• Dans un ancien hangar de la SNCF, quelque part dans la Champagne profonde, une dame brésilienne, la Senhora Doutora, exerce au noir le métier de psychothérapeute. À deux pas du hangar, dans la maisonnette où il s'est réfugié après avoir perdu sa belle ferme du Sombrevoir, le père Manouvrier essaie d'écrire le récit de ses rêves. Hélas ! ils se font de jour en jour plus rares. Pour continuer à écrire, il demande à la Senhora de lui raconter les rêves de ses patients.La Senhora Doutora, qui fut l'épouse d'un illustre analyste, et le père Manouvrier, qui regrette toujours de n'avoir pas pu être instituteur, s'entendent au mieux : leur petit commerce de rêves s'accompagne d'aimables privautés, autour de plantureuses feijoadas arrosées de cachaça.Mais ces excellentes relations courent un risque mortel : la Senhora menace de révéler les infidélités conjugales du seul ami de Manouvrier, le pharmacien du lieu. Pour échapper à son chantage, il songe à utiliser contre elle les talents de sorcier que Manouvrier a hérités de son grand-père, le vieux Béhanzin.Que va-t-il se passer ?

  • Une très vieille dame, Geneviève Briand-Lemercier ? C'est ce que l'état civil indique : quatre-vingt-onze ans. Mais en même temps une toute petite fille. Elle ne résiste à aucune tentation de consommation, et se trouve réduite, chaque fin de mois, à vendre chez Gibert quelques-uns de ses livres. Et elle suit toujours à la lettre la consigne, donnée par son père il y a trois quarts de siècle, d'écrire chaque jour quelques lignes de son journal.Et pourtant, depuis quelques mois, l'angoisse la point, de façon de jour en jour plus aiguë. Madame Bertrand, la prestigieuse professeur dont elle paie à prix d'or les leçons de graphologie et d'astrologie transcendantale, lui donne la consigne inverse : ne plus écrire, et même « désécrire » ce qu'elle a précédemment écrit. C'est que, elle le sait avec la certitude authentiquement scientifique de la graphologie et de l'astrologie, le poids de ces écrits est un obstacle à la longévité de Geneviève. Il est même étonnant qu'elle ait malgré eux atteint un âge aussi avancé. Pour continuer à vivre, pour égaler et surpasser le record encore imbattu de Jeanne Calment, voire pour atteindre l'Immortalité, il faut « désécrire ».Geneviève désécrit. Elle conserve toutefois, mais réduits à de brefs coups de phare, les épisodes les plus marquants de sa vie : les terreurs de son enfance et leurs résurgences dans sa vie d'adulte, son mariage, l'occupation allemande et la captivité de son mari, ses amours féminines...Peu à peu cependant, elle s'interroge sur la consigne de Madame Bertrand : comment l'écriture peut-elle être si néfaste ? Ne vaudrait-il pas mieux, somme toute, tuer les êtres plutôt que les lettres ? Elle s'y essaie. Avec un succès limité. Mais le hasard lui sera d'un précieux secours.Finira-t-elle par atteindre l'Immortalité ?

  • « L'orthographe, c'est la langue : surtout, n'y touchez pas ! » criaient les uns. « Pas du tout », répondaient les autres, « l'orthographe n'est que le vêtement de la langue ! ». C'est entre ces deux approximations que, pendant plusieurs mois, de 1989 à 1991, on s'est battu autour de l'orthographe, comme on l'a déjà fait plusieurs fois depuis le début du siècle, et comme on le refera sans doute avant qu'il ne s'achève. La visée de ce livre n'est pas seulement de faire l'histoire de la bataille, où s'engagèrent les plus puissants. Il s'agit aussi - et surtout - de décrire l'objet autour duquel on combattait : l'orthographe française. Comment s'est-elle faite ? Comment fonctionne-t-elle ? Est-il possible de la réformer ? Avec une grande sérénité - non dépourvue, parfois, d'une certaine sévérité - Michel Arrivé fait le point. On ne pourra plus parler de l'orthographe ni de sa réforme sans prendre en compte ses analyses.

