• D'Érasme à Rousseau, cet essai traverse trois siècles d'histoire de la philosophie, à la recherche d'une réponse à la question « Pourquoi voyager ? ». Si la question ne se pose guère aujourd'hui, elle fut pourtant, pendant trois siècles, l'objet de disputes complexes : car il était bien loin d'aller de soi que l'on pût voyager sans raison, pour le simple plaisir « d'aller voir ailleurs ». Entre le milieu du XVIe siècle et la fin du XVIIIe siècle, la République des Lettres devient ainsi la scène d'une controverse sur l'utilité des voyages, notamment en matière d'éducation. Y a-t-il de bonnes raisons de voyager, lorsque rien ne nous y contraint ? Quelle est l'utilité d'une pratique qui procède inévitablement de ce plaisir ambigu qu'est celui de la curiosité ou de l'attrait pour la nouveauté ? L'époque classique voit ainsi naître une réflexion sur les voyages dont les enjeux philosophiques sont évidents : elle montre l'importance que prend, dans la culture moderne, la question de l'éducation et son lien à une conception de l'homme en devenir, dont la formation ne repose plus seulement sur les mots, mais exige l'expérience du monde et le détour par les choses, exigence que manifeste par excellence la présence de la métaphore du livre du monde. Seules les études littéraires et historiques semblent avoir pris au sérieux la question des voyages et l'étude de ce phénomène original dans l'histoire de la pensée européenne qu'est la profusion des « arts de voyager » à l'âge classique. Cet essai étudie les enjeux philosophiques de ce qui fut autant un objet de disputes qu'un défi pour la pensée. Juliette Morice, agrégée et docteure en philosophie, est maîtresse de conférences en littérature et philosophie des XVIIe et XVIIIe siècles à l'université du Maine (Le Mans).

  • La défaite et l'exode de 1940 amplifient démesurément les problèmes de l'enfance et suscitent par là-même des situations inédites : un cinquième de la population erre le long des routes, de nombreuses familles sont disloquées, près de 90 000 enfants sont "perdus" et la délinquance des jeunes augmente de façon sensible. Pour faire face à cette désorganisation sociale, vont se créer, dans la France de l"0ccupation, de nouvelles institutions : initiatives publiques ou privées mais aussi entreprises de personnes agissant avec l'accord, l'appui ou même parfois à l'instigation des autorités en place. Ce sera le cas, exemplaire, de l'Institut pédotechnique de Toulouse Saint-Simon. Ces tentatives vont se situer, pour les pouvoirs publics, dans une visée politique à plus long terme : coordonner à l'échelle régionale l'ensemble des équipements concernant l'enfance en difficulté actuels et à venir.

    Créé le 22 juin 1941 par l'Abbé Plaquevent, l'Institut pédotechnique de Toulouse Saint-Simon peut être considéré comme significatif de ce qui deviendra après la guerre "le secteur de l'enfance inadaptée" par son double caractère 1 centre d"observation pour enfants en difficulté et centre de formation de personnel éducatif. Mais cette institution présente aussi une forte singularité : dès sa fondation, ces deux structures distinctes sont liées organiquement au sein d'un même ensemble.

    Cette recherche à visée historique s"appuie sur le dépouillement d'archives publiques et privées complété par des entretiens avec une vingtaine d'acteurs, témoins de l'époque. Elle s'est déroulée à l'initiative et dans le cadre d'institutions héritières de l'Institut pédotechnique - le collectif St-Simon, l'Institut régional de formation aux carrières éducatives et sociales - gérées
    par l'Association régionale pour la sauvegarde de ltenfant, de l'adolescent et de l'adulte (ARSEAA) créée en 1943. L'association Echo Saint-Simon a joué un rôle moteur dans ce travail collectif.

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