• Contre les simplifications, plus ou moins habituelles, du récit de la querelle du vide qui s'est déroulée en France de 1645 à 1648, cet ouvrage s'efforce d'en souligner le foisonnement. Il analyse aussi bien la diversité des prises de position adoptées par ses différents protagonistes, Pascal tout le premier, que les recompositions majeures qu'elle a permis d'opérer dans le champ de la philosophie. Souvent oubliée et exclue de ce récit, l'oeuvre de Gassendi a joué, en outre, et il a paru indispensable de le rappeler, un rôle déterminant dans cette entreprise de recomposition. La complexité historique du processus de constitution de la science moderne, au confluent d'une configuration sociale et d'une configuration intellectuelle spécifiques, en apparaît avec d'autant plus de force.

  • La première moitié du XVIIe siècle a vu naître dans la plupart des pays de l'Europe occidentale la nouvelle physique mécaniste, dont la construction est notamment associée aux noms de Galilée et de Descartes. Mais la constitution de la science moderne n'a pas signifié pour autant la disparition des modes de pensée hérités d'une histoire plus ou moins lointaine ; pas plus que son avènement ne s'est accompli sans hésitations ni tâtonnements. Les comptes rendus des conférences hebdomadaires du Bureau d'adresse organisées de 1633 à 1642 par Théophraste Renaudot, médecin de son état, fondateur de la Gazette et protégé du Cardinal de Richelieu, offrent par excellence le moyen de prendre la mesure du foisonnement et de la richesse de la culture savante de leur époque comme de la complexité des phénomènes de la transition intellectuelle dont ces conférences ont été contemporaines. Source unique en leur temps, les cinq volumes des Centuries du Bureau d'adresse offrent en outre un témoignage incomparablement précis sur les académies du premier XVIIe siècle, souvent ignorées au profit de leur contemporaine, l'Académie française, ou de leurs héritières comme l'Académie royale des sciences, qui furent des institutions officielles de la monarchie. Le livre de Simone Mazauric nous donne à découvrir aussi bien la vie quotidienne de l'académie de Renaudot que les savoirs dont celle-ci fut un lieu de diffusion. Les procès-verbaux publiés des conférences du Bureau d'adresse deviennent ainsi un moyen d'accès privilégié à la connaissance des modèles intellectuels de l'âge baroque comme ils portent témoignage sur la crise d'une pensée qui s'est accomplie sur le fond d'une mutation sociale et politique décisive.

  • L'époque des Lumières se voulut le siècle de la Raison et a reconnu le rôle des passions, comme aiguillon de la connaissance, moteur des actions humaines, ressort de la vie privée tout autant que de la politique. C'est le noeud formé par Raison et passions qui caractérise le mieux ce siècle. Cette confrontation est reconnaissable aujourd'hui dans les principes de notre droit, dans les questions éthiques qui animent médecine et gouvernement, dans les interrogations de nos pratiques esthétiques.

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