• L'autodafé symbolique a commencé. La nuit tombe sur l'esprit. Une fournaise barbare s'élève dans le pâle horizon de la culture. Le papier brûle. Les livres brûlent. Nos livres. Nos bibliothèques, emportées par la Vague numérique. Sur leurs ruines, on construit des « troisièmes lieux », des « hyperlieux », des « learning centers », des « bibliothèques 2.0 ». On ne jure que par la « dématérialisation ». Tout doit être immolé d'urgence à l'Écran Total ; et tant pis si la civilisation de l'imprimé s'effondre, tant pis si les lecteurs sont consumés par la flamme innovante. Le Progrès n'est pas nostalgique. On oubliera. On peut tout oublier. Qui regrettera le passé ? Il n'y a plus de « temples du savoir », mais des biblioparcs où l'homme moderne assouvit son besoin de distractions ; il n'y a plus de « gardiens du Livre », mais des techniciens enragés, fossoyeurs de leur propre héritage.


    Virgile Stark est bibliothécaire. Il a passé plus de dix ans à la Bibliothèque nationale de France, au coeur des grandes mutations du livre et du projet numérique.

  • Nous sommes connectés. Nous voguons sur les flots étourdissants du réseau, et nous nous laissons dériver inlassablement, curieux et avides. Nous voulons tout voir, tout savoir et communiquer avec tout l'univers qui palpite derrière nos écrans. Une fièvre s'empare de nous. Comment résister à cet appel ? Comment ne pas céder à l'ivresse de l'échange, du partage et de l'interaction permanents ?

    L'internet est une drogue dure, un pourvoyeur de vertige et de plaisirs dionysiaques. L'internet est le grand simulateur de vie. Tout s'y engouffre et tout s'y perd : relations humaines, activités marchandes, informations, livres, culture, opinions politiques... Le réel s'évapore, les limites s'effacent, la conscience s'éparpille. Le Système technicien s'achève et nous broie ; mais il faut chanter les louanges de ce désastre et le présenter comme une conquête irréprochable de l'humanité. Nous devons nous considérer comme des internés heureux.

    Dans ce livre Stark réfléchit sur ce hiatus considérable entre le discours technicien sur le réseau et sa réalité.

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