Histoire

  • Depuis près de quatre siècles que la France possède des colonies ou des territoires d'Outre-Mer, elle a toujours hésité, pour ce qui concerne leur statut et leur législation, entre deux principes contradictoires, celui de l'assimilation et celui de la spécificité. La question se pose dès Colbert et n'est toujours pas tranchée aujourd'hui. Comment la Révolution française a-t-elle pris en considération la question de la législation des colonies ? S'il y a un maintien de la spécificité législative sous l'Assemblée constituante, à partir de la loi de 1792 instituant l'égalité politique entre les blancs et les libres de couleur, les assemblées dirigeant la France adoptent une législation révolutionnaire radicalement nouvelle dans les colonies. Cette période est marquée par la première abolition de l'esclavage, en 1794, et l'adoption, en 1795, d'une constitution transformant les colonies en départements. Ces avancées décisives permettent à l'outre-mer français d'être régi selon le principe de l'identité législative avec les départements de la France situés en Europe, nouveauté impensable quelques années plus tôt. Toutefois, d'une part, cette législation radicale connaît une application contrastée selon les colonies, et d'autre part, après le coup d'État de Bonaparte, la Constitution de 1799 remet en place le système de la spécialité législative. Une réaction coloniale s'opère et aboutit, en 1802-1803, au rétablissement de l'esclavage en Guadeloupe et en Guyane. Saint-Domingue y échappe par la lutte et proclame son indépendance, sous le nom d'Haïti, le 1er janvier 1804. La positivité des lois révolutionnaires, uniques en leur temps, a permis des avancées déterminantes dans le statut des libres de couleur et des esclaves, malgré un climat de violence lié à des guerres civiles et à un conflit international majeur. L'influence de la loi révolutionnaire se fait sentir également dans les colonies des autres puissances européennes, mais aussi dans les débats précédant la seconde abolition de l'esclavage. Ces avancées légales constituent encore le socle des luttes actuelles pour la liberté, l'égalité et la fraternité.

  • Lieux de conservation et de transmission des textes, les bibliothèques médiévales ont une histoire qui s'écrit en même temps que celle de l'affirmation du livre comme outil de communication culturelle et sociale. Cet ouvrage retrace l'évolution de l'aspect et de la structure du manuscrit en occident, de l'époque carolingienne au XVe siècle. On y voit les auteurs s'impliquer de plus en plus concrètement dans le processus d'écriture, sous l'influence des usages documentaires. Les bibliothèques, détentrices de la mémoire et de l'autorité, ont pour mission d'encadrer une pratique de la lecture exclusivement finalisée à l'étude, à l'enseignement et à l'argumentation, tant écrite qu'orale. Les bibliothèques sont aussi de véritables institutions qui, à la fin du Moyen Âge, sont appelées à canaliser la demande d'un public de lecteurs de plus en plus large. Alors que l'acquisition de livres ne reflète plus, souvent, qu'un choix d'ordre privé, les grandes collections manuscrites allient la qualité des textes et l'universalité des savoirs dans un modèle culturel d'excellence, à l'intention des savants.

  • La publication des actes du colloque qui s'est tenu à Brest en 2006 met en lumière les rapports complexes qui existent entre musiques, rythmes et danses : toute musique n'est pas forcément faite pour être dansée, mais lorsqu'une musique est composée pour l'orchestique elle est toujours vocale. La découverte de papyrus musicaux, les reconstitutions d'instruments antiques et leur pratique, la restitution de la métrique et des rythmes antiques, l'exécution de chorégraphies antiques sur des partitions musicales ont déjà renouvelé considérablement les connaissances sur le sujet. Il restait cependant à s'interroger sur des questions majeures telles que les mouvements des instrumentistes, l'utilisation de la métrique et du rythme pour danser sur un texte dont la musique n'est pas conservée (poésie ou théâtre), le rôle des accents grecs dans la mélodie et dans le rythme, l'utilisation de sources spécifiques telles que l'épigraphie. Les débats ont été orientés autour de quatre thèmes : musique et mouvement ; musique, rythme et métrique dans la danse ; des modèles dans la danse et la musique ; musique, rythme et danse face au christianisme. Le présent ouvrage a permis encore d'approfondir la réflexion. La première partie regroupe les rapports entre musique et mouvement dans les périodes pharaonique, grecque, ou chrétienne, ainsi que les définitions de l'ethos : il existe en effet un ethos des mélodies et des rythmes, destiné à donner sa couleur à chaque morceau musical, à exprimer ainsi une ou plusieurs émotions par le mouvement du corps ou bien par la danse. Le second axe de l'ouvrage se pose la question du texte grec, rythme ou musique, qu'il s'agisse de textes en vers ou en prose, dans la mesure où la langue grecque est musicale par nature, y compris ses accents qui ont une incidence sur la mélodie et sur le rythme. Le dernier volet du livre met en oeuvre la diversité des méthodes d'étude, souvent liée à l'étude de sources spécifiques : sources littéraires y compris les chroniques de l'époque byzantine, épigraphie et archéologie.

