    8] La science ne démontre rien ? (page 169)
    9] Lois et principes (page 171)
    9.1] Les lois (page 171)
    9.2] Les principes (page 179)
    9.3] Quelques exemples de principes (page 181)
    10] Bon sens et sens commun (page 188)
    Chapitre 3 (page 193)
    Vérité, réalité et démarche d'investigation
    1] Aux origines de la démarche d'investigation (page 195)
    2] La démarche d'investigation (page 198)
    2.1] Phase d'élaboration du problème scientifique (page 198)
    2.2] Phase de résolution du problème (page 200)
    2.3] Phase de structuration des savoirs (page 201)
    3] Des conceptions initiales logiques et performantes (page 204)
    3.1] Des modèles explicatifs simples et logiques (page 206)
    3.2] Conceptions initiales et
    phénomènes « boîte noire » (page 207)
    3.3] Des conceptions initiales récurrentes (page 208)
    3.4] Des conceptions initiales comme
    modèles analogiques (page 208)
    3.5] La prise en compte des conceptions initiales (page 209)
    Encadré 1 :
    Permettre aux élèves de construire des concepts (page 210)
    3.6] Alors, que faire de ces conceptions initiales ? (page 211)
    4] Un problème scientifique (page 212)
    5] Émettre des hypothèses ou
    imaginer un autre monde possible (page 215)
    Encadré 2 :
    Comment gérer les propositions des élèves ? (page 218)
    6] Je ne crois que ce que je vois : l'observation (page 221)
    Encadré 3 :
    L'observation en classe : comment aider les élèves ? (page 222)
    Encadré 4 :
    L'observation dans l'histoire des sciences (page 224)
    6.1] Toute observation du réel
    dépend d'un cadre théorique (page 225)
    Encadré 5 :
    La théorie cellulaire (page 226)
    6.2] Toute observation est subjective (page 228)
    6.3] L'observation peut être faillible (page 229)
    6.4] Observer, ce n'est pas recevoir un message du réel (page 230)
    6.5] Il est impossible d'observer tous les faits (page 231)
    6.6] Toute observation perturbe le réel observé (page 231)
    7] La mesure et l'instrument (page 231)
    7.1] La mesure du réel (page 232)
    7.2] Grandeurs mesurables et repérables (page 234)
    7.3] Les instruments de mesure (page 236)
    7.4] Toute mesure est relative (page 238)
    8] Expérience et artefact (page 243)
    Encadré 6 :
    Les sciences expérimentales et l'expérience (page 244)
    Encadré 7 :
    La notion de témoin (page 246)
    Encadré 8 :
    Expérience et cadres théoriques (page 248)
    Encadré 9 :
    La reproductibilité de l'expérience (page 249)
    9] Recherche documentaire (page 251)
    Encadré 10 :
    Des enseignants qui n'ont pas réponse à tout (page 255)
    Encadré 11 :
    Objectivité, subjectivité et intersubjectivité (page 257)
    10] Modélisation (page 259)
    10.1] Types de modèle (page 262)
    Encadré 12 :
    Les fonctions d'un modèle (page 267)
    11] Enquête, visite (page 270)
    12] La manipulation (page 271)
    13] Science et maîtrise de la langue (page 273)
    13.1] Des écrits en sciences pour construire
    des connaissances sur le monde (page 274)
    13.2] Du vocabulaire pour appréhender le monde réel (page 276)
    14] Et les textes officiels dans tout cela ? (page 278)
    14.1] Le socle commun de connaissances,
    de compétences et de culture (page 279)
    14.2] Les programmes d'enseignement
    de l'école maternelle (cycle I) (page 280)
    14.3] Les programmes d'enseignement
    de l'école élémentaire pour le cycle II (page 280)
    14.4] Les programmes d'enseignement de
    l'école élémentaire et du collège pour le cycle III (page 281)
    14.5] Les programmes d'enseignement
    du collège pour le cycle IV (page 282)
    Conclusion (page 285)
    Bibliographie (page 289)

  • Aldo Haesler tente ici de donner une nouvelle explication de la genèse et de la dynamique particulière de la modernité. Son avènement ne serait pas tant dû à la science nouvelle, à la philosophie moderne ni même à l'économie capitaliste, mais tiendrait essentiellement à une nouvelle manière de concevoir les relations humaines.
    De jeu à somme nulle (un gagnant et un perdant), la relation est devenue jeu à somme positive (toutes les parties gagnent) ; de réseau d'endettement, elle est devenue une source d'effervescence et d'émulation réciproques. Là est le socle commun des explications classiques de la modernité, de Marx et Weber jusqu'aux plus récentes. Ces jeux qui structurent tous nos rapports à autrui, au monde et à nous-mêmes, le font au moyen de médias de communication qui, dans les sociétés non modernes, sont de l'ordre du pouvoir, de la croyance, mais aussi de la beauté et de la justice, alors qu'avec le développement de la modernité, c'est l'argent qui s'est progressivement substitué à ces médias traditionnels. D'instrument de règlement partiel des dettes, l'argent est devenu médium généralisé, à la fois le maître-étalon d'un nombre de plus en plus grand de relations, et en même temps leur principe dynamique. En tant qu'étalon de toute mesure, l'argent tendra à libérer toutes les relations de leurs entraves traditionnelles ; mais, en même temps, il rendra invisibles ceux qui, dans un jeu à somme positive, devront en assumer les coûts. Car, dans un monde aux ressources limitées, le gain multiple se solde nécessairement par un tiers invisibilisé qui doit en endosser les conséquences. En tant que principe dynamique, l'argent s'émancipe peu à peu de son substrat matériel, ce qui rend sa circulation de plus en plus rapide et invasive. Il atteint aujourd'hui, sous sa forme électronique, son stade de perfection phénoménale. S'effaçant de nos seuils de conscience, il échappe à notre emprise réflexive. Sa libre prolifération fera des relations « effervescentes » le standard de toute relation et de la dette, un signe d'exclusion.
    Telle est la situation de la modernité dure qui concourt à faire de la modernité capitaliste contemporaine le régime socio-culturel le plus stable que l'humanité ait connu depuis ses origines. Mais la stabilité n'est pas, dans ce contexte, une vertu. Serait-ce le véritable défi de ceux qui souhaitent en sortir ?

