Robert Laffont (réédition numérique FeniXX)

  • J'ai attendu une minute, deux minutes et même trois minutes, mais en faisant des mouillettes... L'oeuf à la coque ! Toujours trop long avant de retrouver la saveur de l'enfance. Hier encore, nous disposions d'une chanson l'Écharpe, interprétée par Fanon, qui nous donnait un temps de cuisson idéal, une attente enchantée... Je passe de la coque à l'âme, mais la mort ! L'attente de la mort ! Pour celle-ci, pas de chansonnette. En tout cas, pas assez longue. Alors, des attentes enchantées, d'autres pas !... Je choisis tout de suite l'enchantement. Et j'opte pour l'oeuf à la coque. Et je dis qu'il ne tient qu'à nous que l'attente de la mort soit, elle aussi, enchantée. Cette attente-là n'est en fait que la vie elle-même, tissée de toutes les attentes. On peut penser l'attente, la désirer, l'aimer. Elle ouvre sur le seuil de tous les inattendus de la vie. Moi je crois qu'il y a carrément de l'âme dans l'attente. Oui, j'en suis sûre, c'est dans l'attente que mijote la vie. Et si on se la mitonnait aux petits oignons ! Et puis, vous le savez bien : On ne perd rien pour attendre. Alors profitons-en. Vite ! Attendons.

  • Personne n'avait jamais donné la parole à Hélène. Hélène de Troie, Hélène de Sparte, plutôt. C'est qu'à la frontière du Mythe et de l'Histoire, Hélène était un personnage trop commode pour qu'on ne lui attribue pas, sans qu'elle puisse se défendre, tous les défauts que les hommes prêtent aux femmes : la frivolité, le mensonge, l'insouciance, l'infidélité, l'égoïsme... D'où les légendes des poètes, et une certaine façon de raconter Hélène. L'Hélène de Sophie Chauveau n'est rien de tout ce que l'on dit. Sensuelle, oui (elle nous le montre), et belle comme nulle mortelle ou déesse n'a pu l'être, mais femme de tête, aussi, et tête politique. De la guerre de Troie (qui ne dura pas dix ans mais trois mois et fut un choc de civilisations), elle aurait voulu que naisse une humanité nouvelle, les deux sexes égaux, où n'auraient cours ni la rigueur du matriarcat originel ni la férocité de l'âge de fer masculin qui devait lui succéder et dans lequel les hommes plongèrent avec délices, sous le faux prétexte de l'inconduite de la reine de Sparte. Brillant, talentueux et séduisant comme Hélène, le roman de Sophie Chauveau s'appuie à la fois sur une rêverie inspirée et sur des années de travail. Hélène, la Grèce antique et la naissance d'un monde où nous pataugeons toujours en sortent rajeunis, plus profonds, plus vivants, plus passionnants.

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