• Ce livre contient à la fois la réflexion personnelle de l'auteur et une méthode mettant en oeuvre dans une progression un certain nombre de dispositifs ayant fait la preuve de leur efficacité, et grâce auxquels les personnes venant écrire en ateliers nouent ou renouent une relation plus forte à l'écriture. L'intérêt de cet ouvrage vient de cette présentation très détaillée des dispositifs utilisés (la plupart inventés par l'auteur), de leur articulation entre eux dans une dynamique claire et lisible. Toute personne désireuse d'animer un atelier, de se familiariser avec l'écriture qui y est possible, trouvera là de quoi enrichir sa pratique. Philippe Berthaut, écrivain, poète et chanteur, propose de nombreux ateliers d'écriture en Midi-Pyrénées avec toutes sortes de public.

  • Le pays jonglé est ce territoire de Midi-Pyrénées arpenté en nomade dont je cherche à aménager les traces d'un vivre poétique. Que cette recherche soit menée seul ou en partage avec d'autres importe peu. De même la forme qu'elle revêt : chant, film, récits, histoires chantées, ateliers d'écriture. Le terme générique du Pays Jonglé rend cohérents ces creusements multiples. Un flux d'écritures décloisonnées, en retard sur l'air du temps, décalées mais allant enfin à leur rythme ; où le désir les mène.

  • Mirages, accidents de son et de sens, altérations volontaires ou fortuites, autant de manifestation de ce que pourrait être la désécriture. Philippe Berthaut, chanteur et poète de son état, la fait fleurir en bon jardinier de la langue. Cette série de poèmes singuliers prend la forme d'un cahier pour mieux cultiver cette désobéissance et élever une langue parallèle au rang de langue propre, vivant le long de nos errances, de nos lapsus, de nos élans de tendresse poétique.

    Accompagner Berthaut dans cet élan intérieur de vingt-deux jours, ce journal qui serpente, c'est le suivre en nous-mêmes. Quelle est cette langue qui nous porte et que le plus souvent nous ne savons pas dire ? À l'économie, parfois jusqu'à la rareté du son, la finesse de son nerf, il s'agit de confronter, à la lecture, à l'écriture, cette matière lunaire qui se saisit des cordes vocales pour les faire vaciller. C'est à la fois en nos corps et au-delà car, souvenons-nous, « c'est trop étroit une peau » disait Emaz. C'est sa finesse, aussi, qui nous permet de voir au-dedans, sous la gorge, la langue en construction, les hauts fourneaux du dire.

    Guillaume Vissac

  • postérité de Francis Ponge quant à la présence du monde


  • En ligne simultanément sur publie.net, de Philippe Berthaut : Seau rouge seau bleu.


    L'atelier d'écriture doit être le lieu par excellence du flottement dans la langue. Là où justement les noeuds se desserrent. Le lieu de libération de ce qui travaille en nous et que nous ignorons. Là aussi, pas tant pour mettre au jour quelque trauma enfoui que pour découvrir notre lexique personnel sans lequel il ne peut y avoir d'écriture réelle. Lieu de flottement sans cesse suscité pour renforcer notre intelligence intuitive. L'atelier d'écriture : pratique intensive de l'intelligence intuitive.