  • Dans ce dictionnaire hors normes, conçu dans une perspective humaniste et scientifique, ontologie, épistémologie, méthodologie sont les domaines privilégiés par Mario Bunge. Si des entrées proposent un jubilatoire tir aux pigeons conceptuel(s) - loin de l'austérité érigée en canon du savoir -, d'autres exposent certaines des idées les plus constantes et fructueuses que l'auteur a développées durant des décennies, au point qu'il n'est pas exagéré de voir cet ouvrage comme un pan majeur de l'édifice bungéen, à savoir le matérialisme émergentiste qu'il a systématisé dans les huit volumes de son Treatise on Basic Philosophy (1974-1989). Ce dictionnaire, souvent insolent et subversif, n'est donc pas un banal exercice standardisé de compilation de définitions usuelles et consensuelles? mais un exercice de référence plutôt que de déférence. La pléthorique philosophie que Bunge désigne par le terme d'«?industrie de la philosophie?» est ici bousculée avec un allant qui nous fait sortir de la torpeur du conformisme de ce magasin de porcelaine, où les concepts déposés sur des étagères sont délicatement époussetés depuis des lustres par des coupeurs de cheveux philosophiques en quatre. Alors quand un éléphant - dont on sait qu'il est doué d'une intelligence et d'une mémoire peu communes - pénètre ce cocon, les bris de mots sont à redouter si l'on est à la recherche d'un énième manuel de bachotage, au contraire à espérer si l'on demande à la philosophie d'autres fruits que ceux de la ratiocination stérile ou du psittacisme de concours. Dès lors, lectrices, lecteurs, ce dictionnaire roboratif est pour vous. Comment mieux résumer en si peu de place la perspective de Bunge ici, sinon en reprenant une partie de sa définition de la passion?: «?Le complément de la raison. Ce qui alimente la raison ou ce qui la fait vaciller. Il n'y a pas de grande entreprise sans la passion et rien de bien ne se fait avec la passion seule.?»

  • La référence aux représentations mentales joue un rôle central dans notre vision du monde. Non seulement leur existence semble indéniable, mais elles permettent d'expliquer un grand nombre de phénomènes?: la conscience, la perception, les opérations cognitives, le langage, les réalités symboliques, les conduites individuelles et collectives. Aussi sont-elles étudiées par les psychologues, les sociologues, les anthropologues, les linguistes, les neuroscientifiques, etc. Cette puissance explicative paraît résulter du fait que le caractère représentionnel des représentations incarnées, corporelles, observables, dériverait d'une capacité représentationnelle primordiale de l'esprit.
    Il est pourtant notoirement difficile de concevoir comment les représentations mentales pourraient jouer ce rôle, et cela pour plusieurs raisons.
    1° Leur caractère mental rend plus mystérieuse encore la relation représentationnelle, puisque, celle-ci devant relier des esprits d'un côté, et des corps de l'autre, cette relation serait ontologiquement hétérogène.
    2° Si la relation de représentation s'explique par des représentations mentales, le caractère représentationnel d'une représentation mentale devrait également s'expliquer par une autre représentation mentale, et ainsi de suite, si bien qu'on voit mal comment une relation quelconque pourrait être instaurée.
    3° Les représentations mentales ne sont directement accessibles que par introspection?: admettre dans les explications scientifiques des faits directement connus par une seule personne, ne serait-ce pas ouvrir la voie à toutes les dérives??
    4° Tous les scientifiques ne s'accordent pas sur la nature ou le format des représentations mentales?: sont-elles des images?? Des propositions?? Des intentionnalités sui generis??...
    Le constat nous met devant une alternative?: soit nous parvenons à concevoir les représentations mentales, soit nous devons apprendre à nous en passer. Ce sont chacune de ces deux voies qu'explore cet ouvrage.
    Parution spéciale pour l'agrégation de philosophie 2020.

  • La schizophrénie représente une énigme dans notre histoire évolutive. Cette affection mentale très handicapante, fréquente, présente dans toutes les sociétés humaines, dépend pour moitié de facteurs génétiques. Pourquoi la sélection naturelle n'a-t-elle pas alors permis de l'éliminer?? C'est ce que les chercheurs appellent depuis une cinquantaine d'années le «?paradoxe évolutionniste de la schizophrénie?». Les données scientifiques les plus récentes permettent d'intégrer cette affection dans le cadre plus général d'une organisation particulière de la personnalité, appelée schizotypie. Or, les caractéristiques de la personnalité schizotypique recouvrent exactement ce que l'on connaît du chamane, qui est pour beaucoup le représentant d'un homo religiosus archaïque, pivot des sociétés de chasse qui ont représenté notre mode de vie bien avant l'invention de l'agriculture, de l'élevage et par la suite des dieux. Cet essai permet ainsi de proposer la schizotypie comme source commune à la religion et à la schizophrénie. D'un point de vue darwinien, la religion, définie à partir de ses caractéristiques minimales, apparaît comme une adaptation ayant permis au groupe de confier à un individu capable d'imaginer un «?autre monde?» (une «?surnature?») le soin d'inter­a­gir avec lui pour tenter de maîtriser le malheur et l'aléa. La schizophrénie représenterait un effet secondaire de cette adaptation.

