• Dans ce roman, Salah Benlabed visite à sa façon une page méconnue de l'histoire en faisant se côtoyer des personnages aussi bien fictifs que réels. Nous sommes au milieu du XIXe siècle, les armées françaises envahissent l'Algérie et se heurtent à la résistance de l'émir Abdelkader qui sera finalement vaincu et exilé, mais deviendra l'ami de Napoléon III, et son nom sera même donné à une ville des États-Unis... C'est dans ce cadre historique, qui sert de toile de fond au roman, que s'inscrit le destin de la jeune Houria, innocente bergère arrachée à ses montagnes et propulsée malgré elle au coeur du conflit.

    Tout au long du récit, Salah Benlabed dialogue avec ce personnage : il l'interpelle, suit les traces de sa caravane, raconte ses peurs et ses cauchemars, ses amours et ses deuils; il évoque aussi les massacres dont elle est témoin et lui parle de son époque à lui, où les conflits se perpétuent, plus ravageurs encore que ceux du XIXe siècle.

    Par ce va-et-vient entre le passé et le présent, LE DERNIER REFUGE, à la manière d'un conte ou d'une légende, propose une réflexion sur la guerre et le sort de ceux et celles qui la subissent. En filigrane, tout au long du périple de son personnage Houria, Salah Benlabed brosse le portrait et le parcours de l'émir Abdelkader, personnage historique hors du commun dont la sagesse est plus que jamais d'actualité.

  • Ces treize nouvelles, superbement écrites, qui nous entraînent de Montréal à New York, en passant par Alger, avec son exotisme et ses parfums, racontent l'histoire de personnages que le destin a blessés ou déracinés. Ce sont des êtres qui ont le coeur en exil. Sur le quai des départs, ils ont abandonné leurs valises, trop lourdes et trop grises... Mais le souvenir de leurs amours disparues ou de leurs pays perdus continuent de les hanter, même si leur mémoire magnanime leur accorde parfois le refuge de l'oubli.

    L'amour perdu est un exil, un regret, puis un renoncement au rêve. L'exilé est, lui aussi, l'orphelin d'un amour impossible. Solitaire, il avance, comme l'amoureux éconduit, avec la terrible évidence qu'un fleuve ne remonte pas son lit. Il doit abandonner ses illusions, se délester de toutes les balises chatoyantes qui faisaient son chemin et s'évanouir dans la grisaille routinière.

    Ces nouvelles de Salah Benlabed révèlent un véritable talent d'écrivain et nous rejoignent par leur profonde humanité.

  • Menacé de mort, un reporter doit quitter son pays livré à la terreur et se retrouve seul avec sa fille à Montréal. Notes d'une musique ancienne est le journal de l'aventure, peu ordinaire mais si fréquente, de ce déplacé qui redécouvre l'Amérique, ses grandeurs et ses misères.

    Ici, d'autres déracinés comme lui, immigrants, réfugiés, croisent sa route de journaliste devenu anonyme, une route solitaire, la dure épreuve de l'intégration quand on est devenu personne. Là-bas, où ses proches et amis disparaissent, rien ne ressemble plus à ce qu'il y avait laissé. Son regard critique sur les deux sociétés que chevauche désormais son destin le fait osciller, tel un balancier, entre son pays d'adoption et son pays d'origine, l'éloignant lentement du second.

    Impitoyable, sa mémoire s'acharne pourtant à reconstruire sa jeunesse brisée, ses amours perdus, ses rêves envolés. La folie des hommes a tout balayé, ne lui laissant que le triste espoir de l'oubli.

  • Après avoir passé plus de la moitié de sa vie en France, Souad retourne, comme on court à la chaloupe quand survient le naufrage, dans son pays d'origine qu'elle ne reconnaît plus, sinon dans ses souvenirs... Tout a changé. Elle aussi.

    Tels des marins perdus en mer, les quatre hommes qui ont marqué son destin ont disparu un à un, ballottés par les turbulences de l'histoire, les méfaits collatéraux de la colonisation, le déracinement et les guerres.

    Désormais seule devant ses choix, Souad, « la porteuse de chance », raconte son avancée dans l'hésitation sur les chemins caillouteux de sa mémoire à la recherche de ce qui pourrait encore la guider dans sa vie morcelée.

  • Dans les vingt récits de ce recueil, Salah Benlabed suit la piste des humbles et des naïfs, des patients et des résignés, des sages aussi ; de ceux, en fait, qui se fondent dans la foule, ici et ailleurs, et dont on ne raconte pas les histoires.

    Leurs chemins s'entrecroisent de façon fortuite : indifférents, curieux ou stupéfaits, ils se retrouvent dans une même ville, prennent un même taxi, regardent passer un même avion et partagent, parfois sans se le dire, des peines et des rêves identiques...

    C'est peut-être cette part d'humanité présente chez tous ces personnages, d'où qu'ils viennent, qui peut expliquer le miracle de la survie de notre espèce, si encline au mensonge et à l'aveuglement.
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    Salah Benlabed cherche à réconcilier [...] son combat humaniste et l'oeuvre littéraire. Il ne redoute pas un lyrisme certain, cadence ses phrases,
    tendant de plus en plus vers une écriture qui devient voix.
    Suzanne Giguère, Le Devoir

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