• Le rêve, la transe et la folieLa psychiatrie moderne et la psychanalyse ont
    associé le rêve, la folie et la transe mystique à des
    phénomènes d'hystérie. Il faut refuser une telle
    réduction, mais néanmoins admettre qu'avec le
    rêve, la transe et la folie, nous pénétrons dans un
    monde «autre». Les sociétés primitives ont saisi
    cette «altérité» et cette étrangeté, en établissant
    un système d'intercommunications entre les
    mondes et une série de relations entre le rêveur,
    le fou et la femme en transe, chacun d'eux étant
    un intermédiaire privilégié entre le monde
    d'ici-bas et le monde surnaturel. Nos sociétés
    modernes ont rompu ces communications : nos
    rêves ne sont plus des messages envoyés par les
    dieux mais des représentations de notre histoire
    personnelle. Le surnaturel est ainsi partout rejeté
    au nom des exigences d'une raison cartésienne et
    scientifique. Cependant, rêve, folie et transe continuent
    à nous surprendre : est-ce parce que nous
    lisons en eux la fragilité de notre raison, l'inconsistance
    des tabous et barrières de nos sociétés ?

  • Roger Bastide analyse ce qui se passe lorsque des hommes en rencontrent d'autres de culture différente, lorsque leur " prochain " est aussi un " lointain ". Un beau livre antiraciste, mais sans angélisme, qui remet à l'honneur un concept quelque peu malmené depuis une dizaine d'années, celui d'acculturation que Bastide assimilait à celui d' " interpénétration des civilisations ".

  • Depuis la première édition de ce livre en 1977, la sociologie de l'art a connu des développements importants et souvent divergents. La place de Roger Bastide y est originale et essentielle. Comme ses contemporains Francastel et Goldmann, mais par des voies différentes de l'anthropologie et de la psychanalyse, l'auteur redonne à la création son enracinement existentiel ; mais son étude déborde des vieux concepts de l'esthétique et du positivisme : il découvre l'immense champ de l'imaginaire social et du dynamisme social des formes.

  • Notre marche, dans ce livre, a dû être une marche historique. Il était impossible de confronter la psychanalyse à la sociologie autrement qu'aux multiples étapes de leur commune évolution, puisque l'une et l'autre se modifiaient à leur propre contact, se corrigeaient en se rencontrant, s'enrichissaient par leur union. Les problèmes ne se posaient pas de la même façon avec Freud et depuis Freud. On passait successivement du phylogénisme à l'ontogénisme, du monisme au pluralisme, des traumatismes enfantins aux traumatismes sociaux, du biologisme au sociologisme. Nous devions donc suivre cette marche et voir, à chaque moment de ce développement, comment se posaient les rapports entre la psychanalyse et la sociologie et, pour chacun, les progrès accomplis, les dangers ou les difficultés nouvellement surgis. Au terme de cette analyse historique et critique, nous sommes arrivés cependant à un certain nombre de conclusions générales, qui nous paraissent constituer le fondement solide sur lequel la collaboration de la psychanalyse et de la sociologie doit s'appuyer pour des résultats plus fructueux.

  • L'auteur propose une présentation générale du Brésil, à sa manière, c'est-à-dire fortement marquée par la passion de comprendre, de donner à voir un monde différent, un « ailleurs » dégagé de tout exotisme. Brésil terre des contrastes n'avait pas connu de réédition depuis 1957. Et même si les disparités régionales s'émoussent lentement, qui peut nier la pertinence en cette fin de siècle de la caractérisation choisie par Bastide ?

  • Roger Bastide étudie ce qui lie les valeurs religieuses aux structures sociales. Il s'emploie à saisir la réalité brésilienne dans toute son originalité, pour en dégager seulement à la fin ce qu'elle peut apporter de nouveau à une sociologie théorique des rapports dialectiques.

  • L'extase n'est pas le tout de la vie mystique ; celle-ci est progressive. La première étape, c'est l'indifférence à tout désir ; le yogi n'a plus qu'un rêve : le Nirvâna. Il sait le vrai bien, et il ne veut que lui. La seconde étape, c'est l'indifférence à tout concept ou jugement ; la vie intellectuelle a disparu, mais il reste la vie affective : il subsiste en l'âme une incomparable joie. Ceci est trop encore, car cette joie est personnelle. Un troisième échelon nous en délivrera ; il ne persiste plus dès lors qu'un vague sentiment cénesthésique, une conscience sourde de l'être, d'ordre physiologique. Enfin cette conscience même s'en va : tout a disparu, jusqu'au sentiment de l'indifférence. C'est l'impassibilité absolue. Ou déjà la mort sur la terre.