  • Depuis la lecture que Leo Strauss a proposée en 1953 (Droit naturel et histoire), nombre d'études consacrées à Hobbes ont mis entre parenthèses l'idée qu'il serait matérialiste d'un point de vue ontologique : tout ce qu'on peut dire, selon cette lecture, c'est que chaque objet se représente, pour Hobbes, sous la forme d'un corps, et la pensée hobbesienne de la nature, de l'homme, de la politique, de la religion et de l'histoire ne requerrait aucune présupposition ontologique. En dépit des inconvénients d'une telle lecture, elle semble avoir résisté aux diverses corrections et critiques dont elle a depuis fait l'objet. Pourquoi éprouve-t-on le besoin de lire Hobbes sans le matérialisme ? Ou, inversement pourquoi persiste-t-on aussi à vouloir parler de matérialisme de Hobbes alors que le concept est absent de l'oeuvre ? Il fallait donc revenir sur cette question et ce qu'elle engage dans la compréhension de Hobbes (les diverses parties de sa pensée et son unité). Plus largement, interroger le matérialisme de Hobbes implique d'interroger le sens du matérialisme lui-même. Il ne s'agit donc pas seulement de demander si Hobbes recèle ce que nous attendons d'un matérialisme, mais aussi de voir en quoi la lecture de Hobbes conduit à problématiser ce concept. Pour toutes ces raisons, il valait la peine de revenir sur les rapports entre Hobbes et le matérialisme. Jauffrey Berthier est maître de conférences en philosophie à l'Université Bordeaux-Montaigne et membre du Groupe Hobbes du Laboratoire de recherches SPH de Bordeaux. Arnaud Milanese est maître de conférences en philosophie à l'École normale supérieure de Lyon, docteur en philosophie de l'université Paris IV- Sorbonne et membre du Groupe Hobbes. Avec les contributions de Jauffrey Berthier, Nicolas Dubos, Charles Le Bon N'Kourissa, José Médina, Arnaud Milanese, Emilio Sergio, Jean Terrel, George Wright.

  • Frédérique Théry montre pour la première fois, avec clarté et précision, comment la découverte des ARN régulateurs a révolutionné la biologie contemporaine, transformant les pratiques et plus encore nos conceptions fondamentales sur le vivant. Michel Morange, biologiste et historien des sciences, Ecole normale supérieure, Paris 6, IHPST. Au début des années 2000, la conception des génomes comme des machines à produire des protéines a été rendue caduque par la découverte inattendue dans les cellules d'une myriade d'ARN non traduits en protéines?: les ARN non codants. Les recherches sur ces ARN, qui assurent des fonctions régulatrices majeures au sein des cellules, ont profondément modifié la représentation que les biologistes se font des propriétés de l'ADN et des processus cellulaires. Cet ouvrage se propose de retracer l'histoire, tant fascinante que complexe, des travaux qui ont mis en lumière le rôle régulateur des ARN. Au-delà de cette perspective historique, l'auteur poursuit un projet plus ambitieux?: celui de montrer que l'étude des ARN non codants accompagne, voire catalyse, certaines transformations théoriques, conceptuelles et épistémologiques majeures affectant la biologie moléculaire contemporaine. Outre qu'elle a conduit à réviser et étendre les fondements théoriques sous-tendant de nombreux champs disciplinaires, l'existence de ces ARN invite à repenser la pertinence et l'importance du concept de gène, ainsi que celui d'information, dans les théories biologiques. Les recherches sur les ARN non codants apportent par ailleurs un éclairage original sur l'évolution des démarches d'investigation et des pratiques explicatives mises en oeuvre dans la biologie post-génomique. Autant de questions abordées qui intéresseront tout lecteur désireux de porter un regard novateur sur la biologie moléculaire contemporaine.





  • Table des matières
    Prologue (page 5)
    Les super-héros expliqués à ma mère
    Introduction (page 13)
    Chapitre 1 (page 19)
    Spéciale origine
    Chapitre 2 (page 41)
    Serial Hero
    Chapitre 3 (page 69)
    Les corps et le décor
    Chapitre 4 (page 93)
    Une société contre l'État
    Chapitre 5 (page 117)
    Psychanalyse des super-héros
    Chapitre 6 (page 133)
    À la recherche de la super-héroïne
    Conclusion (page 163)
    Saturnales continuelles
    Épilogue 1 (page 175)
    Dialogue avec ma fille (ma super-girl à moi)
    Épilogue 2 (page 179)
    The End ?
    Annexe (page 183)
    Les super-héros mis en schémas
    Index (page 187)

  • Comment nous est venue la notion de l'univers infini?? Quelle place ce concept et le combat qu'il déclencha tiennent-ils dans la formation de notre modernité, dans l'avènement du mouvement des Lumières, entendu comme la dissolution des obscurantismes religieux?? Ces questions conduisent à Giordano Bruno, le philosophe voyageur qui refusa d'abjurer et défendit, jusqu'au bûcher, à Rome en 1600, l'idée d'un ciel peuplé d'innombrables soleils entourés de planètes, brisant dans une même démarche pugnace les sphères de Ptolémée, les carcans dogmatiques des religions et la morgue des pédanteries régnantes. Ce citoyen du monde mit en question tout ce qui paraissait acquis et combattit les superstitions, les affabulations chrétiennes, les bigots, les pouvoirs de droit divin et leurs sbires en s'attirant les foudres inquisitoriales de trois cultes.
    Cet essai rend hommage à celui qui, avant Galilée, fut l'un des premiers «?cosmologues?» modernes. Il retrace sa vie errante et mouvementée à travers l'Europe pour la défense de ses pensées complexes et considérables. Il rend évidente l'influence de celles-ci durant le XVIIe?siècle, dans les recherches de Kepler, Galilée, Newton, mais aussi dans les débats philosophiques avec Descartes, Pascal, Spinoza et les libertins érudits qui annoncent les Lumières. Son oeuvre ne concerne pas seulement la matière, le ciel et ses infinis, elle interroge l'existence humaine, l'expression poétique, la religion, la philosophie, le langage, l'esprit de tolérance...
    Écrit comme un roman et un grand reportage, ce panorama permet de saisir l'origine des idées de notre système du monde et de notre place en son sein, que de nouveaux obscurantistes veulent mettre en pièces. Cette fresque aux élans philosophiques, empreinte d'un humanisme intense, écrite avec l'encre fastueuse de cette époque au verbe coruscant, est marquée du sceau de l'admiration de Jean Rocchi pour le Nolain et de la tristesse que son sort funeste lui inspire. Une leçon pour les temps présents...

