• Le 18 mars 1950, dans la respectable salle de l'École normale de musique, eut lieu un « premier concert de musique concrète ». Les auditeurs allaient, les tout premiers, subir une privation essentielle : l'absence de musiciens, et subir l'épreuve de l'inouï : non seulement des sons jamais entendus, mais des assemblages de sons dont il était impossible de dire s'ils obéissaient à des lois prévues par les auteurs, ou s'ils tenaient simplement du hasard. Même envoûtant, ce nouveau langage était étrange, quasi étranger. S'agissait-il même encore d'un langage ? La révolution technique apporte-t-elle de nouveaux moyens de « faire de la musique », ou bien nous mène-t-elle à la découverte de nouvelles musiques, que nous ne savons pas encore faire, et encore moins entendre ? L'esprit de la musique est-il préexistant aux sons ? Ou bien, au contraire, est-ce à partir d'une pratique des sons que le musical peut apparaître, s'élaborer, et se renouveler ?

  • Les trouvailles contemporaines masquent (ou bien révèlent ?) une énigme de toujours : la musique est-elle science ou art ? Quels sont ses éléments : signal physique ou signe d'un langage ? Mais la musique est-elle un langage ? D'ailleurs, de quelle musique s'agit-il : occidentale ou primitive, concrète, électronique ?... Y a-t-il des musiques singulières ou une musique plurielle ?
    Pierre Schaeffer répond que la musique est une architecture qui parle. Il s'agit, avec elle, de mettre en corrélation deux sortes de connaissances : celle de la Nature et celle de l'Homme.
    On ne s'étonnera donc pas que l'auteur tourne autour de l'objet musical et le présente sous ses divers aspects. L'approche est successivement historique, linguistique, physique, philosophique, méthodologique, "acoulogique", musicale. On en arrive à une double conclusion : du concours des disciplines surgit une méthode propre à la musique, destinée à renouveler le solfège traditionnel et à fonder les musiques dans leur généralité. D'autre part, un tel itinéraire mène à son tour aux passages hermétiques - à moins qu'ils ne soient occultés par le respect humain - entre science et art, ces deux moitiés de l'expérience humaine.
    Aussi est-il de la vocation d'Orphée, sinon de résoudre l'énigme, du moins de l'affronter et de répondre à l'espoir que mettent en lui des créatures encore sauvages : qu'une réponse des choses soit donnée à la question des hommes.

  • " Autour de moi, s'étalait des piles de disques, où s'inscrivaient les fragments de cette matière décomposée, rapetissée et agrandie, désossée, inversée, éclatée, pulvérisée. J'étais comme une enfant qui a vidé le son de son ours, arraché les yeux de sa poupée et démantibulée son train mécanique. Il fallait bien que je m'avoue que je venais d'inventer d'extraordinaires techniques de destruction, mais que tous les essais de synthèse me claquaient dans les doigts. Il y avait d'autre part, à chaque instant de mes démarches, d'impitoyables contradictions qui surgissaient. Les objets sonores proliféraient mais leur multiplication insensée n'apportait aucun enrichissement, du moins au sens où les musiciens l'entendent : l'idée musicale, ou l'ombre de d'idée qui demeurait à travers ses contorsions inchangées, et que de formes biscornues, que de variantes concrètes pour la même idée ! Ces variations elles-mêmes étaient contradictoires, trop musicales et pas assez, trop parce que la banalité de l'écriture initiale persistait, pas assez parce que la plupart de ces objets sonores étaient cruels, offensants pour l'oreille. "

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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  • Pierre Schaeffer, né à Nancy en 1910. Sorti de Polytechnique en 1934, il est détaché au Service de Radiodiffusion en 1936. Écrivain, il a notamment publié Clotaire Nicole, Les enfants de coeur et, cette année même, Le gardien de volcan (Éditions du Seuil), musicien concret, il a réalisé Concerts de bruits, Suite pour 14 instruments, Études aux allures, Études aux sons animés, Étude aux objets, et, en collaboration avec Pierre Henry, Bidule en ut, Symphonie pour un homme seul, Orphée 53. Après la fondation du Studio d'Essai en 1944, Pierre Schaeffer poursuit ses travaux à la RTF en prenant la direction de la Radiodiffusion de la France d'Outre-mer. Il revient, en 1958, au Groupe de Recherches de Musique Concrète, devenu Groupe de Recherches Musicales. Depuis 1960, Pierre Schaeffer dirige le Service de la Recherche à l'ORTF. Il a été nommé en 1968 professeur « associé » du Conservatoire de Paris.

