Temps modernes (de 1492 à 1799)

  • L'Ancien Régime et la figure de Louis XIV fascinent. Comment un royaume en guerre six ans sur dix a pu fonctionner  ? Parce que Richelieu, puis Mazarin et surtout Colbert ont fédéré autour de leur personne les grandes familles fortunées, répond Daniel Dessert. Sans ces grands financiers, il n'y aurait pas eu de monarchie absolue  : l'État, c'est eux  !
    Colbert est la dernière incarnation de ce système corrompu fondé sur ce qu'on appellerait aujourd'hui le pouvoir des lobbies et reposant sur des solidarités de clan. Esprit froid, minutieux et calculateur, excellent organisateur, mais cupide et amoral. Le Rémois a su léguer à la postérité l'image ambiguë de ce que ses successeurs nommeront avec ravissement un «  grand homme d'État  ». Lui qui exercera le pouvoir réel quand le roi n'en aura plus que l'apparence.
    Il aura fallu trente ans à Daniel Dessert pour restituer un fonctionnement fisco-financier complexe, dont Colbert fut l'héritier, puis le praticien le plus redoutable.
     
    Disciple de Pierre Goubert, Daniel Dessert est spécialiste de la finance et des financiers sous l'Ancien Régime. Il a notamment publié l'ouvrage classique sur le sujet  : Argent, pouvoir et société au Grand Siècle (Fayard, 1984, Pluriel, 2018), et plus récemment L'Argent du sel, le sel de l'argent (Fayard, 2012).

  • On n'écrit plus guère sur la Terreur. Cet épisode central de la Révolution française, l'un des plus mystérieux et des plus controversés, n'a cessé de hanter notre histoire contemporaine. Il a prêté à des interprétations nombreuses, inconciliables, souvent polémiques, rarement impartiales. Aucune, à ce jour, n'a pu en épuiser le sens et la portée.
    Cet ouvrage veut éclairer l'histoire de la Terreur en interrogeant ses origines, ses ressorts, ses modalités et la rhétorique qui lui tenait lieu de légitimité. Il décrit ce que doit la violence révolutionnaire à l'héritage de l'Ancien Régime. Il tente d'élucider la relation complexe entre Terreur et violence, entre idéologie et Terreur. Il clôt le débat sur la part des circonstances dans la dérive terroriste de l'an II.
    Instrument de la politique révolutionnaire, la Terreur ne se laisse pas enfermer dans des bornes chronologiques, écrit Patrice Gueniffey. Elle fait irruption dans le discours comme dans les pratiques dès 1789 : elle apparaît avec la Révolution pour ne disparaître qu'avec elle. Pourtant, on ne peut confondre les deux histoires. C'est en montrant ce qui les sépare qu'on découvre leur secrète parenté.

    Livre d'histoire politique, attentif aux évènements, aux idées, aux passions comme aux destins individuels, cet essai invite à relire l'histoire de la Terreur dans le langage serein de la vérité.Patrice Gueniffey, maître de conférences à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, est l'auteur notamment de Le Nombre et la raison. La Révolution française et les élections (1993).

  • Il faut près de deux ans, entre mai 1794 et mars 1796, pour que la France tourne la page de l'insurrection vendéenne. Alors que se poursuit la «  guerre sans miséricorde  », les premiers pourparlers de paix sont initiés dès le printemps 1794.
    Cette pacification militaire et politique est un processus complexe qui conduit Républicains et Vendéens à mettre fin à un conflit particulièrement violent et meurtrier. Un tel acte de concorde, qui suppose la réintégration de la Vendée dans le cadre national, ne peut se concevoir sans compromis. Combattants et civils doivent accepter les conditions d'une paix singulière, afin de permettre la reconstruction économique, sociale et morale d'un territoire ravagé.
    L'histoire de France offre peu d'exemples de pacification d'une guerre civile. À partir de sources souvent inédites, Anne Rolland-Boulestreau explore l'aventure de la jeune République française en quête d'une paix nécessaire en Vendée.
     
     
    Anne Rolland-Boulestreau est maître de conférences à l'Université catholique de l'Ouest. Spécialiste de la période révolutionnaire, elle vient de soutenir une habilitation à diriger des recherches. Ses travaux portent sur les massacres de population en guerre civile et sur les modalités politiques de pacification. Elle a récemment publié Les Colonnes infernales (Fayard, 2015).