  • L'urgence et l'importance dramatiques de la question écologique n'ont d'égale que l'incertitude sur sa signification philosophique profonde. Plutôt donc que de partir du problème écologique radical auquel l'humanité devra se confronter durant les prochaines décennies, il s'agit de montrer que si la philosophie parvient à opérer une régression refondatrice depuis la brûlante «?question animale?» jusqu'à la question architectonique du sens et de sa crise (première partie), alors le philosopher peut se hisser à la hauteur des enjeux écologiques du siècle en se réinventant dans toutes ses dimensions, comprises désormais comme dimensions du sens lui-même. Mais cette pluridimensionnalité du sens ne pourra être pensée sans contradiction que si l'individu philosophant s'interroge dans le même temps sur ce qu'impliquait, à son insu, son propre rapport au faire-sens des significations - les mal nommées «?re-présentations?» (seconde partie).
    Milieu de tous les milieux qui s'y laissent penser, le sens est alors le non-ob-jet d'une écologie philosophique fondamentale recevant ici le nom d'écologie humaine, expression vieille d'un siècle qui, pour la première fois, se met à désigner une méthode archiréflexive par laquelle l'individu philosophant parvient à déjouer le piège de son intention[n]alité en tant que structure d'oubli de sa propre non-originarité. En découlent une redéfinition des domaines épistémo-ontologique, politico-économique et pédagogico-axiologique de la philosophie et de leurs liens, mais aussi un humanisme décentré reconnaissant des droits à tout sujet sensitivo-émotif au moins. Car le droit n'est plus ici un «?système de la compatibilité des libres-arbitres?» qui serait axiologiquement fondé, mais il est le système de la compatibilité des besoins en souffrance, la responsabilité juridique reposant sur l'être-en-dette économique en tant que régime de normativité qui n'est ni ontologique ni axiologique. Telles sont les voies d'une future mais vitale réinvention sociale qui puisse aussi définir une Société de l'invention théorique et pratique.
    Jean-Hugues Barthélémy est directeur du Centre international des études simondoniennes (MSH Paris-Nord) et chercheur associé HDR à l'Université Paris-Nanterre. Agrégé de philosophie et docteur en épistémologie, il est l'auteur d'ouvrages de référence sur la philosophie de Gilbert Simondon.

  • Encyclopédiste, philosophe, romancier et auteur de théâtre, critique d'art, libertin ou encore révolutionnaire, Denis Diderot a été évoqué sous de multiples facettes. Mais existe-t-il un Diderot « médecin »??
    Que Diderot ait écrit sur la médecine n'est un secret pour aucun lecteur attentif de son oeuvre. Depuis la traduction du Dictionnaire universel de médecine de Robert James, dans les années 1746 à 1748, jusqu'à la parution du Rêve de D'Alembert, en 1769, la pensée du philosophe s'enrichit au contact de l'univers scientifique et médical de son temps, sur lequel il porte une attention soutenue, éveillant en lui une curiosité toujours insatisfaite.
    Si Diderot n'a jamais songé à devenir médecin, son oeuvre, à travers des figures imaginaires et réelles, à l'exemple du médecin Théophile de Bordeu, donne progressivement vie à un véritable « cabinet médical » au sein duquel Diderot confronte autant qu'il expérimente les effets des observations et des expériences médicales et physiologiques de son époque.
    En empruntant à la médecine des concepts, en reprenant les conjectures issues des nombreuses observations et expériences rapportées dans les journaux de médecine, Diderot esquisse une anthropologie matérialiste?: les sources de la santé physique comme morale de l'Homme se logent au sein même de la matière, matière sensible, matière vivante. C'est ainsi que son « cabinet médical » participe à l'élaboration d'une philosophie matérialiste.

  • Ces dernières années, les débats à propos des notions de sexe et de genre entre biologie et sciences humaines et sociales connaissent une intensité accrue, tant pour des raisons scientifiques que pour l'effet que ces positions ont sur les usages sociétaux de ces notions. Beaucoup de biologistes rejettent la mise en cause par une partie des sciences humaines et sociales de ce que la biologie tient pour fondamental, telles la binarité des sexes ou les différences entre les sexes. Les spécialistes en sciences humaines et sociales, quant à eux, voient souvent la biologie comme une source académique et institutionnelle d'arguments naturalistes qui visent à s'opposer au genre. Ils dénoncent des biais d'interprétation des biologistes comme résultant, justement, de parti-pris liés au dispositif de genre. Pourtant, les échanges scientifiques à l'interface entre biologie et sciences humaines et sociales sont sans aucun doute nécessaires pour évacuer ces antagonismes.
    L'objectif de cet ouvrage, basé sur l'École thématique interdisciplinaire d'échanges et de formation en biologie du CNRS (dite «?École de Berder?») de 2015, est de mettre en oeuvre un dialogue entre des deux domaines, en tentant de passer outre des malentendus et des impensés qui n'ont que trop duré.
    Ce livre s'ouvre sur une présentation des définitions considérées comme consensuelles par les deux domaines, puis des contributions analysent l'idée selon laquelle certaines études sur les différences des sexes, en neurosciences ou en éthologie, publiée dans la presse de vulgarisation ou spécialisée, présentent des biais d'interprétation attribuables à des biais de genre. Des exemples d'études fortement interdisciplinaires illustrent cependant la possibilité de mêler sciences de la vie et sciences humaines au lieu de les opposer, en ce qui concerne le plaisir sexuel animal, la détermination du sexe ou la place des transidentités et de l'intersexuation dans les rapports entre sexe et genre.
    Mêlant études de cas, questionnements sociologiques, anthropologiques et épistémologiques, pour aboutir à la délinéation des si labiles notions de sexe et de genre, ce livre se veut un jalon pédagogique dans l'abord de ce champ de réflexion crucial.

