• Formant un diptyque avec « La Nuit des heures », « De Charybde en Syllabe » propose une série de variations autour des histoires et des thèmes explorés dans le premier recueil, où apparaissait déjà celui qui tient ici le rôle du « narrateur fou, celui de la cruauté ». A plusieurs reprises, il intervient sans crier gare, explicitement ou implicitement. Entre ses deux mains, il tend le fil conducteur où le lecteur, s'il est téméraire, acceptera de jouer le funambule.

  • La Nuit des heures est une mosaïque de moments décisifs, qui s'enchaînent par vagues successives, et où les personnages, raturés par une situation qui s'impose à eux, souvent réduits à l'état de silhouettes, n'ont qu'une envie : fuir cet instant que détruit le détail, cette éclipse de la raison, cette Nuit dans l'heure... afin d'atteindre la béatitude d'une clairière ouverte sur l'espoir.

  • Métamorphose : changement d'une forme en une autre, changement dans l'aspect des choses. Anamorphose : représentation volontairement déformée d'un objet, pour que l'apparence réelle ne puisse être distinguée qu'en regardant l'image sous un angle particulier ou au moyen d'un miroir courbe. En tout narrateur se cache un Narcisse qui se regarde dans le miroir de la page et voit dans ses yeux les visages qu'il veut enfermer ou libérer. Il relève la tête et bâille : après le cri muet de la conscience, l'oiseau bleu nuit de l'inconscient apparaît...

  • Quand le père des philosophes boit la ciguë, en 399 av. J.-C., qui peut se vanter de l'avoir bien connu ? Ses amis, ses disciples ? Tous ces Athéniens qui l'ont admiré ? Ceux qui ont raillé ses traits disgracieux, et souri à son allure un peu trop débraillée ? Et que dire de ceux, qui, à travers Platon et Xénophon, ont désossé Socrate, en oubliant que ce penseur, d'abord, fut un grand homme ? Socrate n'a pas vécu entre ciel et terre, mais dans une cité qui, en l'espace d'un demi-siècle, passe de l'apogée aux troubles les plus graves. C'est dans l'Athènes de Périclès, d'Aspasie, d'Alcibiade, des Trente Tyrans, que la liberté insolente de ce maître de sagesse lui vaut d'être admiré, redouté - puis condamné. Socrate avait un démon, ce daïmôn qui, au fond de lui, est souvent la voix du doute... Une voix : en grec, Tisphoné. Face aux trois juges des Enfers, Tisphoné raconte Socrate. Car, mieux que personne, Tisphoné, son démon, lui, connaît Socrate, sa vie, son âme, et peut-être ses secrets.

empty