• Ce visage où habiter relate l'histoire touchante d'un homme qui, un matin de septembre 1938, abandonne les siens dans leur maison triste pour prendre le large, pour s'inventer une vie capable de faire battre son coeur autrement. Il oubliera d'où il vient, tentera d'effacer Notre-Dame-du-Lac, arrière-pays de poussière et de soumission. Plus tard, vraiment plus tard, il reviendra d'Europe avec son imperméable de cinéma et des gestes d'oiseaux rares. Et une certaine clarté sur les épaules. Il retrouvera une campagne inchangée - la ligne d'arbres autour du lac et son obscurité - ses souvenirs, leur amertume, et des soeurs accablées. Des femmes qui pourtant s'aiment. Il ne s'agit pas de l'amour sous sa forme parfaite, mais de quelques friables tendresses qui s'épuisent dans leurs mains. C'est qu'à la vérité elles cherchent les mots qui leur permettraient de traverser les désordres du monde.

  • « À la fois fiction et réflexion, petit traité sur la fascination amoureuse, Le Chant des poissons rouges témoigne d'une prise de parole féminine lucide et sensible. Micheline Morisset a su trouver le ton juste, parfois poétique, pour parler de la fragilité et de la force du sentiment amoureux. Le roman est écrit avec minutie et une grande liberté rythmique. Sa petite musique ne nous quitte pas. À relire pour la palpitation secrète de ce texte profond, sa tendresse et sa délicatesse. »
    Suzanne Giguère, Le Devoir

    « (...) un roman à la fin désarçonnante, fait d'une écriture très poétique, où présent, passé et futur se fragmentent et se télescopent, créant un effet de sur-place envoûtant. »
    Marie-Claude Fortin, La Presse

    « Les personnages de ce premier roman sont intrigants, attachants et émouvants. Mais au-delà de l'anecdote, on s'attache aux phrases magnifiques qui ponctuent le récit, aux réflexions poétiques et impressionnistes qui le jalonnent et qui restent, à la fin de la lecture, comme autant de pierres jetées à l'imagination du lecteur. »
    Annie Landreville, Radio-Canada

    « Une écriture épurée, une observation aiguisée de l'univers des émotions amoureuses et des réflexions remplies de sagesse pour nous aider à nager dans notre bocal...! »
    Hélène Cantin, Radio-Canada (Sonnez les matines, Matane)

    « Le plus touchant dans ce roman, ce sont les maximes qui émaillent en quelque sorte le récit. (...) Un roman qui frétille énormément. (...) Ce premier roman de Micheline Morisset offre deux heures et quart de lecture suave, de réflexions sublimes sur la vie, l'amour et l'absence de l'autre. »
    Paul-François Sylvestre, L'Express de Toronto

  • Souvenirs et oublis. Paradoxe troublant. Cruel même lorsque, comme Luce, on se voit forcé de placer sa mère en centre d'accueil. Devant les eaux du fleuve, lieu des origines, Luce se remémore. Petite voix endormie d'où émergent des visages aimés et des douleurs secrètes. Un père qu'on idolâtre, un père qui trompe. L'enfance est un bonheur qui s'effrite. Comment dès lors se défaire de cette gravité insupportable qui vient trop souvent avec le temps?

    Dans une écriture mouvante tantôt sobre, tantôt dense et lyrique qui épouse autant les fluctuations de la marée que les propos, Micheline Morisset, auteure du roman Le Chant des poissons rouges, nous donne à lire une fiction d'une grande sensibilité. Une réflexion sur le vieillissement et sur la mort de l'innocence.


    Vieillir, Luce n'y pensait pas. Pas tout le temps. C'était une idée qui traversait son esprit un moment et qu'elle chassait, mais voilà demain elle doit reconduire sa mère, octogénaire, au centre d'accueil. Devant les eaux du fleuve, des pensées qu'elle n'a pas réclamées reviennent la hanter comme si le sable et les algues avaient conservé les souvenirs. Voilà toute l'enfance. Ce père mythifié, trop souvent parti, qui chante à Montréal, qui la laisse à l'autre bout du monde aux bons soins de sa tante, une dévoreuse d'étoiles, et de sa mère, femme besogneuse mais combien triste. Ces grands yeux qui la regardaient et elle, Luce, qui se croyait obligée de tout réparer. Aujourd'hui, elle cherche en vain l'insouciance heureuse, la part de jeu propre aux enfants, peut-être la marée les a-t-elle jetées trop loin. Le temps nous vole une multitude de choses, ne restent souvent que des morceaux d'histoires qu'on bricole.


    Elle observe du coin de l'oeil sa mère, sa mère dont la mémoire n'amasse plus rien. Luce, froidement, pense pouvoir se tenir à distance, ne pas sentir le désarroi de cette femme qui s'en va et le sait. Difficile de se terrer dans l'indifférence; les liens du coeur sont fatals.


    Et parce que mourir est intolérable, l'artiste crée. Luce ficelle des milliers de petits paquets de journaux déchirés, elle ficelle, acharnée, désireuse de déposer un rai de lumière, un peu de beauté parmi les désastres annoncés. C'est sa façon de respirer.

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