• Comment les oeuvres d'Hervé Bouchard et de Michael Delisle abordent-elles la paternité ? Comment la fonction paternelle - au sens de la psychanalyse - est-elle révélée et subvertie au sein de leurs poétiques ?

    Pour parler de Bouchard, d'abord, l'auteur de ce livre fait un détour du côté de Freud et de son célèbre Totem et tabou. Il revisite le mythe du père de la horde et montre comment la prose bouchardienne est marquée par un désir de déclarer le leurre supposé de la loi symbolique, désir détecté dans une entreprise de « totémisation » de l'écriture. Puis, s'intéressant à l'oeuvre de Delisle, il s'attarde à la conception lacanienne du mythe individuel afin d'analyser la tentative toujours réitérée de l'artiste d'atteindre le père. Chez Bouchard et Delisle, la paternité est ainsi une place vide autour de laquelle les fils créent et se définissent.

    Ce parcours permet de dégager un ressort poétique inédit : la père-mutation. La figure du père, disséminée et fragmentée dans les écrits de ces deux auteurs québécois contemporains, fait l'objet d'un travail d'élaboration poétique que la psychanalyse permet de reconnaître. Louis-Daniel Godin l'observe et la dissèque avec une grande perspicacité fondée sur la connaissance profonde de ses sujets : littérature, paternité et psychanalyse.

  • Tracer les contours d'une forme pour la faire exister, pour exister à travers elle, c'est là un acte auquel chacune et chacun s'adonne spontanément, au moment de prendre la parole. Au sein de textes de fiction et de textes d'idées, il arrive à des autrices et à des auteurs de personnifier le Québec. Le cadre familial se présente bien souvent comme une référence pour donner une forme à cette entité floue que constitue la nation québécoise : elle devient alors dans l'écriture un enfant, un fils, une mère, une femme, ou encore un objet ou une figure. La personnification se présente ainsi comme une modalité du passage du politique au poétique, et vice versa, qu'il s'agit ici d'interroger. C'est pour cerner ce geste-là, et pour étudier quelques cas de personnifications, que des chercheuses et des chercheurs en études québécoises sont réuni·es dans cet ouvrage.
    D'un chapitre à l'autre, c'est la question de la communauté qui est abordée. Les études rassemblées dans ce collectif s'intéressent notamment aux désirs que la critique projette sur les oeuvres littéraires, lorsqu'elle retrouve ou rejette la figure d'un pays repéré dans le texte. On se penche aussi sur la définition ou la redéfinition du Québec proposée par différents essayistes, on étudie quelques cas de personnifications dans les textes d'hier et d'aujourd'hui, voire on se prête au jeu d'en proposer de nouvelles. Dans le cadre d'un entretien qui clôt ce livre, une écrivaine et un écrivain réfléchissent à ces questions depuis leur pratique d'écriture littéraire et de recherche.

  • Le thème du territoire impose la prospection, l'exploration, le mouvement. Il résonne depuis toujours dans notre littérature, dans nos imaginaires. Que dire aujourd'hui, dans la cartographie connue du monde connu, dans la planète Google accessible de partout du bout du doigt? Qu'intime le territoire aux écrivains d'ici, alors que les déplacements GPS se calculent en nombre de minutes restantes, de tracés prédéfinis et sans surprise, que les paysages défilent sous la poésie d'une voix robotisée servant momentanément de copilote? Le territoire se redéfinit et l'immensité s'amenuise comme peau de chagrin. À la limite des territoires, subitement, la menace du seul et du même, du standardisé et du sans rêve. Les imaginaires se doivent de contre-attaquer. C'est dans cette urgence que Mathieu Blais a suggéré ce projet d'un numéro sur le territoire.

  • « Que fait la parole ? » se demandent les auteurs de ce dossier de Voix et Images. Ce dernier aborde la parole dans l'écrit, au sens d'une « pratique littéraire qui insuffle rythme et corps au texte et, de ce fait, module et infléchit son discours ». Il vise autre chose que la transposition de la langue parlée, et s'attache plutôt à des oeuvres et des pratiques d'écriture où l'acte de parole et ses effets sont reconnus comme centraux, voire fondateurs. Lisez l'entretien avec Mathieu Arsenault et Hervé Bouchard, puis Anne Élaine Cliche sur Victor Lévy-Beaulieu, Jacques Ferron et Gilbert La Rocque; Louis-Daniel Godin sur la fonction de la parole dans Mailloux d'Hervé Bouchard; Laurance Ouellet Tremblay sur le scénario commenté de La bête lumineuse de Pierre Perreault; Lucie Robert sur La peau d'Élisa de Carole Fréchette; et Catherine Cyr sur les pièces Yukonstyle de Sarah Berthiaume et Nacre C de Dominick Parenteau-Lebeuf.

  • Autour des composantes que sont l'espace, le corps et la filiation, le dossier de ce numéro de la revue Voix et images étudie l'oeuvre de Lise Tremblay pour confirmer sa pertinence et son originalité dans le paysage littéraire québécois actuel. Les tensions entre les trois pôles évoqués permettent de poser, entre autres, l'enjeu d'une violence larvée du cadre québécois qui n'est pas si fréquemment révélée. Même si Lise Tremblay publie peu, ses livres constituent des jalons dans une démarche concertée et cohérente pour mettre en forme des mémoires oubliées du Québec contemporain autour de protagonistes complexes à la conscience blessée, mais perçante. L'oeuvre de Lise Tremblay aborde à la fois des histoires intimes et collectives ; elle dépeint les espaces tant de la forêt, de la ville, que de la banlieue. Il apparaît dès lors plus que nécessaire de dresser un réel premier bilan de cette oeuvre phare de la littérature québécoise qui se déploie depuis près de 30 ans. (source : Voix et images)

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