• Qu'est-ce que qui fait société ?

    Ce ne sont ni les rapports de parenté, ni les rapports économiques, mais bien les rapports politico-religieux (les rites d'initiation, les institutions, les valeurs, etc.). L'analyse de ces rapports politico-religieux est essentielle à la compréhension des identités en conflit... ces identités plus que jamais réaffirmées et revendiquées avec l'entrée dans l'économie capitaliste mondialisée. Pour mieux saisir les grands enjeux actuels de notre monde globalisé et fracturé, l'anthropologie est plus utile que jamais.

  • Qu'est-ce qu'un rapport social ? Y a-t-il une " essence " de l'homme ? Quels sont les différents systèmes de parenté ? Que nous apprend la mort sur la vie des hommes ? Quels sont, tout compte fait, aux yeux de l'anthropologue, les fondamentaux de la vie sociale ?

    Abordant ces questions qui constituent à la fois l'objet des enquêtes de terrain et le coeur de la réfl exion des sciences sociales, Maurice Godelier identifi e notamment cinq préconditions de l'existence qui dessinent une " nature humaine ", à laquelle s'ajoute toujours le caractère imprévisible et ouvert du devenir historique.

    Soulignant les apports de sa discipline pour la compréhension des sociétés humaines dans leur diversité, Maurice Godelier revient de manière vivante sur les grands jalons de ses recherches, défend à la fois distanciation méthodologique et sens de l'engagement, et dresse, à rebours d'un certain discours post-moderne, un portrait de l'anthropologue en savant de l'humanité toute entière.

  • Si tout ce qui est imaginaire est imaginé, tout ce qui est imaginé n'est pas imaginaire. Car en imaginant, l'homme peut rendre possible l'impossible. Dans les mythes ou les religions par exemple, ce qui est imaginé n'est jamais pensé ni vécu comme imaginaire par ceux qui y croient. Cet imaginé-là, plus réel que le réel, est sur-réel. Si Lévi-Strauss affirme que " le réel, le symbolique et l'imaginaire " sont " trois ordres séparés ", Maurice Godelier montre au contraire que le réel n'est pas un ordre séparé du symbolique et de l'imaginaire. Les rites, objets et lieux sacrés ne témoignent-ils pas en effet de la réalité, et donc de la vérité de l'existence de Dieu, des dieux ou des esprits pour une partie de l'humanité ? Le symbolique permet aux humains de signifier ce qu'ils pensent et ce qu'ils font. Il déborde donc la pensée, envahit et mobilise le corps tout entier, le regard, les gestes, les postures mais aussi les temples, les palais, les outils, les aliments, les montagnes, la mer, le ciel et la terre : il est le réel. L'ouvrage nous entraîne au cœur stratégique des sciences sociales. Car s'interroger sur la nature et le rôle de l'imaginaire et du symbolique, c'est vouloir rendre compte de composantes fondamentales de toutes les sociétés et d'aspects essentiels du mode d'existence proprement humain, des aspects qui, chaque fois, forment une grande part sociale et intime de notre identité.