  • Du 17 août 1792 au 31 mai 1795, la salle des Libertés, au coeur du Palais de Justice de Paris, résonna du plus tragique des épisodes de la Révolution française. Sous l'autorité de l'Accusateur public, le tristement célèbre Fouquier-Tinville, le Tribunal révolutionnaire envoya à l'échafaud plus de 2 500 personnes.
    En s'appuyant sur les actes des procès, les journaux d'époque et les dossiers inédits de certains accusés, Emmanuel Pierrat livre le récit terrifiant de ces années de guerre civile. Sous sa plume, audience après audience, prennent vie les partisans d'un retour à la paix, les tenants d'une justice implacable, mais aussi les « traîtres ». Marie-Antoinette, Danton, Olympe de Gouges, Philippe Égalité, Madame Roland, Camille Desmoulins, Jean-Pierre Brissot, Saint-Just, Robespierre. Nombreux sont ceux qui sont passés du rang de juge au box des accusés.
    En plongeant au coeur de la machine judiciaire révolutionnaire, Emmanuel Pierrat dresse le portrait de ce Tribunal de la Terreur, miroir d'un pays « qui ne se réforme pas » mais se juge lui-même avec ardeur.
    Emmanuel Pierrat est avocat au barreau de Paris, ancien membre du Conseil national des Barreaux, ancien membre du Conseil de l'Ordre et écrivain. Il est également conservateur du musée du Barreau de Paris. Il est l'auteur de plus d'une centaine d'ouvrages juridiques, de romans, de livres sur l'art, etc. Il a notamment publié, chez Albin Michel, Les Francs-Maçons sous l'Occupation, entre Résistance et Collaboration (2016), chez First, La France des vaincus passe à la barre (2018), ou encore, chez Calmann-Lévy, Les Secrets de l'affaire « J'accuse !... » (2019).

  • Ce qui fut véritablement révolutionnaire en 1789, ce ne fut pas la réunion des États généraux, le 5 mai  ; ni même la prise de la Bastille, le 14  juillet  : ce fut, le 17 juin, l'apparition de l'Assemblée nationale, autrement dit la naissance d'une représentation élue qui incarnait collectivement la souveraineté, à côté et en dehors du roi.
    Entre le peuple et ses représentants, les affiches assuraient l'indispensable circulation sans laquelle il n'est pas de démocratie possible. Les citoyens, leurs sections, leurs clubs interpellaient les élus, réclamant des changements rapides  ; les législateurs rendaient compte des débats et de leur action, dans le style enflammé de l'époque, quand ils ne démentaient pas les rumeurs et fausses nouvelles qui, déjà, troublaient l'opinion publique.
    «  Se taire est un crime quand parler est utile  », proclame en gros caractères l'une de ces belles affiches, témoignant de l'effervescence politique d'alors. Des royalistes aux babouvistes, en passant par les brissotins, les girondins, les jacobins, les hébertistes, toutes les tendances se trouvent représentées dans ce foisonnement de revendications et d'idées qu'illustre la collection de documents révolutionnaires constituée par l'ancien député Portiez de l'Oise (1765-1810).
    L'Assemblée nationale, née de la Révolution, se devait d'ouvrir au public ce fonds exceptionnel.
     
    Richard Ferrand,
    Président de l'Assemblée nationale

  • La découverte d'un monde jusqu'alors insoupçonné, à la fin du xve  siècle, suscita en Occident d'innombrables hypothèses et fantasmes. Que ce soit la localisation du Paradis terrestre au coeur de l'Amérique du Sud ou le problème de l'origine des populations indiennes, ces recherches se fondaient souvent sur des études remarquablement documentées, menées avec une rigueur que l'on peut presque dire scientifique.
    Parallèlement, parmi les populations amérindiennes, en réaction à la situation coloniale, se développèrent sur l'ensemble du continent américain des mouvements «  messianiques  » ou «  prophétiques  », récurrents dans la longue durée. Migrations vers la Terre sans Mal, attente du retour de l'Inca, vision extatique du retour des morts dans la Ghost Dance  : ces mouvements combinent des croyances et pratiques autochtones avec certains apports occidentaux, en ordonnant ces derniers selon la logique propre des systèmes de pensée indigène. Ainsi se modela au fil des siècles l'identité indienne.
    Nathan Wachtel poursuit, avec ce nouveau livre, sa réflexion sur la pluralité des perspectives historiques, leur complémentarité pour la restitution d'une histoire globale, et les traces que les traumatismes hérités du passé inscrivent dans les mémoires collectives.
     
     
    Titulaire de la chaire «  Histoire et anthropologie des sociétés méso- et sud-américaines  » au Collège de France, Nathan Wachtel est l'auteur de nombreux ouvrages, dont La Vision des vaincus. Les Indiens du Pérou devant la Conquête espagnole (1530-1570) (Gallimard, 1971), Le Retour des ancêtres. Les Indiens urus de Bolivie, xxe-xvie siècle (Gallimard, 1990), La Logique des bûchers (Seuil, 2009) et La Foi du souvenir. Labyrinthes marranes (Seuil, 2001).
     

