• " Quand, dans la société primitive, l'économique se laisse repérer comme champ autonome et défini, quand l'activité de production devient travail aliéné, comptabilisé et imposé par ceux qui vont jouir des fruits de ce travail, c'est que la société n'est plus primitive, c'est qu'elle est devenue une société divisée en dominants et dominés, en maîtres et sujets, c'est qu'elle a cessé d'exorciser ce qui est destiné à la tuer : le pouvoir et le respect du pouvoir. La division majeure de la société, celle qui fonde toutes les autres, y compris sans doute la division du travail, c'est la nouvelle disposition verticale entre la base et le sommet, c'est la grande coupure politique entre détenteurs de la force, qu'elle soit guerrière ou religieuse, et assujettis à cette force. La relation politique de pouvoir précède et fonde la relation économique d'exploitation. Avant d'être économique, l'aliénation est politique, le pouvoir est avant le travail, l'économique est une dérive du politique, l'émergence de l'État détermine l'apparition des classes. " P. C.



    Anthropologue et ethnologue, Pierre Clastres (1934-1977) a effectué de nombreux séjours auprès des Indiens d'Amérique du Sud qui ont été le point de départ de sa réflexion et de ses différents travaux d'anthropologie politique, parmi lesquels Chroniques des Indiens Guayaki (Plon, 1972 ; Pocket, coll. " Terre Humaine ", 2001) et La Société contre l'État (Les Éditions de Minuit, 1974).

  • « Le meilleur ennemi de l'État, c'est la guerre. » Cet essai propose une réflexion novatrice sur la guerre. Pour Pierre Clastres, la guerre est une façon de repousser la fusion politique, et donc d'empêcher la menace d'une délégation de pouvoir menant aux dérives intrinsèquement liées à la trop grande taille d'une société. La guerre et l'institution étatique, posées dans une relation d'exclusion, chacun impliquant la négation de l'autre, se conditionnent donc mutuellement.

  • " Les Belles Paroles : ainsi les Indiens Guarani nomment-ils les mots qui leur servent à s'adresser à leurs dieux. Beau langage, grand parler, agréable à l'oreille des divins qui l'estiment digne d'eux. Rigueur de sa beauté dans la bouche des chamanes inspirés qui les prononcent [...], ces né' en poran, ces belles paroles, elles retentissent encore au plus secret de la forêt qui, de tout temps, abrita ceux qui, se nommant eux-mêmes Ava (les Hommes), s'affirment de cette manière dépositaires absolus de l'humain. Hommes véritables donc et, démesure d'un orgueil héroïque, élus des dieux, marqués du sceau du divin, eux qui se disent également les Jeguakava, les Adornés... "
    Trois types de textes sont réunis dans cette anthologie commentée : des mythes où se raconte une histoire des dieux, du monde et des hommes ; les Belles Paroles, au sens propre, beaucoup plus ésotériques : textes où la cosmogenèse fait l'objet d'une spéculation religieuse ; des commentaires, enfin, très libres, où un nouveau pas est franchi : celui de la conceptualisation métaphysique.
    On a regroupé ces textes dans une succession idéale : " temps de l'éternité ", " lieu du malheur ", " ce que disent les derniers ".
    Pierre Clastres
    1934-1977. Études de philosophie ; après quoi, s'oriente vers l'ethnologie américaniste. Séjours de plusieurs années parmi des tribus indiennes du Paraguay, du Brésil central et chez les Yanomami du Venezuela. Enseigne quelque temps à l'université de Sao Paulo puis chargé de recherches au CNRS.
    Auteur de la Chronique des Indiens Guyaki (Plon, 1972) et de L a Société contre l'État (Éditions de Minuit, 1974).

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