• "Je ne veux pas argumenter avec vous, ni même tenter de vous convaincre ; il me suffit de vous exposer ce que je pense dans la simplicité de mon coeur [...]. Souvenez-vous toujours que je n'enseigne point mon sentiment, je l'expose."

    Célèbre à 38 ans, Rousseau (1712-1776) fut pour ses contemporains tantôt le paradoxal sophiste des Discours, tantôt le maître des âmes sensibles révélé par La Nouvelle Héloïse, tantôt le législateur intransigeant du Contrat social. Déifié par une Révolution anxieuse de se découvrir un père spirituel, le plus souvent honni par un XIXe siècle qui le dénonce, ici comme un anarchiste, là comme un prophète du totalitarisme, il est présent à tous les moments de crise où se cherche l'Occident.
    Créateur, avec Les Confessions, de l'autobiographie moderne, il est, disait François Mauriac, "l'un de nous", toujours agissant et vivant. Au-delà de l'oeuvre, capitale, l'homme, séduisant, rebutant, contradictoire et complexe, n'a cessé de susciter les prises de position les plus passionnées.

  • De sa naissance en 1712, à la publication de la « Lettre à d'Alembert » en 1760, Raymond Trousson retrace dans cette première partie de sa biographie de Rousseau, les étapes de La marche à la gloire : fugue, conversion, errance et bohème ; de Genève à Paris en passant par Lyon et Turin, de Madame de Warens à Madame d'Houdetot, de Diderot à d'Alembert. Jusqu'en 1749, ses échecs ont été sa chance. Si on avait bien reçu son système de notation musicale, s'il avait pu percer dans la carrière diplomatique, si l'on avait applaudi ses Muses et admiré son Narcisse, l'appel de l'Académie de Dijon mettant au concours le sujet : « Le rétablissement des sciences et des arts a-t-il contribué à épurer les moeurs ? » n'aurait rien réveillé en lui. Mais il n'a pas réussi, malgré ses efforts, pour se mettre au diapason du monde. Il peut donc affirmer la vertu et la pauvreté contre le luxe, le brillant et les faux-semblants. Tout ce qui précède son Discours sur les arts et les sciences ne comptera plus. Hugo a un mot pour cela : « Les bêtises que je faisais avant ma naissance ». Avec le Discours, Rousseau va pouvoir dire sa singularité, sa différence et crier au monde : Je suis Rousseau ! Grâce à sa réelle connaissance de l'homme comme de l'époque, ce siècle des lumières qu'il décrit en profondeur, l'auteur analyse en psychologue délicat les contradictions de l'homme et de son temps, de l'écrivain et de la vie. "Voici, disait Rousseau à propos des Confessions, le seul portrait d'homme peint exactement d'après nature et dans toute sa vérité." Sur le « divin Jean-Jacques » complexe et complexé, contradictoire et sincère, innocent et coupable, Raymond Trousson signe ici un livre informé et vivant, véritable ouvrage de référence.

  • Après La Nouvelle Héloïse, qui a fait de lui le romancier le plus adulé du siècle, l'Émile et le Contrat social valent à Rousseau l'exil et les persécutions. Réfugié dans la principauté de Neuchâtel, il engage un long combat politique contre les dirigeants et le clergé genevois. Harcelé, il jette dans la mêlée sa Lettre à l'archevêque de Paris et ses foudroyantes Lettres de la montagne, deux cris poussés au nom de la justice et de la tolérance. Déchu de sa qualité de citoyen de Genève, lapidé par la populace à Môtiers, haï comme l'Antéchrist, expulsé de l'île Saint-Pierre, interdit en France, il fuit toujours plus loin. Protégé par le philosophe David Hume - un ami ou un traître ? - Jean-Jacques vit en Angleterre des mois de cauchemar. Sa querelle avec Hume retentit dans l'Europe entière, un parti furieux se dresse contre lui. Sa raison ébranlée, voyant des ennemis partout, il regagne la France, fuit encore, éperdu de terreur. Les dernières années le trouveront peu à peu plus calme, résigné à l'inévitable. Après les « Confessions » et les hallucinants dialogues de Rousseau, juge de Jean-Jacques, les Rêveries disent l'apaisement, le renoncement à la lutte. Sa destinée posthume est surprenante. Venus de toute l'Europe, les fidèles se recueillent dans l'île des Peupliers, se disputent ses reliques. 1789 fait de lui son maître à penser, le Contrat social devient l'Évangile des révolutionnaires. Le 11 octobre 1794, au lendemain de la chute de Robespierre, la France accueille au Panthéon l'homme de la nature et de la vérité.

  • Les rêves de bonheur ont depuis toujours hanté l'imagination humaine. Tombée de l'âge d'or dans l'âge de fer, l'humanité nostalgique, en inventant l'utopie, substitua à la conscience navrée d'un impossible retour, un espoir. L'utopie se présente aussi comme un genre littéraire privilégié. Non seulement elle draine avec elle les expériences formelles du genre romanesque, mais elle est sans doute le domaine où s'expriment le mieux la conscience que l'homme a de son destin et sa volonté souvent pathétique de le modifier et de l'orienter. C'est dans cette mesure qu'elle dépasse la fantaisie imaginative : elle est le reflet de l'humanité devant sa hantise de la perfection et de l'absolu, ou encore, si l'on veut, l'incarnation de son rêve d'échapper à la contingence.

  • Prométhée, c'est le symbole de l'intelligence humaine, de la création, de l'art et de la science; c'est aussi le savant torturé par la recherche, le philosophe par la vérité, le révolté contre toute autorité, le premier champion de la liberté métaphysique. Eschyle, Boccace, Calderon, Goethe, Schelley, Bourges entre autres furent fascinés par le voleur de feu. L'ouvrage de Raymond Trousson déploie l'éventail des interprétations dont le héros de la mythologie grecque a fait l'objet en même temps qu'il décrit son évolution chronologique à travers la littérature occidentale. C'est l'odyssée séculaire d'un des symboles inhérents à notre conscience que nous voyons se dérouler au fil des pages.

  • Tout au long de son histoire, l'Utopie a tracé la voie vers une société juste, assurant le bonheur de tous. Le XIXème siècle a fait des sciences et des techniques les bases de son culte quasi religieux du Progrès, censé créer un monde de justice, d'égalité et de bonheur. Mais ce qui devait affranchir a instauré une nouvelle servitude. Le XXème sicèle, nourri de tragiques expériences, s'est imprégné d'un pessimisme croissant à l'égard des sciences et techniques, dont on craint désormais qu'elles dévastent le monde. C'est l'évolution de cette conception des sciences et techniques dans la cité idéale que l'on a tenté de raconter ici.

  • "Regardez-y de près, et vous verrez que la liberté est un mot vide de sens ; qu'il n'y a point, et qu'il ne peut y avoir d'êtres libres ; que nous ne sommes que ce qui convient à l'ordre général, à l'organisation, à l'éducation, et à la chaîne des événements."

    Philosophe matérialiste, penseur politique audacieux, champion de la lutte contre l'obscurantisme et l'intolérance, romancier, théoricien du théâtre et du conte, codirecteur de l'Encyclopédie, Diderot (1713-1784) est l'une des figures les plus originales et les plus vigoureuses du XVIIIe siècle. Souvent précurseur de la pensée scientifique moderne dans la Lettre sur les aveugles ou le Rêve de d'Alembert, auteur de La Religieuse, "la plus effrayante satire des couvents", et d'un roman unique en son genre, Jacques le Fataliste, initiateur de la critique d'art, penseur en quête d'une morale laïque, il est bien le génie universel ou le "pantophile" que saluait Voltaire.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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