• Le théâtre est l'autre lieu. L'espace s'y appelle autrement : à droite la cour, devant la face, à gauche le jardin, au fond le lointain, au ciel les cintres, sous le plateau les dessous. Au singulier, "les dessous" deviennent le dessous, l'inférieur - qui, remis au pluriel, ouvre les enfers...
    Qui est dessous ? En dessous de tout ? - Le langage, le verbe, la parole. - Qui est descendu aux Enfers ? - Orphée, Mahomet, Dante, le Christ.
    Qui soutient tout, nous constitue, nous structure, nous porte ? nous supporte ? nous sous-tend ? Quel est notre sous-sol ? - Notre langue. C'est sur elle que toute la construction humaine repose. C'est par elle que nous avons été (légèrement, fragilement !) séparés des animaux.
    Nous sommes des animaux qui ne s'attendaient pas à avoir la parole.

  • L'animal imaginaire

    Valère Novarina

    "Il me vint un si fort mouvement d'écrire que je ne pouvais y résister. La violence que je me faisais pour ne le point faire me faisait malade, et m'ôtait la parole. Je fus fort surprise de me trouver de cette sorte, car jamais cela ne m'était arrivé. Ce n'est pas que j'eusse rien de particulier à écrire, je n'avais chose au monde, pas même une idée de quoi que ce soit. C'était un simple instinct, avec une plénitude que je ne pouvais supporter. J'étais comme ces mères, trop pleines de lait, qui souffrent beaucoup. Je déclarai au père La Combe après beaucoup de résistance la disposition où je me trouvais ; il me répondit qu'il avait eu de son côté un fort mouvement de me commander d'écrire, mais qu'à cause que j'étais si languissante, il n'avait osé me l'ordonner. Je lui dis que ma langueur ne venait que de ma résistance, et que je croyais qu'aussitôt que j'écrirais, cela se passerait."

  • L'Acte inconnu est un archipel d'actes contradictoires : acte forain, prologue sous terre, cascades de duos, accidents de cirque, spirales, rébus. Autant de figures, d'attractions, comme autant de mouvements d'un ballet... «L'Ordre rythmique», «Comédie circulaire», «Le Rocher d'ombre», «Pastorale égarée» : quatre mouvements renaissent l'un de l'autre et sont jetés aux points cardinaux.
    Entrent et tournent : Le Bonhomme Nihil, Le Coureur de Hop, Jean qui corde, Raymond de la matière, L'Ouvrier du drame, La Machine à dire beaucoup, Le Chantre, La Dame de pique, L'Homme nu, La Femme spirale, Le Déséquilibriste, L'Esprit, Autrui.
    On déplace le socle du monde : la scène est divisée en deux, en quatre... Tout passe de cour à jardin, dans le tournoiement du magnétisme animal. Entre les actes, le Bonhomme Nihil glisse des prières dans le mur humain. Au-dehors le monde court à son renouveau.

  • à la tradition et sa verve de parolier a un air " belle époque " à s'y tromper : calembredaines et gaillardises se bousculent dans ses vers de mirliton. Exercice d'école, L'Opérette imaginair recense, pour les moquer, tous les trucs de la composition dramatique ; elle fait aussi la part la plus belle aux comédiens pour des performances à couper le souffle.
    Du coup, on n'y reconnaîtrait pas le Novarina du Drame de la vie et de L'Acte inconnu si l'un des personnages ne se nommait Le Mortel, qui parle souvent d'outre-tombe. Opérette imaginaire ? Opérette à surprise, plutôt.

  • "Gens du réel, cessez de vous prendre pour des agents de la réalité ! "
    Un homme entre, déroule une cosmogonie de mots qui convoque les brins d'herbe et les supermarchés, les chiffres de hasard et les jeux d'enfant, les pierres et les bêtes, la mort et l'étonnement de naître, de vivre et donc de parler.
    Un Chanteur en Perdition enchaîne comptines « comptant pour rien », explore l'antimonde, rivalise en paroles avec L'Ouvrier du Drame, sorte de maître de la créature parlante. Spectacle forain, drôle et terrifiant, de la parole telle qu'elle se déroule chaque jour. L'Homme hors de lui reprend la mise en abîme...

  • La nouvelle pièce de Valère Novarina, telle qu'elle sera représentée dans le cadre officiel du Festival d'Avignon 2015.

