Anthropologie

  • Un livre incontournable savant et savoureux, sur la composition et le déroulement du repas épicurien libanais.

  • Comment expliquer les ressemblances troublantes que l'on observe entre des mythes dont l'aire de répartition fait parfois le tour de la Terre, alors même que les populations auprès desquelles ils ont été recueillis, distantes dans l'espace ou dans le temps, n'ont pu se côtoyer ? Se pourrait-il que cet air de famille relève non de convergences fortuites mais de véritables liens de parenté unissant des récits transmis de génération en génération au fil du peuplement humain de la planète ? En empruntant aux biologistes de l'évolution leurs méthodes statistiques de classification des espèces du vivant sous forme d'arbres phylogénétiques, cet ouvrage novateur entreprend d'étayer de manière rigoureuse une intuition fondatrice de la mythologie comparée.
    De Polyphème à la Femme-Oiseau et à la Ménagère mystérieuse, en passant par le Plongeon cosmogonique, le Soleil volé et les mythes de matriarchie primitive, Julien d'Huy montre comment des récits apparemment disjoints les uns des autres se ramifient autour de troncs communs, qui s'enracinent dans les profondeurs de la Préhistoire. Suivant leur évolution, ponctuée d'altérations, d'emprunts et d'oublis, au gré des pérégrinations de notre espèce, il retrace la généalogie de grandes familles de mythes qui se sont propagées depuis des temps immémoriaux.
    Mais la reconstitution de ce processus de transmission d'un patrimoine mythologique ouvre une perspective plus vertigineuse encore : reconstruire les protorécits dont les versions documentées sont issues ; autrement dit, faire à nouveau résonner les premiers mythes de l'humanité et appréhender la vision à travers laquelle nos lointains ancêtres donnaient sens au monde qui était le leur.

  • De l'émergence d'homo sapiens à nos jours, cette brève histoire de l'humanité est délibérément tournée vers l'intelligence du monde tel qu'il se recompose sous nos yeux.
    Or, c'est dans les profondeurs les moins conscientes de la vie sociale, celles auxquelles Emmanuel Todd a consacré sa vie de chercheur, que gît l'explication de ce qui nous apparaît aujourd'hui comme le grand désordre du monde.
    Il s'agit ainsi de saisir la dynamique de longue durée des systèmes familiaux, l'articulation de ces systèmes avec la religion et l'idéologie, d'explorer les ruptures induites par le progrès éducatif si l'on veut comprendre l'effet de divergence qui affecte les nations avancées : le paradoxe d'un homo americanus simultanément innovateur et archaïque, le phénomène Trump, le manque de réalisme des volontés de puissance allemande et chinoise, l'efficacité russe, la renonciation japonaise. Cette plongée dans les profondeurs inconscientes de la vie sociale permet aussi d'expliquer les récentes métamorphoses de l'Europe et le Brexit.
    Cette revisitation magistrale de l'histoire de l'humanité nous permet finalement d'apercevoir en toute lucidité ce qui nous attend demain.
    Emmanuel Todd est historien et anthropologue. Il a notamment publié Le Rendez-vous des civilisations (Seuil, 2007, avec Youssef Courbage), Après la démocratie (Gallimard, 2008), L'Origine des systèmes familiaux (vol. 1, Gallimard, 2011) et Qui est Charlie ? (Seuil, 2015).

  • Philippe Descola est aujourd'hui l'anthropologue français le plus commenté au monde, au point d'apparaître comme le successeur légitime de Claude Lévi-Strauss. De ses enquêtes auprès des Indiens jivaros de Haute-Amazonie à son enseignement au Collège de France, il revient sur son parcours d'anthropologue - son expérience du terrain et les discussions qui ont animé l'anthropologie des années 1970 et 1980 -, et éclaire aussi la question environnementale et le droit des sociétés indigènes. Dans cette synthèse sous forme d'entretiens, il s'intéresse tout particulièrement à nos façons d'habiter une planète remplie de « non-humains » - plantes, animaux ou esprits. Ce faisant, il propose l'une des critiques les plus inventives du modèle occidental.

