• Aux Indes, les mythes disent la profondeur de la parole, celle que l'on ne peut entendre dans l'ordinaire des mots. C'est par le mythe qu'on exprime l'indicible, le merveilleux et le terrible dans des cultures où il pénètre tous les savoirs, y compris les plus austères. On le rencontre dans la parole, parole sanskrite bien sûr, et aussi dans les peintures, les sculptures, tous les arts et les savoirs. Aujourd'hui où il faut fabriquer l'histoire d'un pays nouvellement créé, les mythes sont mis au service d'une conscience nationale qui cherche ses racines dans le passé. Si les mythes modernes sont parfois dorés, autrefois ils étaient rouges, noirs et blancs : il fallait dire l'inlassable activité des dieux, la présence continue des démons et les aspirations transcendantes.
    Aux Indes, la mythologie conjugue donc l'érudition sanskrite avec l'imagination, elle prétend dire le fond des choses, toucher à l'âme, sans passer par l'esprit. On les a donc racontés et expliqués pour qu'on les entende comme leurs créateurs les avaient conçus. Des mythes : en voici quelques-uns parmi beaucoup d'autres.
    Michel Angot est indianiste, védisant. Membre du Centre d'études de l'Inde et de l'Asie du Sud (CEIAS), il anime des séminaires à l'EHESS. Outre de nombreux articles et des traductions de référence, il a publié des ouvrages de vulgarisation : L'Inde classique (Les Belles-lettres, 2001), Paroles vivantes de brahmanes (Seuil, 2010), Samkara, la quête de l'être (Points, 2009), Histoire des Indes (Les Belles-lettres, 2017).
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  • Entre le nirvana du Buddha et les invasions musulmanes, environ dix-huit siècles où brille la civilisation indienne. Pourtant, aucune institution ne vient l'organiser, aucun état durable n'encadre son essor ce qui n'empêche pas une intense réflexion sur la notion même d'état. Curieusement, alors que l'Inde est une simple expression géographique, il existe une civilisation indienne, sans doute la seule grande civilisation qui soit fédérée non par un état mais par une langue, le sanskrit, langue sacrée des brahmanes mais aussi langue de culture. De même, aucune Église ne vient institutionnaliser les religions ni le formidable élan spéculatif des chercheurs de vérité : le Buddha, le Jina, Patañjali, Samkara et bien d'autres se tournent ou se détournent des textes sacrés, le Veda. Ils vont dès lors réfléchir sur les grandes notions qui structurent la vie spirituelle : Que vaut l'action humaine qu'on nomme karman ? Comment échapper au monde du devenir, le samsara ? Peut-on vivre dans la non-violence ? Comment expliquer le mal? Comment penser une organisation sociale, le système des castes, qui est au coeur de l'Hindouisme ?
    La réflexion concerne une minorité d'ascètes, de , de penseurs professionnels qui veulent sortir du monde. Mais il y a aussi ceux qui souhaitent y demeurer et vivent intensément. La danse du Bharatanatya, la musique des raga, la sculpture et l'architecture, les premières miniatures fleurissent. C'est aussi l'époque où, en mathématique, l'Inde découvre le zéro, la numération par position et calcule avec précision la circonférence terrestre.
    Voilà qui permet de découvrir une civilisation riche, exubérante, multiple, bien loin des clichés misérabilistes et superstitieux qui sont un héritage de son proche passé colonial.

    Indianiste, védisant, grammairien et philologue, Michel Angot a travaillé en Inde et a appris auprès d'érudits (pandits) la récitation du Veda et la grammaire traditionnelle. Il a enseigné le sanskrit et la littérature sanskrite à l'université de Nanterre (Paris-X) puis à l'Inalco. Membre du Centre d'études de l'Inde et de l'Asie du Sud (CEIAS), il anime un séminaire sur la notion de délivrance dans les philosophies brahmaniques et bouddhistes à l'EHESS. Outre de nombreux articles, il a publié L'Inde Classique (Les Belles Lettres, 2001), La Taittirîya-Upanishad avec le commentaire de Shamkara (Collège de France, 2007), et Le Yoga-Sutra de Patanjali, suivi du Yoga-Bhashya de Vyasa (Les Belles Lettres, 2008).