  • Voie négative

    Valère Novarina

    Un jour de septembre, il y a assez longtemps, après m'être nourri pendant quinze mois du théâtre de Stéphane Mallarmé - théâtre que l'on ouvre de ses mains ; scènes que l'on ressuscite ; lettres à qui nous redonnons vie en les respirant - je lus, dans mes initiales : Voie négative et pensai donner un jour ce titre à un livre... Le voici. Quatre textes, ou plutôt creusements, quatre variations sur une idée fixe.  
    Écrit dans l'air, récit d'une rencontre avec huit acteurs venus d'Haïti. L'acte de la parole, descente dans notre langue jusqu'au latin et parfois bien plus bas. Niement, suite de notes prises au cours de quatre promenades dans la montagne. Entrée perpétuelle, version théâtrale, orchestrée (et pythagoricienne ?) du Vivier des noms.

  • Huit employés, tellement privés d'identité qu'ils sont appelés dans la pièce par les lettres de l'alphabet, vivent sous la parfaite domination des époux Boucot. Les patrons sont obsédés par la peur d'une révolte des travailleurs et élaborent divers stratagèmes pour contrôler tous les aspects de leur vie, et principalement le langage.
    L'Atelier volant est la première pièce de Valère Novarina. Elle a été écrite de février 1968 à novembre 1970 et publiée dan le n° 5 de Travail Théâtral. Elle a été créée en 1974, à Suresnes, dans une mise en scène de Jean-Pierre Sarrazac.

  • Les logaèdres sont les mots, mais non-alphabétisés, non domestiqués et alignés et au repos, comme dans le dictionnaire... où ils sont sages comme les animaux du Cirque rassemblés alphabétiquement et paisiblement visibles à l'entracte dans la ménagerie. Les logaèdres sont plutôt les mots volants de Valère Novarina.
    Les mots, ici, sont un peu considérés comme des oiseaux mathématiques : le logaèdre semble de la famille du gypaète et proche du logarithme...
    Les mots comme des corps physiques - (de la famille des polyèdres) - reposant sur une base (très instable !) ou utilisés librement comme les projectiles qu'on a sous la main.
    Les mots dans l'espace : in situ.
    Car les mots sont toujours, TOUJOURS dans l'espace (jamais dans un espace purement mental) ; toujours dans l'espace - que ce soit l'espace de la page, l'espace de la scène, ou l'espace étrange et quotidien où s'échangent des mots, se projettent des mots, se lancent des mots les parlants.
    Jusqu'ici Valère Novarina avait toujours séparé ses mots écrits en deux groupes : ceux qui devaient apparaître prononcés sur la scène (ou dans le théâtre mental de la lecture) - et d'autre part, en face, les mots de la réflexion, ou plutôt de la « rumination théorique » : interrogation perpétuelle, lancinante, sur la langage, l'espace, le langage, l'espace, le langage... réponse jamais donnée à l'Adamique interrogation :
    - D'où vient qu'on parle ? que la viande s'exprime ?
    Avec Observez les Logaedres !, point de frontière entre l'écriture fictive (la fiction étant de faire semblant d'être un être humain) et la pensée, ou théorie, ou réflexion !
    Le mot logaèdre tient TOUT à la même distance de l'observateur qui ne se rendra pas compte s'il a affaire à de la fiction pensante ou à de la poésie didactique.
    Ce livre tourne autour cette interrogation, et même ; il s'y enferre : en quoi la littérature diffère-t-elle de la musique - en quoi le raisonnement est-il un rythme ? Sommes nous des animaux musiciens ?

  • Le vrai sang

    Valère Novarina

    «Le modèle secret est peut-être Faust - non celui de Goethe - mais un Faust forain vu enfant à Thonon dans les années cinquante, joué entre deux airs de Bourvil par Gugusse, le "célèbre clown de la Loterie Pierrot". Faust-Gugusse prétendait que toute notre vie avait lieu "en temps de carnaval", puisque le finale en était un "adieu à la chair" ; Mme Albertine, sa comparse dans le public, lui lançait, en trois mots, de prendre ça comme un don, une offrande : et elle lui proposait toutes les quatre minutes de jouer sa vie aux dés... J´essaye de reconstituer l´ordre des scènes de cette pièce vue enfant ... Le Vrai sang est un drame forain, un théâtre de carnaval, en ce sens que les acteurs, d´un même mouvement... incarnent et quittent la chair, sortent d´homme, deviennent des figures qui passent sur les murs, des traces peintes d´animaux, des empreintes, des signaux humains épars, lancés, disséminés : des anthropoglyphes.» Valère Novarina.