  • Le colloque à l'origine de cet ouvrage était consacré à la fabrique de l'histoire des premiers temps de Rome (vie-iiie siècles avant J.-C.). Cette initiative avait essentiellement été inspirée par la conviction des deux organisateurs, Bernard Mineo et Thierry Piel, qu'une approche purement positiviste des textes historiques antiques condamnait l'historien moderne à ne pas comprendre réellement la nature de l'information qui lui était transmise. La très grande pauvreté des sources dont disposaient les Anciens pour évoquer l'histoire la plus reculée de Rome avait de fait conduit ces derniers à s'inspirer, pour le fond comme pour la forme, de modèles prestigieux, ceux qu'offraient l'environnement international et notamment le monde grec. Les premiers récits littéraires évoquant l'histoire de la Rome archaïque sont tardifs, puisqu'il faut attendre la deuxième moitié du IIIe siècle av. J.-C. pour les voir apparaître. Ils prennent alors des formes diverses, poétiques (avec les épopées de Naevius et d'Ennius) ou prosaïques (avec les P de Fabius Pictor). Ces récits ne sortent pas du néant. Ils résultent en effet de plusieurs facteurs historiques que l'équipe de chercheurs réunis à l'occasion de ce colloque se sont attachés à définir.

  • Vingt ans après la publication de La Fille d'Athènes, Mythes, cultes et société, ouvrage majeur de Pierre Brulé, il convient de suivre les traces de ces petites Athéniennes, sans doute devenues épouses et mères et, chemin faisant, de revenir sur les travaux pionniers de cet helléniste hors norme. En effet, il importe de se mettre en quête de la place que le féminin tient dans les mythes et les rites grecs, de reconsidérer la vision que les hommes proposent des pratiques religieuses des femmes et de revisiter les divinités qui les concernent plus spécifiquement, autant de pistes abordées dans le présent ouvrage. Il s'agit de se demander comment les femmes grecques appréhendaient le domaine cultuel et si elles le faisaient d'une manière particulière, spécifique à leur « nature féminine ». S'agissait-il d'un des seuls domaines dans lequel elles auraient pu trouver une forme d'expression publique et de reconnaissance sociale ? Peut-on parler encore de « citoyenneté cultuelle » pour les femmes grecques ? Il convient toutefois de ne jamais oublier que la « religion des filles c'est celle que les hommes font fonctionner, et d'une certaine façon, utilisent ». Dans le présent volume des contributions sont rassemblées et organisées autour de trois parties : les figures féminines, déesses et héroïnes ; les mots et les noms du féminin et, enfin, les passages et les transmissions féminins.

  • En 2011, les Presses universitaires de Rennes ont publié un premier recueil d'articles de Patrick Le Roux intitulé La Toge et les armes. Ce second volume des scripta varia est plus particulièrement consacré à l'un de ses thèmes de prédilection, l'Hispania romaine dont il est un spécialiste reconnu. La documentation ibérique, notamment celle relative à la vie des cités, est abondante. Son apport ne se limite pas à une seule région et fournit matière à des réflexions qu'il est possible d'étendre à l'ensemble du monde romain. Les trente-quatre études réunies ici, dont une inédite en français, permettent ainsi de saisir l'ampleur et la profondeur de la pensée historique de P. Le Roux. L'articulation du volume en cinq parties rend compte de la diversité de ses recherches d'histoire romaine provinciale. L'ouvrage s'ouvre sur des études consacrées à l'emprise romaine sur le territoire et à la mise en place de l'administration dans les provinces des Espagnes. Le fonctionnement des institutions municipales et la notion de cité nourrissent une deuxième partie. La présence militaire dans la péninsule Ibérique est traitée dans la troisième. Le livre aborde, avec la quatrième, divers aspects de la présence romaine dans les provinces, que ce soit par le biais d'études prosopographiques dressant un bilan actualisé des élites sénatoriales hispaniques ou par l'analyse du problème complexe du droit latin ou encore par l'étude de questions religieuses et fiscales. Enfin, sont proposées quelques études de cas qui rappellent que chaque inscription est assurément unique. Ce choix d'articles est complété par la traduction française révisée de quatre documents épigraphiques majeurs découverts dans la péninsule Ibérique, la lex Irnitana, la lex coloniae Genetiuae Iuliae, le sénatus-consulte de Cn. Pisone patre et la lex riui Hiberiensis. Ce second volume est, comme le premier, enrichi d'addenda et d'indices qui en font un véritable outil de travail. Ensemble, les deux recueils montrent combien P. Le Roux a allié recherches de détail et considérations générales afin d'éclairer d'un jour nouveau et fécond des régions, des institutions, des populations et des sociétés qui constituèrent, ici et ailleurs, la substance même de l'histoire de l'Empire romain.

