• Mystère et paradoxes entourent le personnage de Louise Labé, à la réputation controversée de courtisane, ainsi que la publication en 1555 de son unique ouvrage, les Euvres de Louïze Labé Lionnoize, dont l'édition originale est ici reproduite dans son intégralité. Trois élégies et vingt-quatre sonnets lui ont assuré une gloire universelle de poète, alors même que l'ouvrage comporte un long « Dialogue de Folie et d'Amour » en prose et qu'il est composé pour un tiers d'écrits dithyrambiques à sa louange, pièces non signées de poètes contemporains qui ne parleront ensuite plus jamais d'elle.
    A restituer le cercle de ces poètes de Louise Labé, dans le Lyon fastueux du milieu du XVIe siècle, il apparaît que les Euvres, opération collective élaborée dans l'atelier de Jean de Tournes par des auteurs très impliqués dans la production de ce dernier, ne sont qu'une supercherie brillante. Celle-ci ne devait pas faire illusion au lecteur lyonnais de 1555, habitué aux masques et aux déguisements, aux momeries et aux figures allégoriques comme mythologiques qui hantent Fourvière (le forum de Vénus), attaché à la littérature paradoxale alors à la mode dans cette cité où l'on débat entre néoplatoniciens italiens et français des vertus de l'Amour. Le projet marotique ancien de « louer Louise », inspiré du « laudare Laure » de Pétrarque, adapté dans des circonstances très particulières, se révèle finalement comme une mystification de poètes facétieux qui ont cyniquement couché sur le papier une femme de paille dont ils se sont joués.

  • Le laberynthe

    Mireillle Huchon

    Les « Poëtes de Louïze Labé », comme ils se nomment, lui ont offert des pièces, apparemment d'hommage, qui constituent le tiers de l'unique recueil des Euvres de Louise Labé Lionnoize. À les suivre dans leur dédale d'ingénieuse construction, avec le fil de leur fiction concertée, des personnages sciemment dissimulés, extravagants et impudents, ou autrement célèbres, sortent de l'ombre. Des coïncidences de textes, des conjonctions de cercles de poètes invitent à de nouvelles lectures des vers, sulfureux, de Louise Labé, occultés par le préjugé de la signature féminine. Derrière « Louïze Labé Lionnoize », se cachent les « mignons des Muses », prêts à toutes les expériences, en un temps d'« illustration » du français où sont récupérées les figures antiques pour créer un Panthéon français. L'invention de la Sappho lyonnaise s'inscrit, en regard des scandaleuses Folastries inspirées de Catulle, comme un brillant témoignage des plus belles créations littéraires de ce milieu du xvie siècle.,,

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