  • «Boucan animal, concert des tuyaux. Bal, poussée des chars, tout le monde qui roule, monte au poteau. À ceux qui creusent, qui poussent sans fin, brandissent l'outil, Bouche et Oreille répètent toujours : le babil des classes dangereuses, faut qu'il cesse! Au repas les paroles! Au concert les museaux! Muséum des nourritures, des maladies dans la parole et des repas des animaux. Antipodistes et hommes-canons, record des morts et course en trou. Entrée du défilé par la sortie. Gendrée du perpétuel des morts, dialogue des matières, musée des mixtures. Chute de l'épisode de reproduction en cours. Encore pire! Au moteur métronomique! À la machine à réciter la suite! Allegro perpétuel. Les langues luttent dans les postures. Bouche et Oreille reviennent toujours, faire le refrain, remettre au pas, conduire au point et asphyxier. Chaîne de résurrection. À reculons, dans la représentation continue, le numéro le plus difficile du monde, des mots horribles, sonoribus, l'homme portant rythmus, le coeur son métronon.»

  • L'Équilibre de la Croix, tout comme Le Repas et L'Avant-dernier des hommes, est issu d'un moment de La Chair de l'homme. Ainsi quand il écrit des textes qui ne sont pas directement destinés au théâtre et, aussi, des textes dont la matière est si riche qu'elle peut se décliner à l'infini, Valère Novarina en écrit-il lui même la version scénique. Pour éviter, sans doute, des erreurs d'interprétation. Et très évidemment pour pousser plus loin sa recherche, sa réflexion, son engagement dramatique et littéraire.

  • Lumières du corps

    Valère Novarina

    Nourri des récentes expériences d'écriture et de mise en scène de Valère Novarina (L'Origine rouge, La Scène) ce texte poursuit un travail de réflexion sur l'espace, l'acteur, l'écriture, la force de la parole, les pouvoirs du langage... Il prolonge, peut-être même achève, le chantier ouvert par Le Théâtre des paroles, et Devant la parole.
    Lumières du corps c'est huit mouvements plus que huit parties. Le livre ne fonctionne pas du tout comme un recueil mais comme une fugue, un jeu de contrepoints où des thèmes simples font retour, reviennent autrement, sont repris avec variations, inversés, décomposés comme en optique. Dans Lumières du corps les mots sont des personnages et la pensée un drame respiratoire sur la page. Et, on l'a compris, si Lumières du corps est bien un essai qui développe des thèses et argumente, c'est aussi un essai lyrique, bien à la manière de Valère Novarina, emporté, poétique, enthousiaste et enthousiasmant.

  • Ce livre est plus composé de scènes que de chapitres car il veut approcher quelque chose comme le roman organique de la pensée. La pensée de chacun d´entre nous peut être conçue non seulement comme le drame d´un corps, mais comme un corps dramatique. Quel est le drame de la pensée que chacun d´entre nous porte jusqu´à sa mort tout au fond? Il est sans doute lié à sa respiration même. Ce livre est aussi une suite de gestes. Une mise en mouvement venue d´un toucher. Rien n´est jamais prouvé que par les sens.
    Le livre est très rimé, assonancé, fuguant, et voudrait édifier quelque chose qui éclôt (qui sort d´enfermement), prouver que l´espace n´est pas devant nous comme un support - un plancher, un plateau - mais qu´il s´ouvre. L´univers est donné. De même que l´acteur ni ne représente ni ne joue ni ne dit, mais donne.
    «L´esprit respire» était l´un des chapitres de Lumières du corps. Dans L´Envers de l´esprit il devrait être suggéré que l´esprit respire parce qu´il se renverse : et parce qu´il brûle, comme notre respiration qui, toutes les deux minutes, passe un instant par la mort et renaît.
    Dogmes et systèmes n´ont de sens que s´ils sont inversants, retournants et respirés. Car penser est un drame. S´il y a du système dans les choses spirituelles, il est respiratoire. C´est pourquoi les mots brûlent et c´est pourquoi l´acteur peut être sans cesse observé.

  • Cette pièce reprise au Théâtre national de Chaillot du 12 mars au 5 avril 2008, dans une mise en scène de Claude Buschwald, a été écrite par Valère Novarina en 1975 à partir des première et deuxième parties d'Henri IV de Shakespeare et en prenant comme personnage central celui de Falstaff : « non un homme, mais une barrique à figure humaine, sac de toutes les bestialités, boyau gonflé de tous les vices ! [...] ce gueux suborneur abominable et bas, ce dindon empiffré de farce jusqu'au col, ce paquet boursouflé de toutes les infamies, ce vieux Satan blanchi, ce fou couvert de rides ».

