Histoire

  • Fassbinder pratique un cinéma âpre et cruel qui révèle sans concession les blessures individuelles et collectives de la nation allemande. Ses films décrivent la dureté des rapports humains, l'exploitation des minorités, la difficulté à vivre et à aimer et montrent l'échec de l'individu face à la brutalité du monde. Révélant l'envers du miracle économique ouest allemand, le cinéaste dépeint les exclus, les faibles et les marginaux. Cet ouvrage aborde l'oeuvre de Fassbinder par le biais de la crise de l'identité du sujet contemporain et de ses répercussions sur le langage cinématographique lui-même. Quelles sont les modalités de cette crise, replacée dans le contexte historique, socio-politique et intellectuel de l'époque? Comment cette crise est-elle mise en scène? Quel est l'impact de la violence diagnostiquée par Fassbinder sur sa façon de filmer? Comment invente-t-il un langage cinématographique qui rende compte de la déroute de l'individu et nous touche encore aujourd'hui? C'est à ces questions que répond cet ouvrage, en analysant l'ensemble des 43 films réalisés par le cinéaste.

  • Bordeaux a toujours joué un rôle important dans les relations entre la France et l'Espagne. Il allait en être de même lors de la guerre civile espagnole, d'autant qu'une communauté espagnole nombreuse et politisée était intégrée à la population de la ville.
    Le présent ouvrage s'est attaché à étudier les moments où la ville s'est trouvée confrontée de très près à cette guerre : bataille d'Irun sur la frontière, menées des services secrets espagnols, recrutement des volontaires des Brigades internationales, vifs débats dans la presse, arrivée dans le port de l'aide soviétique, accueil des vagues successives de réfugiés.
    Le conflit eut aussi des conséquences très directes dans les années qui suivirent avec les difficultés d'intégration des Espagnols, la politique discriminatoire à leur égard de l'occupant et de Vichy, leur participation à la Résistance et à la Libération.
    Les sources utilisées sont celles de la presse bordelaise, de grande diffusion ou plus restreinte dans le cas des partis politiques, et surtout un travail systématique en archives à Bordeaux et dans la région mais aussi en Espagne.

  • Écrire l'histoire d'un crû classé du Bordelais, n'est-ce pas se contenter de voler au secours d'une victoire déjà assurée ? Sans doute. Mais quand cette histoire est exemplaire des continuités et des transformations séculaires du vignoble des Gravas de Bordeu, cet « espace matriciel de la viticulture bordelaise » pour reprendre les mots de Sandrine Lavaud, pourquoi la dédaignerait-on ? D'autant que les monographies sur les grands domaines de Graves ne sont pas légion. Des tenanciers médiévaux de l'abbaye Sainte-Croix de Bordeaux dans cette paroisse Notre-Dame de Martillac, jusqu'à la renaissance des vingt dernières années sous la direction de Florence et Daniel Cathiard, le livre retrace l'évolution du bourdieu de Maujan, devenu maison de campagne des Douzon de Bourran à l'Époque moderne, puis propriété du sage et truculent personnage que fut Dufour Dubergier, maire de Bordeaux, « Roi d'Aquitaine », inventeur du classement de 1855 et véritable créateur du vignoble actuel. Exemplaire des continuités et des transformations séculaires du vignoble de Graves, avons-nous dit, cette histoire ne saurait se passer de son contexte. Privilège des vins de Bordeaux, hiver terrible de 1709, oïdium, occasion ratée du classement de 1855, phylloxéra, etc. Heurs et malheurs des Graves de Bordeaux, qui n'ont rien à envier dans leurs plus belles réussites à la gloire médocaine. Smith Haut Lafitte en est une démonstration.