  • Voir une tache rouge, éprouver une douleur soudaine à l'épaule, sentir l'odeur du café, entendre le son d'une trompette?: voilà des exemples typiques de ce qu'on appelle des « expériences conscientes ». Ces expériences conscientes intéressent les philosophes de l'esprit depuis longtemps, notamment car elles semblent poser un problème fondamental à la conception matérialiste du monde. Il semble en effet extrêmement difficile de comprendre comment une expérience consciente - un vécu subjectif, qualitatif, éprouvé en première personne - peut provenir du fonctionnement du cerveau - un système certes complexe, mais purement matériel. Les expériences conscientes semblent tout simplement distinctes des processus purement matériels, et mettent donc en péril le matérialisme. Face à cette difficulté, de nombreux philosophes matérialistes optent pour une stratégie épistémique?: ils affirment qu'il n'existe rien d'autre que de la matière et que, si le matérialisme concernant l'esprit nous semble faux, nos intuitions antimatérialistes peuvent être elles-mêmes entièrement expliquées dans un cadre purement matérialiste.
    Cet ouvrage poursuit un triple projet. Premièrement, il entreprend d'exposer le problème de l'expérience consciente pour le matérialisme, tel qu'il se pose dans la philosophie contemporaine depuis une quarantaine d'années. Deuxièmement, il présente et critique diverses tentatives philosophiques récentes pour défendre le matérialisme en poursuivant la stratégie épistémique. Troisièmement, il avance une théorie originale visant à l'explication de nos intuitions antimatérialistes dans un cadre matérialiste, poursuivant ainsi la stratégie épistémique de défense du matérialisme.
    La conclusion de cet ouvrage est radicale?: la manière la plus satisfaisante de défendre le matérialisme, et d'expliquer nos intuitions antimatérialistes dans un cadre matérialiste, conduit à l'illusionnisme concernant la conscience. Dans cette conception, les expériences conscientes, en un certain sens, n'existent pas, mais semblent simplement exister. Nous n'avons jamais d'expériences visuelles de taches rouges, ou d'expériences de douleur soudaine à l'épaule, même s'il nous semble parfois les avoir. La conscience n'est qu'une illusion introspective. Cette illusion de conscience, ainsi que le fait crucial que cette dernière soit si difficile à nous représenter comme telle (de sorte qu'à proprement parler l'idée que la conscience soit illusoire nous frappe inévitablement comme incohérente et « absurde »), sont expliqués dans un cadre purement matérialiste.

  • OEuvre inachevée, les Éléments de physiologie peuvent être considérés comme le testament philosophique de Diderot. Le philosophe y construit une philosophie matérialiste du vivant et de l'homme dont la force et la richesse n'ont cessé de frapper les lecteurs.
    Moment essentiel du matérialisme des Lumières, les Éléments de physiologie sont aussi un texte complexe. La présente édition critique offre les outils nécessaires à sa compréhension et à son étude. Le texte, soigneusement établi, est complété d'un riche apparat critique. De précieuses notes de sources permettent de mieux voir comment Diderot construit sa propre réflexion à partir des textes des savants de son temps. L'introduction fait le point sur la genèse du texte et sa place dans l'oeuvre du philosophe, tout en éclairant les principales questions philosophiques et scientifiques soulevées par Diderot.
    Avec cette édition, un nouveau regard sur une oeuvre majeure des Lumières est ainsi proposé au lecteur.
    Texte établi, présenté et annoté par Motoichi Terada