  • Le concept de théocratie appartient à ce qu'on appelle, de manière plus générale, le théologico-politique. La théocratie est le thème, par excellence, du discours théologique visant à légitimer le pouvoir politique. C'est une figure et un fondement idéologique du discours théologico-politique. L'emploi de ce terme en histoire ancienne ne va pas de soi, contrairement à l'usage qu'en font les médiévistes. Il paraît pourtant justifié à plusieurs titres. Tout d'abord, parce que la théocratie médiévale repose sur des legs de l'Antiquité, notamment l'affirmation de Paul qu'« il n'y a d'autorité que par Dieu » (Rm 13,1). Mais surtout, parce que c'est un historien antique, Flavius Josèphe, qui forgea ce terme et l'utilisa pour la première fois (Contre Apion 2, 165). Il entendait ainsi expliquer à ses lecteurs que les monarques juifs s'appuyaient sur la religion et la légitimité qu'elle était censée offrir au détenteur du pouvoir, en vertu d'une sorte de droit divin de la monarchie. Ainsi, monothéisme et théocratie sont étroitement liés : la croyance en un dieu unique et éternel renforce l'idée théocratique. Mais la théocratie n'est-elle propre qu'aux monothéismes juif et chrétien ? Le terme forgé par Flavius Josèphe ne pourrait-il aussi s'appliquer aux régimes politiques de peuples polythéistes ? Cet ouvrage se propose d'étudier en diachronie l'émergence de la notion de théocratie dans l'Orient ancien et hellénistique, puis dans l'empire romain, avec des ouvertures dans la très longue durée pour en rechercher les origines dans les modèles mésopotamiens les plus anciens et en évaluer l'héritage dans la chrétienté médiévale.

  • Le monde combattant est-il exclusivement masculin ? L'émancipation féminine peut-elle s'obtenir par les armes ? À l'instar d'autres groupes armés du XXe siècle, les guérillas péruviennes ont pu compter sur une importante contribution féminine. Mais la participation des femmes au dernier conflit armé a souvent été analysée au seul prisme de leur engagement au sein du parti maoïste Sentier Lumineux. Elles s'y sont en effet distinguées en raison de leur présence au sein de la haute hiérarchie du parti. Converties en véritables objets d'opprobre public, les militantes « sendéristes » ont dès lors cristallisé l'attention accordée aux femmes combattantes, éclipsant les autres formes de participation des femmes au conflit. Proposant de dépasser l'effet de cristallisation qu'inspire l'image de la militante sendériste, cet ouvrage rend compte des multiples facettes de l'expérience combattante féminine. En retraçant différents itinéraires de vie de femmes ayant pris les armes pendant le conflit armé, le livre illustre les grands bouleversements ayant marqué la société péruvienne et offre un nouvel éclairage sur les moteurs de la violence politique. L'analyse de l'expérience combattante féminine ainsi présentée rompt avec les approches classiques sur la guerre et les conflits armés, en situant les rapports de genre au coeur de sa problématique.

  • Comment les monarques juifs et nabatéens parvinrent-ils à incarner leur ethnicité ? Quelle était l'identité officiellement assumée par ces souverains ? Par quels moyens l'imagerie officielle affichait-elle l'appartenance à un ethnos particulier, tout en revendiquant, le plus souvent, pour le monarque un statut équivalent aux autres rois contemporains ? Cette ethnicité proclamée, qui semble toujours plus ou moins s'inscrire dans un contexte de bilinguisme culturel, n'était-elle pas fondamentalement ambigüe ? Peut-on rapprocher les stratégies mises en oeuvre par les souverains juifs et nabatéens de celles menées en Égypte par les Ptolémées, et enrichir ainsi la recherche sur les sociétés doubles ou janiformes des époques hellénistique et romaine ? Les tentatives de l'auteur pour répondre à ces questions constituent les principales lignes directrices de cet ouvrage, tiré d'un mémoire inédit de HDR, soutenu à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne en novembre 2011. À la croisée des études anthropologiques et politiques sur le Proche-Orient antique, ce livre se propose de mettre en évidence une forme spécifique de souverain : le monarque ethnique. Il met également en exergue des constructions politiques et identitaires originales, remettant en cause, au passage, la vision généralement défavorable qui caractérise les monarques hasmonéens ou encore Hérode le Grand dans l'historiographie traditionnelle.

  • Grâce à une approche originale combinant sources écrites et enquête orale, science politique, sociologie et histoire, cette étude très fouillée reconstitue la dynamique du mouvement révolutionnaire chilien, vu « par en bas », au niveau des entreprises occupées, des ceintures industrielles, des quartiers populaires. Basé sur la respiration des politiques du conflit qui ont rythmé la « voie chilienne au socialisme », ce livre montre le développement et la radicalisation du mouvement ouvrier, les formes d'organisation d'une classe mobilisée et les répertoires d'action utilisés.