  • En 1730, une première loge maçonnique voit le jour au Bengale à Fort William, le comptoir fortifié à partir duquel opère la Compagnie anglaise des Indes orientales. Dès lors, les loges coloniales se multiplient si bien qu'en l'espace d'une décennie, la franc-maçonnerie britannique trouve un ancrage permanent sur le sous-continent indien. Sa rhétorique universaliste vise à promouvoir une véritable fraternité entre les hommes. Pourtant, les premières loges sont composées essentiellement de coloniaux et se font rapidement le relais de l'impérialisme britannique, qui postulait la supériorité naturelle du peuple colonisateur. Cette contradiction apparente entre rhétorique universaliste et participation à l'entreprise coloniale soulève un certain nombre de questions. Comment la franc-maçonnerie s'implante-t-elle et se diffuse-t-elle dans l'Inde britannique ? Accepte-t-elle d'initier les autochtones ? Quels liens entretient-elle avec l'impérialisme britannique ? Enfin, comment parvint-elle à s'accommoder des tensions générées par la contradiction entre son idéal d'universalisme et d'égalité, et son adhésion à l'impérialisme britannique ? L'Inde coloniale, de par son mode d'administration et la grande diversité de ses populations locales, constitue un terrain d'étude privilégié pour examiner les interactions entre la franc-maçonnerie et le pouvoir colonial. Cet ouvrage tente d'offrir de nouveaux éclairages sur le fonctionnement de la franc-maçonnerie tout en proposant une façon originale de penser l'impérialisme britannique, axée sur le rôle des institutions culturelles.

  • À l'heure où les idées démocratiques sont contestées dans plusieurs parties du monde, il n'est pas inutile de s'interroger sur la manière dont celles-ci se sont diffusées. Cette question, qui est sous-tendue par celle de la traduction des textes de la philosophie politique moderne, est un champ largement inexploré en Asie, notamment au sujet de Jean-Jacques Rousseau. Ce numéro entend explorer la circulation des textes politiques du Citoyen de Genève dans une Asie comprise au sens le plus large, comprenant aussi bien la Chine et le Japon que les mondes arabe et turc, en passant par le Vietnam.
    Dans tous les cas, l'objectif a été d'analyser la présence des textes politiques de Rousseau non pas comme le produit d'une réception, dans lequel la traduction serait un phénomène évident et mécanique, où les Asiatiques ne joueraient aucun rôle, mais bien comme celui d'une circulation, dans laquelle les intéressés prennent l'initiative et utilisent les textes dans des buts que le décalage entre texte original et traduction contribue à révéler. Ainsi, la circulation des textes politiques de Rousseau s'inscrit dans le phénomène de "transfert culturel", avec l'objectif de démocratisation.

  • Par l'ouverture à un nouvel horizon d'attente tourné vers l'avenir, l'affirmation des droits naturels face aux dominations héritées du passé, de la primauté de l'acquis sur l'inné, les Lumières apparaissent aujourd'hui comme le moment fondateur d'une nouvelle pédagogie émancipatrice : nouvelle par ses finalités, ses acteurs et ses méthodes, nouvelle également parce qu'elle prépare l'avènement d'un monde nouveau. C'est pourquoi ce numéro interroge la notion d'innovation en pédagogie à la fois comme créativité théorique et comme démarche concrète s'inscrivant dans des contextes pédagogiques, politiques, nationaux ou encore sociaux bien précis. Se pencher sur l'héritage des Lumières dans sa diversité, du XIXe au XXI e siècle, invite ainsi à une réflexion sur les usages de cette notion pour l'histoire de la pédagogie.


  • "Perdants" de l'Histoire, et, à ce titre, longtemps maltraités dans l'historiographie française, les dévots sont généralement ravalés à des clichés : catholiques fanatiques pendant les guerres de Religion, suppôts de l'Espagne sous le règne d'Henri IV, comploteurs invétérés sous celui de Louis XIII... Ils sortent enfin de l'ombre avec ce livre, fruit de rencontres organisées à l'Université Paul-Valéry Montpellier III par le Pr Serge Brunet. Les treize contributions retenues couvrent la majeure partie de la période moderne, de la fin du XVI

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    siècle au temps des Lumières. Elles reconstituent, tout d'abord, les affinités et les modes d'association des dévots, dans l'orbite de l'Oratoire, de Saint-Sulpice et de la Compagnie de Jésus. Elles approfondissent, ensuite, la question de leur engagement politique, à travers leur implication dans la querelle janséniste, leurs activités dans les provinces françaises, leurs liens avec l'Espagne, leur positionnement à l'égard de la monarchie absolue... Elles restituent, pour finir, leurs oeuvres spirituelles et charitables, en s'attachant à refléter la diversité de ces dernières : dons de reliques, missions rurales, assistance aux pauvres, évangélisation de la Chine.