  • Pourquoi l'activité scientifique est-elle conflictuelle??
    Brisant l'image idéale de la science consensuelle, les controverses scientifiques sont aujourd'hui devenues un sujet privilégié de la sociologie et de l'histoire des sciences. Elles sont par ailleurs impliquées au coeur des débats sur les méthodes des sciences sociales. Si l'analyse des controverses scientifiques doit beaucoup aux approches inaugurées par les courants relativistes et constructivistes des années 1970-1980, ce livre montre que les études contemporaines ont tout à gagner à réintroduire ce qui a été le principal tabou des trente dernières années?: la vérité. Cette conclusion n'est pas le résultat d'une méditation abstraite sur le destin de la sociologie et de l'histoire des sciences. C'est le résultat d'études de cas, portant sur des disciplines telles que la biologie (la thèse des générations spontanées, débattue entre Pasteur et Pouchet), de la médecine (le vitalisme opposé à la médecine expérimentale naissante), de la stéréotomie (les «?Guerres perspectives?» qui ont agité le Paris des années 1640), de la perspective (la mathématisation de la perspective linéaire dans l'Italie du XVIe siècle) ou de l'optique (la question de l'intromission, discutée à Oxford). L'auteur défend une théorie incrémentaliste du progrès scientifique?: pour autant qu'il suive des règles, le débat est un moyen pratique de tester la robustesse d'une théorie et de départager les théories rivales. Le fait que les débats soient marqués par la passion et les émotions est sans intérêt?; l'important est que ces échanges réglés puissent, par la production d'arguments publics, s'approcher de la vérité. C'est une façon de répondre à la question?: Pourquoi l'activité scientifique est-elle conflictuelle??
    Plongez dans cet ouvrage qui cherche à interroger les rôles de la rationalité, des conventions et des croyances collectives dans la construction des théories scientifiques.
    EXTRAIT
    Cette corrélation entre le style de raisonnement, la formation, et le type de comportement social du chercheur n'est pas pour surprendre. Toutes proportions gardées, Terry Shinn (1980) a observé qu'il existe une correspondance entre la formation reçue par un chercheur et le mode de comportement social qu'il adopte par la suite. Les contextes de production scientifique sont sans doute trop différents pour extrapoler les résultats de Shinn à la controverse entre Pasteur et Pouchet, mais sa démonstration éclaire le type de relations que l'on est en droit de rechercher à partir des « styles de raisonnement ».
    À PROPOS DE L'AUTEUR
    Dominique Raynaud enseigne à l'Université de Grenoble Alpes. Architecte de formation, sociologue et historien des sciences, il a consacré l'essentiel de ses recherches à la géométrie, à l'optique, à la perspective linéaire et aux sciences de la conception, en étudiant notamment les relations entre théorie et pratique (mathématisation et application). Parmi ses productions récentes : Géométrie pratique. Géomètres, Ingénieurs, architectes, XVIe-XVIIIe siècle (Besançon, 2015, livre collectif); Scientific Controversies. A Socio-Historical Perspective on the Advancement of Science (New Brunswick, 2015) qui cerne les limites de la sociologie des sciences relativiste-constructiviste à partir de documents d'archives; Optics and the Rise of Perspective. A Study in Network Knowledge Diffusion (Oxford, 2014) qui explore la diffusion de l'optique dans le réseau des universités médiévales; La Sociologie et sa vocation scientifique (Paris, 2006) qui est une étude d'épistémologie comparée des sciences naturelles et des sciences sociales. Il est également l'auteur d'articles dans Annals of Science, Archive for History of Exact Sciences, Early Science and Medicine, Historia Mathematica ou Physis.

  • Le biologiste britannique John Burdon Sanderson Haldane (1892-1964) est un personnage fascinant. Durant sa vie, il a notamment participé au développement de la biochimie, contribué de manière décisive à la fondation de la génétique des populations, pris position dans les débats sur l´eugénisme et dans l´affaire Lyssenko, été l´un des pionniers de la popularisation des sciences, écrit des centaines d´articles et tenu des dizaines de conférences pour le grand public, rédigé des textes d´anticipation qui ont contribué à la fondation du genre littéraire de la science-fiction, inventé les termes d´ectogénèse et de clonage, créé plusieurs scandales dans le milieu universitaire, participé aux deux guerres mondiales - dont directement à la première comme combattant - ainsi qu´à la guerre civile espagnole, milité dans le Parti communiste de Grande-Bretagne, fondé un institut de recherche en génétique en Inde. Et cet inventaire n´est pas exhaustif, au point qu´il est parfois difficile de croire que l´ensemble des activités qui lui sont attribuées ont bel et bien été effectuées par le même homme.

    Dans cet enchevêtrement d´activités et de préoccupations, la biographie de Haldane fait apparaître une période particulière, entre la fin des années 1930 et le tout début des années 1950, durant laquelle il s´affirme marxiste, s´engage politiquement aux côtés du Parti communiste et affirme appliquer les idées marxistes aux sciences. La présente étude porte sur cette « période marxiste » de la vie de Haldane, où se croisent et se joignent sous la forme d´une vision du monde spécifique, science, philosophie et politique. Elle examine le parcours et les motivations intellectuelles qui mènent Haldane à adopter ces idées marxistes, discute et évalue la manière dont il prétend les appliquer utilement à la compréhension et à la production des sciences, et se penche finalement sur les conditions sociales et historiques qui déterminent l´émergence des conceptions marxistes de Haldane.


    L´auteur, Simon Gouz, est docteur en histoire et philosophie des sciences. Il a soutenu sa thèse en 2010 à l´Université Claude Bernard-Lyon 1.

    Jean Gayon, le préfacier, est philosophe des sciences, spécialiste de la théorie de l´évolution, il dirige l´Institut d´histoire et de philosophie des sciences et des techniques (IHPST).


    Ouvrage (654 pages) publié avec l´aide du Laboratoire de recherche S2HEP (Sciences, Sociétés, Historicité, Éducation et Pratiques) - Université Lyon 1

  • Depuis la célèbre fiction forgée par Laplace en 1814 dans son Essai philosophique sur les probabilités - dite du démon de Laplace, abondamment commentée dans ce "Matière première" - , qui voit une intelligence infinie calculer selon certaines lois tous les états du monde, le déterminisme est un cadre central de la connaissance scientifique. Pourtant, de nombreux débats parcourent cette idée. Existe-t-il un seul paradigme déterministe, dont les modifications seraient en fait des variantes, ou faut-il pluraliser les déterminismes selon les sciences (biologiques, historiques et sociales, etc.) et les positionnements philosophiques ? Face aux limites des modèles déterministes et du cadre laplacien, qu´il s´agisse de mécanique classique, de mécanique quantique, de biologie, des sciences humaines ou de philosophie, doit-on accepter l´écart entre l´horizon de notre connaissance et sa mise en pratique, éventuellement en nuançant l´idéal laplacien, ou faut-il au contraire tenter de dépasser tout paradigme déterministe ? Tombe-t-on alors nécessairement dans l´indéterminisme ontologique, comme on l´a souvent affirmé précipitamment ? Enfin, philosophiquement, quelles sont les implications d´un déterminisme conséquent, en particulier sur le plan moral ? Ce numéro de "Matière première" aborde d´une manière multiple et interdisciplinaire ces questions. Il articule des enjeux scientifiques, épistémologiques et philosophiques autour de la tension entre le déterminisme, ses critiques et l´indéterminisme. Épistémologues, historiens des sciences (naturelles et humaines), scientifiques et philosophes font le point sur les approches classiques et proposent de nouvelles perspectives.