  • Cet ouvrage réunit les contributions de spécialistes tant de l'image et de son contexte archéologique que de religions anciennes en Égypte, en Grèce et à Rome. La mise en image du divin n'est pas en soi un sujet neuf, mais la production récente du côté des spécialistes de l'image a remis l'accent sur les problèmes d'histoire des religions dont on ne sera pas surpris de voir qu'elles se sont développées dans le sillage des travaux de Jean-Pierre Vernant. L'ouvrage s'articule autour de trois thématiques : mettre en scène le divin ; voir les dieux, penser le divin ; les effigies éphémères. L'objectif est de mettre en lumière non seulement la fonction et la finalité de la figuration des dieux, mais aussi les règles et les logiques qui président à sa construction et à son organisation visuelle. En partant de dossiers précis, il s'agit donc d'étudier les modalités pratiques de création des images divines, de s'interroger sur le statut ambigu de certaines images mises en scène et d'examiner comment ces « scénographies » sont appelées à évoluer. Nous avons analysé comment dispositifs visuels et procédures rituelles jouent sur l'anthropomorphisme des dieux pour construire le divin. Nous avons aussi analysé les processus d'organisation du divin en images, en interrogeant les hiérarchies, les dispositifs visuels et les modes de perception qui président aux associations de dieux dans les images. La dernière partie enfin porte plus spécifiquement sur les dispositifs de mise en image éphémères, soit dans le cadre d'installations non pérennes, soit dans la temporalité propre du rituel. Finalement, la construction du divin dans les images et par les images fonctionne bien en système. Les images divines, parce qu'elles sont activées par de multiples procédés matériels et concrets de mise en scène, permettent de rendre tangible et puissante la divinité qu'elles représentent. Et elles n'acquièrent un sens qu'une fois replacées dans le groupe de leurs complémentarités.

  • Brigands dissimulés dans les forêts, guettant les voyageurs qui s'attardent à la tombée du jour ; hommes hirsutes, le visage barbouillé de noir et armes au poing, mais aussi chouans en Vendée, Bretagne ou dans les montagnes du Massif central, autant de silhouettes inquiétantes qui ont marqué les contemporains de Robespierre. La Révolution française n'a pas engendré le brigandage, qui existe depuis la haute Antiquité, mais elle a été marquée par une poussée fiévreuse de cette forme de délinquance depuis la Grande Peur de l'été 1789. À partir de 1793, le refus de la conscription militaire a jeté une partie de la jeunesse dans les bras de ces rebelles. Les difficultés économiques et sociales ou encore les affrontements politiques ont aussi contribué à l'aggravation du phénomène. Le brigandage est devenu un mal absolu sous le Directoire puis sous le Consulat, en un temps où la restauration de l'ordre devenait une priorité politique. Mais qui étaient ces « brigands » ? Des délinquants de droit commun s'attaquant aux voyageurs et aux propriétés, violents jusqu'à la barbarie envers leurs victimes ? De pauvres gens, jetés sur les routes par la misère ? Des opposants politiques qui rejetaient brutalement les idées de la Révolution et les ruptures sociales qui en découlaient ? Ce livre fournit des pistes pour mieux appréhender les différentes formes de criminalité et de violence que recouvre le phénomène du brigandage. Entre Mandrin, brigand populaire du milieu du XVIIIe siècle, contrebandier défiant l'État, et les bandes de royalistes assassinant les patriotes dans les bocages de l'Ouest ou les montagnes du Midi, peut-on trouver des solutions de continuités ? Cet ouvrage tente de montrer le hiatus entre le mot et la réalité complexe du brigandage dans un contexte révolutionnaire large, celui de la France des années 1750-1850, période troublée et tendue d'où peuvent s'observer les tensions politiques et sociales qui ont engendré l'époque contemporaine.

  • Le concile Vatican II est un événement complexe. Durant quatre sessions, de 1962 à 1965, il a mobilisé l'ensemble des évêques catholiques pour une réflexion de fond sur des thèmes fondamentaux : la Révélation divine, l'Église, la liturgie, l'Église dans le monde de ce temps... S'il est très utile d'opérer une approche historique globale, il l'est tout autant de donner la parole aux témoins. Durant les trois sessions auxquelles il a participé, le P. Michel Cancouët. eudiste, théologien expert auprès de Mgr Yago, archevêque d'Abidjan et des évêques d'Afrique de l'Ouest, a tenu son journal. C'est ce texte qu'il nous livre aujourd'hui. On y trouve un témoignage personnel, non seulement sur les questions spécifiques qui se posaient aux évêques de cette région du monde, mais, plus largement, sur l'ensemble de la dynamique du concile. L'auteur nous restitue un portrait vivant des principaux acteurs du concile et son ambiance générale, n'hésitant pas, à l'occasion, à donner un avis critique sur les liturgies auxquelles il participait. Ce journal permet de bien mettre en valeur une composante importante de ce qu'on a appelé « la mécanique conciliaire », à savoir le rôle irremplaçable des théologiens experts aux côtés des évêques. C'est par un travail conjoint que les textes conciliaires ont pu cheminer vers leur version définitive.