  • Watson, fatigué de son siècle et de ses contemporains, décide une enquête aux origines. Très vite, ses soupçons se portent sur deux complices : Faber, génial, qui invente tout le temps, n'importe quoi. Et Sapiens, le demeuré, qui est toujours obligé de se rendre à l'évidence. Des spécialistes mènent Watson de découverte en découverte : des cavernes du Périgord, aux arcanes de la guerre des étoiles. D'autres personnages émergent de la psychologie des profondeurs : Erectus et Factotum, Lucy et Robustus, Jules et Roberte qui tentèrent, voici des millions d'années, les grandes premières de l'amour et font de nous des hybrides et des prématurés. La piste aboutit, pour finir, à un nommé Dieu. Je sens deux hommes en moi, avoue le Créateur, en proie à de curieux états d'âme. Parcours en zigzag entre science et philosophie, érotisme et ironie, dans un style, hélas ! assez gai. Lecteurs trop sérieux s'abstenir.

  • En mai 1968, c'était l'opération Jéricho : comédiens et journalistes, musiciens et techniciens, statutaires et hors statuts, défilaient circulairement autour de la Maison Ronde, en processions inspirées du livre de Josué. Mais c'est en 1974 seulement, qu'à force de souffler dans les antennes, les murs de la citadelle croulèrent. Parmi ces décombres, Pierre Schaeffer entreprend aujourd'hui des fouilles instructives. Mais cet archéologue est aussi un témoin : ingénieur et romancier, musicien et gestionnaire, fondateur et animateur d'institutions hérétiques, mal aimées de leur maison-mère, Pierre Schaeffer a vécu, sous trois Républiques et vingt-et-un directeurs généraux (sans compter leurs adjoints), quarante ans de radio-télévision. Il s'en éveille, un peu surpris. Du grenier des ingénieurs au service de la recherche, de la symphonie pour un homme seul, aux conférences internationales, des exercices étriqués recommandés par Gurdjieff aux aftomatismes de la décolonisation, comment dégager sa ligne de vie des pièges de l'espace courbe ? Comment rester fidèle aux rébellions de sa jeunesse une fois entré dans les Ordres de l'entreprise nationalisée ? Comment proposer une politique de la communication, sans se réclamer d'aucun parti ? Uniquement préoccupée de sa propre survie, la grande entreprise audio-visuelle n'apparaît, en définitive, que comme une firme parmi d'autres. À un détail près : elle est chargée de notre information, de nos échanges, donc de notre avenir. Les gouvernements s'en défient et les gouvernements y paradent. Elle montre tout et ne dit rien. S'agirait-il, en définitive, d'une sorte d'usine de retraitement ? Son fonctionnement est tout aussi impénétrable, et les retombées de l'information aussi imprévisibles que celles du nucléaire. Les images s'accumulent dans l'insconscient collectif. Quelle sera la durée de vie de ces débats ? Ou faut-il comparer la T.V. et la bombe ? L'équilibre de la terreur réclame-t-il, par symétrie, la conspiration du silence ?

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Simon Vanderer, un homme jeune encore, part pour le Mexique se remettre de sa jeunesse, de sa guerre (celle de 40) et de ses illusions, qu'il croit perdues. Il se consacre à sa mission : la France l'a délégué sous le couvert d'un pays sous-développé, à l'une de ces conférences internationales où, vers 1948, on refaisait le monde. Dans un décor flambant aztèque, dans celui moins flambant des assemblées édulcorées, notre héros risque de sombrer parmi ses utopies, malgré les consolations adultérines de la berlinoise Butterfly. Or voici qu'apparaît au détour d'un sentier, au flanc du volcan d'Uruapan, l'homme-à-nul-autre-pareil qui prodigue à poignées des bonbons Félix Potin... Et c'est ce gardien de volcan - introuvable ensuite - qui aura pourtant fait pour notre héros plus que d'autres en vingt ans d'éducation distinguée. Confronté à notre monde de consommation et de contestation, ce retour sur un passé de restrictions, de DC 4, d'Amérique découverte, risque de paraître dépassé. Mais que faire quand on est un monsieur important, un chercheur connu pour son sérieux, et qu'on a enfoui dans le placard de ses jeunes années un secret si différent ? Ne vaut-il pas mieux risquer d'irriter le lecteur plutôt que d'être accusé de non assistance à personne en danger ? « Le gardien de volcan » n'est pas un roman qui suit la mode. S'il est écrit tantôt à la première personne (je me souviens), tantôt à la seconde (je te vois, Simon) ou bien à la troisième, évocatrice de l'événement, c'est parce qu'il y a plusieurs Simon. Simon est comme tout le monde. Seul échappe au sort commun le Gardien, épouvantail toujours jovial, toujours indéchiffrable. Ces Simon-là, quel que soit leur âge, s'efforcent de se regrouper, de remonter le fatal courant, vers des eaux moins fatiguées. Et encore, s'agit-il d'eau limpide ou bien d'un feu insidieux ?... celui qui donne des boutons à la Terre, et aux hommes ces fièvres dont les accès les font recracher le Système par mille bouches farouchement individuelles. P. S.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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