  • Brandies comme un étendard ou accusées d'être la cause de tous les maux, les Lumières exacerbent les passions. Pour beaucoup synonymes d'émancipation, de combat pour la démocratie et les droits de l'Homme, elles se trouvent en même temps, depuis leur émergence, sous le feu de critiques nourries. La période contemporaine ne fait pas exception à la règle. Les termes du débat et les interprétations semblent même aujourd'hui tellement embrouillés que les Lumières en arrivent à être régulièrement considérées comme étant en contradiction avec leurs principes supposés. Elles seraient impérialistes, oppressives, colonialistes. La question du droit d'inventaire, qui émerge dès 1789 avec l'éclatement de la Révolution française, se pose avec une acuité nouvelle. Comme le montrent les études réunies dans le premier des deux volumes consacrés à cette question, les enjeux des controverses sur les Lumières sont inséparablement théoriques et pratiques, scientifiques et politiques.

  • Cet ouvrage propose une exploration inédite du cinéma français pendant l'Occupation (220 films de fiction produits entre 1940 et 1944) au prisme de ses représentations de la jeunesse. À travers cinq études de cas (quatre jeunes premières - Marie Déa, Odette Joyeux, Micheline Presle, Madeleine Sologne - et un jeune premier - Jean Marais - ayant en commun de devenir des vedettes au cours de la période), l'ouvrage analyse la construction symbolique et culturelle des identités et des rapports de genre et de génération durant cette période. S'inspirant des théories et des méthodes issues des gender studies, des cultural studies, des star studies et de l'histoire culturelle, ce travail s'appuie sur l'analyse des films et de leur réception critique, ainsi que sur l'image des jeunes premier-e-s dans la presse populaire de l'époque. La mise en perspective de ces représentations par rapport au contexte sociopolitique fortement bouleversé de l'Occupation révèle l'ambivalence constitutive des valeurs véhiculées par ces vedettes, travaillées par la tension entre une idéologie réactionnaire qui met en avant les femmes et les jeunes comme pivots du redressement national et un questionnement sur les places et les rôles dévolus aux femmes et aux hommes, aux jeunes et aux adultes, aux enfants et aux parents. Chacune de ces figures est en effet construite sur un tiraillement entre subversion et maintien de l'ordre (social, sexuel ou générationnel), contribuant tout autant à réaffirmer les frontières du genre et de l'âge qu'à les redéfinir. Les jeunes premier-e-s de l'Occupation séduisent ainsi un public large aux intérêts et aux sensibilités politiques divergents, à une époque où la répression politique et morale côtoie un certain relâchement des contraintes sociales et familiales.

  • Comment se forme le savoir cartographique sur un territoire national et de quels usages sociaux et politiques ce travail scientifique devient-il l'enjeu ? C'est à cette double question centrale que cet ouvrage s'attache à répondre. L'auteur prend pour terrain de recherche la Tunisie du XIXe siècle : elle y suit d'abord l'activité pionnière de voyageurs cartographes pour donner à voir comment s'opère le passage de l'itinéraire à la carte. Elle étudie aussi le processus d'adoption de la carte par les autorités civiles et militaires, pour la formation des officiers à l'École polytechnique du Bardo, pour la représentation des villes ou lors de négociations qui visent à fixer la frontière avec l'Algérie voisine, devenue colonie française. Fruit d'un savoir scientifique, la carte est également porteuse de nouveaux modes de gestion politique du territoire. Cette analyse historique, fondée sur une documentation de première main, s'est enrichie des ressources de la géographie, de la science politique et de la sémiologie. Son originalité tient aussi à la capacité qu'a l'auteur de restituer les conditions matérielles et les effets institutionnels de l'activité des cartographes, rendue tangible et vivante. Le lecteur est ainsi invité à mettre ses pas dans ceux de ces arpenteurs de l'espace tunisien, qui ont su engager des rapports de réciprocité sous forme d'échanges interculturels de savoirs et de savoir-faire