  • Ce livre dévoile la spectaculaire transformation des meetings politiques depuis les dernières années du Second Empire jusqu'à la fin de la Troisième République. Conçus initialement par leurs promoteurs républicains comme un lieu d'apprentissage de la citoyenneté et de formation du jugement politique à travers le débat contradictoire et rationnel, les meetings se muent peu à peu, à l'initiative des diverses formations politiques qui émergent alors, en une scène dédiée à la démonstration de force. Ce dévoiement se repère dès le tournant du XXe siècle, mais s'observe bien plus encore dans le fonctionnement des grands meetings partisans de l'entre-deux-guerres. Face à cette transformation, le pouvoir n'hésite pas, dans la seconde moitié des années 1930, à revenir sur les dispositions libérales qui fondaient le droit de réunion depuis 1881. Le travail de Paula Cossart, à la croisée de l'histoire et de la science politique, est une contribution importante à notre connaissance de la vie politique sous la Troisième République. Forme essentielle de participation politique collective, les meetings de cette période n'avaient pourtant jamais fait l'objet d'une recherche de grande ampleur. L'auteure s'inscrit aussi dans la réflexion, plus actuelle que jamais, sur le statut du débat public au sein des régimes représentatifs. La démocratie participative a une histoire, que ce livre contribue à retracer.

  • En 1675, en pleine guerre de Hollande, la France de Louis XIV est frappée par une des principales secousses rebellionnaires de l'Ancien Régime, restée célèbre sous le nom de « révolte du papier timbré ». De Bordeaux à Quimper, un front intérieur surgit, mais c'est en fait toute une partie de la France qui bruit et conteste, de Toulouse à Besançon et de Grenoble à Paris. À la cour, l'inquiétude est réelle car l'éclat de la récente conquête de la Franche-Comté ne peut masquer les difficultés militaires que la mort de Turenne vient symboliser au coeur de l'été. Dans le même temps, la crainte d'un débarquement hollandais sur la côte Atlantique, susceptible de menacer Rochefort et Brest, oblige les autorités à agir avec fermeté et souplesse, particulièrement en Basse-Bretagne où émerge une nouvelle « guerre paysanne » : la « révolte des Bonnets rouges ». Grâce à l'utilisation d'archives peu connues jusque-là, il est aujourd'hui possible de revenir sur cette grande crise politique, et de tenter de comprendre comment une modeste émeute bordelaise contre la taxe sur la vaisselle d'étain est devenue une des plus grandes révoltes antifiscales de l'Ancien Régime, et, au-delà, un élément phare de la mémoire et de l'identité bretonne. Il apparaît également possible de revenir sur le processus de sortie de crise, qui découvre un État-Louis XIV plus souple et plus pragmatique que l'image de brutalité unilatérale qui est souvent retenue. Des notaires bordelais aux paysans de Cornouaille, des magistrats du parlement de Rennes aux bateliers de la Garonne, des obscurs comploteurs aux ministres Louvois et Colbert, sans oublier espions, soldats et autres serviteurs du roi, cet essai d'histoire événementielle cherche à arracher cette crise à sa mémoire flamboyante, et, loin des images trop simples, entend essayer de la replacer dans le contexte français et européen.

  • En 1954, Djibo Bakary, un activiste nationaliste de gauche nigérien fonda l'Union Démocratique Nigérienne (UDN), un parti politique qui visait non seulement à combattre la domination coloniale, mais aussi à réaliser une transformation large de la société nigérienne. Le parti fut salué par le cri de ralliement « Sawaba », un terme haoussa qui indique le soulagement par rapport à l'adversité et un retour au calme et à la sérénité soulignant l'aspiration des Nigériens à être délivrés de la pauvreté et de l'oppression coloniale sous toutes ses formes. Le Sawaba, dont le noyau était constitué d'un « petit peuple » de ruraux ayant migré en ville, remporta les premières élections générales au suffrage universel du Niger en 1957 et forma le tout premier gouvernement autonome du pays, sous suzeraineté française. En 1958, le mouvement eut maille à partir avec le pouvoir gaulliste de France préférant l'indépendance immédiate à une nouvelle forme d'autonomie et appelant à rejeter la constitution de la Ve République. Les Français, compte tenu la situation stratégique du Niger, réagirent de manière implacable. En violation flagrante de la constitution, un nouveau gouverneur émascula le gouvernement Bakary. La campagne du Sawaba fut contrecarrée. Le parti, interdit, devint une organisation militaire menant la guérilla. Cependant, la guérilla du Sawaba (1960-1966), soutenue par des régimes gauchistes étrangers, aboutit à un échec entraînant la destruction définitive du mouvement. Le récit des luttes du Sawaba n'est pas dénué d'ambigüité, ce qui renvoie au caractère hybride du mouvement et aux métamorphoses vécues au long de son existence. Les sawabistes se montrèrent un mélange singulier d'activistes politiques et de combattants qui, au lieu de faire violence à la population, s'engagèrent dans la bataille comme les agitateurs de rue qu'ils furent jadis - certes armés, mais avec l'espoir de plaire à l'électeur et d'entraîner une fin instantanée aux souffrances du peuple. Millénariste plutôt que militariste, cette mentalité donne la clef de la tragédie de leur défaite.

