• « Je regarde ma petite martienne. Nous sommes si peu faits pour ce monde. La solidarité ne me vient pas facilement, à moi, mais soudain, en regardant Lucy endormie, je sens que nous ne pouvons être les seuls. Et je les sens vivre, les centaines de millions qui, comme nous, ne sont pas à leur place. Je sais que cette société nous fait du mal, irrémédiablement. Les raisons de vivre y collent à la peau et nous ne pouvons combattre que pour une certaine innocence et une certaine ampleur. Le long chemin que je viens de faire m'aura au moins appris que je ne suis pas seul. Comme moi, partout, invisibles, anonymes, sans rencontre, sans échos, ils sont des millions qui trouvent l'air trop sale, les rues trop étroites, les opinions trop quotidiennes et ne peuvent s'en expliquer, s'y résigner non plus. Des millions qui souffrent de l'intérêt, de la bêtise, de la curiosité, de la dérision et de l'égoïsme, prêts à tout partager, naturellement, mais qui n'ont rien qui intéresse, dont les cadeaux sont de la rosée au soleil déjà haut. Inexploités, inexploitables, ils n'ont trouvé pour vivre que la marge où les guettent les flics, et vous, peut-être. »

  • Produit de la création psychédélique, le récit de Pierre Tallian apparaît à la fois comme un prodigieux happening, un appel à la compréhension, à l'amour et à la tolérance, une aventure passionnante enfin, frappée aux sceaux du symbole et du rêve. Chacune des péripéties qui jalonnent le chemin de Joseph Junior et rapprochent l'homme aux miracles de son destin met aux prises des forces contraires : aux lachrymen de la police, aux interdits des patchs ou gens en place, s'oppose le triomphant cortège des pâles, disciplines de Joseph, de la paix et de l'art d'aimer. De cette guerre d'influence, qui sortira vainqueur ? Quels seront, au soir de la grande journée, les élus conviés au spectacle de l'apothéose ? Scènes d'amour violentes, corps à corps devenus des étreintes, revendications - mais aussi, et partout, communion, allégresse, exaltation. A travers les événements qui marquent Le Grand Jour de Joseph Junior, Pierre Tallian définit en fin de compte les critères de l'ordre nouveau.

  • Alain Chauvigné, photographe, est l'amant désinvolte de Coralie Past, mannequin. Il s'éprend d'une autre Coralie, femme d'un metteur en scène, Joris Bollet. Des reportages dans des régions troublées vont éloigner Alain de ses deux Coralie, tour à tour. L'une d'elles, pourtant, sera à la fin exclusivement préférée à l'autre... Cette histoire pourrait sans doute se résumer autrement car l'intérêt du livre se trouve ailleurs que dans les aventures d'Alain Chauvigné... L'auteur nous donne ici la peinture exacte, ironique de la vie - souvent nocturne - de certains milieux parisiens du journalisme et du cinéma. À travers la légèreté, l'inconsistance tragique de ses jeunes personnages, il dénonce, comme en passant, la disponibilité morale et affective des possibles « héros de notre temps ».

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