  • Considéré comme un des grands anthropologues français du XXe siècle, Philippe Descola réalise son premier terrain en Amazonie. En ethnographe, il vit des années durant au sein de la tribu des Jivaros Achuar, et observe les relations que ces Amérindiens entretiennent avec les êtres de la nature. En ethnologue, il montre que l'opposition traditionnellement établie en Occident entre nature et culture ne se vérifie pas chez les Achuar, qui attribuent des caractéristiques humaines à la nature. En anthropologue enfin, il définit quatre modes de rapport au monde que sont le totémisme, l'animisme, le naturalisme et l'analogisme permettant de rendre compte des relations de l'homme à son environnement.

    En un texte clair et didactique, Philippe Descola nous restitue les grandes étapes de son parcours et nous introduit de manière vivante à la pratique de l'anthropologie et à une " écologie des relations ".

  • Ce livre est un outil précieux pour comprendre les cultures
    et traditions noires et pour combattre les discriminations et le racisme.

    Ainsi parla l'Oncle, premier manifeste de la condition noire, a inspiré les auteurs du mouvement de la négritude. Jean Price-Mars y explore les traditions, les légendes du vaudou et l'héritage africain qui fondent les cultures noires.

    Rééditée dans un nouveau format, cette oeuvre monumentale a servi de bréviaire aux intellectuels des peuples noirs. Pour penser le monde, pour comprendre les mécanismes de l'aliénation, soit du « bovarysme culturel », Jean Price-Mars a mis en avant les traditions, les légendes populaires, le vaudou et tout l'héritage africain qui fondent les cultures noires.

    Ce qu'on en a dit:
    « Le plus célèbre essai de la littérature haïtienne. », Dany Laferrière

    « Au bout de ma quête, je devais trouver Alain Locke et Jean Price-Mars. Et je lus Ainsi parla l'Oncle d'un trait comme l'eau de la citerne, au soir, après une longue étape dans le désert, j'étais comblé... », Léopold Sédar Senghor

    « Ainsi parla l'Oncle (...) illumine de manière magistrale les efforts que nos pères ont dû accomplir pour entrer (et nous après eux) dans le cercle interdit de l'humanité. », Maryse Condé

    L'auteur
    Jean Price-Mars (1876-1969), médecin, ethnographe, diplomate, homme d'État, pédagogue et écrivain, est considéré comme le principal maître à penser haïtien du XXe siècle.

  • Le plastique est désormais omniprésent. On connaît tous ces images spectaculaires de tonnes de déchets flottant en mer ou de carcasses d'oiseaux le ventre rempli de plastique. On en retrouve aussi des particules microscopiques là où on s'y attendait le moins: dans les profondeurs marines jusqu'aux cimes des plus grands sommets en passant par l'ensemble de la chaîne alimentaire... et nos propres corps. Couramment utilisés dans une multitude d'emballages et de produits du quotidien, la plupart des plastiques peuvent en effet libérer des substances chimiques et persister très longtemps dans l'environnement. Pour atténuer les effets de ce matériau toxique et polluant, on fait miroiter les promesses du recyclage qui tiennent plutôt du mirage.Et si nous prenions le problème à sa source? Et si nous devenions les protagonistes de notre consommation? La surabondance de particules plastiques qui étouffent la nature et mettent en péril notre santé est telle que nous ne pouvons l'éradiquer complètement. Ce que nous pouvons faire, par contre, c'est freiner l'afflux de nouveau plastique dans nos vies, ce à quoi nous invitent justement les auteur.e.s de ce guide en nous donnant tous les outils pour y arriver.Ouvrage de vulgarisation qui nous permet de mieux connaître les différents plastiques et leurs dangers à court et à long terme, Vivre sans plastique est aussi une véritable boîte à outils pour parvenir à nous en passer au quotidien. Chantal Plamondon et Jay Sinha montrent comment analyser notre utilisation personnelle de plastique et donnent des idées de substituts sûrs, réutilisables et abordables, confirmant ainsi que nos choix personnels représentent une puissante force de changement.