  • Le portrait de Louis XIV en costume de sacre peint en 1701 par Hyacinthe Rigaud est devenu, à l'égal de la Joconde pour l'art de la Renaissance, une véritable icône de l'imagerie politique. C'est ce statut d'icône de la représentation monarchique qu'interroge ce livre puisque ce terme renvoie autant à la publicité d'une image déclinée à l'envie dans l'indistinction d'un genre et la dépersonnalisation qu'à la puissance de l'effet de présence d'un individu singulier (Louis XIV). Avec cette représentation du roi en majesté, c'est également une cartographie de l'imaginaire visuel des souverains français qui se déploie : un ordre des images plaçant le tableau de Rigaud au centre d'autres représentations rangées en cercles concentriques comme autant de satellites distribués selon leur proximité à l'astre iconique jusqu'à l'aphélie la plus marquée du dernier d'entre eux. Il y aurait ainsi une distance irréductible entre ce Roi et la variation inégale d'une majesté imaginaire en figures spectaculaires dotées de performances politico-visuelles moindres. Doit-on, dès lors, inférer que la Majesté se distribue différemment selon qu'on soit Louis XIV ou Charles VIII ? Faudrait-il considérer que ces images sont à comprendre comme une progression menant des balbutiements iconographiques de la souveraineté monarchique à la royauté en majesté de Louis XIV, soit l'apprentissage d'une économie visuelle de la majesté du prince ? Ce livre propose un cheminement dans l'imaginaire monarchique moderne. Celui que l'on peut décider de suivre dans des images qui disent une histoire des rapports de la monarchie à la res publica des xve-xviie siècles : une histoire à travers laquelle se devine, se dessine, se représente et s'incarne le visage de l'État ; une histoire des rois imaginaires qui serait celle du pouvoir des images à illustrer le prince et à apprivoiser l'État afin d'éclairer la révolution des représentations politique et artistique du siècle des Lumières comme notre rapport contemporain aux images politiques.

  • Les ambassadeurs, en tant qu'acteurs des contacts diplomatiques entre Orient islamique, Occident latin et Orient chrétien de la seconde partie du Moyen Âge, sont au coeur du présent ouvrage. Celui-ci réunit diverses contributions de chercheurs et historiens travaillant sur l'histoire de la diplomatie médiévale. Il constitue la version écrite d'une journée d'études organisée en juin 2012 dans le cadre des Journées Scientifiques de l'université de Nantes. Cette rencontre internationale fut le fruit d'un partenariat entre plusieurs institutions (CRHIA, université de Nantes, École pratique des hautes études, université de Liège et CNRS, UMR 8167 « Orient et Méditerranée ») prenant part à l'une des thématiques du programme « La Paix : concepts, pratiques et systèmes politiques » de l'IFAO (Institut Français d'Archéologie Orientale - Le Caire). Dans les articles regroupés ici, les auteurs répondent à des questions communes, quoique chacun sur ses propres terrains d'enquête. Qu'est-ce qu'un ambassadeur entre les espaces et civilisations considérés et pour la période prise en compte ? Cette notion, au risque de l'anachronisme, est-elle réellement compatible avec les fonctions de porte-parole et de représentation officielle qu'assument ces hommes ? De quelle manière la terminologie des multiples sources en langues diverses (latin, grec, arabe, arménien, vieux slavon, etc.) dont l'historien dispose désigne-t-elle ces intermédiaires entre États, princes ou entités politiques souveraines ? Quelles spécificités caractérisent ces ambassadeurs circulant sur de grandes distances entre civilisations voisines, mais souvent rivales ? Autant d'interrogations légitimes auxquelles les contributions donnent des éléments de réponse, apportant de nouvelles pistes de réflexions et permettant des comparaisons suggestives, sans volonté d'exhaustivité toutefois. Le lecteur pourra ainsi appréhender l'activité de certains de ces envoyés officiels sur des espaces aussi divers que les rives de l'océan Indien, les principaux centres politiques et économiques du monde méditerranéen médiéval (Constantinople, Le Caire, Pise, Venise...), les principautés roumaines et arméniennes, ou encore suivre les routes des envoyés pontificaux vers l'Orient du XIIIe siècle.