  • Un bel immeuble des années 1900, tout près de Paris, entre 1945 et 1960. Le jeune Bornichet, choyé par ses deux tantes infirmes, s'initie aux différents métiers dont il sera chargé à l'Hôpital voisin. Le Docteur Ménétrier et sa belle épouse Solange se déchirent, séparés à la fois par leurs différends sentimentaux et leur rivalité professionnelle. Deux enfants vivent quelques moments d'éternité, cachés dans le grenier de l'immeuble. Olga Letonturier surveille avec une lucidité angoissée les progrès de la déchéance intellectuelle de son époux. Mesdames Gandillot et Pinaudier, dans d'interminables colloques, commentent la vie de l'immeuble et de ses habitants.C'est Joël Escrivant, garagiste retraité se faisant fort de terminer enfin un roman, qui entreprend d'écrire l'histoire des locataires du 26 bis rue Pougens. Il découvre les joies et surtout les angoisses de la création littéraire. Mais réussira-t-il à mener son ouvrage à son terme ?

  • Cent ans après sa mort, Saussure continue à susciter les passions dans le monde de la linguistique. Comment expliquer cet intérêt ? Selon M. Arrivé parce que la longue méditation de Saussure sur le langage est l'une des plus fécondes qui existe. L'effet de cette réflexion inachevée sera déterminant, tant pour la linguistique que pour la sémiotique et au-delà des sciences du langage, pour toutes les sciences de l'homme, de Merleau-Ponty à Lévi-Strauss ou Lacan. Cet ouvrage est une exploration de toutes les "anfractuosités" de la pensée de Saussure.

  • L'inconscient, ça parle, ce qui le fait dépendre du langage disait Lacan. Le linguiste a pour tâche de décrire le langage, comment ne pourrait-il alors ne pas s'intéresser au langage de l'inconscient ? Ainsi l'auteur procède à une relecture de Freud et montre à quel point l'inconscient freudien est intimement lié, en tous ses aspects au langage et comment la grammaire est présente pour structurer ce langage de l'inconscient, pour fournir des modèles aux opérations de l'inconscient.

  • L'asile de vieillards de Châtel-sur-Loire : une grande bâtisse, étrangement construite, tout près du fleuve, en bordure d'un grand mail désert. Alfred Hellequin est entré dans cet hospice il y a quelques semaines, ou quelques mois, peut-être un an : il ne sait plus très bien, le temps s'écoule sur lui comme une matière morte. Il raconte sa vie au milieu des vieillards, ses semblables : les repas des vieillards, le Noël des vieillards, les joies et les peines des vieillards, les amours des vieillards et, toujours présente et toujours refusée, la mort des vieillards. Vieillard ? L'état-civil refuserait cette qualification à Alfred Hellequin : il n'a pas encore atteint la quarantaine. Pourquoi est-il entré - de son plein gré - à l'hospice de Châtel ? Il cherche à se le faire dire, dans ce texte où l'emploi constant du vous de politesse marque - entre autres choses - la distance entre deux Hellequin : le brillant professeur qu'il fut autrefois, et le sordide pensionnaire qu'il est devenu.

  • De quel endroit nous vient l'étrange voix d'Antoine Rousselet ? De sa retraite, il raconte sa vie : souvenirs aigres-doux d'une enfance studieuse, chronique de son amour très pur pour Semblable, anecdotes piquantes de sa carrière de comédien et de militant. Une vie très ordinaire, en somme, pour un jeune bourgeois de 1990 ? À une petite différence près : Antoine Rousselet grandit très vite, trop vite. Cela change tout : pour lui, comme pour Semblable, chaque mois vaut une de nos années. Comment vit-on et, surtout, comment meurt-on, quand on est à ce point pressé par le temps ?

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