• Le numérique s'impose dans (presque) la totalité de notre vie. Y échappaient encore notre psychisme, notre santé mentale. Les développements de la e-santé mentale et de la e-psychiatrie vont en étendre l'influence jusqu'à ce qui constituait le coeur de notre intériorité.

    Dès à présent, toute personne présentant un problème de santé mentale peut trouver un ensemble d'applications pour son smartphone. De très nombreux travaux en montrent l'intérêt, l'efficacité, les risques aussi, dans la prévention et le soin. Mais très au-delà des applications actuelles, les technologies mobiles connectées permettront bientôt une extension ubiquitaire du potentiel d'observation et d'action en médecine mentale, et s'inséreront finement dans les moindres interstices de nos vies publiques et intimes.

    Quels en sont l'efficacité et les risques ? Comment nous "réinventer" dans univers connecté, potentiellement transparent, que rend prévisible leur développement en santé mentale ? Quelles sont les régulations nécessaires, et celles qui sont possibles ? Comment en exploiter au mieux le potentiel de ces évolutions ?

    C'est une analyse approfondie et sans concessions de ces questions qu'entreprend cet ouvrage, solidement ancré dans les travaux les plus actuels de la psychiatrie et des neurosciences, des sciences sociales, de l'épistémologie, de la philosophie de l'esprit, et des sciences de l'information et de la communication.

    Destiné aux professionnels de la santé, de la e-santé, aux décideurs politiques, il intéressera aussi les citoyens concernés par l'avenir de leur santé mentale.

  • La dépression concerne chaque année plusieurs centaines de milliers de personnes en France, et elle peut avoir des conséquences désastreuses. Les connaissances sur ses mécanismes et sur les stratégies thérapeutiques efficaces se sont développées de façon exponentielle au cours de la dernière décennie. Elles montrent que, si les solutions à la souffrance dépressive existent, elles sont le plus souvent complexes, et qu'une compréhension fine de leurs fondements est indispensable à une efficacité réelle et durable. C'est à une telle compréhension que vise cet ouvrage, en s'appuyant sur une analyse critique approfondie des études scientifiques les plus récentes. 
    Comment la dépression « se fabrique-t-elle » ? Comment s'en sortir et éviter de rechuter ? Quelle est l'efficacité des multiples propositions de solutions disponibles ? Comment les articuler de façon cohérente et adaptée à la spécificité de chaque situation ? Quels sont les intérêts et les limites de l'approche « evidence-based » en santé mentale ? 
    Tant les personnes souffrant de dépression et leurs proches que les professionnels concernés trouveront ici matière à nourrir leur compréhension et à développer leurs possibilités d'actions dans la prévention et la résolution des troubles dépressifs. 

  • Extrait

    Introduction
    Depuis 2 décennies, la santé mentale (pré)occupe beaucoup les sociétés occidentales. Dépression, anxiété, autisme, hyperactivité, troubles du comportement alimentaire, burnout, souffrance psychosociale, suicide… Ces thèmes mobilisent aujourd’hui des moyens considérables dans les dispositifs de santé publique, et comme le précise un slogan classiquement utilisé dans les campagnes d’information « tout le monde est concerné ». Des données telles que « 1 personne sur 4 est concernée par un trouble mental », « la dépression est la deuxième charge de morbidité dans le monde industrialisé », « le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes » sont fréquemment invoquées. Comme le précise le sociologue Alain Ehrenberg, « la subjectivité, l’affect, les émotions, les sentiments moraux, la vie psychique imprègnent aujourd’hui l’ensemble de la société et opèrent une percée notable au sein de la communauté scientifique. Des notions comme la santé mentale et la souffrance psychique qui n’avaient guère d’importance avant le tournant des années 1980 occupent désormais une place majeure » (1) –p. 11-.
    Ce modeste ouvrage a pour objectif de fournir quelques clés de compréhension sur ce dont il est question lorsqu’on parle ainsi de « santé mentale », de « troubles mentaux », de « souffrance psychique », et de fournir les bases nécessaires pour comprendre ce domaine et utiliser efficacement les stratégies d’interventions produites dans le champ scientifique pour améliorer la dite santé mentale – qui seront présentées dans un deuxième ouvrage de cette même collection (2).
    Conçu comme les autres ouvrages de cette collection pour être lu en moins de 90 minutes, ce livre n’ambitionne évidemment pas de faire le tour d’un domaine particulièrement difficile, puisqu’il concerne ce qui distingue l’humain au sein du règne animal, la complexité de sa vie psychique, relationnelle, sociale. Il se centre au contraire sur deux manières de concevoir la santé mentale que nous pouvons considérer comme « idéal-typiques » des multiples théories, courants, écoles et points de vue qui organisent le champ foisonnant de la recherche scientifique en santé mentale. L’une, celle de la psychiatrie scientifique internationale, qui trouve sa formalisation dans le célèbre « Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux », le DSM, s’intéresse essentiellement aux différentes manières d’aller mal (et d’y remédier). L’autre, davantage portée par la psychologie, et en particulier ce qu’il est convenu d’appeler la psychologie positive, s’intéresse plutôt aux différentes manières d’aller bien (et d’aller mieux). Ces deux « courants », qui ont chacun développé opérationnellement leurs concepts, leurs outils de mesure, leurs procédures d’évaluations – que nous présenterons dans la seconde partie… s’ancrent également dans des positionnements philosophiques et anthropologiques (des modèles de l’humain et de la santé) qu’il est indispensable de comprendre pour saisir les principes organisateurs des mises en œuvre techniques. Nous les examinons en première partie.