  • La chevalerie présente deux acceptions, l'une sociale et l'autre idéologique. D'une part, le groupe aristocratique des combattants à cheval, et d'autre part les valeurs qui lui imposent des comportements spécifiques. Devons-nous la mêler inextricablement au christianisme ? Les penseurs des XIIe et XIIIe siècles justifient la prépondérance sociale des chevaliers par le péché d'Adam et la rupture de l'harmonie originelle qu'il entraîne. Ils considèrent que les miles - « élu parmi mille », selon l'étymologie d'Isidore de Séville - ont pour vocation divine de défendre le faible et de faire régner la justice, instaurant par les armes la paix. Cette théologie politique marque l'évolution de l'adoubement, qui emprunte alors à l'onction royale et aux sacrements chrétiens bien des éléments de son rituel. En recevant l'épée, dûment bénie, et la colée, le nouveau chevalier intègre un ordre, tout comme le clerc est ordonné. La prédication lui rappelle les devoirs spécifiques de l'état qu'il vient d'adopter, en particulier de mitiger sa violence et d'exercer sa puissance avec droiture et modération. Elle l'encourage à partir en croisade pour défendre la Chrétienté. Jusqu'aux années 1990, dans leurs analyses sur la chevalerie, les historiens ont repris la trame du discours normatif des clercs, que nous venons brièvement de présenter. Ils ont tenu pour vraisemblable l'influence extérieure de l'Église dans la mitigation de la violence nobiliaire, grâce à l'influence sur le code chevaleresque de la Paix de Dieu et plus largement du message évangélique. Depuis les vingt dernières années, d'autres spécialistes remettent en cause ce modèle, remarquant la nature idéale des discours des clercs médiévaux sur la chevalerie, qu'il conviendrait de déconstruire. Ils adoptent l'anthropologie culturelle pour méthode afin de conclure que, tout au long du Moyen Âge et de façon endogène, la société guerrière produit ses propres codes de conduite pour épargner les vies de ses membres dans les combats, pour augmenter son honneur et pour affirmer sa domination sur la paysannerie. Toute superficielle, la religiosité des chevaliers ne serait donc pour rien dans l'autocontrôle de leur violence. Le débat apparaît en toile de fond du présent ouvrage, où les meilleurs spécialistes de la question se penchent sur les rapports complexes et paradoxaux entre le christianisme et les guerriers nobiliaires. Ils analysent ainsi autant la piété chevaleresque que la part de l'Église dans la guerre menée par l'aristocratie au cours d'une période charnière, où les normes, mentalités et conduites connaissent de profonds bouleversements.

  • Polices, justices, armées, renseignements, prisons : chaque dispositif concourt à maintenir l'ordre colonial. L'histoire de l'ordre en situation coloniale ne saurait ainsi être séparée de l'histoire de son maintien tout comme l'histoire de la police de celle de l'armée, de la violence extrême, du droit, de la justice et de la prison. L'étude du maintien de l'ordre dans les colonies contribue d'une part à la mise en perspective du maintien de l'ordre en métropole et d'autre part à la clarification du legs colonial de l'Afrique contemporaine en matière d'ordre. Basée sur des sources inédites dépouillées par de jeunes historiens, cette recherche novatrice suit l'émergence et les évolutions des formes du colonial policing dans les colonies d'Afrique et de Madagascar aux XIXe et XXe siècles, ainsi que l'emploi de méthodes et de techniques sophistiquées de contre-insurrection ou de renseignement. De Madagascar au Soudan britannique, du Cameroun à la Mauritanie, en passant par le Dahomey et la Haute-Volta, ce premier ouvrage du Groupe d'études sur les mondes policiers en Afrique (GEMPA) fait ainsi vivre des corps inconnus ou très mal connus - tels que les méharistes, les gardes indigènes ou les premiers policiers en uniforme. Il éclaire le rôle largement ignoré de services de police et de renseignement - tels que le service spécial des affaires musulmanes et des informations islamiques (SSAMII), le service de sécurité extérieure de la Communauté (SSEC) ou le service de coopération technique internationale de police (SCTIP). Il offre enfin une histoire à hauteur d'hommes, donnant chair et réalité à des figures étonnantes et inattendues de policiers aux parcours singuliers, comme Hubert Kho, l'inspecteur Georges Conan, le commissaire Artine Hamalian ou les frères Xavier et Achille Béraud.

  • Constituée au xviie siècle par l'absorption du tiers d'Hispaniola (ou Santo Domingo), grande Antille auparavant possession espagnole, la « Partie française de l'Isle Saint-Domingue » connut au siècle suivant un développement économique impressionnant. Peuplée en 1681 de 2 000 esclaves et de 4 000 Blancs, elle comptait, en effet, un siècle plus tard, en 1789, près d'un demi-million d'esclaves à côté de 31 000 Blancs. Ce chiffre record de Noirs, inconnu des autres Antilles, reflétait la puissance de Saint-Domingue qui, forte de ses « habitations sucrières » exigeant de plus en plus d'esclaves, faisait alors la prospérité des ports atlantiques français, à la fois par les profits tirés de la traite négrière et par l'afflux des cargaisons de sucre raffinées sur place avant d'être redistribuées à l'intérieur du royaume. Communément, on retient de l'histoire de Saint-Domingue son « miracle économique » du xviiie siècle suivi du déferlement des révoltes noires facilité par les événements de la Révolution française. C'est oublier un phénomène de longue date remontant aux années 1660. Il s'agit des fréquentes séditions des Blancs de la Colonie dressés contre l'administration royale leur imposant de ne commercer qu'avec la Métropole et de se plier à une réglementation minutieuse définissant le statut des esclaves, en violation de l'« autorité domestique » du maître sur son « habitation ». Là-dessus, naturellement, s'était vite greffé un état d'esprit autonomiste de plus en plus agressif, le colon de Saint-Domingue enviant jalousement le sort des colons anglais d'Amérique, habitués au « self government ». Le résultat fut qu'à la veille de la Révolution française, dès 1786-1787, Saint-Domingue vivait dans une insubordination ouverte, le parti colon ayant réussi à paralyser l'administration royale, pourtant seule garante de la sécurité de l'île. Le livre de Charles Frostin démontre l'importance du phénomène des Révoltes blanches qui contribua indirectement au succès des Révoltes noires et à la dislocation brutale d'une société esclavagiste prospère.

