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  • Peut-on parler de l'obésité, ou s'agit-il d'un des sujets les plus tabous de notre société ? La pandémie du Covid-19 a remis en avant ce sujet, au moins pour en montrer les enjeux en termes de santé publique et de santé personnelle, l'obésité étant d'abord une maladie. Mais comment vivent et se perçoivent les personnes concernées ? Comment vivent-elles le regard d'autrui dans l'espace public ? Comment parlent-elles de leur sexualité ? Comment ont-elles vécu leur scolarité ? Comment se projettent-elles dans le futur et dans leur vie familiale ? Grâce à des entretiens inédits avec une mère et sa fille, toutes les deux concernées par ce « corps embarrassant », le sociologue Smaïn Laacher propose un livre riche d'enseignements sur la place de l'obésité dans les discours et la vie quotidienne.

    Smaïn Laacher est sociologue, professeur de sociologie à l'université de Strasbourg. Il est notamment l'auteur de Peuple des clandestins (Calmann Lévy, 2007) et Croire à l'incroyable : un sociologue à la Cour nationale du droit d'asile (Gallimard, 2018).

  • Un jour de mai 1999, le Haut Commissariat aux réfugiés proposait à Smaïn Laacher, sociologue connu pour ses travaux sur l'immigration et les déplacements de populations, d'être un de ses représentants auprès de ce qui deviendrait la Cour nationale du droit d'asile. Il s'agit d'être un des deux juges assesseurs qui, avec le juge président, constituent la "formation" chargée d'étudier l'ultime recours des requérants déboutés du droit d'asile en première instance.
    Durant une quinzaine d'années, Smaïn Laacher est au coeur de l'institution qui applique la politique souveraine du droit d'asile. Une application pragmatique, selon l'évaluation par les juges de la véracité du dossier, mais qui souvent a conscience de sa fragilité : comment juger, c'est-à-dire décider du destin d'une femme ou d'un homme qui, le plus habituellement, ne parle pas le français, mais doit emporter l'intime conviction de la formation que sa vie est en danger dans son pays d'origine ? Il faut que les juges se forgent une opinion alors que les faits supposés se sont déroulés à des milliers de kilomètres, sans véritables témoins ni preuves, et dans un contexte de spécificités religieuses, culturelles ou linguistiques que seuls des anthropologues
    de terrain pourraient appréhender.
    Comment savoir ce que furent réellement les épreuves subies par les requérants quand les femmes tairont, en particulier, les violences dont elles ont été les victimes ? Que les réfugiés racontent souvent un même récit dont d'autres requérants leur ont dit que c'est celui-ci et pas un autre que les juges attendent et entendent ? Qu'est-ce qu'une preuve lorsque le juge doit se fonder sur la seule bonne foi de celui qui demande ?
    Smaïn Laacher nous conduit dans les arcanes du droit d'asile. Mille et une questions y assaillent les juges comme en témoigne ce document exceptionnel sur une justice qui est rendue en votre nom.

  • L'immigration est aujourd'hui au coeur de la cohésion des sociétés et constitue un enjeu d'importance dans les relations internationales. C'est aussi une épreuve nationale comme le sont le chômage de masse, l'exclusion sociale, l'échec scolaire ou l'inégalité homme/femme. Beaucoup d'affirmations sont énoncées sur les populations étrangères qui ne reposent sur aucune réalité empirique, aucune preuve, aucune démonstration satisfaisante : « Les mouvements migratoires remettent en cause les identités nationales », « Les passeurs sont la cause de l'immigration clandestine », « Une politique d'immigration trop laxiste provoque forcément un appel d'air », « Le printemps arabe a provoqué un afflux de migrants sans précédent vers l'Europe », « D'ici 2050, le réchauffement climatique provoquera la migration d'au moins un milliard de personnes », etc.
    Smaïn Laacher, qui fait autorité sur les questions d'immigration et des flux migratoires internationaux, nous propose une compréhension rigoureuse du fait migratoire, de son histoire, de sa complexité contemporaine et de ses enjeux politiques.