  • Utiliser les réseaux comme outil d'analyse en histoire est aujourd'hui devenu incontournable. Les sociétés humaines, conçues en tant qu'espaces relationnels de coopération ou de confrontation, concernent en effet toutes les périodes historiques. En outre, les outils actuellement disponibles afin de représenter graphiquement les réseaux sociaux permettent d'apporter un regard plus aiguisé sur la densité des liens, voire leur nature, ainsi que le degré d'intégration des individus dans ces réseaux. Parallèlement, les recherches sur le genre ont également connu un formidable essor, mais elles ne croisent que de manière extrêmement marginale la thématique des réseaux.
    La spécificité de cet ouvrage collectif, dû à l'initiative d'une équipe d'historien·ne·s des universités de Bordeaux Montaigne et de Rennes 2, est de proposer une approche au carrefour de l'histoire des réseaux et des gender studies.
    Sur un temps long - du XVIe siècle à nos jours -, cet ouvrage s'intéresse à la place et au rôle des femmes dans les réseaux, qu'il s'agisse de la formation de réseaux exclusivement féminins ou de la participation des femmes à des réseaux mixtes. L'approche envisagée est résolument transdisciplinaire, afin d'enrichir la réflexion historique des apports et de la comparaison avec d'autres disciplines telles que la sociologie, discipline pionnière dans l'analyse des réseaux, l'anthropologie, la géographie ou bien encore le droit.

  • Crépuscule du Siècle d'Or ou prélude du siècle des Lumières, le règne de Philippe V a longtemps retenu l'attention par la guerre de Succession d'Espagne qui a marqué ses débuts. Pourtant, l'installation de la maison de Bourbon en Espagne correspond aussi à un temps propice aux échanges, qu'ils soient matériels ou immatériels. Femmes, hommes, idées et objets ont circulé entre la France et l'Espagne à l'heure où de nouveaux rapports politiques et diplomatiques modifiaient leur place en Europe.
    Nombreux et divers, ces transferts sont aisément décelables à la faveur de la venue d'une princesse lorsqu'ils se matérialisent dans des livres ou des vêtements. Ces objets deviennent alors les symboles de l'introduction de nouveaux usages et de nouvelles pratiques. Ils sont aussi favorisés par ces individus moins connus, voire inconnus, qui circulent entre les différents territoires des deux monarchies, des Pays-Bas espagnols à l'Italie, en passant par la France. Analyser les différentes formes de transferts culturels existants entre la France et l'Espagne au temps de Philippe V permet d'offrir une cohérence à des champs d'études trop souvent considérés séparément. Le contexte politique sert ici de cadre à ces échanges sans pour autant que l'histoire de ces derniers ne se confonde avec celles des États concernés. Cette histoire des liens et des transferts culturels offre ici une autre réalité que celle de l'Europe bouleversée par la guerre de Succession d'Espagne.

  • Peurcé militi ? [...] qu'eus de famille. Touts ataou de machan puou, aqueure race dous Hillots [...]. Et pus Henri, n'oublidi pas l'aoute famille : leu dou trabailh, leu qui ne pot pas tout jamais dide ço que se peunse.« Pourquoi je milite ? C'est de famille. Tous comme ça de mauvaise humeur, cette engeance des Landais [...]. Et puis Henri, je n'oublie pas l'autre famille : celle du travail, celle qui ne peut jamais dire ce qu'elle pense ». Alliant verve gasconne et conviction politique, les Lettres à Henri signées Peyrot ont été publiées pendant la période du Front Populaire (1936-39), puis l'immédiat après-guerre (1945-48) dans le Travailleur landais, hebdomadaire de la SFIO. Quelle position prend leur auteur, instituteur laïque, face aux luttes locales (celles des métayers) et nationales, aux menaces de guerre, et retour d'Oag, après 45, face à la collaboration, aux problèmes du ravitaillement, aux débuts de la guerre froide ? Ces textes amènent à mettre en question la vulgate sur le pacifisme aveugle des enseignants, la « démission nationale » de la gauche, la France immunisée contre le fascisme, et l'usage exclusivement réactionnaire du « patois ». Ils apportent le témoignage d'un acteur intermédiaire, ni tout à fait anonyme ni personnage politique reconnu, de ce temps d'où nous venons.
    Proposés en version originale et dans une traduction de Guy Latry, ces textes sont présentés et annotés par Micheline Roumégous, la fille de Peyrot.

