• À travers ces chroniques que le sénateur Pierre Barnès a tenu pendant sept ans jusqu'à septembre 2000 pour commenter et remettre en perspective mois après mois, les principaux évènements de la planète, voici un souci de répondre aux grandes questions et d'éclairer les évènements en cours. Après le 11 septembre 2001, une contribution pour comprendre comment en est-on arrivé là ? Pourquoi et comment a surgi et monté la haine ?

  • « Jusqu'à sa mort au début de l'été dernier - une mauvaise fièvre l'a emporté en quelques jours -, Mamadou Sarr habitait Tiassène, un de ces petits villages sérères de la région sénégalaise de Mbour, à l'écart de la route goudronnée qui relie Dakar aux centres touristiques de « la petite côte ». C'était un paysan comme des milliers d'autres au Sénégal et bien au-delà encore à travers l'immense Sahel, fatigué et sans âge, cultivant quelques ares de mil et d'arachide, courbé sous le soleil, nu-pieds la plupart du temps, en chemise et pantalon de grossière toile brune, un large chapeau rond et pointu de paille et de cuir tressés sur la tête, pauvre de toute éternité mais avec le sentiment désespérant de l'être de plus en plus. Il pratiquait un peu le français et, paraphrasant maladroitement son compatriote Léopold Sedar Senghor, un fils de Joal toute proche, à qui il vouait une admiration sans limites et qui dénonçait souvent à la radio la détérioration des termes de l'échange, dont le Sénégal est victime, comme tous les autres pays du Tiers Monde, il parlait, quant à lui, en un calembour involontaire, de la détérioration des termes de la chance. Cela faisait sourire les touristes, qui venaient parfois se promener jusqu'à Tiassène et qui lui posaient des questions sur sa vie et sur sa famille. »

  • Je suis né le 17 janvier 1935 à Tulette, dans le quartier des Tapies, entre la Croix et la vieille piboùlo, près de la fontaine. Tulette était un village de vignerons, tout au sud de la Drôme, entre la Vaucluse et l'enclave de Valréas. Nous avions des terres dans le quartier de Roure, où se trouvait une petite chapelle, avec sa Vierge miraculeuse. Nos vignes étaient plantées un peu en hauteur, à Claras ; nos autres terres, à blé et à luzerne, se trouvaient plus bas, autour d'une grande ferme qu'avait construite notre arrière grand-père.

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