  • Extrait

    Introduction
    Notre vie commune est faite de centaines d'actes quotidiens dont nous avons le sentiment d'être les auteurs et les responsables. Bien peu de ces actes engagent d'intenses réflexions, des conflits moraux torturants, des vérifications méticuleuses, des précautions extrêmes, ou des conséquences gravissimes. Nous remplissons puis jetons les poubelles, nous nous lavons les mains avant de manger, prenons une douche le matin ou le soir, conduisons sans difficultés nos véhicules en discutant avec nos passagers, embrassons nos proches ou nos collègues, classons nos papiers, fermons la porte et éteignons la lumière avant de sortir, et rien de tout cela ne nous pose généralement le moindre problème ni ne soulève la moindre interrogation.
    Parfois pourtant, ces actes d'une grande banalité deviennent pour certaines personnes la source de grandes souffrances. Si elles se lavent les mains, elles le font pendant 15 minutes et doivent le refaire si elles touchent un objet ; si elles prennent une douche, c'est en se lavant dans un ordre bien précis, un nombre de fois déterminé pour chaque partie du corps, et parfois en utilisant un antiseptique ou de l'eau de javel. Si elles conduisent un véhicule, elles s'arrêtent régulièrement pour s'assurer de n'avoir écrasé personne, et vérifient des jours durant dans les affres d'une culpabilité extrême la rubrique des faits divers des journaux pour s'assurer qu'un accident dont elles seraient responsables ne leur a pas échappé. Si elles jettent une poubelle, ce n'est pas sans en avoir vérifié le contenu 10 fois, et jusqu'après que le sac ait été jeté dans la benne à ordures. Parfois, cela prend tant de temps que les poubelles s'accumulent dans une pièce du logement.
    Étrangement, ce ne sont pas là des choses qu'elles choisissent vraiment de faire ; elles ont plutôt le sentiment de ne pas pouvoir ne pas les faire. Plus étrange encore, elles n'y sont pas contraintes par quelque délire qui altérerait leur jugement ou leur sens de la réalité. Elles ont parfaitement conscience de l'absurdité et du caractère excessif et pathogène de leurs comportements. Pour autant, il persiste.
    Comment comprendre ces phénomènes, que la psychiatrie contemporaine désigne sous le nom de « Troubles Obsessionnels-Compulsifs » ? D'où viennent-ils ? Comment peut-on éviter qu'ils surviennent ? Lorsqu'ils sont présents, comment y mettre un terme ? Ce sont les principales questions qu'aborde modestement ce petit ouvrage, en présentant, à partir d'une situation typique de trouble obsessionnel-compulsif - l'histoire de « Jeanne » -, les grandes connaissances scientifiques dont nous disposons actuellement en psychologie, en psychiatrie, en neurosciences, en épidémiologie, en sciences sociales pour comprendre ces problématiques, leurs manifestations, la manière dont elles se développent de l'enfance à l'âge adulte, les approches thérapeutiques disponibles pour y remédier, et les modalités sociales de gestion du retentissement qui leur est associé.

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