  •      Les Hommes, contrairement aux autres animaux sociaux, ne se contentent pas de vivre en société, ils produisent de la société pour vivre. Ils fabriquent de l'histoire, l'Histoire, et ce, parce qu'ils ont dans leur nature propre la capacité de s'approprier la nature et de la transformer. S'approprier la nature, c'est, pour l'homme, inventer des moyens matériels et idéels pour disjoindre certains éléments des écosystèmes qu'il exploite et les faire servir à ses besoins. Cette action implique la mise en oeuvre de rapports sociaux qui lui servent de cadre et de support et qui, quelle que soit l'instance où ils se situent, fonctionnent comme des rapports sociaux de production, ou, selon un parler plus commun, comme des rapports économiques.
         Quel est le poids des réalités matérielles, celles de la nature extérieure à l'homme et celles qu'il a créées, et quel est le rôle de la pensée dans la production des rapports sociaux ? Tout le mouvement du livre est là : de l'analyse des rapports sociaux de production à celle de la production des rapports sociaux. Le point d'appui de ce mouvement est dans la constatation que la part idéelle de tout rapport social n'est pas seulement le reflet plus ou moins déformé de ce rapport dans la pensée, mais l'une des conditions mêmes de sa naissance, condition qui devient un élément de son armature interne.
         L'auteur montre et son analyse constitue un défi aux schémas reçus que des deux forces qui composent celle d'un pouvoir de domination et d'exploitation, la plus forte n'est pas la violence exercée par les ordres, les castes ou les classes qui dominent une société, mais le consentement des dominés à leur domination. La « boîte noire » à l'intérieur de laquelle la pensée doit pénétrer, si elle veut peser sur l'évolution de nos sociétés, est bien le mécanisme de production de ces représentations partagées par des ordres, des castes, des classes opposés et c'est vrai aussi des rapports entre les sexes. L'un des grands problèmes des sciences sociales, dont les enjeux scientifiques et politiques sont énormes, est là.
    Né en 1934, Maurice Godelier, après avoir travaillé auprès de Fernand Braudel à la VIe section de l'EPHE, puis de Claude Lévi-Strauss, professeur au Collège de France, est, depuis 1975, directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales. En 1982, il a été nommé directeur scientifique au CNRS, chef du département des Sciences de l'homme et de la société.

  • Maurice Godelier, au début de sa carrière, fut un temps maître-assistant auprès de Claude Lévi-Strauss, alors titulaire de la chaire d'anthropologie au Collège de France. Entretenant avec son maître un rapport critique, mais conscient de la puissance de l'œuvre, il est probable qu'il conçut dès cette époque le projet d'écrire un jour son " Lévi-Strauss ".
    Le voici, somme savante et érudite, fondée sur une relecture ligne à ligne de l'œuvre de son aîné, décédé en 2009. Et d'abord de son versant théorique et critique : Les Structures élémentaires de la parenté (1949), Les Mythologiques (4 volumes de recension systématique de la mythologie amérindienne, 1964-1971), Anthropologie structurale (1958 et 1973), La Pensée sauvage (1962). Sans pour autant négliger les fameux Tristes tropiques (1955) et Race et histoire (1952).
    L'objet premier de ce voyage au cœur de l'ambition structuraliste ? Souligner la richesse du travail accompli, mettre au défi la puissance théorique (le structuralisme lui-même), tenter de dépasser apories et contradictions.
    Une œuvre, donc, qui vaut introduction à une autre, l'une et l'autre dignes de figurer au premier rang des productions de l'intelligence humaine.

  • Que sont devenus les Grands Hommes et les Grandes Femmes, qui servaient de modèles à la société Baruya, avant que les « Blancs » ne la découvrent et ne la soumettent à leur ordre ? Et les « secrets des hommes », existent-ils encore ?
    Pour décrire les transformations de cette petite société tribale, Maurice Godlier a pris le parti de raconter les circonstances qui l'ont conduit, dans les années 60, à vivre et à travailler chez les Baruya, puis à inviter de jeunes collègues à venir le rejoindre en Nouvelle-Guinée.
    On verra ainsi comment le métier d'anthropologue lui-même s'est transformé au fil du temps, et ce que lui ont apporté la photographie et le cinéma. Mais on pourra surtout mesurer précisément ici - dans la durée - les effets conjoints du capitalisme et du christianisme mondialisés.

