• Les sciences sociales peuvent-elles décrire la vulnérabilité, l'incertitude, la solitude ? Pour répondre à cette question, Michel Naepels, assumant sa position d'auteur, adopte dans ce livre une approche pragmatique et s'interroge sur le rôle du chercheur et le statut du témoignage qu'il suscite, à partir d'enquêtes menées dans des zones de conflits et de troubles, et de lectures à la fois anthropologiques, philosophiques et littéraires. Au lecteur qui se demande quelle est la place de celui ou celle qui enquête dans des situations de détresse, cet essai propose une anthropologie politique renouvelée de la violence, de la prédation, du capitalisme. Il endosse un point de vue, celui de la vulnérabilité et de l'exposition à la violence, en prêtant attention aux subjectivités, aux émotions et aux pensées des personnes qui y sont confrontées. Il s'agit d'articuler l'exploitation de l'homme et de la nature avec la construction de soi, de penser dans le sensible, avec la douleur, malgré tout.

  • Les objets convoités de la « croissance » économique produisent la pollution qui envahit nos corps et nos vies et finissent en déchets. Pour comprendre les expériences intimes que les hommes et les femmes ont des produits toxiques et des pollutions au quotidien, nous avons mené des enquêtes locales, en situation. Le nucléaire, les pesticides, les projets miniers, les produits chimiques du quotidien, les plastiques sont pris ici par leurs effets sur les corps et la manière dont ils reflètent et accentuent des inégalités sociales, de genre, de classe, de race. Les déchets toxiques issus des procédés industriels sont ignorés et tolérés par ceux qui continuent à vivre le « progrès » et « la croissance », tandis qu'ils occasionnent des souffrances quotidiennes à d'autres. Ce volume de Monde commun s'attache aux différentes formes de déni chez les régulateurs, les industriels et les victimes de la pollution, et à l'invisibilisation des conséquences matérielles dans notre système économique et technique. Questionner la chimie de notre monde toxique, c'est aussi imaginer d'autres mondes possibles, en suivant celles et ceux qui ont ouvert des alternatives vécues et vivantes.

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