• Le Comte de Maistre fait partie de ces auteurs dont, longtemps, l'oligarchie des vulgaires et la poix des dominants ont désiré d'exterminer non seulement la race mais jusqu'au souvenir. Toutefois, par la vertu de sa propre force, la pensée de Joseph de Maistre a écarté les dandins et les forfaiteurs qui ont tout essayé afin que ses pages fussent réduites au silence, et l'oeuvre règne désormais imperturbablement sur les arts véritables et la littérature essentielle.
    Demeurait une embarrassante contradiction : si la plupart des ouvrages du grand homme sont aujourd'hui disponibles, sa Correspondance était introuvable depuis plus d'un siècle. Or cette Correspondance n'est assurément pas un pan facultatif de son univers : elle occupe en effet à elle seule quasiment la moitié des volumes dont sont constituées les OEuvres complètes de l'auteur. Négliger cet impressionnant et somptueux massif serait donc non seulement déraisonnable, mais irrationnel. Toute la riche aventure maistrienne s'y déroule : de l'arrière-plan de ses relations rompues avec la franc-maçonnerie jusqu'à celles, finales, avec le Saint-Siège en passant par les divers exils, les entretiens avec les monarques, les dialogues avec les célébrités de l'Europe, etc. Ici, en contexte, toute sa pensée se précise. En une époque où l'on écrivait des lettres soit comme de brefs essais officieusement publics afin de rendre limpide à différents cercles tel point d'une discussion de fond, soit tout au contraire afin de faire certaines confidences à tel membre de sa famille ou tel ami fidèle, cette Correspondance dit tout : sur l'homme, sur l'oeuvre, sur la formation de l'homme et de l'oeuvre ainsi que sur la relation entre le monde et le penseur - tout en déroulant la chronique et le commentaire perpétuel d'événements qui, de 1786 à 1821, sont ceux de l'une des périodes les plus bouillantes de l'Histoire.
    Les choses sont claires : se trouvant parmi les grands ensembles épistolaires légués par la littérature et la philosophie, la Correspondance de J. de Maistre est indispensable à la compréhension de son oeuvre. Au coeur même de celle-ci, ces lettres constituent la meilleure des introductions à son sens, à sa visée, à sa force et sa portée. En présence de la parole privée de ce grand homme, chacun devient le témoin d'une générosité créatrice attachée à une majestueuse noblesse de coeur tandis qu'une pensée puissante se déploie dans un style parfait : et le lecteur voit vivre l'âme prophétique de celui qui fut l'auteur de chevet de Baudelaire et de Balzac.

  • Nous sommes tous attachés au trône de l'Etre Suprême par une chaîne souple, qui nous retient sans nous asservir.
    Ce qu'il y a de plus admirable dans l'ordre universel des choses, c'est l'action des êtres libres sous la main divine. Librement esclaves ils opèrent tout à la fois volontairement et nécessairement : ils font réellement ce qu'ils veulent, mais sans pouvoir déranger les plans généraux. Chacun de ces êtres occupe le centre d'une sphère d'activité dont le diamètre varie au gré de l'éternel géomètre, qui sait étendre, restreindre, arrêter ou diriger la volonté, sans altérer sa nature.
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Un essai philosophique et politique du plus important des « anti-philosophes » de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, largement impliqué dans les tourments de la Révolution et de l'Empire. Joseph-Marie, comte de Maistre était sujet savoisien du royaume de Piémont-Sardaigne. Né en Savoie (1753-1821), à Chambéry, il fut diplomate, écrivain et philosophe. Cet essai, à la fois politique et philosophique, sur la sou-veraineté du peuple et des nations, écrit à Lausanne, au plus fort de la Révolution qui embrase la France en 1794, devait, à l'origine, s'intituler Cinquième lettre d'un royaliste savoisien à ses compatriotes.
    Publié pour la première fois en 1870 dans les oeuvres inédites, ce texte mérite assez qu'on le redécouvre. Passionnant et polémique - présenté comme « l'anti-Contrat Social » de J.-J. Rousseau -, paradoxalement, il n'a pas autant vieilli, à plus de deux cents ans d'intervalle, qu'on puisse le craindre. Au-delà de la forme obligatoirement surannée, il continue à poser, sur le fond, des problématiques pertinentes qui restent ou redeviennent d'une actualité finalement très proche...

  • "Une révolte sur le champ de bataille, un accord pour s'embrasser en reniant un tyran, est un phénomène qui ne se présente pas à ma mémoire. Rien ne résiste, rien ne peut résister à la force qui traîne l'homme au combat; innocent meurtrier, instrument passif d'une main redoutable, il se plonge tête baissée dans l'abîme qu'il a creusé lui-même; il reçoit la mort sans se douter que c'est lui qui a fait la mort."

  • BnF collection ebooks - "A M. le baron Vignet des Étoles. Lausanne, 6 août 1794. Je vois par votre dernière lettre, cher ami, que vous donnez peu, sans vous en apercevoir, dans le préjugé contre les émigrés. Vous croyez qu'ils ont montré de la joie sur les affaires de Genève : détrompez-vous. Je n'ai pas vu un Français qui n'ait parlé sur ces horreurs avec le ton que nous y aurions mis vous ou moi."BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir en version numérique des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés. Tous les genres y sont représentés : morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d'histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse.

  • Joseph de Maistre réfute ici, point par point, le fameux Discours sur l´origine et les fondements de l´inégalité parmi les hommes de Rousseau, qui renvoie à un état de nature idéalisé et préfigure l´égalitarisme prôné par la Révolution - courant qui s´inspirera effectivement de sa pensée.
    La présente édition a été établie d´après le texte de Joseph de Maistre, « Examen d´un écrit de Jean-Jacques Rousseau sur l´inégalité des conditions ».
    Un pamphlet incisif contre la pensée de Rousseau.

empty