  • Il y a une dizaine de milliers d'années, la sédenta­ri­sation des groupes humains, l'émergence de l'agriculture et l'établissement des premiers États ont jeté les bases de notre civilisation. Et si cette «révolution néolithique» n'était qu'une parenthèse malheureuse dans le cours de l'histoire humaine, comme le prétendent les primitivistes ? Et si ces événements, loin d'être «civilisateurs», avaient précipité l'humanité dans un processus écocide et autodestructeur dont nous mesurons seulement aujourd'hui toute la gravité? Stimulé par ces questions qui imprègnent les débats écologistes depuis les années 1960, Pierre Madelin examine d'un regard critique les fondements historiques et anthropologiques de cette théorie selon laquelle les multiples formes de domination ne sont pas inhérentes à la vie sociale, mais résultent de cette «catastrophe fondatrice» du Néolithique. Or le primitivisme se révèle une impasse politique, affirme l'auteur: plutôt que de mythifier la vie préhistorique en anticipant l'effondrement de la civilisation industrielle, ne vaudrait-il pas mieux se mobiliser pour une transition vers une société agroécologique?

  • Qu'est-ce qu'un rapport social ? Y a-t-il une " essence " de l'homme ? Quels sont les différents systèmes de parenté ? Que nous apprend la mort sur la vie des hommes ? Quels sont, tout compte fait, aux yeux de l'anthropologue, les fondamentaux de la vie sociale ?

    Abordant ces questions qui constituent à la fois l'objet des enquêtes de terrain et le coeur de la réfl exion des sciences sociales, Maurice Godelier identifi e notamment cinq préconditions de l'existence qui dessinent une " nature humaine ", à laquelle s'ajoute toujours le caractère imprévisible et ouvert du devenir historique.

    Soulignant les apports de sa discipline pour la compréhension des sociétés humaines dans leur diversité, Maurice Godelier revient de manière vivante sur les grands jalons de ses recherches, défend à la fois distanciation méthodologique et sens de l'engagement, et dresse, à rebours d'un certain discours post-moderne, un portrait de l'anthropologue en savant de l'humanité toute entière.


  • « J'ai des choses à dire à mes enfants... »
    Invité par la forêt amazonienne à lui prêter sa plume, Laurent Huguelit nous fait découvrir l'enseignement de ce grand esprit que les peuples indigènes appellent « Madre » - la Mère.

    Présentation
    C'est lors d'un séjour en Amazonie que l'auteur a été désigné porte-parole de la grande forêt par l'esprit de la mère de toutes les mères en personne. Conformément au contrat spirituel qui s'est lié au sein de cette matrice végétale, Laurent Huguelit a mis sur papier les paroles, les visions, les impressions et les anecdotes que la forêt lui a demandé d'exprimer. C'est un enseignement prodigué par la nature qui nous est livré dans ces pages, un pèlerinage au coeur de la grande famille du vivant. On y croise, tour à tour, l'arbre ancestral, la clarté de la conscience, la compassion, les chamanes et leurs chants de guérison - mais également, parce que tout doit être connu, les affres de l'obscurité. Avec Mère, l'intention de la forêt est de rétablir le lien sacré qui relie l'humanité à la planète Terre, pour qu'une nouvelle conscience puisse émerger - et pour que les enfants de la forêt retrouvent celle qui les a vu naître et grandir. Pour qu'ils la respectent, la préservent et l'aiment.

    L'auteur
    Chamane suisse et pratiquant bouddhiste formé aux traditions de différentes cultures comme aux techniques modernes développées en Occident, Laurent Huguelit est le fondateur de L'Outre-Monde, un centre de pratiques chamaniques. Il est aussi membre de la Faculté des enseignants de la FSS (Foundation for Shamanic Studies, créée par l'anthropologue Michael Harner) pour les pays francophones d'Europe.
    Auteur de Les Huit Circuits de conscience et co-auteur de Le Chamane & le Psy, Laurent Huguelit a également préfacé La Voie du chamane, Caverne et Cosmos et Chamanes célestes, publiés chez Mama Éditions.