    Contributions de : François Athané, Delphine Blitman, Cécilia Bognon-Küss, Jean Bricmont, Pascal Charbonnat, Jean-Matthias Fleury, Michel Gondran, Julie Henry, Michel Paty, François Pépin, Charles T. Wolfe.


  • Table des matières
    Sigles (page 5)
    Introduction (page 7)
    I. Construction locale de la santé : études empiriques(page 13)
    1] Histoire de la clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles
    2] Croiser les exemples pour comprendre les processus
    3] Brève présentation des terrains étudiés
    3.1] La clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles au Canada
    3.2] Le centre de santé communautaire de Banconi au Mali
    3.3] Le PSF à Camaçari au Brésil
    3.4] Les collectifs santé à Angers (France)
    II. Expériences locales en santé : les clés de réussite(page 25)
    1] Faire territoire
    2] Faire communauté
    3] Faire santé
    III. De l'expérience locale à la généralisation ? (page 43)
    1] Sur le plan théorique : des concepts flottants
    1.1] Attention primaire, soins de première ligne, premier recours, premier niveau de santé, première échelle géographique
    1.2] Empowerment, participation et santé communautaire
    1.3] Territorialisation : des mots à la réalité
    2] Sur le plan opérationnel
    2.1] Recréer les conditions optimales : la métaphore du terreau fertile
    2.2] L'innovation en questions
    2.3] La sempiternelle question de l'intersectorialité
    2.4] Le chaînon manquant ?
    3] Vers une construction locale de la santé en France ?
    3.1] Une échelle locale qui reste à structurer
    3.2] Une lente évolution
    Conclusion (page 61)
    Références (page 65)

  • Une étude approfondie de la neuro-imagerie.
    A l'ère des neurosciences et de leur numérisation massive, la détermination des structures fines du cerveau et la compréhension de son fonctionnement sont devenues des enjeux de premier ordre. Dans ce contexte, l'IRM s'est imposée comme une technique reine. Grâce à elle, le cerveau s'offre au regard, dévoilant arcanes et tréfonds scintillants... La visualisation des processus cognitifs via des images spectaculaires, qui fascinent les chercheurs autant que le public, engendre une nouvelle relation à notre corps pensant et agissant. Mais que sont ces objets numériques d'un nouveau genre?? Comment ces images sont-elles acquises, sur quelles bases techniques et par quels protocoles?? Et quel projet anime ceux qui établissent des atlas de référence, dessinant un cerveau pixelisé dans lequel tous les autres doivent se fondre??
    Pour le savoir, Giulia Anichini s'est immergée plusieurs années durant dans deux centres de recherche en imagerie où elle a pu observer les pratiques et les savoir-faire, décrire les implicites. Partant des lieux et des acteurs de ces pratiques, de leur environnement matériel, elle décrit les méthodes d'acquisition des images, leurs transformations successives et les bricolages informatiques mis en oeuvre pour sauver des résultats pas toujours probants. Elle montre comment les banques de données saturées d'images obtenues selon des choix techniques et théoriques hétérogènes constituent désormais une extension inéluctable du laboratoire de neuro-imagerie, où s'élabore une science data driven prétendument affranchie de la théorie. L'accumulation de ces résultats à la fiabilité pas toujours assurée n'est pas neutre, notamment par ses implications dans le champ des neurosciences sociales, quand les émotions dites morales tracent leur géographie dans le «?cortex numérique?».
    Entre enquête ethnologique, sociologie des sciences et analyse épistémologique, Giulia Anichini propose ici une vision inédite des neurosciences, de leurs présupposés, leurs conjectures et leurs ambitions.
    Entre enquête ethnologique, sociologie des sciences et analyse épistémologique, Giulia Anichini propose ici une vision inédite des neurosciences, de leurs présupposés, leurs conjectures et leurs ambitions.
    EXTRAIT
    Mon travail ne part pas de l'image pour en extraire des propriétés particulières, pour discuter de sa place dans la science contemporaine ou pour lui attribuer du sens à partir de ses caractéristiques esthétiques. L'image est un moyen pour atteindre les pratiques de cartographie du cerveau, qui est le réel objet de ce livre.
    À PROPOS DE L'AUTEUR
    Giulia Anichini est anthropologue, chercheure correspondante au Centre Norbert Elias (UMR 8562). Dans le cadre de la sociologie de la connaissance, elle étudie la production des résultats scientifiques et l'utilisation des dispositifs techniques par les chercheurs. Son travail porte sur les pratiques cartographiques dans la recherche en neuroscience et en particulier sur l'emploi des images IRM.