  • Egon Bahr est sans contredit l'une des figures marquantes de la politique étrangère allemande d'après-guerre. Généralement considéré comme "l'architecte" de la politique à l'Est (Ostpolitik) de la République fédérale d'Allemagne, Bahr joue un rôle de premier plan dans la normalisation des relations entre Bonn et le bloc soviétique, et contribue ainsi à transformer la dynamique de la guerre froide en Europe.

  • Jusqu'à la Révolution, les communautés rurales du sud de la Garonne se distinguent des communautés du nord du royaume qui sont souvent données, à tort, comme le seul modèle possible et par ailleurs, elles varient d'un pays à l'autre, de l'Agenais aux vallées pyrénéennes et de l'Astarac au Labourd. Dans toute la partie méridionale du royaume, la moindre des communautés rurales a ses jurats ou ses consuls qui font d'elle une vraie municipalité. On peut en juger aux différents aspects de la vie collective : gestion des communaux, levée de l'impôt royal, rôle de la fabrique et exercice de la justice. C'est l'importance prise par la communauté aux dépens de la seigneurie justicière qui permet de montrer en quoi les Pyrénées et l'extrême Sud-Ouest renchérissent en originalité sur l'ensemble de la région. La législation royale n'est pourtant jamais absente car l'État monarchiste sait obtenir ce qu'il veut tout en respectant les privilèges et les usages. Cet ouvrage cherche surtout à montrer la vie publique d'une paysannerie autonome et perspicace, analphabète parfois mais toujours très au courant du droit et de ses droits ; il s'attache aussi à évoquer le charme des porches d'église, des maisons communes, des arbres séculaires et des cimetières où se réunissaient les assemblées de communauté.

  • Le destin de la Palestine est, depuis toujours, tragique. L'histoire de cette terre est celle d'incessants conflits. La violence qui s'y manifeste est probablement liée au fait religieux : sur une « Promesse divine » se sont greffées des réalités politiques. Tout cela engendre contestations et discordes, là où il faudrait une sage organisation, respectueuse des droits de tous, et des compromis à défaut de consensus.

    Il est difficile d'expliquer le conflit israélo-arabe sans recourir à l'histoire et sans revenir sur la fameuse « Promesse de Yahvé », sur l'idéologie sioniste et le rêve de la « Terre Promise », sur la déclaration de Balfour et enfin sur les décisions de l'ONU, surtout celle du partage de 1947, et leur non-application. Avec l'accord d'Oslo de 1993, la paix semblait pouvoir s'établir. Mais cet accord était-il véritablement l'oeuvre commune de toutes les parties en présence ? La paix qui devait résulter de cet accord n'était-elle pas plutôt une fausse paix, annonciatrice de futures catastrophes ? Peut-on parler de paix quand on autorise l?installation de colons dans les maisons palestiniennes, à deux pas des camps de réfugiés où croupissent leurs propriétaires légitimes ? Peut-on parler de paix quand on accorde le droit de retour aux Juifs, absents de cette terre depuis dix-huit siècles tandis qu'on le refuse aux exilés palestiniens de 1948 et 1967 ?

    En fait, cette paix qui se dessinait à Oslo n'était qu'un armistice.

    L'ouvrage que nous présentons ne prétend pas à l'exhaustivité mais va à l'essentiel pour expliquer la naissance du conflit, sa dramatisation et sa pérennité.

