• À travers ces chroniques que le sénateur Pierre Barnès a tenu pendant sept ans jusqu'à septembre 2000 pour commenter et remettre en perspective mois après mois, les principaux évènements de la planète, voici un souci de répondre aux grandes questions et d'éclairer les évènements en cours. Après le 11 septembre 2001, une contribution pour comprendre comment en est-on arrivé là ? Pourquoi et comment a surgi et monté la haine ?

  • "Dans les milieux généralement bien informés de la capitale sénégalaise". C'est par cette formule très classique qu'ont démarré, pendant une trentaine d'années, tous les papiers que Pierre Biarnès destinait aux lecteurs du Monde qui ne les ont jamais lus, tout simplement parce que le correspondant à Dakar du "grand quotidien du soir", comme on disait alors, ne les envoyait pas rue des Italiens. C'étaient des sortes de "brèves de comptoir" qu'il recueillait chaque jour, midi et soir, à l'apéritif, au bar de La Croix du Sud, l'hôtel de Dakar le plus en vogue à l'époque. De ces petits textes restés dans ses tiroirs, Pierre Biarnès tire une histoire assez décalée mais exacte jusque dans les moindres détails de ces Français du Sénégal dont il moque avec pas mal de cruauté, mais non sans tendresse les comportements.

  • Pierre Biarnès a vécu une trentaine d'années en Afrique, à Dakar. Pendant près de 23 ans il y a représenté Le Monde. Ce sont ses souvenirs de reportage qu'il évoque ici, se remémorant tout particulièrement ses passages dans sept pays, le Zaïre, la République centrafricaine, le Tchad, le Gabon, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal. Des évocations hautes en couleurs qui montrent que ce familier du continent noir n'avait pas froid aux yeux, suivies de solides analyses de la situation qui prévalait dans les années 1960-1970 au sud du Sahara.

  • Je suis né le 17 janvier 1935 à Tulette, dans le quartier des Tapies, entre la Croix et la vieille piboùlo, près de la fontaine. Tulette était un village de vignerons, tout au sud de la Drôme, entre la Vaucluse et l'enclave de Valréas. Nous avions des terres dans le quartier de Roure, où se trouvait une petite chapelle, avec sa Vierge miraculeuse. Nos vignes étaient plantées un peu en hauteur, à Claras ; nos autres terres, à blé et à luzerne, se trouvaient plus bas, autour d'une grande ferme qu'avait construite notre arrière grand-père.

  • « Jusqu'à sa mort au début de l'été dernier - une mauvaise fièvre l'a emporté en quelques jours -, Mamadou Sarr habitait Tiassène, un de ces petits villages sérères de la région sénégalaise de Mbour, à l'écart de la route goudronnée qui relie Dakar aux centres touristiques de « la petite côte ». C'était un paysan comme des milliers d'autres au Sénégal et bien au-delà encore à travers l'immense Sahel, fatigué et sans âge, cultivant quelques ares de mil et d'arachide, courbé sous le soleil, nu-pieds la plupart du temps, en chemise et pantalon de grossière toile brune, un large chapeau rond et pointu de paille et de cuir tressés sur la tête, pauvre de toute éternité mais avec le sentiment désespérant de l'être de plus en plus. Il pratiquait un peu le français et, paraphrasant maladroitement son compatriote Léopold Sedar Senghor, un fils de Joal toute proche, à qui il vouait une admiration sans limites et qui dénonçait souvent à la radio la détérioration des termes de l'échange, dont le Sénégal est victime, comme tous les autres pays du Tiers Monde, il parlait, quant à lui, en un calembour involontaire, de la détérioration des termes de la chance. Cela faisait sourire les touristes, qui venaient parfois se promener jusqu'à Tiassène et qui lui posaient des questions sur sa vie et sur sa famille. »

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