  • En entendant les termes « ?réseaux sociaux? », vous penserez probablement à Facebook ou Twitter. Dans ce livre, ce terme est évidemment à comprendre autrement. Les animaux interagissent et communiquent notamment au sujet de la nourriture et de la reproduction. Dans un milieu écologique donné, les espèces tissent des liens de compétition, d´exclusion, de prédation, de coopération. La façon dont les espèces et les individus interagissent influence le réseau qu´ils forment, réseau plus ou moins dense, centralisé ou modulaire. L´analyse de tels réseaux sociaux est un puissant outil mobilisé en éthologie et en écologie pour étudier la structure des sociétés à toute échelle, de l´individu à la population, entre individus de la même espèce ou d´espèces différentes, entre écosystèmes. Différentes interactions, intragroupes, intergroupes ou même interespèces (entre proies et prédateurs, par exemple) peuvent être analysées avec les mêmes méthodes. Cette généralité d´application signifie que nous pouvons étudier comment le comportement d´un individu ou d´une espèce influence le réseau, mais que nous pouvons également déterminer l´influence du réseau et de ses propriétés sur la survie et la reproduction des individus constituant un groupe ou une population. Ce type de boucle de rétroaction est essentiel dans la compréhension de l´émergence et de la stabilité des systèmes sociaux et écologiques. Cependant, la combinatoire qui résulte de ces interactions peut alors devenir considérable, et de fait, inextricable sans les outils adéquats (informatique, simulation numérique, modélisation, théorie des graphes, étude des systèmes complexes, etc.) que ce livre expose. Outre la présentation des enjeux scientifiques et appliqués de ces méthodes et démarches, on y lit la vitalité des interactions et convergences disciplinaires entre écologues, éthologues, généticiens des populations, informaticiens, mathématiciens...

  • Il y a trente-cinq ans paraissait en France l´importante synthèse dirigée par Pierre Delattre et Michel Thellier : Élaboration et justification des modèles. Depuis cette date, que de chemins parcourus ! La simulation a pris un poids considérable. Sa pratique n´est plus seulement numérique. L´approche objets, la simulation à base d´agents, la simulation sur grille, le calcul parallèle se sont développés. La diversité des pratiques s´est donc considérablement accrue, essentiellement à la faveur de l´enrichissement des possibilités offertes par la computation. Si cette augmentation de la diversité a pu apparaître comme occasionnant un morcellement des pratiques de modélisation, on ne peut oublier qu´elle a été accompagnée d´une tendance inverse : l´intégration de différents types de sous-modèles dans des systèmes uniques de simulation.
    Reste que la puissance calculatoire des ordinateurs, la diversité des modes de simulation, l´amplification du phénomène « boîte noire » impliquée par ces deux facteurs, ont pu concourir à un effet de « sidération » devant l´effectivité de ces expériences in silico. Une forme de « scepticisme computationnel » doit alors être à l´oeuvre pour s´en prémunir.
    Il fallait tâcher de rendre compte de ces mouvements riches et en partie contradictoires. Il fallait tâcher d´en proposer des analyses épistémologiques en profitant des progrès de la philosophie des sciences sur la notion de modèle, fruits d´inflexions importantes qui ont également eu lieu dans cette discipline au cours des dernières décennies depuis l´analyse des théories scientifiques vers l´examen des modèles.
    Les 23 chapitres du tome 2 de Modéliser & simuler entendent compléter le vaste état des lieux commencé dans le tome 1 en mettant en valeur des disciplines et des approches qui n´y étaient pas représentées, par exemple la modélisation matérielle en physique, la modélisation formelle et la simulation en chimie théorique et computationnelle, en architecture ou encore en ingénierie et dans les sciences de la conception.

  • Épistémologie française, cela peut signifier deux choses. C´est d´une part une entité géographique (l´ensemble des épistémologues de langue et de culture française), d´autre part le nom d´une forme de pensée spécifique, qui affirme la solidarité de problèmes (allant de la théorie des fondements de la connaissance à la philosophie des sciences) que d´autres traditions tendent à dissocier. Embrasse les deux sens du mot, mais se concentre principalement sur le premier.
    Les études rassemblées ici ont un double objectif.
    Le premier est d´identifier les écoles de pensée et les institutions. L´attitude adoptée par des penseurs français tels que Duhem, Poincaré, Rougier, relativement au positivisme est étudiée, mais aussi l´influence d´auteurs tels que Duhem et Meyerson sur la philosophie américaine des sciences (Quine, Kuhn). Sont aussi examinés les auteurs qui ont établi un dialogue entre épistémologie et histoire des sciences, et les institutions qui ont favorisé ce dialogue.
    Le second objectif a trait aux grandes figures de la philosophie des sciences en France. On examine d´abord les auteurs qui ont présenté des vues générales sur la science, avant et après l´apparition du mot « épistémologie » : Auguste Comte, Antoine-Augustin Cournot, Claude Bernard, Gaston Bachelard. Puis sont considérées les contributions à la philosophie des sciences spéciales : logique et mathématiques (Herbrand, Nicod, Cavaillès), sciences physiques et chimiques (Poincaré, Meyerson, Kojève, Destouches), biologie et médecine (Ravaisson, Canguilhem), enfin le droit (Eisenman).

  • De nombreuses disciplines s´intéressent à l´individu sans que l´individualité fasse l´objet d´une science dédiée. Et pour cause?: le défi de connaître les réalités individuelles se pose à chaque fois de façon spécifique au biologiste, au sociologue, au philosophe, au praticien. Comment rendre compte dans son propre cadre disciplinaire de ce qui se joue à l´échelle et à la temporalité individuelles, sans pour autant réduire la singularité et le devenir des êtres auxquels on a affaire à une essence anhistorique, un système de dispositions, un concours de circonstances ou un programme génétique??
    Si la variété de ces problématiques exclut une approche transversale, elle en appelle d´autant plus une démarche comparative?: comment nos différentes disciplines font-elles pour dépasser un point de vue fixiste et réducteur niant la réalité des trajectoires de vie singulières?? Entre historicité, émergence, trajectoires et rencontres, nos pratiques de recherche développent des modes d´explicitation permettant de sortir de l´opposition binaire entre déterminisme et hasard où l´individualité est la première perdue.
    Cet ouvrage interdisciplinaire est une invitation à croiser les perspectives sur la notion d´individu, les difficultés qu´elle pose et l´inventivité méthodologique dont elle est l´occasion. Il vise à esquisser une définition de l´individu au prisme de ses trajectoires (biologiques, existentielles, sociales, éthiques) déterminées par des rencontres qui sont toujours en partie imprévisibles.

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