  • Afin d'affronter au mieux les profondes mutations du tournant du XVIIIe siècle et présenter une vision catholique du monde à opposer aux divers contestataires - incrédules, déistes, jansénistes, protestants - Louis XIV confie aux Jésuites de France la rédaction des Mémoires pour l'Histoire des Sciences et des Beaux Arts (dits Mémoires de Trévoux). Mais les Trévousiens se trouvent progressivement confrontés à des problématiques nouvelles pour eux concernant l'organisation de la société, la production et l'échange des biens. Leur stratégie « de combat » est contrainte de s'adapter. Il leur faut maintenant prendre la défense du régime monarchique en rappelant que la réalisation du «bien commun de ses Sujets» reste l'objectif du prince chrétien. En même temps, l'utilité des institutions religieuses doit être justifiée tout comme l'engagement traditionnel de l'Église latine envers la famille. Par ailleurs, face au développement économique, les Jésuites ne cherchent pas à bâtir des théories, préférant plutôt encourager l'enrichissement du prince dans le respect des principes de la morale catholique. Néanmoins, si la conquête coloniale est approuvée avec enthousiasme, malgré quelques réserves sur le recours systématique à l'esclavage, l'accent est mis sur le modèle romain d'une société agraire stable attentive au respect de la nature reçue de Dieu comme témoin de l'ordre de la Création à valoriser par la « main de l'homme ». Une certitude demeure intangible : l'économie et la société doivent rester soumises à la morale chrétienne.

  • Ces quelques extraits du Mémorandum d'Antoine Gautier (1798-1882), maire du Bouscat, conseiller général de la Gironde, adjoint puis maire de Bordeaux de 1849 à 1860, ont pour objectif d'attirer l'attention des chercheurs sur l'intérêt que représentent les 60 000 pages de ce journal intime tenu quotidiennement entre 1832 et 1882. Les passages transcrits, en intégralité, ont été choisis en raison de leur intérêt pour l'histoire politique, culturelle et sociale. L'auteur, qui se définit comme un conservateur progressiste, s'est non seulement intéressé à l'histoire locale mais aussi aux grands événements qui ont secoué la France et l'Europe en un demi-siècle. On lira des jugements intéressants sur la révolution de 1848, sur le coup d'État de 1851, sur la Commune de Paris mais aussi sur les tensions dans les Balkans, la vie théâtrale bordelaise, les ravages de l'oïdium sur le vignoble girondin, etc.
    Préface d'Alain Juppé

  • Les recherches sur le républicanisme connaissent en France, depuis quelques années déjà, dans le sillage du renouveau anglo-saxon, un regain d'intensité porté notamment par une perspective souvent pluridisciplinaire. S'inscrivant dans cette dynamique, ce numéro de Lumières se propose d'interroger l'évolution complexe du modèle républicain dans la période où il est souvent présenté comme le plus porteur d'avenir, et où il est exposé en même temps à de nombreuses remises en question: le siècle des Lumières. Les Lumières, trop souvent considérées dans une perspective très franco-centrée, comme une période où le modèle républicain bénéficierait d'une sorte d'unicité conceptuelle, se révèlent bien plutôt comme un moment de profondes mutations, voire de crise de l'idée et des pratiques républicaines. Les Républiques urbaines traversent des crises internes alors que s'engage un débat sur leurs forces et faiblesses comparées aux monarchies éclairées et stables. Les philosophes conçoivent des modèles nouveaux, à l'échelle d'un État, s'opposant à la monarchie absolue. La logique traditionnelle du devoir commence à voir sa primauté discutée par la logique nouvelle du droit. Les voies de l'émancipation privilégient un paradigme de plus en plus pacifique et laissent émerger l'idée républicaine éducatrice et démocratique du citoyen éclairé. C'est donc le modèle républicain toujours en train de se réformer au plan conceptuel comme au plan empirique qui est étudié ici, pour voir en quoi il ouvre sur la modernité. L'espace européen dans sa diversité est examiné de même que les Lumières dans leur durée et leur force d'influence.

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