  • Cette brève histoire de l'Ancien Régime n'a de bref que le nom, tant Emmanuel Le Roy Ladurie nous entraîne dans une histoire foisonnante et totale de cette si riche période de notre histoire. Des crises de subsistance à la violence des guerres, des conflits politiques aux affrontements religieux, l'historien embrasse le large spectre de ce que fut la France moderne. Et s'il dresse des portraits magistraux des grands de ce monde, comme Louis XI ou Catherine de Médicis, il n'en oublie pas les plus petits, ce peuple des villes et des campagnes qui travaille, se marie, construit inlassablement, affrontant le quotidien. Emmanuel Le Roy Ladurie livre ainsi une synthèse remarquable, et ce grand historien le fait avec le goût d'écrire pour le plus grand nombre. Il réfléchit également sur l'État et son fonctionnement, la façon de gouverner, l'organisation de l'administration et du pouvoir, dégageant des lignes de force qui structurent une tradition nationale - non sans quelques parallèles parfois malicieux avec l'actualité.

  • Omniprésents au Moyen Âge, les fantômes auraient dû déserter l'Europe à l'avènement de la philosophie mécaniste de Descartes et de Newton. Pourtant, des silhouettes aux contours très anciens continuèrent de peupler les mondes d'Ancien Régime  : enfants mort-nés, cadavres sans sépultures, gardiens spectraux de trésors oubliés...
    Lancée sur les traces de ces apparitions tantôt apaisantes tantôt effrayantes, Caroline Callard fait émerger les termes de ce véritable «  moment spectral  ». Au temps des crises qui marquent le début de l'âge moderne, la présence des fantômes est réaffirmée avec une urgence nouvelle. Que firent alors les vivants de ces morts refusant de se tenir tranquilles  ? Comment organisèrent-ils la cohabitation avec ces hôtes intempestifs  ? Comment cherchèrent-ils aussi, parfois, à les retenir près d'eux  ?
    Maisons hantées, amour d'outre-tombe, villes-fantômes du Nouveau Monde ou encore élaboration d'une science des spectres au tournant du xvie siècle, ce livre novateur rend à ces morts vivants la multiplicité de leurs actions dans le monde. Au fil des pages, les fantômes retrouvent la place qui fut la leur dans la société d'Ancien Régime, une place jusqu'alors mal repérée, car ténue, fugace, impérieuse aussi.
     
    Caroline Callard est directrice d'études à l'École des hautes études en sciences sociales. Elle a déjà publié Le Prince et la République, Histoire, pouvoir et société dans la Florence des Médicis au xviie siècle (Presses de la Sorbonne, 2007).

  • Modèle emblématique des grands exploitants, les fermiers de l'Île-de-France ont façonné les paysages de nos plaines, modelé l'agriculture, décrit d'étonnantes trajectoires sociales. Leurs descendants sont innombrables.
    Cette fresque de plus de trois siècles a contribué à la relance de l'histoire rurale et à l'essor d'une histoire sociale soucieuse du changement dans la longue durée. Pour l'historien, le sociologue, le démographe et le géographe, pour l'économiste, le littéraire ou l'anthropologue, pour l'observateur du monde agricole et le public curieux du passé rural ou simplement en quête de racines, ce texte qui fait référence est désormais accessible.
     
    « Le modèle pilote d'une histoire qui allie l'esprit de géométrie et l'esprit de finesse » Pierre Chaunu
    « Un ouvrage considérable » Emmanuel Le Roy Ladurie
    « Des pages d'une densité exceptionnelle » Marcel Lachiver

  • Si Camille et Lucile Desmoulins n'apparaissent plus guère dans les manuels scolaires, ils restent bien vivants dans la mémoire collective. L'un est républicain avant la république, défenseur de la liberté de la presse et homme de lettres  ; l'autre est citoyenne et diariste. Tous deux ont cru en la Révolution, ont combattu pour la liberté et l'égalité politique, ont aimé, jusqu'à la mort. Lorsqu'ils montent sur l'échafaud, en 1794, Lucile a vingt-quatre ans, dix de moins que son mari.
    À l'issue d'une patiente exploration des sources, de la mise au jour de nombreux inédits, Hervé Leuwers brosse un attachant portrait de ce couple, dont l'exigence démocratique est parfois d'une étonnante actualité. Par une histoire sensible, attentive aux émotions et à la culture de la fin du xviiie siècle, l'historien redonne vie à deux enfants des Lumières qui, pour reprendre les mots de Camille Desmoulins, ont «  rêvé une république que tout le monde eût adorée  ».