  • Marqué par l'expérience de l'exil, ce volume témoigne d'un moment à la fois biographique et historique au cours duquel, comme nombre d'artistes et savants juifs européens, Claude Lévi-Strauss est réfugié à New York. Écrits entre 1941 et 1947, alors qu'il n'a pas encore délaissé ses réflexions politiques, les dix-sept chapitres de ce livre restituent une préhistoire de l'anthropologie structurale.
    Ces années américaines sont aussi celles de la prise de conscience de catastrophes historiques irrémédiables : l'extermination des Indiens d'Amérique, le génocide des Juifs d'Europe. À partir des années 1950, l'anthropologie de Lévi-Strauss semble sourdement travaillée par le souvenir et la possibilité de la Shoah, qui n'est jamais nommée.
    L'idée de " signifiant zéro " est au fondement même du structuralisme. Parler d'Anthropologie structurale zéro, c'est donc revenir à la source d'une pensée qui a bouleversé notre conception de l'humain. Mais cette préhistoire des Anthropologies structurales un et deux souligne aussi le sentiment de tabula rasa qui animait leur auteur au sortir de la guerre et le projet – partagé avec d'autres – d'un recommencement civilisationnel sur des bases nouvelles.
    Vincent Debaene

  • Qu'est-ce que qui fait société ?

    Ce ne sont ni les rapports de parenté, ni les rapports économiques, mais bien les rapports politico-religieux (les rites d'initiation, les institutions, les valeurs, etc.). L'analyse de ces rapports politico-religieux est essentielle à la compréhension des identités en conflit... ces identités plus que jamais réaffirmées et revendiquées avec l'entrée dans l'économie capitaliste mondialisée. Pour mieux saisir les grands enjeux actuels de notre monde globalisé et fracturé, l'anthropologie est plus utile que jamais.

  • Le tourisme est la première industrie mondiale, même s'il est pratiqué par seulement 3,5 % de la population... Un luxe réservé aux occidentaux qui, depuis l'avènement des congés payés, ont intégré «un devoir d'ailleurs et de loisirs». Mais qui n'a pas senti ce malaise, dans une boutique de souvenirs ou sur une plage des Caraïbes couvertes de baigneurs blancs? Qui n'a jamais ramené de vacances le sentiment de l'absurde? Car même les mieux intentionnés des voyageurs contribuent malgré eux à la mondophagie touristique. Et rien ne semble pouvoir arrêter cette conquête démesurée des quatre coins du monde: ni la pollution qu'elle impose, ni la disparition des spécificités culturelles qu'elle vient niveler et encore moins la conscience de l'Autre qu'elle réduit à une relation marchande. Pouvons-nous nous évader du tourisme? Rodolphe Christin nous invite à retrouver l'essence du voyage: préférer le chemin à la destination, et «disparaître» plutôt qu'apparaître partout.

  • C'est l'inquiétude face aux changements climatiques qui a incité Matt Hern, Am Johal et le bédéiste de réputation internationale Joe Sacco à entreprendre un road trip partant de la très progressiste et écologique Vancouver pour se rendre au coeur des champs de sables bitumineux du nord-ouest du Canada. Leur projet ? Aller à la rencontre des gens qui vivent de l'extraction de la ressource naturelle réputée la plus polluante de la planète et des hommes et femmes qui sont aux premières loges du désastre écologique qu'elle provoque.

    Mêlant le carnet de voyage, l'analyse politique et la théorie écologiste, Réchauffement planétaire et douceur de vivre dévoile avec finesse les impacts des changements climatiques sur les diverses communautés qui peuplent un territoire colonisé par l'industrie. Au fil de ce périple, il apparaît manifeste que toute écologie doit partir d'un processus de décolonisation, et chercher une nouvelle façon d'être dans le monde, quelque chose comme ce que Kojève appelait la « douceur de vivre ».