  • Le présent livre cherche à élucider les rapports qu'entretiennent, à l'époque moderne, les activités économiques - en particulier commerçantes - et les pratiques dévotionnelles. Il s'agit de deux sphères volontiers séparées, avec en arrière-plan, des a priori d'incompatibilité, voire des aversions traditionnelles qui n'ont pas épargné l'historiographie. Et pourtant il est évident que, dans les sociétés d'Ancien Régime, le champ des pratiques de piété a constitué un facteur économique d'importance majeure, mais dont le poids précis reste autant à mesurer de façon différenciée que les attitudes commerçantes méritent d'être analysées avec précision. Quels sont les apports des agents de l'échange au fonctionnement économique des différents cultes et pratiques de dévotion ? Que se passe-t-il lorsque le religieux entre en conflit avec les intérêts économiques ? Comment décrire les formes de dévotion que cultivent les acteurs de l'échange eux-mêmes ? C'est autour de ces questions que le livre organise ses interrogations. Une première partie du livre prend pour objet l'économie des lieux de pèlerinage, une deuxième, quittant les sanctuaires de ce type, s'attache à analyser les conditions de production, les conjonctures et la logique distributive d'objets de dévotion plus largement diffusés. Une troisième section met l'accent sur les possibles tensions entre objectifs commerciaux et impératifs religieux ; la dernière s'interroge sur les dévotions des acteurs de l'échange.

  • Si les travaux abondent sur la place et la nature du marché dans l'économie antique, sur le poids économique de l'esclavage, sur la question des avancées techniques ou celles des circulations de marchandises, les conditions en elles-mêmes de l'échange n'ont que peu retenu l'attention des spécialistes, ou alors de manière ponctuelle et isolée. Et pourtant, la question de la langue dans laquelle se faisait et était libellée la transaction, celle de l'armature juridique qui encadrait cette dernière, ou encore celle des acteurs qui y prenaient part s'imposent comme des interrogations légitimes pour qui s'intéresse à la réalité de ces échanges en Méditerranée. Au travers des dix contributions qu'il réunit, cet ouvrage propose une approche historique et transversale de plusieurs problèmes économiques complexes dans diverses régions du monde antique, de l'Égypte à la péninsule Ibérique en passant par la mer Noire, l'Italie, le sud de la Gaule ou encore l'Afrique. En outre, en accordant la part belle aux sources, qu'elles soient de nature littéraire, juridique, épigraphique ou papyrologique, son ambition est de présenter à un public averti ou simplement amateur, des dossiers de recherches et des réflexions innovantes et renouvelées sur la question des échanges en Méditerranée.

  • Entre 1840 et 1875, toutes les liturgies diocésaines de France ont disparu, corps et bien : rupture cultuelle et culturelle aujourd'hui méconnue mais qui, à l'époque, suscita de vives polémiques au sein du clergé comme des milieux érudits, voire des sphères politiques. En effet, l'adoption de la liturgie romaine valait affirmation d'un catholicisme définitivement débarrassé de toute tentation gallicane et réaffirmation de l'autorité pontificale. Dom Guéranger (1805-1875) fut le principal artisan de ce « mouvement vers Rome », fidèle en cela à son passé de disciple de Lamennais. La redécouverte des traditions liturgiques et l'intérêt pour l'histoire constituent ici autant de réminiscences romantiques, mais bien plus sûrement le moyen et le prétexte d'un positionnement ecclésiologique, plus généralement ecclésial, au nom d'une doctrine intransigeante. Église et Nation est un essai qui traite, par le biais de la liturgie, c'est-à-dire de l'aspect le plus public et le plus social de la religion, des rapports entre État et Église : dans le siècle des nationalités et de l'émergence des principes démocratiques et égalitaires, le destin du catholicisme était celui d'une religion plus centralisée et plus intransigeante, mais aussi plus universelle. La fin des particularismes diocésains et nationaux, par la réforme en profondeur des rites, du calendrier des saints, du chant religieux, relève donc d'une entreprise moderne qui, paradoxalement, présage l'idée d'une séparation entre le spirituel et le temporel.

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