  • L enigme du don

    Maurice Godelier

    Pourquoi doit-on donner, pourquoi doit-on accepter ce que l'on vous donne, et, quand on a accepté, pourquoi faut-il rendre?
    Cet ouvrage évalue le rôle et l'importance du don dans le fonctionnement des sociétés et dans la constitution du lien social.
    Le terrain, bien entendu, n'était pas vierge: Marcel Mauss, le premier, l'avait défriché allant jusqu'à avancer l'idée que si les choses données sont rendues c'est qu'il y a dans la chose donnée un esprit qui la pousse à revenir entre les mains de son donateur originaire. L'hypothèse valut à Mauss la critique sévère de Claude Lévi-Strauss, qui lui reprocha d'avoir pris une théorie indigène pour une théorie scientifique et d'avoir manqué de reconnaître pleinement le fait que la société humaine entière est échange et que pour en comprendre le sens il faut partir du symbolique et de sa primauté sur l'imaginaire et le réel.
    La perspective générale adoptée par Maurice Godelier renouvelle profondément notre compréhension du don. Il analyse en effet les choses qu'on donne ou celles qu'on vend à partir des choses qu'on ne donne pas ou ne vend pas, des choses qu'on garde et que l'on doit garder, au premier rang desquelles les objets sacrés. Réanalysant les pratiques du potlatch et du kula sur lesquelles Mauss s'était appuyé, il montre que les énigmes auxquelles Mauss a été confronté se dissipent lorsque l'on comprend qu'il est tout à la fois possible de donner un objet et de le garder. Ce qui est donné, c'est le droit d'en user pour d'autres dons, ce qui est gardé c'est la propriété, inaliénable. Mais il faut encore expliquer pourquoi cette règle de droit s'applique aux objets précieux qu'on donne et non aux objets sacrés qu'on garde. La chose s'éclaire lorsqu'on fait apparaître ce qui est enfoui dans l'objet, l'imaginaire associé au pouvoir.
    Il apparaît donc que toute société renferme deux ensembles de réalités: les unes, soustraites à l'échange, aux dons, au marché, constituent autant de point fixes nécessaires pour que les autres circulent. Et c'est précisément la redéfinition des ancrages fondamentaux du fait social qui constitue la tâche majeure de la pensée politique aujourd'hui.
    Ancien directeur scientifique du Département des sciences de l'homme et de la société du CNRS, Prix international Alexander von Humboldt en sciences sociales, Maurice Godelier est directeur d'études à l'EHESS où il dirige le Centre de recherche et de documentation sur l'Océanie. Il a publié deux livres chez Fayard: La Production des Grands Hommes (1982), qui a reçu le Prix de l'Académie française, et L'Idéel et le matériel: Pensée, économies, sociétés (1984).

  • Aujourd'hui que le capitalisme va connaître une nouvelle expansion mondiale sur les débris du système « socialiste » qui se présentait comme son alternative, une dizaine d'anthropologues analysent des mécanismes et des formes de subordination et même de transition au capitalisme au sein de diverses sociétés locales d'Europe, d'Amérique latine, d'Asie et d'Océanie. Ils montrent comment le développement de la production marchande et de l'usage de la monnaie décompose d'anciennes formes d'organisation sociale qui peuvent disparaître entièrement, végéter pendant des siècles dans un faux archaïsme, ou se réorganiser sur d'autres bases fournies par le capitalisme lui-même. Un processus mondial commencé il y a plusieurs siècles mais plus que jamais d'actualité.

  • Les chercheurs en sciences sociales ne prennent généralement pas en compte le facteur religieux lorsqu'ils analysent les transformations des formes familiales. La démarche novatrice du présent ouvrage réside dans la mise en relation systématique du religieux et de la parenté en explorant les représentations sociales, les normes et les pratiques des acteurs pris entre normes religieuses et mutations contemporaines de la famille. Martine Gross, ingénieure de recherche en sciences sociales au Centre d'études interdisciplinaires des faits religieux (CNRS) Séverine Mathieu, agrégée de sciences sociales, docteure en sociologie, enseignant-chercheur à l'EPHE, membre du groupe « Sociétés, religions, laïcité » (CNRS) Sophie Nizard, maître de conférences à l'université de Strasbourg, chercheur au Centre d'études interdisciplinaires des faits religieux (CNRS)

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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