  • Roger Bastide (1898-1974) a été professeur de sociologie à São Paulo, puis à la Sorbonne. Ses recherches ont porté sur les religions afro-brésiliennes qu'il a observées à travers le Brésil, principalement à São Paulo et à Bahia. Le sacré sauvage est son dernier ouvrage, mis au point avec l'aide d'Henri Desroche, et qui reprend des articles publiés entre 1931 et 1973. Il y part à la recherche des récurrences du sacré, dans le rêve, les mythes, la prière, le millénarisme et le candomblé de Bahia. Selon lui, l'homme est une machine à fabriquer les dieux qui, lorsque le sacré devient trop froid dans l'institution des églises, recrée du sacré chaud, appelé sacré sauvage dans le dernier chapitre qui donne son titre au livre et en constitue le point d'orgue. Un ouvrage profond, ultime qui, après Rudolf Otto, Roger Caillois et Mircea Eliade, propose une réflexion fondamentale sur le sens du sacré.

  • L'homme a soumis à son pouvoir les forces de la nature, mais il n'est pas encore arrivé à contrôler les forces sociales, à maîtriser le changement, et à le planifier selon les lois de sa raison. L'anthropologie appliquée, qui se veut scientifique, s'est donné justement pour tâche cet élargissement du pouvoir de l'homme, de la nature physique à la nature sociale. De là son importance actuelle. Roger Bastide étudie, dans ce livre, les postulats de cette anthropologie appliquée, ses limites et ses méthodes d'action.

  • Cet ouvrage est paru au Brésil en 1973, alors que Roger Bastide effectue son dernier séjour dans ce pays, quelques mois avant sa mort. Il est constitué de rééditions de textes parus précédemment, de (1943 , 1946, 1951 et 1953). Il aborde le monde afro-brésilien en ce qui concerne la littérature, mais aussi la presse noire, et les cultes d'origine africaine, la macumba et surtout le candomblé dont il décrit minutieusement les différents éléments. Jamais traduites en français, ces études révèlent un Bastide ethnographe de grand talent.

  • Parmi les textes littéraires de Bastide, connu comme sociologue et anthropologue, spécialiste du Brésil et des cultes afro-brésiliens, André Gide tient une place de choix avec 14 articles publiés entre 1934 et 1972. Ce volume, paru en 1972, regroupe sept de ces textes publiés au Brésil et en France -certains remaniés- ainsi que trois textes inédits et une introduction: il s'apparente à une analyse cohérente de l'oeuvre et de la pensée de Gide.

  • Cet ouvrage, ainsi que son premier volume intitulé Poètes et dieux - Etudes afro-brésiliennes, ont pour objectif de proposer l'ensemble des Estudos afro-brasileiros parus de 1946 à 1959 à Sao Paulo. Restaient donc Sociologie du folklore brésilien, trois textes sur le candomblé ("Monographie de candomblés", "Le cérémonial de la politesse" et "Le lundo do padre") et le "Batuque de Porto Alegre". Onze des études sur le folklore publiées par Batide sont également ajoutées à ce volume.

  • Les Pélissier, personnages de légende, ont défrayé les chroniques du monde cycliste pendant près d'un demi-siècle, du règne du bon président Fallières à celui du général de Gaulle. Ils étaient trois : Henri, Francis, Charles. Turbulents, insolents, provocants, qui "forçaient l'admiration ou l'animosité". Leurs carrières ont été jalonnées d'exploits, mais aussi d'abandons et de querelles qui ne furent pas moins retentissants. Ils ont inspiré à Albert Londres, le Prince des journalistes, après leur abandon dans le Tour de France 1924, son inoubliable reportage sur les "Forçats de la route". Mais Henri et Francis refusaient précisément d'être des forçats. Ils clamaient, bien haut, que le champion cycliste est d'abord un artiste, et ils ont mené un combat impétueux pour imposer cette image. Ils se sont dressés orgueilleusement face à Henri Desgrange, tout puissant directeur du journal L'Auto, et organisateur du Tour de France, et ils l'ont souvent amené à composition. Henri Pélissier, l'aîné, a été le plus prestigieux, se construisant un palmarès qui devait rester sans égal, jusqu'à l'avènement de Fausto Coppi et Louison Bobet. Henri, le pur-sang, n'avait pas des dons exceptionnels, mais, chercheur infatigable, il fut un novateur dans les domaines de la technique : entraînement, préparation, perfectionnement du matériel. Francis, dévoué corps et âme au grand frère, s'est créé sa propre personnalité dans Bordeaux-Paris, et il devait devenir, après sa retraite de coureur, un directeur sportif d'une exceptionnelle compétence. Charles, le benjamin, de quinze ans plus jeune qu'Henri, "rappelait un tout petit peu", comme l'écrit Henri Desgrange, "l'anémie de la dynastie des Valois succédant aux rois guerriers". La subtile revanche du "Napoléon du cyclisme", si souvent tenu en échec par Henri et Francis, fut de capturer Charles et de transformer le contestataire en un champion de la courtoisie et de l'élégance. Unissant leurs tonitruants défauts et leurs superbes qualités, les Pélissier furent les créateurs de ce qu'on pourrait appeler le "nouveau cyclisme".

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