  • Comment résister à la peur et à l'impuissance que provoquent aujourd'hui les extinctions de masse dans la grande " famille des vivants " ? Deborah Bird Rose nous propose ici de penser, sentir et imaginer à partir d'un terrain concret et situé : les manières de vivre et de mourir avec les chiens sauvages d'Australie, les dingos, cibles d'une féroce tentative d'éradication.
    En apprenant des pratiques aborigènes, de leurs manières de se connecter aux autres vivants, elle active une puissance que la Raison occidentale a dévolue aux seuls humains : l'amour. Que devient cette capacité de répondre à l'autre, cette responsabilité, quand elle s'adresse à tous les terrestres ? En s'attachant à des bribes d'histoires logées dans nos grands récits moraux et philosophiques, elle fait sentir que le non-humain continue d'insister silencieusement et que cet appel, perçu par Lévinas dans les yeux d'un chien rencontré dans un camp de prisonniers en Allemagne nazie, n'en a pas fini de nous saisir et de nous transformer.
    Il s'agit de faire sentir et aimer la fragilité des mondes qui se font et se défont, au sein desquels des vivants hurlent contre l'inexorable faillite, tressent des chants inoubliables. Les faits parlent d'eux-mêmes, disent parfois les scientifiques de laboratoire. Ici, ils nous parlent.

  • À mi-chemin du récit et de l'étude sociologique, Anthropologie est une enquête en creux, née de l'impression suscitée par le regard d'une jeune Rom qui s'adonne à la mendicité devant un centre commercial. Troublé par ce visage, qui éveille en lui toutes sortes d'interrogations, l'auteur évite d'abord la rencontre. Il se contente d'analyser les propos que tiennent ses proches au sujet de cette fille. Cette expérience, lui semblant insuffisante, il décide finalement de rencontrer celle qui est à l'origine de son trouble. Mais elle disparaît justement à ce moment-là. Il tente alors de la retrouver et de percer le secret de cette figure devenue obsédante, dont il est peut-être amoureux.
    À la façon du héros de Mr. Arkadin d'Orson Welles, il part à la recherche de tous ceux qui ont pu la croiser et recueille leurs témoignages. Mais ces paroles fragmentaires, parfois contradictoires, ne lui permettent pas d'éclaircir le mystère. L'enquête ne peut cependant se réduire à un échec.
    Cette quête minutieuse, traque d'une absence, constitue un programme en soi, une discipline de vie. Il s'en dégage un tableau sociologique de la France contemporaine et de ses "exclus". Avec cet ouvrage, Éric Chauvier jette les bases d'une nouvelle façon de concevoir et de pratiquer l'anthropologie.

  • Les anthropologues et les écrivains de science-fiction ne poursuivent-ils pas au fond une même quête, celle de l'altérité radicale ? Certes, tandis que les seconds recourent à la fiction pour figurer le monde vertigineux des aliens peuplant leur esprit, les premiers se recommandent de la science pour décrire des sociétés autres qui, aussi étranges et stupéfiantes que nous soient donné à voir leurs moeurs et leurs mentalités, n'en sont pas moins réelles. Cette frontière des genres, il arrive pourtant que certains anthropologues la franchissent : escamotant les modes de pensée des cultures qu'ils se proposent d'étudier, ils y projettent alors leur propre imaginaire métaphysique.
    1900-1925 : Lucien Lévy-Bruhl invente une pensée prélogique qu'il attribue aux sociétés dites primitives. 1925-1950 : Benjamin Lee Whorf invente une pensée de l'événement qu'il considère comme immanente à la langue des Hopi. 1950-1975 : Carlos Castaneda invente une pensée psychédélique qu'il prête à un Yaqui imaginaire. 1975-2000 : Eduardo Viveiros de Castro invente une pensée multinaturaliste qu'il prétend dérivée des traditions amérindiennes.
    En exposant le brouillage des niveaux de réalité dans lequel excelle un écrivain comme Philip K. Dick pour faire résonner son oeuvre avec les fabulations théoriques de cette école de pensée informelle, Pierre Déléage entreprend une archéologie de la subjectivité spéculative et s'essaie à nouer autrement les relations, toujours conflictuelles mais toujours productives, entre science et fiction.