    Le livre de Philippe Berthaut sur sa pratique des ateliers d'écriture, La Chaufferie de la langue, est un des moins normatifs qui soient. Parcours, dispositifs, mais toujours pour construire cet accueil de l'écart, du non raisonné, où on entend sonner l'irréductible de la langue.
    Ce long journal de travail, ces 72 pages qui doivent représenter quelques 300 fragments sur l'écriture, pourrait être comme l'application à soi-même de ce passage de son introduction à Chaufferie. Sauf qu'on ne s'applique pas cela volontairement. Le retour de l'atelier d'écriture sur celui qui l'anime, c'est plutôt qu'à un moment donné on prend place soi-même sur le plongeoir qu'on a bâti pour les autres, et qu'on s'y lance.
    Alors il y a des réflexions sur l'espace, le voyage. Il y a une masse de réflexions concrètes prises à cette vie de tous les jours du balladin, comme on le disait un peu péjorativement dans nos campagnes, mais qui correspond si bien à Berthaut, aussi bien chanteur (à textes, quelle expression bizarre aussi), mais arpentant sans cesse son pays de lave, de Toulouse à Albi, les vieux terroirs de mines, les rocades de villes moyennes qui tombent, et la confrontation aussi, parfois, à la plus haute violence sauvage, partir dans ces endroits secrets, à plusieurs, pour y écrire. En tout cas un pays où il est plus légitime que dans nos latitudes de relire les Picaresques, d'ajouter un chapitre au Guzman (serais bien curieux d'entendre Berthaut s'expliquer sur cet héritage)...
    Mais, plus qu'un journal, il y a ici cette quête où on chamboule la langue. On reçoit le mot besopin par une faute de doigts sur le clavier et on tombe dans le dessous de la langue. On casse, on hiatus, on répète. Ou bien, dans la vente Emmaüs d'une brocante de village, on tombe sur un de ses livres de poèmes, publié il y a longtemps, et c'est toute la vie sur un abîme. Il y a des rêves, qui s'écrivent, et le piège de langue qu'ils nous dressent. Il y a cette société dure, consumériste, et à qui la tâche de tous les jours, qu'on considère soi comme essentielle, est repoussée du coude.
    Et c'est d'autant plus perceptible lorsque, au milieu du parcours, on part pour quelques jours en Moldavie, avec les Alliances françaises. Pur renversement du monde, comme si j'entrais dans un tableau flamand re-présentant un village, et la réflexion sur le mot et la phrase semble exhibée comme ces rochers noirs, sous érosion, de Champ de lave, le dernier livre de Philippe.
    Dans l'archéologie de ce qui est devenu aujourd'hui publie.net, il y a, très loin en arrière (2000 ?), une discussion chez Fayard au sujet de leur collection 1001 Nuits : profiter de cette diffusion à 2 euros pour tenter des textes d'expérimentation, les diffuser dans un intervalle de temps court, et des conditions économiques frustes. Avec publie.net, je crois que j'ai trouvé mon ancrage : un texte comme cet Enregistré sous... m'importe, parce que c'est passer d'atelier à atelier. Et je pèse ce mot, atelier. Nous sommes à égalité dans une vaste marche à tâtons, précaire, ou rien n'est assuré, dès lors qu'il y a écriture. Et c'est ici que nous avons besoin de circulation, de partage.
    Merci, Philippe, de nous confier ce texte pour inaugurer un autre mode de circulation, d'échange, de passage de la main à la main...

    FB

    visiter le site de Philippe Berthaut
    préparation éditoriale du texte, Sarah Cillaire

  • Le chanteur est devant plusieurs soleils, sur la longue estrade de bois. Il officie comme dans une messe, dont l'enfant en lui aimerait voir ressurgir le rite. Lui ne sait rien de tout cela. L'enfant est encore trop proche. Il ne le voit pas. Assis au premier rang, l'enfant dort. Lui officie. Il tremble. Des perles de sueur. Il tremble. Que dit-il ? Ce qu'il dit là mérite-t-il tant de violence sur lui-même ? À qui s'adresse-t-il ? Le paysage des têtes et des mains qui battent, est un passage pour être au monde. Lui, l'ex-jeune guerrier avait-il besoin de s'exposer ainsi ? Le voila initié à un rite qui lui échappe. En lui une part est contente ou s'en contente. L'autre a soif, mélange les soifs. Il termine sa première chanson, c'est une fable de Nietzsche parlant de trois métamorphoses : l'homme en chameau, le chameau en lion, et le lion en enfant. Il est mal. Il va tomber. Il livre bataille contre les fantômes. Car le public, pour lui, en cet instant, n'existe pas.

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