• Dans cette leçon inaugurale de la chaire d'histoire de la pensée hellénistique et romaine professée au Collège de France, Pierre Hadot expose la démarche qui préside à l'ensemble de ses travaux et développe l'une de ses idées directrices : la philosophie antique n'était pas un ensemble de connaissances à assimiler, mais une pratique de transformation de soi-même, une initiation.

  • "Socrate apparaît comme un médiateur entre la norme idéale et la réalité humaine. L'idée de médiation, d'intermédiaire, évoque celle de juste milieu et d'équilibre. On s'attend à voir apparaître une figure harmonieuse, mêlant en de fines nuances les traits divins et les traits humains. Il n'en est rien. La figure de Socrate est déroutante, ambiguë, inquiétante."Cette étude ne tente pas de reconstituer le Socrate historique, mais présente la figure paradoxale et ironique du sage telle qu'elle a agi dans la tradition occidentale à travers Le Banquet de Platon et telle qu'elle fut perçue par ces deux grands esprits socratiques que furent Kierkegaard et Nietzsche.

  • Spécialiste du stoïcisme et de Marc Aurèle, Pierre Hadot a développé une vision originale de la philosophie antique entendue non comme un système mais comme un exercice préparatoire à la sagesse, un exercice spirituel. D'où notamment le titre de l'un de ses ouvrages « la philosophie comme manière de vivre ». On en trouvera ici l'illustration à travers des textes de diverses époques, souvent rares et parfois inédits, qui soulignent l'articulation existant entre le discours philosophique et sa mise en oeuvre pratique. Des modèles de bonheur proposés par les philosophes antiques aux écrits de Marc Aurèle en passant par la figure du sage dans l'Antiquité gréco-latine, ce recueil ouvre à l'homme d'aujourd'hui les chemins grâce auxquels, selon le mot de l'auteur, une philosophie toute orientée vers une forme de praxis lui permet de mieux réussir son engagement dans l'existence.

    Après des études religieuses Pierre Hadot (1922-2010) a orienté ses recherches vers les philosophies de l'antiquité. Ses travaux originaux, sur le stoïcisme et Marc Aurèle ont assuré sa renommée et après plusieurs années comme directeur d'Études à l'École pratique des Hautes Études, il fut nommé professeur au collège de France, répondant ainsi aux voeux de Michel Foucault. Son oeuvre a acquis depuis une véritable aura et l'influence de sa pensée sur la réflexion contemporaine ne cesse de croître tant en France qu'à l'étranger.

  • En écrivant ses Pensées, Marc Aurèle bâtit en lui-même une citadelle inaccessible aux troubles des passions. Mais cette citadelle, où règne la sérénité, n'est pas une tour d'ivoire dans laquelle il se réfugierait en un égoïsme transcendant; elle est bien plutôt à la fois le haut lieu, d'où l'on accède à un immense champ de vision, et la base d'opérations qui permet d'agir au loin. Autrement dit, les Pensées sont le livre d'un homme d'action, qui cherche la sérénité, parce qu'elle est la condition indispensable de l'efficacité, et pour qui l'action humaine n'a de valeur profonde et durable que si elle s'insère dans la perspective du Tout de l'Univers et de la communauté de tous les hommes. Mais une telle attitude n'est autre que le stoïcisme lui-même, précisément sous la forme sous laquelle Epictète l'avait révélé à Marc Aurèle. Lorsque l'empereur s'efforce dans son livre de pratiquer trois disciplines fondamentales: voir la réalité telle qu'elle est, en se libérant de tout préjugé passionnel, accepter avec amour les événements tels qu'ils résultent du cours général de la Nature, agir au service de la communauté humaine, il ne fait rien d'autre que de s'exercer dans les trois parties de la philosophie telles qu'Epictète les avait définies. Les Pensées s'organisent autour de ce schéma ternaire. C'est pourquoi la présente introduction aux Pensées de Marc Aurèle pourra être lue en un certain sens comme une introduction au stoïcisme antique. N'y aurait-il pas finalement un stoïcisme éternel qui, à travers le temps et l'espace, serait l'une des attitudes possibles de la conscience humaine?
    Pierre Hadot est depuis 1991 professeur honoraire au Collège de France. Ses recherches se sont concentrées tout d'abord sur les rapports entre hellénisme et christianisme, puis sur la mystique néoplatonicienne et la philosophie d'époque hellénistique. Elles se sont maintenant orientées vers une description générale du phénomène spirituel que représente la philosophie.

  • OEuvre monumentale, parue de 1932 à 1995, voici donc Le Dictionnaire de Spiritualité enfin publié intégralement de A jusqu'à Z, avec un index particulièrement utile. A beaucoup de points de vue, c'était un défi. Le pari a été tenu. On peut même dire que les fruits dépassent le projet primitif, car très vite les perspectives du début ont été amplifiées et précisées. Dans les années 30, lancer l'idée et assurer la réalisation d'un tel dictionnaire pouvait paraître, face au bloc solide du dogme catholique, une entreprise marginale concernant les techniques de prière, les états mystiques et les divers phénomènes qui parfois les accompagnent... A cette époque, la réflexion chrétienne, encadrée et limitée par une théologie dogmatique, en grande partie déductive et obligatoire, avait besoin d'un nouveau souffle. Voici que la spiritualité, fondée en même temps sur l'expérience et sur la liberté qui président à l'invention des divers chemins conduisant à Dieu, renouvelait toutes les questions... Cette révolution tranquille s'est faite lentement, sans bruit, sans excès. A sa place, avec d'autres éléments similaires, elle a préparé l'éclosion irrésistible de Vatican II ; et aujourd'hui, patiemment, elle aide à bien comprendre l'originalité et le dynamisme de ce concile... Des milliers de collaborateurs, provenant du monde entier et de tous les horizons, ont contribué à faire de ce Dictionnaire ce qu'il est : particulièrement utile à tous ceux qui veulent mieux connaître les auteurs spirituels de divers pays, suivre l'évolution des mentalités, des institutions, des grandes notions fondamentales... et plein d'intérêt pour tous les curieux. Ainsi s'est-il répandu à travers le monde entier et dans tous les milieux.

  • Il est des livres dont on sort changé. C'est le cas de tous les ouvrages de Pierre Hadot, qu'il traitent de Marc Aurèle ou de Plotin,du stoïcisme ou de la mystique ; avec une érudition toujours limpide, ils montrent que, pour les Anciens, la philosophie n'est pas construction de système, mais choix de vie, expérience vécue visant à produire un "effet de formation", bref un exercice sur le chemin de la sagesse.
    Dans ces entretiens, nous découvrons un savant admirable, dont l'oeuvre a nourri de très nombreux penseurs, mais aussi un homme secret, pudique, sobre dans ses jugements, parfois ironique, jamais sentencieux. En suivant Pierre Hadot, nous comprenons comment lire et interpréter la sagesse antique, en quoi les philosophies des Anciens, et la pensée de Marc Aurèle en particulier, peuvent nous aider à mieux vivre. Et si "philosopher, c'est apprendre à mourir", il faut aussi apprendre à " vivre dans le moment présent, vivre comme si l'on voyait le monde pour la dernière fois, mais aussi pour la première fois.

empty