  • La publication d'Esquisse d'une théorie générale de la magie en 1904 dans L'Année sociologique est l'aboutissement d'une longue collaboration entre Marcel Mauss et Henri Hubert, débutée avec la parution de l'Essai sur la nature et la fonction du sacrifice en 1899 dans cette même revue. Collègues à l'École Pratique des Hautes Études, Hubert étudiait la magie dans l'Antiquité grecque et romaine, tandis que Mauss en décrivait les formes en Australie, en Malaisie, en Inde, au Mexique ou dans le judaïsme ancien. Pourtant, si l'analyse de la magie résultait logiquement à leurs yeux de celle du sacrifice, ce lien s'est ensuite dissous dans les rééditions des textes de Marcel Mauss. Cette édition permet de réinterroger les liens entre les trois piliers de sa réflexion que sont le sacrifice, la magie et le don. L'approche d'Hubert et Mauss se ressent également du contexte politique très particulier de l'affaire Dreyfus, qui se déroule pendant la rédaction de leurs articles. Cette séquence historique révéle alors des phénomènes irrationnels au coeur de l'État républicain, et oblige les universitaires à utiliser la preuve scientifique pour les combattre. C'est dans cet espace entre l'individualisme et la raison d'État, alors au coeur des débats politiques, que prennent sens les analyses de la magie et du sacrifice entre l'officieux et l'officiel, entre l'individuel et le collectif.

  • Qu'est-ce qu'un rituel ? Comment le met-on en images ? Ce livre raconte comment l'on raconte. Rédigé après les tournages des quinze documentaires de la série télévisée Rituels du monde, diffusée sur Arte, il reprend ces histoires et en raconte une autre. Celle d'une jeune anthropologue qui a eu la chance de suivre des individus de tous horizons dans leurs métamorphoses et qui relate aujourd'hui, avec un point de vue partiel et partial, l'accueil que l'ailleurs lui a fait, les bouleversements qu'il a entraînés, les joies et les peines qu'il a déclenchées. Au-delà des rituels, ces textes parlent de rencontres et proposent une réflexion sur notre rapport aux autres cultures - et donc à la nôtre.

  • Santé et environnement

    William Dab

    « Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et favorable à sa santé », énonce l'article premier de notre Charte de l'Environnement. Mais comment mettre en oeuvre un tel principe ? Car si l'effet de l'environnement sur la santé est avéré, l'évaluation des conséquences des expositions aux divers facteurs environnementaux n'est pas chose aisée dans notre monde de nouveaux risques. Ces risques ne sont pas directement observables. Pour les mesurer, il faut des outils scientifiques spécialisés. William Dab présente les méthodes qui permettent d'évaluer les risques liés à l'environnement et de les gérer dans un contexte d'incertitude des connaissances. Il montre comment, au-delà des périodes médiatisées de crises sanitaires, une politique de santé environnementale fondée sur une approche rationnelle du principe de précaution est possible et nécessaire.

  • Les avancées récentes de l'anthropologie l'ont amplement démontré : la partition nature/culture qui fonde l'ontologie moderne occidentale et qui s'est imposée partout n'est pas la seule façon d'être au monde, encore moins la forme ultime de la civilisation. Un tel dualisme, qui sépare corps et esprit, émotion et raison, sauvage et civilisé, acteur et chercheur, humains et autres qu'humains, nous empêche de nous vivre comme partie du monde et nous conduit à le détruire. Dès lors, le projet émancipateur ne saurait se limiter à " changer le monde ". Il s'agit aujourd'hui de changer de monde.
    Des mouvements indigènes du Sud aux "zones à défendre" (ZAD) du Nord, les conflits politiques renvoient à des visions divergentes quant à la composition du monde et aux façons d'en prendre soin. Autrement dit, à un conflit ontologique. Comment, à l'heure de la crise écologique et face à l'échec de la mondialisation, penser cette dimension ontologique de la politique ? Comment engager notre transition, en dialogue avec luttes des peuples non-occidentaux et les cosmologies non-modernes, pour habiter en conscience le plurivers, ce monde des mondes qu'est notre planète ?
    Arturo Escobar, d'origine colombienne, est professeur d'anthropologie à l'université de North Carolina aux États-Unis. Il est mondialement connu pour sa critique du développement et d'une domination occidentale responsable de l'appauvrissement des mondes (Encountering development, 1996 ; World Anthropologies, 2006).
    Texte adapté avec la collaboration de l'auteur, préfacé et traduit par Roberto Andrade Pérez, Anne-Laure Bonvalot, Ella Bordai, Claude Bourguignon et Philippe Colin (collectif l'Atelier La Minga), avec l'appui du Réseau d'études décoloniales.
    Postface par Anna Bednik, membre du collectif ALDEAH (Alternatives au développement extractiviste et anthropocentré) et auteure de Extractivisme. Exploitation industrielle de la nature (Le Passager clandestin, 2016).