  • Étranger indésirable, pour un jour ou pour toujours, le Sans-papiers est un mythe qui participe aux fondements culturels d'une nation. Avec ses héros, ses luttes glorieuses et ses épisodes dramatiques, le mythe du Sans-papiers renvoie à des enjeux politiques, sociaux et symboliques fondamentaux : qu'est-ce que mener une vie à la fois ordinaire et non-officielle ? Comment le Sans-papiers et l'État s'accommodent-ils, chacun, du légal et de l'illégal, jusqu'à la régularisation, acte de quasi-transsubstantiation par lequel l'État transforme l'inconnu en connu, l'innommable en nommable, l'officieux en officiel ?

  • Depuis la fin de l'année 2010, la légitimité des pouvoirs en place a été mise à mal dans de nombreux pays arabes. Des manifestations de masse ont cherché, avec plus ou moins de réussite, à défaire la violence d'État devenue, au fil du temps, une procédure naturelle de gouvernement des hommes. Mais ces soulèvements populaires ne doivent pas être interprétés comme des « réveils », des « printemps » ou des « révolutions ».
    Éloigné des thèses idéologiques sur la « glaciation islamiste » ou sur les « révolutions arabes » comme nouveaux modèles d'émancipation, cet ouvrage analyse les transformations en cours dans cette région du monde d'abord comme des transgressions symboliques produisant un effet émancipateur, parce qu'elles font croire à l'incroyable et permettent de penser l'impensable.
    Quelles sont les conditions qui doivent être réunies pour que ces sociétés, que l'on dit arabes, inventent en chacune d'elle un espace démocratique ? Tel est l'enjeu fondamental des derniers soulèvements. La tâche actuelle est aussi immense qu'urgente, puisqu'il s'agit de comprendre ce qui est arrivé et d'anticiper sur le probable ou l'inévitable.

  • Ils sont aujourd'hui des millions de personnes à errer de par le monde à la recherche d'une vie meilleure. Dépourvus d'identité officielle, ces émigrés clandestins dérangent le droit, la législation nationale, les conventions internationales, la nation et les autres immigrés depuis longtemps installés dans leur pays d'adoption.
    Smaïn Laacher a réalisé un travail d'enquête de plusieurs années auprès d'émigrés sur le départ au Yémen, au Pakistan, au Maroc, en Afghanistan, en Algérie, en Tunisie et auprès de candidats à l'émigration en Angleterre, en Italie, en Grèce, en Turquie, en France.
    Partir de chez soi ne va jamais sans la conviction d'un retour au foyer. Se pose alors une question essentielle et encore très peu explorée : comment demeurer, à ses yeux et aux yeux des autres, une personne quand l'univers de l'étranger est régi par des normes d'exception et l'absence de droits ?
    Les portraits, les récits et les expériences qui nourrissent ce livre, donnent une vision inédite des clandestins. Ces parias, en nous prêtant leurs yeux et leurs mots, nous font ainsi découvrir ce qui peut les fasciner dans nos pays.

  • Tunis à l'automne 2011. La démocratie n'est pas advenue avec le départ de Ben Ali. Ceux qui l'avaient cru s'aperçoivent que la transition ne fait que commencer. Pour rendre tangibles les difficultés et les dangers à surmonter, cet ouvrage retrace l'histoire de la polémique nationale suscitée suite à la diffusion télévisée du film Persepolis. Son déroulement permet de saisir avec finesse comment le recours à la justice pénale, loin d'ouvrir l'espace d'une libre controverse, peut polariser des causes identitaires, redoublées de conceptions défensives des libertés. Être pris dans un tel combat, c'est se trouver assigné, de gré ou de force, dans un camp belligérant, et confronté à l'exigence d'en assumer les conséquences morales. Au fond, c'est peut-être cela une révolution  : découvrir un monde que l'on configure en agissant, et se découvrir soi-même agissant dans cette situation-là. L'un des aspects les plus troublants de cette découverte est la pérennité des moeurs traditionnelles et conservatrices. C'est vrai en Tunisie et au-delà

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