• Propriétaire d'un circuit de cinémas dans la région lyonnaise, Jean-Michel Minville, que ses ambitions politiques ont amené à réagir, notamment au Festival de Cannes, contre l'immoralité grandissante des films français, se trouve à quarante-cinq ans au faîte de la puissance et de la fortune. Sa femme Hélène, une orgueilleuse et hautaine fille de soyeux, est la brillante partenaire d'un couple célèbre dans les milieux cinématographiques et dans la haute société lyonnaise. Mais l'ordonnance méticuleuse de cette vie épiée et cernée de jalousies menaçantes se heurte soudain à l'imprévisible. Pendant une conférence avec vingt-cinq de ses directeurs, Jean-Michel Minville reçoit une communication téléphonique. D'un café au bord d'une route, à trois cents kilomètres, lui parviennent quelques mots haletants de Nicole Alaumier : « J'ai eu un accident grave... J'ai voulu t'entendre une dernière fois ». Il n'est tout de même pas assez fort pour dissimuler son bouleversement. Et les autres comprennent ! Dès lors, le drame s'étend inexorablement. Abandon, chantage, esclandre, trahison... Jean-Michel connaît toutes les épreuves. Mais un matin, de la colline de Fourvière où il domine Lyon qui s'éveille, il se ressaisit et décide de reconstruire ce qui s'est effondré en quelques semaines. Pas tout cependant, puisque Nicole est morte. Ce roman puissant et extraordinairement vivant tient le lecteur en haleine d'un bout à l'autre. La documentation, comme le rythme du récit, a quelque chose d'implacable. Impossible d'en sauter une ligne. En un mot, c'est un vrai roman.

  • Début juin 1940. Les troupes allemandes sont sur la Somme et l'Aisne. Une division d'infanterie coloniale est enlevée en hâte de haute Provence - où elle veillait à la frontière italienne - pour renforcer le dispositif de défense de la Seine. Son Groupe de reconnaissance, formé de réservistes de tous âges, est superbement équipé : armes modernes, uniformes récents, chevaux vifs, camions et side-cars neufs. Soixante heures d'un trajet ferroviaire, qui commence sous les acclamations des foules endimanchées et se continue au stupéfiant spectacle des trains civils d'exode, mèneront les soldats de la quiétude méridionale à la désolation des villages figés dans leur abandon. Puis, une fois le contact pris avec les Allemands qui ont entre-temps dépassé la Seine, se succèdent les replis dont l'objectif - leur dit-on - est un regroupement de plusieurs armées à l'abri d'une ligne invincible, cette fois : la Loire. À ce rendez-vous au sud de la Loire ils vont en brûlant les étapes, laissant en arrière les unités misérablement démunies et disputant la route aux populations en fuite. Quand ils ont franchi le grand fleuve impassible dont la rive sud ne recèle ni défenses ni réserves, ils comprennent qu'ils ont été leurrés et qu'il faut entendre désormais par Rendez-vous l'injonction des avant-gardes ennemies qui les pourchassent. Luttant ici avec âpreté, abandonnant plus loin leurs chevaux incapables de poursuivre les marches insensées auxquelles on les a contraints pour gagner la Loire, se heurtant ailleurs à des édiles qui prétendent refuser à l'armée le droit de livrer sur leur sol d'ultimes combats jugés déraisonnables, ils vivent durant trois éprouvantes semaines des situations où le pathétique le cède parfois à la bouffonnerie. Au hasard des cantonnements, ils s'approprient pour quelques heures, dans des régions évacuées, de modestes fermes ou de somptueux châteaux, puis, dans les lieux encore habités, ils côtoient des gens que leur intrusion effraie et rend souvent hostiles. La nuit du « cessez-le-feu » ils sont au bord de la Dordogne, mêlés aux civils dont ils ont dû, cette fois, partager le lent et périlleux cheminement. La défaite est affirmée mais ils ont échappé à la capture : ils ressentent seulement le soulagement de cette maigre victoire.

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