  • Père fondateur de l'anthropologie américaine, Franz Boas consacre une partie de sa vie à l'étude des tribus indiennes de la côte nord-ouest des États-Unis. S'intéressant autant aux mythes, aux pratiques sociales, aux rites et aux arts qu'à la linguistique, à l'économie ou à l'anthropologie physique, il collecte récits, partitions musicales, photographies, statistiques, rêves et dessins. Grâce à l'extraordinaire richesse des matériaux compilés lors de ses terrains, Boas propose une démarche fondamentale pour l'anthropologie : refusant de considérer une culture comme un îlot immobile, l'anthropologue s'attache à en retracer l'histoire et les changements, définissant une identité en perpétuel mouvement. Sélection de textes traduits de l'anglais et de l'allemand, ce recueil propose pour la première fois les principaux textes de ce grand classique des sciences sociales, qui fut une des premières sources du travail de Marcel Mauss sur le potlatch et de Claude Lévi-Strauss sur les mythes.

  • écrits sur la Chine Nouv.

    Joël Thoraval est l'auteur d'une œuvre majeure sur la Chine contemporaine, publiée jusqu'à maintenant de manière dispersée et en diverses langues dans de multiples revues et volumes spécialisés. Cet ouvrage rassemble pour la première fois une sélection de ses écrits les plus importants et reflète la préoccupation qui fut constamment la sienne de comprendre la Chine contemporaine à la fois dans sa dimension " populaire " à travers des ethnographies de communautés lignagères, religieuses ou encore de groupes confucéens et dans sa dimension élitiste, au moyen d'enquêtes sur le monde intellectuel, la circulation des idées et l'impact en Chine de l'importation de catégories et de concepts occidentaux.

    A côté d'études sur de grands thèmes anthropologiques comme l'ethnicité, la religion ou la mort, ces Écrits sur la Chine nous proposent également des réflexions profondes sur le statut de la philosophie en Chine, le devenir moderne du confucianisme ou l'évolution de la société et de la culture chinoises postmaoïstes. Ces textes denses, souvent éblouissants par leur érudition et leur capacité à traverser les frontières des disciplines académiques, constituent une formidable incursion dans la Chine d'aujourd'hui.

    Textes rassemblés et présentés par Sébastien Billioud et Laure Zhang-Thoraval

    Postface de Maurice Godelier

  • Qu'est-ce que l'inceste ? Pourquoi toutes les sociétés humaines l'interdisent-elles, alors que, paradoxalement, ce que l'une définit comme incestueux ne l'est pas forcément chez d'autre ? Que vise donc la prohibition de l'inceste: interdire la relation sexuelle ou le mariage avec un proche, ou bien favoriser un besoin vital aux groupes humains et, en particulier, aux familles - celui de se relier, pour survivre, à d'autres groupes ? Publié en 1897, seize ans avant le Totem et Tabou de Freud, La Prohibition de l'inceste et ses origines est un texte profondément novateur qui met à mal les explications communes de l'interdit de l'inceste. Emile Durkheim (1858 - 1917) est le père de la sociologie française. Parmi ses ouvrages les plus célébres, figurent Les Règles de la méthode sociologique (1894) et Le Suicide (1897).

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