  • Adramélech, à travers son monologue, vient raconter sa vie. La vie de celui à qui on ne donne pas la parole, tandis que les classes dangereuses babillent. Une vie universelle. C´est l´ouvrier, le petit, le sans-grade qui déblatère jusqu´à plus d´air pour témoigner de sa condition. C´est un bonhomme venu nous dire ses colères, ses peines, ses joies, ses questions, ses doutes et ses inquiétudes. Il est l´ambassadeur d´un monde muet ou muselé, et tout à coup, par trop plein d´air, il craque et dit tout, d´une traite, pour se taire à la fin, vidé, essoufflé...

  • La scene

    Valère Novarina

    «Langues à vif, dialectes oubliés, latin animal, grec de cirque, patois en perdition ou néologismes jaillissants : le langage de Valère Novarina est singulier. Du Discours aux animaux à L´Origine rouge, du Drame de la vie à L'Opérette imaginaire, il donne à voir le verbe théâtral comme substance charnelle, parfois douloureuse, souvent comique. Que voit-on sur scène? Les acteurs chutent. Souffrent-ils vraiment? La passion qui s´offre devant nous est-elle celle de l´acteur ou du langage? La parole est-elle notre matière véritable - comme le bois pour Pinocchio? Sommes-nous en mots comme les pantins sont en bûches? Sommes-nous les jouets de ce que nous entendons? Comment se développe et s´explique dans l´espace, comment se déplie le tissu respiré du langage? Comment le spectateur se souvient-il de l´envers des mots et toujours du négatif de la scène précédente? Pourquoi l´acteur entre-t-il? Que voit-on dans le langage? Rien? Toutes les choses? Est-il notre chair? Est-il la matière même? Le langage est-il l´Acteur de l´Histoire?
    Retournant sur les lieux de L´Origine rouge, Valère Novarina poursuit et précise sa recherche d´un théâtre où le spectateur et l´acteur seraient agis par la force "hallucinogène, salvatrice et terrifiante" des mots - et où sur scène, par instants, la parole se verrait.» Pierre Notte.

  • Le Jardin de reconnaissance : une 'cavatine' en ce sens que le dialogue y vient, plus que jamais, creuser l'espace.
    Trois personnes dans un jardin : un Bonhomme de terre, une femme changeante ; la troisième est un passe-muraille : La Voix dOmbre. Ils ne reconnaissent ni lespace, ni notre langue ; ils sinsoumettent à limage humaine. Ils interrogent notre sexualité et notre séparation. Pourquoi sommes-nous faits de temps et cependant étrangers à lui?

  • L'espace furieux

    Valère Novarina

    Avec L'Espace furieux Valère Novarina entre au répertoire de la Comédie-Française.
    Sans doute les Comédiens-Français ont-ils rendez-vous depuis longtemps avec Valère Novarina. Depuis plus de trois siècles qu'ils interprètent les textes du répertoire, leur plus grand amour va à la langue et à l'immense diversité de ses formes. Valère Novarina élargit encore, furieusement, l'espace où se déploie le langage. Ses textes se jouent comme on jongle, avec un lancer souple et précis, un vol rapide et libre, une réception ronde et joyeuse, des phrases, des mots, des syllabes, des sons, du sens.
    L'Espace furieux se déroule en multiples questions, injonctions, réponses, prophéties, monologues, dialogues, chorals, comme une fête, comme si on pouvait peindre ou composer avec l'alphabet. Cette danse en parole s'accomplit dans l'espace de la scène et dans les corps des comédiens. Qu'ils s'appellent Jean Singulier, Sosie, La Figure pauvre ou Le Vieillard carnatif, les personnages donnent voix au quidam, à l'autre, au marginal, à l'homme incarné, à chacun de nous pour délier son être, débusquer nos angoisses, formuler nos interrogations, réaliser nos envies de cris et de rires, trouver et détourner les sens de la vie.
    Valère Novarina dévoile un monde insoupçonné, des combinaisons de mots inédites et lumineuses. Il est l'astronome, le chimiste, le mathématicien, l'explorateur autant que le poète. Comme un évangile profane, L'Espace furieux, raconte comment le Verbe se fait chair et comment il agit parmi nous. Histoire essentielle pour les comédiens et fascinante pour tous ceux qui croient au pouvoir de la parole.

  • Métamorphose théâtrale d'un chapitre de La Chair de l'homme.
    'Entre lActeur Fuyant autrui : il dit quil désire voir la langue. Sur un talus, au milieu des objets, il la multiplie pour la faire apparaître, la voir vraiment, au milieu des herbes, dans sa spirale respirée, dans sa danse tournante assister à sa passion. La langue nest plus pour lui quelque chose qui relie, puisquil est seul mais quelque chose qui est devant lui comme un théâtre de force, comme un champ magnétique. Cest une antimatière lumineuse qui na plus rien dhumain. Une tension de lespace qui le maintient dans cet instant apparaissant devant nous.'

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