  • La Révolution française a créé, sur les ruines de l'Ancien Régime, une nouvelle communauté politique composée de citoyens égaux. Dès lors, quelle place devaient y occuper les animaux, si nombreux dans les villes et les campagnes  ? Avaient-ils eux aussi des droits  ? Pouvait-on continuer à les domestiquer et les manger  ? Étaient-ils des «  sous-citoyens  » à protéger ou une ressource à exploiter pour la nation  ?
    Dans un livre profondément novateur, fruit de nombreuses années de travail, Pierre Serna montre l'importance politique des animaux en Révolution. La police parisienne s'efforçant d'en limiter les dangers, les responsables de la ménagerie du Jardin des plantes désirent en faire un spectacle civique, pédagogique et républicain, tandis qu'agronomes et savants engagent d'ambitieuses réformes de l'élevage. Surtout, la question de l'animalité est au coeur des débats révolutionnaires. On découvrira des plaidoyers radicaux pour le régime végétarien, des projets parfois utopiques de citoyenneté animale, mais aussi l'émergence d'un racisme savant, qui instrumentalise les découvertes sur les grands singes pour mieux animaliser les esclaves noirs, et s'opposer à leur émancipation.
     
    Pierre Serna est professeur d'histoire de la Révolution française à l'université Paris  I Panthéon-Sorbonne et membre de l'Institut d'histoire de la Révolution française. Il a publié et édité de nombreux livres sur la Révolution, notamment La république des girouettes. 1789-1815 et au-delà. Une anomalie politique  : la France de l'extrême centre (Champ Vallon, 2005).

  • Unis par une légendaire inimitié, les Anglais et les Français ont fait de leur voisinage une fructueuse confrontation  ; de nombreux Britanniques ont voyagé en France, s'y sont installés et y ont importé leur mode de vie.
    Aux esthètes fortunés du XVIIIe siècle ont succédé les observateurs souvent critiques de la Révolution et de l'Empire puis les touristes, encadrés par Thomas Cook, l'inventeur du voyage de masse.
    Attirés par Paris, ses musées et ses divertissements plus légers, les Anglais ont investi de nombreuses régions (la Côte d'Azur, les Alpes et les Pyrénées). Ils ont également fait découvrir aux Français Shakespeare, leur art des jardins, leurs sports (football et rugby), le salon de thé et le pub, ainsi qu'une élégance vestimentaire illustrée par le «  beau Brummel  », modèle des dandies.
    L'Entente cordiale et les combats partagés des deux guerres mondiales ont consacré le rapprochement des deux peuples  ; la musique et la mode anglaises ont ensuite conquis les baby boomers.
    Au moment où le Brexit questionne avec une acuité renouvelée la relation du Royaume-Uni avec le reste de l'Europe et surtout sa plus proche voisine, la France, cet ouvrage apporte un éclairage historique sur plus de deux siècles d'échanges parfois houleux mais toujours étroits.

  • La société de l'Ancien Régime - et particulièrement celle du XVIIe siècle - nous est aujourd'hui à peu près aussi exotique que celle de l'Antiquité classique ou de l'Amérique précolombienne... Nous avons d'elle une vision figée par les trois siècles qui nous en séparent, et longtemps une lecture idéologique du passé de la France a stérilisé les recherches des historiens.

    Il n'en va heureusement plus ainsi de nos jours, car de nombreux travaux d'érudition ont fait " bouger les lignes " : les synthèses deviennent possibles. De cette " société d'ordres " - et en aucun cas de classes ! - Michel Vergé-Franceschi dresse ici un tableau complet et vivant, l'analysant sous un triple prisme : celui de la tradition (avec ses charges de grand veneur, grand louvetier, grand fauconnier, etc.) ; celui de l'innovation (avec par exemple ses chirurgiens qui ne sont plus barbiers, ses ingénieurs, ses officiers de marine...), enfin celui de l'ouverture, car, sous Louis XIV, et contrairement aux idées reçues, un fils de pêcheur illettré peut devenir officier général (Jean Bart), le descendant de simples artisans champenois ministre (Colbert), le rejeton de grenetiers au grenier à sel chanceliers de France et gardes des Sceaux (les d'Aligre père et fils) , etc.

    Pour reposer sur des fondements radicalement différents de ceux que nous connaissons, la société française du XVIIe siècle n'en a pas moins été, à sa manière, une société ouverte.

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