  • Faire l'histoire de peuples et de pays qui jusqu'au XVIIIe siècle ont tout ignoré de l'Inde et des Indes, et dont beaucoup ont ignoré l'idée même de l'histoire, tel est le pari de ce livre.
    En 1888, John Strachey écrivait dans son India : ""Il n'y a pas, et il n'y a jamais eu d'Inde, ou même un pays, l'Inde, qui, selon les idées européennes, aurait possédé quelque unité, physique, politique, sociale ou religieuse."" L'Inde était un artefact créé par l'impérialisme européen. Cela était vrai à la fin du XIXe siècle et pour le passé, mais aujourd'hui l'Inde, partie des Indes, existe : être indien est la fois une réalité et une prétention ; c'est aussi une exclusion, dont témoignent les violents débats historiques qui passionnent l'Asie du Sud.
    Pour retracer la longue histoire de ce pays promis à devenir une des grandes puissances du monde, Michel Angot réussit un véritable tour de force : embrasser plusieurs milliers d'années et un espace aux dimensions de l'Europe, avoir recours aux sources les plus étendues et tenir ensemble les traces du temps, de l'Antiquité à nos jours, qui font de cette histoire une fabrique de l'Histoire. Michel Angot est un philologue spécialiste de la littérature et de la philosophie de langue sanskrite. Il a appris la grammaire et le Veda auprès des brahmanes avant d'enseigner à l'université de Nanterre, à l'Inalco et enfin à l'EHESS. Outre des ouvrages d'érudition - dont La Taittiriya-Upani

  • La représentation européenne de la « civilisation indienne » a été, au fil du temps, le fruit d'un imaginaire qui n'avait guère à voir avec les réalités du pays. S'il est vrai que le monde hindou a largement ignoré le récit « historique » ordonnant notre vision du passé, la compréhension de la diversité culturelle indienne a été entravée en Occident par des représentations stéréotypées, nées de la fascination exercée par l'héritage spirituel et religieux. L'Inde réunit en effet des identités multiples, façonnées par l'extraordinaire foisonnement de la tradition védique et brahmanique, nourries par le bouddhisme, le jaïnisme, l'influence musulmane et prolongées par de singuliers phénomènes de stratification sociale.
    S'il est difficile d'appréhender des conceptions du cosmos ou de l'ordre social étrangères à nos références, l'auteur se propose de faire découvrir à ses lecteurs, en cette insolite invitation au voyage, un monde indien tout à fait inattendu.

  • Pendant presque quatre millénaires de littérature sanskrite, les brahmanes ont composé des oeuvres sur les sujets les plus divers : facteurs de mots et d'idéologies de toutes sortes, ne s'adressant qu'aux dieux, à Dieu et à eux-mêmes, ils ont constitué un trésor de mots, parfois sous formes de subhasita, des « belles paroles ».« On devient ce sur quoi on pose l'esprit », « Le vrai et lui seul triomphe, pas le faux », « Lorsque le disciple est prêt, le maître apparaît » : ces « belles paroles » ne sont pas des proverbes, ces sortes de prêt-à-penser, mais les phrases-clefs sans cesse remâchées et ruminées d'une culture qui vouait un culte à la parole, pourvu qu'elle soit belle, profonde et intelligente. Elles constituent une entrée vivante et complète dans l'esprit de l'Inde ancienne.Michel Angot est sanskritiste. Il a notamment publié L'Inde classique (Les Belles Lettres, 2001), Le Yoga-sutra de Patanjali (traduction et présentation, Les Belles Lettres, 2008), Samkara, la quête de l'être (Points, 2009).

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