Christianisme

  • D'abord il y avait le langage, écrit Jean (I, 1-18). Il pense que son texte évangélique, ou les textes évangéliques tels qu'il les recentre, sont nécessaires mais suffisants pour qu'à chaque génération soit atteint le fond des coeurs. L'élan de vie hors de soi (appelé aussi amour parce que, comme le langage, il suppose quelque autre) est le mouvement même du langage et sa vertu illuminatrice. Il faut mais il suffit que, à chaque génération, ce mouvement s'avance à travers le texte évangélique au-devant du simple fond d'âme de chaque être humain.
    Le livre de Jean Grosjean semble le fruit de la réflexion de tout une vie sur les mots de l'évangéliste. Il nous l'offre pour nous aider à recevoir cette illumination du langage.

  • La foi chrétienne a pour singularité, origine et histoire de croire en un Dieu qui a parlé aux hommes depuis toujours et qui est venu habiter parmi eux voici deux mille ans, incarné en Jésus de Nazareth, mort sur une croix et rappelé par Dieu à la vie pour conduire l'humanité à sa destinée éternelle. Mais cette révélation, reçue de la faiblesse et de la folie de la croix, dit saint Paul, est difficile à croire, et elle tombe de si haut et vient de si loin qu'elle paraît en voie de s'effacer de la culture occidentale qu'elle a si longtemps inspirée et régentée.

    Ce livre revisite la tradition qui a répandu cette foi et éprouve si elle est encore capable de donner à croire que Dieu vient aux hommes du futur de notre destin.
    Le nom de Dieu apparaît en toutes langues avec les premières traces de la rationalité humaine ; le dieu des Hébreux surgit lui-même du panthéon du Proche-Orient ancien avant d'être promu Dieu unique par les prophètes d'Israël ; Jésus, se disant envoyé par lui, qu'il appelle Père, le fait reconnaître Père commun de tous les hommes qui veut les réconcilier avec lui et entre eux pour en faire ses fils. Recueillant son enseignement, la tradition chrétienne proclame que Jésus est le Fils éternel de Dieu, né homme de la Vierge Marie pour régénérer l'humanité dans l'Esprit de Dieu et la conduire par l'Église à la vie éternelle.
    Mais la science moderne des textes bibliques et évangéliques a creusé un fossé entre ce qu'on peut connaître avec certitude de l'histoire de Jésus et l'interprétation qui en est faite par le dogme de l'Église, dogme que l'évolution des esprits rend peu crédible à nos contemporains. Aussi, les théologiens, qui entendent respecter la vérité historique des textes et les rendre intelligibles à notre temps, se sentent obligés de repenser cette tradition en son entier sous l'éclairage d'une foi critique. Telle est l'ambition de ce livre : entreprendre une démarche de véracité et de liberté dans la recherche du sens de la foi.

    Il s'attachera dans ce but à déchiffrer le mystère qui tend à s'exprimer sous le mythe de la préexistence du Christ, idée qui est à la base de l'articulation dans le dogme des concepts de trinité, incarnation et rédemption : il s'agit en fait de la révélation de l'humanité de Dieu, comprise comme l'amour par lequel il entre en communication avec les hommes pour les libérer de leur finitude, du repli égoïste et mortifère de chacun sur soi qui les empêche de parvenir à l'unité entre eux et avec l'univers.

    Un second livre, en préparation, envisagera de dire, dans un langage dépouillé de technicité, en quoi consistent la vie et la mission de l'Église, vie de communion fraternelle dans l'Esprit du Christ, mission de "salut" ou d'humanisation du monde.

  • Voici, issue du 1er livre des Rois, l'histoire du prophète Élie. Roman d'aventures, poème, méditation philosophique? En tout cas, un texte dont la magie de l'écriture ravive les couleurs d'une très vieille histoire.
    Élie le Tishbite, le terrible ennemi des rois, celui qui prédit à Jézabel que les chiens la dévoreraient, l'égorgeur de 450 prophètes de Baal, l'anéantisseur de cent soldats, le responsable de la famine et de la sécheresse, laisse oublier ici son visage de prophète en colère. Il est plutôt celui dont le Livre dit que Iahvé se manifeste à lui à travers 'le son d'une brise légère'. Élie, vu par Jean Grosjean, ne tue pas les faux prophètes. Il pleure. Il s'identifie aux saisons. Il vit dans 'une permanente cascade d'instants'. La voix de Dieu se fait pour lui murmures, musique, bruissement de feuilles. Par anticipation, il lui sera donné d'entendre la parole ultime : 'Élie, Élie, pourquoi m'as-tu abandonné?' Les pages de ce livre, l'image qu'elles nous donnent d'Élie, participent de 'cette tranquillité où d'infimes événements dissolvent les millénaires'.

  • "À travers l'obscurité du ramage choral et les relents d'une ferveur de foule, Samson, malgré ses paupières d'aveugle, s'est mis à voir tourner un vol d'étourneaux au fond d'un ciel immense... Il s'est à peine aperçu que se dérobaient sous ses mains les deux piliers centraux sur lesquels elles s'étaient appuyées."

  • Ce texte d'une trentaine de feuillets occupe les p.491-520 de l'Oeuvre poétique.

  • Après l'élimination de Cambyse, le lieutenant Darius est nommé roi. C'est l'hippomancie qui l'a désigné : son cheval a henni le premier. Le nouveau souverain va trouver au palais un étranger, déporté de Juda, Daniel. Cet homme, ce prophète, a déjà servi plusieurs rois comme conseiller : entre Darius et lui vont s'établir des rapports étranges. L'important, dans leur dialogue, c'est ce qui n'est pas dit. Daniel parle peu. 'Comme tu sais te dérober quand tu te confies !' lui dit Darius.
    Pris au piège de ses propres décrets, Darius va être obligé de faire jeter Daniel dans la fosse aux lions. Mais on sait que les fauves royaux ont épargné le prophète. Darius retrouve avec bonheur les silences de son confident. Le roi, parfois, se montre aussi subversif que le prophète.
    '... les gens sont indifférents. Peu leur importe le gouvernant, ils le méprisent. Ils n'ont pas de haine, ils pensent seulement qu'un maître n'est maître que par tromperie ou cruauté. Régner est pour eux signe d'inintelligence.' Librement inspiré d'Hérodote et du livre de Daniel, jouant de l'anachronisme, ce récit nous apporte les renversements de perspective dont Jean Grosjean est coutumier :
    'Un boeuf ne sait pas que c'est le ciel qui tire la terre en sens inverse sous ses pieds et sous le soc.'

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